Voir les Stromafrs de Clément d'Alexandrie
térieuses, il quitta presque aussitôt la caravane et il alla se barricader de nouveau dans sa maisonnette solitaire du Vieux-Caire : il ne faisait plus de fouilles à cette époque. L'(( Égyptien » profita d'un entretien sans témoins qu'il eut avec Caviglia à côté du grand Sphinx de Gizéh, pour lui reprocher d'avoir vendu aux Anglais un des quatre lions qu'il avait trouvés « si harmonieusement groupés aux pieds du vénérable monument », quand, en 1817, il l'avait dégagé des masses énormes de sable qui le tiennent ordinairement enseveli.
CHAMPOLLION A CHAMPOLLION-FIGEAC
De mon camp, au pied des pyramides de Gizéli, 8 octobre 1828.
J'ai transporté mon camp et mes pénates à l'ombre des grandes pyramides, depuis hier que, quittant Sakkara pour visiter Tune des merveilles du monde, sept chameaux et vingt ânes ont transporté nous et nos bagages à travers le désert qui sépare les pyramides méridionales de celles de Gizéh, les plus célèbres de toutes, et qu'il me fallait voir enfin avant de partir pour la Haute Egypte. Ces merveilles ont besoin d'être étudiées de près pour être bien appréciées; elles semblent diminuer de hauteur à mesure qu'on en approche, et ce n'est qu'en touchant les blocs de pierre dont elles sont formées, qu'on a une idée juste de leur masse et de leur immensité. Il y a peu à faire ici, et lorsqu'on aura copié des scènes de la vie domestique, sculptées dans un tombeau voisin de la deuxième pyramide, je regagnerai nos embarcations qui viendront nous prendre à Gizéh, et nous cinglerons à force de voiles pour la Haute hlgypte, mon véritable (luarlier général. Thèbes est là, et on y arrive toujours trop tard.
Le père Bibcnt, qui ne m'a servi à rien qu'à mettre le
désordre parmi nous, déserte l'expédition. Il retourne en Europe : Dieu l'accompagne' !
Sauf un peu de fatigue de la journée d'hier, je me porte fort bien. Je désire que vous en fassiez tous autant. Je suis réduit à le supposer, car je n'ai encore rien reçu d'Europe.
— Adieu, mon cher ami
J.-F. Ch.
EXTRAIT DU JOURNAL DE VOYAGE
20 octobre-. — Je me réveillai à Miniéh-ebn-Khasim, où le mâasch était arrivé à minuit. Ayant quelques provisions à faire, j'allai avec un des cavas joindre une partie de notre monde qui courait les marchés. Miniéh n'a rien de remarquable. C'est un grand village semblable à tous les autres Hassan aga, notre premier cavas, qui connaissait le pays, nous mena visiter une très grande filature de coton, établie par le Pacha dans un bâtiment d'architecture à la Louis XV, et contenant des salles fort vastes avec des machines européennes, mues par des bœufs et manœuvrées par des hommes, des enfants, des femmes et des jeunes filles. On nous montra des échantillons de coton assez bien traités et filés fort également.
Tout le monde étant rentré à bord à onze heures et demie, et les provisions de bouche étant faites, j'ordonnai de mettre à la voile ^our S aouadâ h, où quelques antiquités nous étaient signalées par la Description de l'Egypte. On y arriva à
1. Disons ici que l'architecte Bibent, si énergique et si plein de feu quand ChampoUion l'avait vu en Italie, n'était plus ce qu'il avait été en ce temps-là; sa santé était fort ébranlée et il mourut l'année suivante après son retour en France.
2. Ce qui suit est une copie par extraits : l'original n'existe plus
midi. Ayant pris terre et appelé un homme du pays pour nous servir de guide, nous allâmes à pied à travers champs, vers la montagne Arabique. Là, une sorte de mamelon calcaire s'offrit à nous, et le guide nous fit signe d'entrer par une petite porte, semblable à celle d'un hypogée. Bientôt après nous revîmes la lumière, et nous nous trouvâmes dans une petite cour taillée dans le roc et entourée d'une corniche dorique à triglyphes, avec des chapiteaux tenant encore à l'architrave, mais tous les fûts de colonnes, creusés à même dans le roc, ont été brisés et n'existent plus. C'était là un hypogée dans le goût gréco-romain, et certainement d'une bonne époque.
Sous le portique méridional sont plusieurs cavités carrées, creusées dans la roche, et qui paraissent avoir servi de sarcophages. On y voit aujourd'hui la tombe de deux curés coptes. — Le côté oriental, divisé en deux pièces par un mur en briques crues, sert aujourd'hui d'église. Le prêtre nous en a fait les honneurs, entouré de femmes et d'enfants chrétiens, car Saouadéh est le cimetière de tous les Coptes des environs. Nous fîmes un cadeau de huit piastres à M. le Curé, et gagnâmes en droite ligne les bords du Nil, où j'avais donné l'ordre au mâasch de venir nous prendre en remontant. Pendant qu'assis à l'ombre d'un palmier, nous attendions que le bâtiment s'approchât de terre, le curé copte et un jeune vicaire, reconnaissants de notre cadeau, vinrent nous rejoindre pour nous offrir des dattes sèches que nous acceptâmes volontiers parce qu'elles étaient excellentes.
Remonté sur le mâasch, je fis faire voile pour Zaouïetel-Maïéiin, où nous savions qu'existaient des hypogées égyptiens. Nous dînâmes chemin faisant et partîmes du village aussitôt après le café, en marchant vers le sud, afin de joindre le pied de la montagne Arabique. Notre guide nous fit traverser le cimetière où l'on porte encore les corps des musulmans de Miniéli, et cette position de Zaouïet-cl-
Maïétîn (l'oratoire des morts) semble de toute antiquité avoir servi d'asile aux cadavres des habitants d'une portion deVHeptanomide, dépendante du nome liermopolite, je veux dire des villes antiques de ce nome, situées comme Miniéh (Ibcum) sur la rive droite du fleuve. La rive gauche est en général si déserte, le Nil baignant le pied même de la montagne Arabique, que, la culture ne pouvant s'y établir, on a dû la consacrer aux sépultures. Cela explique la suite d'hypogées égyptiens qu'on y trouve sur une assez grande étendue, depuis Saouadéh jusques au-dessous d'Antinoé. La raison de la détermination (l'aridité du terrain) était tellement impérieuse, que cela même semblait contrarier le principe généralement suivi par les anciens Égyptiens de mettre leurs cimetières sur la rive occidentale du Nil, à cause de l'identité des idées Enfer (séjour des morts) et Occident (Amenti). Lacune à remplir ; texte à reprendre où se trouve le nom
du Roi .
2ï octobre. — Continuation de l'examen et des dessins des tombeaux.
22 octobre. — Je terminai la notice du tombeau qu'on vient de citer, et, n'ayant plus rien à extraire de ces vieilles tombes, nous redescendîmes à notre mâasch, mouillé sous le petit village qui prend son nom de Koum-el-Alimar, le monticule ou tertre rouge, des innombrables tessons de poterie égyptienne qui recouvrent tout le penchant de la montagne au Nil, jusques à l'endroit des hypogées déserts. C'est sur ce terrain qu'existent des débris de petites construc-
1. Observation écrite en marge du manuscrit et qui concerne l'un des deux Pèpi de la VP dynastie. N'ayant encore vu que très peu de monuments des premières dynasties, ChampoUion hésitait, comme de juste, à apprécier longuement ceux qu'il rencontra tout d'abord. On a vu, dans les Lettres d'Italie, que ses recherches avaient dû s'arrêter au temps de la XVIP dynastie : pour ce qui concernait les temps antérieurs, il espérait tout des résultats de son séjour en Egypte.
lions cubiques crues qui datent d'une nécropole vulgaire, les riches ayant fait creuser leurs tombeaux dans les masses de roches calcaires qui couronnent la montagne.
Pendant notre souper, je fis mettre à la voile pour Béni- Hassan-el-Qadim, où nous arrivâmes à minuit, pour ainsi dire portés par une bourrasque, car, les voiles étant toutes chargées, les mâasch avançaient contre le courant avec une vélocité remarquable.
23 octobre. — Quelques-uns de nos jeunes gens montèrent de très bonne heure aux grottes qu'on apercevait sur la montagne, à vingt minutes de montée du lieu où nos barques étaient amarrées. — Description des hypogées de Béni-Hassan-el-Qadim et des tableaux trouvés dans ces tombeaux ^ .
24 octobre. — Séjour aux hypogées de Béni-Hassan-cl- Qadim. Notre journée était ainsi divisée : Au lever du soleil, on montait aux grottes après une légère collation. A midi, le diner fut porté par les mariniers. — Les hypogées de Rotéï, de Menôtheph et de Nébôtlieph nous ont successivement servi de salle à manger. La dernière surtout était magnifique, car nous apercevions à travers les colonnes de son élégant portique la superbe plaine de l'Heptanomide, en partie verdoyante, en partie inondée. Nous avons fait ici une moisson inappréciable de tableaux représentant la vie civile et domestique, les arts et métiers, les animaux de tout genre, les exercices et les costumes de la caste militaire que j'ai rédigés sur place, presque toujours du haut des échelles ou dans des positions fort incommodes. De là
1. Il va sans dire que les cgyi)tologues trouveront le eomplénieiit nécessaire do ces lettres dans les Monuments de l'itf/i/ptc et de la Ntthie, Paris, 183r)-1047 (Didot Irôres), 4 vol. avec 466 planches, et dans lea Notices désert pt ires conformes ctnx notices aiitoi/rd/dies rèdii/èes sur les lieux, par Cliampollion le Jeune, Paris, 1844-1879, publit^es par Cliampollion-Figeac, et contiinu-es par E. dv Rougé et G. Maspero, t. I, livr. 1- 9, et t. II, livr. 10-11).
vient que Fécriture en est si mciuvaise et les détails si peu soignés. Nos travaux dans les hypogées de Béni-Hassan-el- Qadim étant terminés, je terminai de faire voile sur Béni- Hassan-el-Amar , où nous arrivâmes à onze heures du soir pour mouiller dans un bras du Nil, au milieu de rives couvertes de palmiers, ce qui donnait à la localité l'aspect d'un lac environné de plantations. Le village se cache dans des feuilles de palmiers; on le nomme {Béni-Hassan-el-Amar), c'est-à-dire : Béni-Hassan « le nouvel habité », parce que c'est un village nouvellement bâti après la destruction et l'incendie de Béni-Hassan, surnommé aujourd'hui el-Qadim (le vieux) par les ordres d'Ibrahim-Pacha, qui voulait détruire ce repaire de brigands. Aujourd'hui, le pays est aussi sûr que le reste de l'Egypte.
6 novembre. — J'avais fait amarrer le màasch devant ce village, dans le dessein de visiter les monuments curieux qu'on nous avait dit exister dans les montagnes. Nous partîmes donc de bonne heure, et à pied, en nous dirigeant droit à l'est, sur la montagne Arabique et vers l'ouverture d'une vallée que nous apercevions devant nous. Quittant bientôt le terrain cultivé, nous entrâmes dans le désert, et, après vingt minutes de marche, sur la droite (nord) du ravin, ou Ouadi, qui sort de la vallée, on nous montra deux grands emplacements dans lesquels on trouve une quantité incroyable de momies de chats, enveloppées une à une ou plusieurs à la fois, dans de simples nattes. — On reprit le chemin de la vallée en repassant sur la rive gauche du Ouadi, et nous arrivâmes en peu de temps à son entrée, qui est fort pittoresque, quoiqu'elle présente un grand tableau de sécheresse et d'aridité. C'est du désert tout pur, des murailles de roches fort élevées, percées à jour sur la droite par les nombreux hypogées et les puits qu'on y a creusés, non pour y recevoir des momies humaines, mais des momies de chats et de quelques autres quadrupèdes.
La montagne formant le côté gauche de la vallée est
aussi percée de quelques grottes, mais qui n'offrent aucun intérêt. Celles de droite ne portent aucune sculpture ou inscription, si l'on en excepte la porte d'un grand hypogée de chats qui a été décoré sous le règne d'Alexandre, Jils d'Alexandre le Grand, c'est-à-dire de 317 à 297 avant l'ère chrétienne.
C'est à une courte distance de ces hypogées et du même côté de la montagne, après avoir tourné une roche qui avance sur la vallée, qu'on trouve une grande excavation soutenue par liuit piliers en partie détruits, décorée de sculptures peintes et de grandes inscriptions hiéroglyphiques. C'est un temple dédié à la déesse PascAiJ (Bubastis), et dont les ornements ont été commencés par le roi Thouthmosis IV, et continués sous son descendant, le Pharaon Ménephtha, dans le nom duquel, ici comme ailleurs, on a effacé une figure qui est restée très visible dans le dernier cartouche à gauche de la frise, décorant la paroi ouest du couloir. Cette grotte n'est autre que la grotte de Diane (Bubastis), appellation donnée par les géographes anciens à une position occupant la place de l'un des Béni-Hassan d'aujourd'hui. La journée entière se passa à dessiner des bas-reliefs et les inscriptions de ce lieu sacré, et à développer une foule de momies de chats et de chiens. Je suis persuadé que tous les trous et excavations pratiqués dans cette montagne n'ont eu pour objet que la conservation et le dépôt des momies de l'animal consacré à Bubastis, le c/iat, qu'on y trouve en si grande abondance. Le fond de la vallée, entre le Ouadi et la grotte de Pascht, est encore une nécropole de chats, disposés par bancs et plies pour la plupart dans des nattes, les chats d'un rang élevé étant renfermés dans les nombreux hypogées creusés dans la montagne, et en particulier dans le temple d'Alexandre, dont les couloirs sont encombrés de débris de momies de cette espèce d'animal. Nous ne rentrâmes au màasch qu'à la nuit close,
HlDI.. lOiiVlT.. T. XX.Xl. 0
et après souper on partit pour Antinoé, où nous arrivâmes dans la nuit.
CHAMPOLLIOX A CHAMPOLLIOX-FIGEAC
Béni-Hassan (au-dessus de Minich), 5 novembre 1828,
au soir.
L'homme propose, mon cher ami, et Dieu dispose. Je comptais être à Thèbes le l®"" novembre : voici déjà le 5, et je me trouve encore à Béni-Hassan. Tout ceci est la faute de l'admirable Jomard, qui, décrivant les hypogées de cette localité, en donne une si mince idée par ses petits dessins inexacts et ses phrases encore plus douteuses, que je comptais expédier ces grottes en une journée; mais elles en ont dévoré quinze, sans que j'aie la moindre envie de les leur
reprocher Je dois reprendre, toutefois, mon récit de plus
haut.
Ma dernière lettre était datée des grandes pyramides, où je suis resté campé trois jours, non pour ces masses énormes et de si peu d'efïet lorsqu'on les avoisine, mais pour l'examen et le dépouillement des grottes sépulcrales creusées dans le voisinage. Une, entre autres, celle d'un certain QVflfl Eïmaï, nous a fourni une série de bas-reliefs très curieux pour la connaissance des arts et métiers de l'ancienne Egypte, et je dois donner un soin très particulier à la recherche des monuments de ce genre, qui sont aussi bien de Vhistoire que les grands tableaux de bataille des palais de Thèbes, lesquels je n'ai pas encore vus, mais qui remplissent mes rêves de chaque nuit. J'ai trouvé autour des pyramides plusieurs tombeaux do princes (fils de roi 1^^) et de grands personnages, mais peu d'inscriptions d'un très grand intérêt.
Je quittai les pyramides le 11 octobre, pour revenir sur mes pas et gagner notre ancien campement de Sakkara, à travers le désert, et de là notre Jlotte, mouillée à Bédréchéïn, où nous arrivâmes le soir même, grâce aux jarrets de nos infatigables baudets et aux chameaux qui portaient fort patiemment tout notre bagage. Nous mîmes à la voile pour la Haute Egypte, et ce ne fut que le 20 octobre, après avoir éprouvé tout l'ennui du calme plat et du manque total de vent du nord, que nous arrivâmes à Miniéh, d'où je fis repartir de suite, après une visite à \d, filature de coton, montée en machines européennes, et après l'achat de quelques provisions indispensables. On se dirigea sur Saouadéh^om: voir un liypogée grec d'ordre dorique, assez bien décrit par l'ami Jomard. De là nous cinglâmes vers Zaouîet-el-Maïétîn, où nous fûmes rendus le 20 même au soir. Là existent quelques hypogées décorés de bas-reliefs relatifs à la vie domestique et civile; j ai fait copier tout ce qu'il y avait d'intéressant, et nous ne les quittâmes que le 23 au soir, pour courir à Béni-Hassan à la faveur d'une bourrasque, à laquelle nous dûmes d'y arriver le même jour sur le minuit.
A l'aube du jour, quelques-uns de nos jeunes gens, étant allés, en éclaireurs, visiter les grottes voisines, me rapportèrent qu'il n'y avait absolument rien à faire, vu que toutes les peintures étaient à peu près effacées. Je montai néanmoins, au lever du soleil, visiter ces hypogées, et je fus agréablement surpris de trouver une étonnante série de peintures parfaitement visibles jusques dans leurs moindres détails, lorsqu'elles étaient mouillées avec une éponge, et qu'on avait enlevé la croûte de poussière fine qui les recouvrait. Dès ce moment, on se mit à l'ouvrage, et par la vertu de nos échelles et de l'admirable éponge, la plus belle conquête (|ue l'industrie humaine ait pu faire, nous vîmes se dérouler à nos yeux la plus curieuse série de peintures qu'on pui.^se imaginer, toutes relatives à la vie civile, aux arts et métiers,
et, ce qui était neuf, à la caste militaire. J'ai fait, dans les deux premiers hypogées, une moisson immense, et cependant une moisson plus riche nous attendait dans les deux tombes les plus reculées vers le nord : ces deux hypogées, dont l'architecture et quelques détails intérieurs ont été gâchés par Jomard, offrent cela de particulier (ainsi que plusieurs petits tombeaux voisins) que la porte de Thypogée est précédée d'un portique taillé à jour dans le roc, et formé de colonnes qui ressemblent, à s'y méprendre, à la première vue, au dorique grec de Sicile et d'Italie. Elles sont cannelées, à base arrondie, et presque toutes d'une belle proportion. L'intérieur des deux derniers hypogées était ou est encore soutenu jDar des colonnes semblables : nous y avons tous vu le véritable type du vieux dorique grec, et je l'affirme sans craindre d'établir mon opinion, comme l'a fait Jomard pour le corinthien et l'ionique, sur des monuments du temps des Empereurs, car ces deux hypogées, les plus beaux de tous, portent leur date et appartiennent au règne d'Osortasen, deuxième roi de la XXllP Dynastie (Tanite), et, par conséquent, remontent au IX° siècle avant J.-C. J'ajouterai que le plus beau des deux portiques, encore intact, celui de l'hypogée d'un chef administrateur des terres orientales de l'Heptanomide, nommé Nébôtliph, est composé de ces colonnes doriques sans base, comme à Psestum et dans tous les beaux temples grecs-doriques (pi. IV).
Les peintures du tombeau de Nébôtliph sont de véritables fjouaches, d'une finesse et d'une beauté de dessin fort remarquables : c'est ce que j'ai vu de plus beau jusqu'ici en Egypte. Les animaux, quadrupèdes, oiseaux et poissons y sont peints avec tant de finesse et de vérité, que les copies coloriées que j'en ai fait prendre ressemblent aux gravures coloriées de nos beaux ouvrages d'histoire naturelle : nous aurons besoin de l'affirmation des quatorze témoins qui les ont vues, pour qu'on croie en Europe à la fidélité de nos dessins, qui sont d'une exactitude parfaite.
BiBL. ÉGYPTOL.,T.
Pl IV
COLONNKS PU( )'l ( )-!)( )i; Kjl ■ IvS !-;( i VlTl l'A N IvS À Hi:.\i- Hassan
C'est dans ce même hypogée que j'ai trouvé un tableau du plus haut intérêt. Il représente quinze prisonniers, hommes, femmes ou enfants, pris par un des fils de Nébôthpli, et présentés à ce chef par un scribe royal, qui offre en même temps une feuille de papyrus, sur laquelle est relatée la date de la prise, et le nombre des captifs, qui était de trente-sept. Ces captifs, grands et d'une physionomie toute particulière, à nez aquilin pour la plupart, étaient blancs comparativement aux Égyptiens, puisqu'on a peint leurs chairs en jaune-rous pour imiter ce que nous nommons la couleur de chair. Les hommes et les femmes sont habillés d'étoffes très riches, peintes (surtout celles des femmes) comme le sont les tuniques de dames grecques sur les vases grecs du
vieux style : la tunique, la coiffure ^. -., .
et la chaussure des femmes captives *|^"lr^ UfJTJi!]^^ peintes à Béni-Hassan ressemblent
à celles des grecques des vieux vases, et j'ai retrouvé sur la robe de l'une d'elles l'ornement enroulé si connu sous le nom de grecque, peint en rouge, bleu et noir, et tracé verticalement. Ces détails piqueront la curiosité et réveilleront l'intérêt de nos archéologues et celui de notre ami Dubois, que j'ai regretté, ici plus qu'ailleurs, de n'avoir pas à mes côtés, parce que notre opinion sur l'avancement de l'art en Egypte y trouve des preuves archi-autJientiques. Les hommes captifs, à barbe pointue, sont armés d'arcs et de lances, et l'un d'entre eux tient en main une lyre grecque de vieux style. Sont-ce des Grecs? Je le crois fermement, mais des Grecs ioniens, ou un peuple d'Asie-Mineure, voisin des colonies ioniennes et participant de leurs mœurs et de leurs lia))itudes : des Grecs du IX** siècle avant J.-C, peints avec fidélité par des mains égyptiennes. J'ai fait copier ce long tableau en couleur avec une rigueur de janséniste : pas un coup de pinceau qui ne soit dans l'original.
Les quinze jours passés à lirni-Hassan ont été monotones, mais fructueux. Au lever du soleil, nous montions aux liv-
pogées dessiner, colorier et écrire, en donnant une heure au plus à un modeste repas, qu'on nous apportait des barques, pris à terre sur le sable, dans la grande salle de l'hypogée^ d'où nous apercevions, à travers les colonnes en dorique primitif, les magnifiques plaines de l'Heptanomide. Le soleil couchant, admirable dans ce pays-ci, donnait seul le signal du repos : on regagnait la barque pour souper, se coucher et recommencer encore le lendemain.
Cette vie de tombeaux a eu pour résultat un portefeuille de dessins parfaitement faits et d'une exactitude complète, qui s'élèvent déjà à plus de trois cents. J'ose dire qu'avec ces seules richesses, mon voyage d'Egypte serait déjà mieux rempli et plus productif que tous les papiers de la Commission, à l'architecture près, dont je ne m'occupe que dans les lieux qui n'ont pas été visités ou connus. Voici un petit crayon de mes conquêtes : cette note sera divisée par matières, alphabétiquement rangées comme l'est mon portefeuille pendant le voyage, afin d'avoir sous la main les dessins déjà faits, et de pouvoir les comparer avec les monuments nouveaux du même genre.
1° Agriculture. — Dessins représentant le labourage avec les bœufs ou à bras d'hommes; le semage, le foulage des terres par les béliers, et non par les porcs, comme le dit Hérodote; le dessin de cinq ou six espèces de charrues; le piochage, la moisson du blé; la moisson du lin; la mise en gerbe de ces deux espèces de plantes; la mise en meule, le battage, le mesurage, le dépôt en grenier; deux dessins de grands greniers sur des plans différents; le lin transporté par des ânes; une foule d'autres travaux agricoles, et entre autres la récolte du lotus; la culture de la vigne, la vendange, son transport, l'égrenage, le pressoir de deux espèces, l'un à force de bras et l'autre à mécanique, la mise en bouteilles ou jarres, et le transport à la cave; la fabrication du vin cuit, etc. ; la culture du jardin, la cueillette des bamiéh, des figues, etc.; la culture de l'oignon, l'arrosage.
etc. ; le tout, comme tous les tableaux suivants, avec légendes hiéroglyphiques explicatives, plus Vintendant de la maison des champs et ses secrétaires.
2° Arts et Métiers. — Collection cle tableaux, pour la plupart coloriés, afin de bien déterminer la nature des objets, et représentant : le sculpteur en pierre, le sculpteur sur bois, le peintre de statues, le peintre d'objets d'architecture, de meubles et menuiserie; le peintre peignant un tableau, avec son chevalet; des scribes et bureaucrates de toute espèce; les ouvriers des carrières transportant des blocs de pierre; l'art du potier avec toutes les opérations; les marcheurs pétrissant la terre avec les pieds, d'autres avec les mains; la mise de l'argile en cône, le cône placé sur le tour; le potier faisant la panse, le goulot du vase, etc. ; la première cuite au four, la seconde au séchoir, etc. ; la coupe du bois; les fabricants de cannes, d'avirons et de rames; le charpentier, le menuisier; le fabricant de meubles; les scieurs de bois; les corroyeurs; le coloriage des cuirs ou maroquins ; le cordonnier ; la filature ; le tissage des toiles à divers métiers; le verrier et toutes ses opérations; l'orfèvre, le bijoutier, le forgeron, etc.
3° Caste militaire. — L'éducation de la caste militaire et tous ses exercices gymnastiques, représentés en phis de deux cents tableaux, où sont retracées toutes les poses et attitudes que peuvent prendre deux habiles lutteurs, attaquant, se défendant, reculant, avançant, del)out, renversés, etc. ; on verra par là si l'art égyptien se contentait de figures de profil, les jambes unies et les bras collés contre les hanches. J'ai copie de toute cette curieuse série de militaires nus, luttant ensemble ; plus, une soi.xantaine de figures représentant des soldats de toute arme, de tout rang, la petite guerre, un siège, la tortue et le bélier, les punitions militaires, un cliamp cle bataille, et les préparatifs d'un repas militaire; enlin la fabrii'ution des lances, javelots, arcs, flèches, massues, haches d'armes, etc.
4° Chant, Musique et Danse. — Un tableau représentant un concert vocal et instrumental ; un chanteur, qu'un musicien accompagne sur la harpe, est secondé par deux chœurs, l'un de quatre hommes, l'autre de cinq femmes, et celles-ci battent la mesure avec leurs mains : c'est un opéra tout entier ; des joueurs de harpe de tout sexe, des joueurs ûeJliUe traversière, de flageolet, d'une sorte de conque, etc. ; des danseurs faisant diverses figures, avec les noms des pas qu'ils dansent; enfin, une collection très curieuse de dessins représentant les danseuses (ou filles publiques de l'ancienne Egypte), dansant, chantant, jouant à la paume, faisant divers tours de force et d'adresse.
5° iJn nombre considérable de dessins représentant I'Éducation des bestiaux; les bouviers, les boeufs de toute espèce, les vaches, les veaux, le tirage du lait ; la fabrication du fromage et du beurre ; les chevriers, les gardeurs d'ânes, les bergers et leurs moutons ; des scènes relatives à Vart vétérinaire; enfin la basse-cour, comprenant l'éducation d'une foule d'espèce d'oies et de canards, et celle d'une espèce de cigogne qui était domestique dans l'ancienne Egypte.
6° Une première base de recueil iconographique, comprenant les portraits des Rois égyptiens et de grands personnages. Ce portefeuille sera complété en Thébaïde.
7° Dessins relatifs aux Jeux, Exercices et Divertissements. — On y remarque la mourre, le jeu de la paille, une sorte de main-chaude, le mail, le jeu despiquets plantés en terre, divers jeux de force ; la chasse à la bête fauve, un tableau représentant une grande chasse dans le désert, et où sont figurées quinze à vingt espèces de quadrupèdes ; tableaux représentant le retour de la chasse ; le gibier est porté mort ou conduit vivant ; plusieurs tableaux représentent la chasse des oiseaux au filet ; un de ces tableaux est de grande dimension et gouache avec toutes les couleurs et le faire de l'original; enfin, le dessin en grand des divers pièges pour
prendre les oiseaux ; ces instruments de chasse sont peints isolément dans quelques hypogées ; plusieurs tableaux représentant la pèche : 1° la pêche à la ligne sans canne ; 2° à la ligne avec canne; 3° au trident ou au bident ; 4° au filet ; plus la préparation des poissons, etc.
8° Justice domestique. — J'ai réuni sous ce titre une quinzaine de dessins de bas-reliefs représentant des délits commis par des domestiques; l'arrestation du prévenu, son accusation, sa défense, son jugement par les intendants de la maison ; sa condamnation et l'exécution, qui se borne à la bastonnade, dont procès-verbal est remis, avec le corps du procès, entre les mains du maître par l'intendant de hi maison.
Antinoé-el-Tell, 6 novembre 1828.
Voici les notices que j'ai rédigées sur place : presque toutes mal écrites ou des légendes mal dessinées quant à la forme (mais fidèles toutefois), parce qu'elles ont été faites sur le haut d'une échelle et dans des positions fort incommodes. — Notre travail étant terminé au soir, je fis mettre à la voile pour Béni-Hassan-el-Amar, où nous arrivâmes au milieu de la nuit.
Du 8 novembre, devant Monfalouth.
9" Le ménage. — J'ai réuni dans cette série, déjà fort nombreuse, tout ce qui se rapporte à la vie privée ou intérieure. Ces dessins fort curieux représentent : 1° diverses maisons égyptiennes, plus ou moins somptueuses; 2'' les vases de diverses formes, ustensiles et meubles, le tout colorié, parce que les couleurs indiquent invariablement la matière ; 3" un superbe palancjuin ; 4" des espèces de chambre à portes battantes, portées sur un traîneau et qui ont servi de voitures aux anciens grands personnages de l'Egypte; 5° les singes, chats et chiens qui faisaient partie
de la maison, ainsi que des nains et autres individus mal conformés, qui, 1500 ans et plus avant J.-C, servaient à désopiler la rate des seigneurs égyptiens, aussi bien que, 1500 ans après, celle de nos vieux barons d'Europe ; 6° les officiers d'une grande maison, intendants, scribes, etc. : 7° les domestiques portant les provisions de bouche de toute espèce ; les servantes apportant aussi divers comestibles ; 8" la manière de tuer les bœufs et de les dépecer pour le service de la maison ; 9° une suite de dessins représentant des cuisiniers préparant des mets de diverses sortes ; 10° enfin, les domestiques portant les mets préparés à la table du maître.
10*' Monuments historiques. — Ce recueil contient toutes les inscriptions, bas-reliefs et monuments de tout genre, portant des légendes royales, avec une date exprimée, que j'ai vus jusques ici.
11° Monuments religieux. — Toutes les images des différentes divinités, dessinées en grand et coloriées d'après les plus beaux bas-reliefs. Ce recueil s'accroîtra prodigieusement à mesure que j'avancerai dans la Thébaïde.
12° Navigation. — Recueil de dessins représentant la construction des bâtiments et barques de diverses espèces, et les jeux des mariniers, tout à fait analogues aux joutes qui ont lieu sur la Seine dans les grands jours de fête.
13° Enfin Zoologie. — Une suite de quadrupèdes, d'oiseaux, de reptiles, d'insectes et de poissons, dessinés et coloriés avec toute fidélité d'après les bas-reliefs peints ou les peintures les mieux conservées. Ce recueil, qui compte déjà près de 200 individus, est du plus haut intérêt : les oiseaux sont magnifiques, les poissons peints dans la dernière perfection, et on aura par là une idée de ce qu'était un hypogée égyptien un peu soigné. Nous avons déjà recueilli le dessin de plus de quatorze espèces différentes de chiens de garde ou de chasse, depuis le lévrier jusqu'au basset à jambes torses; j'espère que MM. Cuvier et Geofïroy-Saint-
Hilaire me sauront gré de leur rapporter ainsi l'histoire naturelle égyptienne en aussi bon ordre.
Voilà quels sont jusques ici mes conquêtes et mon butin. C'est un beau début. J'espère compléter et étendre dignement ces diverses séries, puisque je n'ai encore vu, pour ainsi dire, aucun monument égyptien ; les grands édifices ne commencent en effet qu'à Abydos, et je n'y serai que dans dix jours.
J'ai passé, le cœur serré, en face d' Aschmounéùi, en regrettant son magnifique portique détruit tout récemment par les barbares. Hier, Antlnoé ne nous a plus montré que des débris; tous ses édifices ont été démolis depuis peu, et il ne reste plus que quelques colonnes de granit, que les Visigoths d'Egypte n'ont pu remuer.
Je me suis consolé un peu de la perte de ces monuments, en en retrouvant un fort intéressant et dont personne n'a parlé, pas même Jomard, qui a séjourné longtemps dans son voisinage. Nous avons reconnu, dans une vallée déserte de la montagne Arabique, vis-à-vis Béni-Hassan-el-Amar, un petit temple creusé dans le roc, dont la décoration, commencée par Thouthinosis IV, à été continuée par Afandouéi de la XVIIP Dynastie. Ce temple, orné de beaux basreliefs coloriés, est dédié à la déesse Pasc/it ou Pépascht, qui est la Bubastis des Grecs, et la Diane des Romains. Les géographes, Jomard lui-même, placent à Béni-Hassan la position nommée Speos-Artemidos (la grotte de Diane), et ils ont raison, puisque je viens de retrouver le temple, creusé dans le roc (le Speos de la déesse), et ce monument, qui ne présente en scène (jue des images de Bubastis, la Diane Égyptienne, est cerné par divers hypogées de chais sacrés (l'animal de Bubastis). Quelques-uns sont creusés dans le roc, un, entre autres, construit sous le règne d'Alexandre, fils d'Alexandre le Grand. Devant le temple, sous le sable, est un grand banc de momies de chats plies dans des nattes et entremêlés de quelques chiens ; plus loin, entre la vallée
et le Nil, dans la plaine déserte, sont deux très grands entrepôts de momies de chats en paquets, et recouverts de deux pieds de sable.
Cette nuit j'arriverai à Siouili (Lycopolis), et demain je remettrai cette lettre aux autorités locales pour qu'elle soit envoyée au Caire, de là à Alexandrie, et de là enfin en Europe; puisse-t-elle être mieux dirigée que les tiennes! Car, je le dis avec amertume, je n'ai vu encore aucune lettre de toi ni de ma femme depuis mon départ de Toulon'; — juge de mon désappointement, lorsque Rosellini en a reçu une foule ces jours derniers et moi pas l'ombre d'une. Je ne sais quel malin génie se mêle de ma correspondance, mais je me perds à imaginer les causes de ce retard \ — Ma santé se soutient, et j'espère que le bon air de Thèbes m'assurera la continuation de ce bien-être. Donne de mes nouvelles à ma femme à laquelle j'écrirai de Thèbes. Mes respects à notre vénérable M. Dacier, mes amitiés aux siens et à tous ceux qui se souviennent de moi. Embrasse les amis Dubois, Duguet et Teuillet. Je suis tout et toujours tout à toi de cœur et d'âme. Adieu,
J.-F. Ch.
EXTRAIT DU JOURNAL DE VOYAGE
7 novembre 1828.
En nous réveillant, on se hâta de se rendre à terre et de traverser le village de CJiaikh-Abadê, entremêlé de palmiers, pour courir sur les ruines à'Antinoé. Ce n'est plus
1. Un peu plus tard, ChampoUion apprit que Drovetti avait retenu les lettres si anxieusement attendues. La correspondance des voyageurs passait alors par les mains de leurs consuls généraux.
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aujourd'hui qu'une suite de monticules de décombres recouverts de fragments de poteries de toute espèce. Aucun des monuments décrits par la Commission d'Egypte n'a échappé à la fureur des barbares habitants qui, avec la permission de leur gouvernement, ont tout détruit, jusques aux fondements, pour faire de la chaux avec les pierres des arcs de triomphe, des bains, etc. Il n'est resté debout, grâce à leur masse et à leur dureté, que les colonnes de granit formant la rue coloniale {sic) du côté du Nil. J'ai acheté ici une tête de statue de Rhamsès le Grand, pour la modique somme d'une piastre (sept sous), y compris le transport de cette petite masse jusques à mon mâasch. C'est mon drogman qui fit le marché, j'aurais été honteux de le contracter. Je fis payer le port en sus de la valeur du prix donné pour l'objet.
On partit sur les neuf heures du matin, et nous passâmes successivement devant lîéiramoim, situé sur le Nil, dans la direction des ruines d'Aschmounéïn (Hermopolis magna), dont le superbe portique, orné de sculptures du temps de Philadelphe Arrhidée (ou plutôt de Soter P^ dont il n'était que le préte-nom), a été démoli du consentement du Pacha, malgré les réclamations de Sait et de Linant. Plus tard nous dépassâmes Mellaourj-el-Arisch et la grotte de Stable AntJiar, décrite par Jomard. Vers le coucher du soleil, je fis arrêter à El- Tell, ville ruinée dont la Commission d'Egypte a donné le plan et la description, mais que l'Anglais Wilkinson croit avoir découverte et fait graver pour la première fois. M. Jomard pense que c'était la ville nommée Psinaula dans les itinéraires, et je suis entièrement de son avis. L'opinion de Wilkinson, qui pense avoir retrouvé Alahastronpolis dans El- Tell n'est pas soutenable.
Ici une lacune à remplir avec une inscription et un long texte sur Psinaula {sic).
Nous parcourûmes tout remplacement de la ville, dont les principales rues, larges et longues, se distinguent très
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facilement. La construction que M. Jomard croit avoir pu être un grenier m'a paru être les arases très reconnaissables d'un édifice religieux, bases d'un temple composé d'un pylône et de deux cours en briques crues, enfin, du temple proprement dit et bâti en grès. Les débris de cette pierre, mêlés au granit noir et rose, couvrent un très grand espace de forme carrée et sur l'alignement de deux pylônes. J'ai trouvé moi-même au milieu de ces détritus un fragment de calcaire cristallisé d'un très beau poli, ayant appartenu au genou d'une statue égyptienne.
Nous quittâmes le soir même El-Tell, et le mâascli était, le 8 novembre, en face de Tarout-es-Schérif de très bonne heure. Dans la matinée, nous passâmes devant la longue et dangereuse montagne dite Djebel-Abouféda, percée de grottes dont je remis la visite à notre retour de la seconde cataracte, afin de ne point laisser passer la saison favorable pour remonter le Nil. C'est devant cette maudite montagne que, le mâasch VAthyr ayant abordé Ylsis en pleine course pour déposer MM. Ducliesne, Lehoux et Bertin, parce que l'heure du dîner était venue, M. Bertin tomba dans le Nil, qui est d'une rapidité effroyable dans cet endroit-là. Il ne dut son salut qu'à sa présence d'esprit et à son talent pour la natation, qui lui donna le temps de saisir à la volée une corde lancée de la barque de nos cavas. Cette aventure, qui se passa sous mes yeux, me rendit malade de saisissement : il eût été affreux pour moi de rentrer en France sans un de mes compagnons de voyage, et de l'avoir perdu par un semblable accident.
Dans l'après-midi, nous dépassâmes MonfaloutJi (le lieu des onagres des Égyptiens), et nous restâmes ensuite engravés devant Mangabad [fabrique de vases des Coptes). Dégagés à grand'peine, nous avançâmes encore quelques milles et passâmes une partie de la nuit à une petite distance d'Osiouth.
9 novembre. — Nous nous réveillâmes le matin devant le
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petit port d'Osiouth, la [Saout] des Égyptiens et la Lycopolis des Grecs. Je voulais visiter les grottes et les hypogées de cette antique ville, et il fut résolu d'y passer la journée entière. On fit venir des ânes pour nous transporter à la ville, distante de vingt minutes de chemin des bords du fleuve. Je me rendis directement, accompagné de MM. Uhôte, Duchesne et Bertin, aux hypogées que l'on apercevait sur le penchant de la montagne et jusques à son sommet. La description de MM. Jollois et Devilliersest exacte. La destruction a fait des progrès depuis l'époque où ces voyageurs français visitèrent la nécropole de Lycopolis. J'ai reconnu une partie des sépultures qu'ils indiquent, mais je jugeais inutile de nous arrêter dans un lieu de bien peu d'intérêt, lorsqu'on a passé quinze jours entiers à Béni-Hassan.
Les grottes de Lycopolis paraissent avoir été d'une plus grande magnificence que les tombeaux de l'Heptanomide. Elles sont certainement de proportions plus colossales, mais presque tout est détruit, et l'on n'y peut reconnaître que des squelettes de tombeaux, toutes les surfaces de la pierre calcaire, jadis sculptées, ayant été enlevées par des mains profanes ou détériorées par des mains d'enfant. Je fis seulement copier une rangée de soldats sur la paroi sud de l'hypogée principal. — On nous avait fait passer, en allant aux hypogées, par le cimetière moderne d'Osiout/i, qui s'étend sur la dernière pente de la montagne dont les flancs recelaient des momies des anciens Égyptiens. Ce cimetière, composé de jolis petits édifices soigneusement blanchis, ressemble à une charmante ville lilliputienne. Au retour, je traversai la ville pour me rendre au grand bain où, après un peu de repos dont nous avions grand besoin, ayant couru toute la montagne à pied, soit en robe longue, soit en costume de mamekjulv, on nous servit un dîner composé de petits morceaux de mouton, préparés en forme de godiveau, une jatte de lait aigre pour y saucer la viande, et d'excellentes pastèques. Les pscudo-godiveaux étaient délicieux,
et nous leur fimes honneur au point d'en demander un second plat. Après le diner, nous fimes une visite au Bey, factotum de Schérif-Bey-Kiaya, pour lequel Habib-EfEendy nous avait donné des lettres que nous remimes à son lieutenant. On regagna le mâascli où nous passâmes la nuit.
10 novembre. — Partis le matin d'Osiouth, nous étions à onze heures à la hauteur du grand bourg d'El-Qatuî que la carte de la Commission nomme Matia, et nous fûmes forcés d'y aborder, le vent ayant cessé tout à coup. C'est là que mon barabra Mohammed retrouva son père, qui fabriquait de la bière, boisson dont il voulait me régaler, mais dont je ne pus boire une gorgée. On remit à la voile à une heure pour s'arrêter fort avant dans la nuit, à quelque distance de Qaou-el-Kebir . — On passa devant cette ancienne position d'Antœopolis sans toucher le rivage, parce qu'il nous fut aisé de voir qu'il ne restait aucune trace du beau portique décrit par la Commission. Le Nil a, depuis trois ans, englouti ce beau monument, et nous avons navigué sur des débris enfouis au fond du fleuve. On passa dans la journée devant Scheik-el-Haridi, si célèbre par le démon Asmodée de Paul Lucas. Nous eûmes à essuyer quelques coups de vent, et, à nuit close, ne pouvant plus espérer d'arriver à Akhmîm sans danger, on amarra les mâasch devant un village dont on ignorait le nom, pour y passer la nuit et faire réparer le mâasch Isis, où s'était déclarée une voie d'eau assez forte. — Après souper, Lenormand, L'hôte, Rosellini et quelques autres se rendirent à une soirée musicale donnée par Mohammed-Bey, mamour du Saïd, que l'état de sa santé avait forcé à se faire bâtir une maison près du village de (Saouadjé) Saouadgi, nommé Secouai dans la carte de la Commission, où l'air est excellent. Je déclinai l'invitation sous prétexte de fatigue, ignorant d'ailleurs le nom et le rang de l'amphitryon. Ceux qui avaient pris part à sa fête rentrèrent enchantés des manières gaies et courtoises du chef turc. Le lendemain matin, nous vîmes arriver en
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présent, et de la part du Bey, 6 moutons, 150 poules, 200 melons ou pastèques, etc., etc.; ne voulant pas être en reste, nous lui fîmes porter de notre côté une caisse de vin St-Georges, certains que le présent serait bien reçu, car mes compagnons étaient émerveillés de ce qu'il avait bu d'eaude-vie et de vin pendant le repas qu'il leur avait donné à une heure du matin. On m'annonça sa visite; je retardai notre départ d'une heure, mais, voyant qu'il ne venait pas, et ignorant d'ailleurs l'importance du personnage dont nous ne connaissions que l'enjouement et les talents bachiques, le 12 novembre, on mit à la voile pour Akhmim, où nous arrivâmes après une heure de navigation, les marins divisés en deux parts, l'une faisant la manœuvre et l'autre vidant l'eau de la cale, car il n'existait pas à Saouadgi d'ouvrier capable de boucher la voie d'eau de notre mâasch. Débarqués à Akhmîm, la vieille PanopoLis, nous courûmes à la ville pour la traverser, voir en passant les deux jolies mosquées, et nous porter au nord où la Commission signale quelques ruines de temples. Je trouvai les choses à peu près dans le môme état que les vit M. Saint-Genis.
Au nord et dans un bas-fond rempli par l'inondation, sont de grandes masses calcaires sans sculptures, à l'exception d'un bloc au milieu du bassin, et qui portait sur une des faces un tableau sculpté représentant un roi faisant un acte d'adoration. J'envoyai au mâasch prendre quatre longues planches pour faire des ponts volants d'un bloc à l'autre, et arriver jusques à la pierre sculptée, afin de découvrir la légende royale et le nom de la divinité adorée. Cette opération se lit à l'aide des planches dont nous avions provision et de trois de nos mariniers qui, nus, se jetèrent à l'eau pour placer et déplacer les ponts volants. Une foule considérable d'habitants couvraient le bord de l'étang, environné de palmiers et d'arbres assez touffus. Le tout formait un spectacle assez pittoresque, vu du bloc sculpté auquel j'étais arrivé sans encoml)re. Là, je reconnus ({ue le roi en adoration était
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Ptolémée Alexandre, que la divinité adorée était Amen- Hor-Ammon-Générateur, celui qu'en effet les Grecs ont considéré comme Pan, et dont la statue est très fidèlement décrite dans Etienne de Byzance, article Panojoo^ïs. Ce bas-relief suffit donc pour continuer nos idées sur le dieu adoré dans cette ville, sur son rang et sur ses formes ; il détermine en môme temps l'époque du temple de Ammon-Pan à Panopolis, et si les autres bas-reliefs de ce monument étaient de la même époque, ces ruines n'ont rien de commun avec les deux anciens temples égyptiens de Panopolis, décrits par Hérodote, si ce n'est l'emplacement. — Plus au nord-est, deux énormes blocs, sur l'un desquels est une inscription grecque publiée par M. Letronne. Ce sont les débris d'un propylon bâti sous Trajan.
En rentrant au mâasch, je trouvai la cange, le cheval, le fils, le séraf et les musiciens de Moliammed-Bey, envoyés par leur maître à notre poursuite avec une lettre fort polie, peignant sa mortification et son désappointement de ce que j'étais parti sans avoir reçu sa visite, qu'il avait convenu la veille avec mes compagnons qu'il viendrait me voir le matin, que nous dînerions chez lui, y passerions la journée à nous divertir, et ne nous séparerions qu'après souper. Les envoyés insistèrent pour que nous retournions à Saouadgi, que le Bey serait malade si nous' le refusions. Après quelques débats et une longue perplexité, je me décidai à céder aux instances du séraf et du cacbef, et j'ordonnai au réis, dont le mâasch était alors en état, de reprendre la route de Saouadgi. En chemin, nous endossâmes notre costume militaire mamlouk. La cange du Bey nous précédait : elle annonça notre arrivée et, en mettant le pied sur le rivage, je trouvai la maison et l'intendant à la tète, qui vint me recevoir et me montrer le chemin de l'appartement du Bey. Celui-ci était dans son harem, et il nous pria de l'attendre dans son divan, où on nous servit force pipes et du café
sucré, politesse dont plusieurs de nous furent vivement touchés.
Mohammed, étant arrivé, prit bientôt, après un grand échange de compliments entre lui et moi, un ton badin, et nous fit d'aimables reproches de notre départ du matin. Je lui donnai communication de nos fîrmans, parce que nous avions appris dans l'intervalle que nous avions affaire à un des principaux chefs de la Haute Egypte, et, un moment après, un de nos domestiques porta dans la salle une cassette renfermant un cabaret en cristal, que nous priâmes Mohammed-Bey d'accepter en mémoire de notre reconnaissance pour ses courtoisies.
La conversation reprit bientôt le ton de la plaisanterie, et, pendant trois heures qui se passèrent avant le dîner, les pipes furent chargées dix fois au moins, et les flacons d'eaude-vie circulaient de dix minutes en dix minutes. Je pris le parti de me mouiller seulement les lèvres avec la liqueur traîtresse. Quant à l'amphitryon, il allait à la bonne foi et buvait toujours rasade, comme un homme habitué à ce métier depuis quarante ans, car le Bey est fort âgé, mais cependant assez robuste encore, malgré une sorte d'asthme que l'eaude-vic dont il abuse ne cesse d'entretenir. Il fit venir deux musiciens grecs de sa maison, qui jouaient, l'un d'une sorte de théorbe à huit cordes, l'autre d'un violon à quatorze, et chantaient des chansons turques. Le premier était âgé de soixante-dix ans, et je laisse à penser quelle belle voix nous entendîmes. A ce jeune premier succéda un chanteur arabe à barbe blanche et qu'on nous dit avoir au moins quatrevingts ans. Le vieiuj Cygne prit son vol et chanta de tète et de toutes ses forces quelques complaintes arabes.
Notre drogman arménien d'Alep, ayant longtemps habité Constantinople et tout frais émoulu de la capitale turque, voulut montrer son talent et, saisissant sa flûte dont il joua assez bien, lit pâmer le Bey et ses gens par quehiues bons airs européens, mais surtout en exécutant d'une manière
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supérieure un air turc fort lent et des plus mélancoliques. La flûte, la théorbe et le violon réunis formèrent ensuite un concert assez agréable. Les deux musiciens grecs commencèrent d'eux-mêmes à jouer l'air de « Malborough s'en vaten guerre )), que nos jeunes gens avaient chanté au souper de la veille, à la grande satisfaction de toute l'assistance turque et arabe. Cet air entraînait tout, vainqueurs et vaincus, musulmans et chrétiens. La Marseillaise réussit aussi parfaitement bien et on apprécia beaucoup le chœur du nouvel opéra de Paris, Masaniello : Amis, la matinée est belle!
Enfin le dîner arriva. On me présenta à laver ainsi qu'à mes compagnons de voyage; j'essuyai mes mains à une serviette brodée et en soie de couleur, chacun eut la sienne pour cette opération de propreté. Nous étant mis sur les bords du divan, les jambes pendantes pour agrandir l'espace, on dressa deux petites tables ou guéridons, sur lesquels on posa successivement une vingtaine de plats différents, sans compter les anchois, salades et autres apéritifs qui restaient en permanence et au centre desquels on plaçait les plats plus substantiels. Ces plats étaient petits, sauf le premier, contenant un petit mouton tout entier farci et d'un excellent goût. Mais tout ce qu'on nous servit fut unanimement trouvé délicieux et préparé de main de maître. On termina le repas par des melons et des pastèques. Je n'ai jamais mangé de melon aussi exquis. Le vin circulait en petite quantité, mais souvent, et jamais le Bey, qui est philosophe, ne refusa le verre, et ne le rendit que vide.
Je portai les santés du Roi de France, du Pacha et d'Ibrahim-Pacha : tout cela fut reçu avec de l'enthousiasme par Mohammed, qui jura par son grand cimeterre que l'amitié de la France avec le Sultan et l'Egypte était si réelle qu'elle ne pouvait pas finir. Il n'est protestations d'amitié qu'il ne m'ait faites. La soirée se passa en concerts vocaux et instrumentaux. Il fit exécuter des tours de force par les mariniers, et les musiciens secondèrent des danseurs
qui exécutaient diverses danses, d'abord arabes, en contrefaisant les alméh, ensuite turques, et enfin grecques. Cellesci nous plurent infiniment; elles me rappelèrent \q Dédale des Athéniens. Nous primes enfin congé du Bey à une heure du matin. Il m'avait fait présent, avant-hier, d'une bague portant un jaspe rouge gravé en intaille et représentant Hélios et Séléné en buste, de travail grec, mais assez négligé.
Partis de Saouadgi de très bonne heure, nous repassâmes devant Akhmîni, où on s'arrêta un quart d'heure pour embarquer de nouveaux cadeaux de Mohammed-Aga ; de là, on fit voile sur Menschiet-el-Néidé, où on place l'ancienne Ptolemaïs. Dans l'après-dîner, nous longeâmes la montagne escarpée et bordée de grottes, nommée Djebel-el-Asserat, et c'est en passant entre cette montagne et les îlots appelés Gliéziret-Benou-Qas que nous aperçûmes pour la première fois les crocodiles : j'en vis quatre, dont trois fort grands, groupés sur le sable et en compagnie de l'oiseau blanc et noir nommé le Dominicain. C'est peut-être le Trocldliis. Peu de temps après, nous débarquâmes à Girgé, naguère capitale de la Haute Egypte, mais qui a perdu toute son importance : elle est à moitié déserte. Nous fûmes reçus sur le rivage par le sieur Piccinini, Luquois, chargé des fouilles de M. d'Anastazy, et qui vint se mettre à nos ordres, suivant l'injonction de son maître. Nous fîmes une visite au Père Davielle di Procida, au couvent de la Propagande. Ce Napolitain est prieur général des cinq couvents, savoir : de Tahta, Akhmîm, Girgé, Fard.jioutk et Nagadê, dans chacun desquels est un religieux ou deux tout au plus. Il n'y en a qu'un à Girgé, et c'est un Copte, élève de la Propagande. Curieux de la manière dont on lisait le copte en Egypte, je priai le Père de nous débiter une page de son missel, qu'il alla chercher d'assez bonne grâce. Je m'aperçus bientôt qu'il n'était pas sûr de ses lettres et qu'il prenait habituellement le q pour un «. Nous quittâmes les Pères un peu tard,
appelés par notre souper, qui fut suivi d'une danse et des chants des alméli de Girgé.
CHAMPOLLION A CHAMPOLLION-FIGEAC
Thèbes, 24 novembre 1828.
Ma dernière lettre, mon cher ami, datée de Béni-Hassan, finie en remontant le Nil et close à Osiouth, a dû en partir
du 10 au 12 de ce mois Dieu veuille qu'elle t'arrive plus
promptement que celles qui, depuis mon départ de France, m'ont été adressées par toi, les miens et tous ceux qui se souviennent de moi. Je n'en ai reçu aucune! — pas même celles dont Pariset s'est chargé et qu'il a sans doute remises au Consulat de France. C'est hier seulement et par la bouche d'un capitaine de marine anglais, lequel promène son spleen en Egypte, que j'ai appris que Pariset y était aussi arrivé et qu'il se trouve dans ce moment-ci au Caire. Je suis tout à l'Egypte, — elle est tout pour moi et je lui demande des consolations, puisque je ne reçois rien d'Europe. Ce n'est pas vous autres que j'accuse, — il n'est point douteux que
vous tous ne songiez à moi, ne m'écriviez souvent, mais
vos bons souvenirs ne me parviennent point. S'il en était autrement, et que je fusse tranquille sur la santé de tous les miens, je serais le plus heureux des hommes; car, enfin, je suis au centre de la vieille Egypte, et ses plus hautes merveilles sont à quelques toises de ma barque. — Voici d'abord la suite de mon itinéraire.
C'est le 10 novembre que je quittai Osiouth, après avoir visité ses hypogées parfaitement décrits par Jollois et Devilliers, dont j'admire chaque jour à Thèbes l'extrême exactitude. Le 11 au matin, nous passâmes devant Qaou-el-Kebir
(Antseopolis), et mon mâascli traversa à pleines voiles remplacement du temple que le Nil a complètement englouti sans en laisser les moindres vestiges. Quelques ruines d'Akhmîm (celles de Panopolis) reçurent ma visite le 12, et je fus assez lieureux pour y trouver un bloc sculpté qui m'a donné l'époque du temple, qui est de Ptolémée Philopator, et l'image du dieu Pan, lequel n'est autre chose, comme je Tavais établi d'avance, que l'Ammon générateur de mon Panthéon.
L'après-midi et la nuit suivante se passèrent en fêtes, bal, tours de force et concert chez l'un des commandants de la Haute Egypte, Mohammed-Aga, qui envoya sa cange, ses gens et son cheval pour me ramener, avec tous mes compagnons, à Saouadgi, que j'avais quitté le matin, et où il fallut retourner bon gré mal gré pour ne pas désobliger ce brave homme, bon vivant, bon convive, levant le coude à l'avenant, et ne respirant que la joie et les plaisirs. L'air de Marlborough, que nos jeunes gens lui chantèrent en chœur, le fit pâmer de plaisir, et ses musiciens eurent aussitôt l'ordre de l'apprendre'.
Nous partîmes le 13 au matin, comblés des dons du brave Osmanli. A midi, on dépassa Ptolémaïs, où il n'existe plus rien de remarquable. Sur les quatre heures, en longeant le Djebel-el-Asserat, nous aperçûmes les premiers crocodiles; ils étaient quatre, couchés sur un îlot de sable, et une foule d'oiseaux circulaient au milieu d'eux. J'ignore si, dans le nombre, était le Troc/dlas de notre ami Geoffroy-Saint-IIilaire. Peu de temps après, nous débarquâmes à Girgé. Le vent était faible le 15, et nous finies peu de chemin. Mais nos nouveaux compagnons, les crocodiles, semblaient vouloir nous en dédommager; j'en comptai vingt et un groupés sur un même ilôt, et une bordée de coups de fusil à balle, tirée d'assez près, n'eut d'autre résultat (juc de disj)crscr ceconci-