Voyez les lettres du maniour ii la (in de ce volume
liabule infernal. Ils se jetèrent au Nil, et nous perdîmes un quart d'heure à désengraver notre mâascb qui s'était trop approché de l'îlot.
Le 16 au soir, nous arrivâmes enfin à Dendéra. Il faisait un clair de lune magnifique, et nous n'étions qu'à une heure de distance des temples : pouvions-nous résister à la tentation^ ? Je le demande aux plus froids des mortels ! Souper et partir sur-le-champ furent Tafi'aire d'un instant : seuls et sans guides, mais armés jusques aux dents, nous prîmes à travers champs, présumant que les temples étaient en ligne droite de notre mâasch. Nous marchâmes ainsi, cliantant les marches des opéras les plus récents, pendant une heure et demie, sans rien trouver. On découvrit enfin un homme; nous l'appelons, et il détale à toutes jambes, nous prenant pour des Bédouins, car, habillés à l'orientale et couverts d'un grand burnous blanc à capuchon, nous ressemblions, pour l'Égyptien, à une tribu de Bédouins, tandis qu'un Européen nous eût pris, sans balancer, pour une guérilla de moines chartreux, armés de fusils, de sabres et de pistolets. On m'amena le fuyard, et, le plaçant entre quatre hommes et un caporal, je lui ordonnai de nous conduire aux temples. Ce pauvre diable, peu rassuré d'abord, nous mit dans la bonne voie et finit par marcher de bonne grâce : maigre, sec, noir, couvert de vieux haillons, c'était une momie ambulante, mais il nous guida fort bien et nous le traitâmes de même. Les temples nous apparurent enfin. Je n'essaierai pas de décrire l'impression que nous fit le grand propylon et surtout le portique du grand temple. On peut bien le me-
1. Vivant Denon, le graveur et le littérateur célèbre, ancien membre de la Commission et, plus tard, directeur du Musée Napoléon, avait parlé avec tant d'enthousiasme de l'architecture du temple de Dendérah <à l'étudiant ChampoUion, que celui-ci, dès le printemps de 1808, « comptait les heures » jusqu'au départ pour l'Egypte d'un jurisconsulte grenoblois qui l'avait invité à l'accompagner. On sait que ce voyage, qui devait se faire en 1809, n'eut pas lieu.
surer, mais en donner une idée, c'est impossible. C'est la grâce et la majesté réunies au plus haut degré. Nous y restâmes deux heures en extase, courant les grandes salles avec notre pauvre falot, et cherchant à lire les inscriptions extérieures au clair de la lune. On ne rentra au mâasch qu'à trois heures du matin pour retourner aux temples à sept heures. C'est là que nous passâmes toute la journée du 17. Ce qui était magnifique à la clarté de la lune l'était encore plus lorsque les rayons du soleil nous firent distinguer tous les détails. Je vis dès lors que j'avais sous les yeux un chefd'œuvre d'architecture, couvert de sculptures de détail du plus mauvais style. N'en déplaise à la Commission d'Egypte. les bas-reliefs de Dendéra sont détestables, et cela ne pouvait être autrement : ils sont d'un temps de décadence. La sculpture s'était déjà corrompue, tandis que l'architecture, moins sujette à varier puisqu'elle est un art chiffré, s'était soutenue digne des dieux de l'Egypte et de l'admiration de tous les siècles. Voici les époques de la décoration : la partie la plus ancienne est la muraille extérieure, à l'extrémité du temple, où sont figurés, de proportions colossales, Cléopâtre et son fils Ptolémée-Cœsar. Les bas-reliefs supérieurs sont du temps de l'Empereur Auguste, ainsi que les murailles extérieures latérales du naos, à l'exception de quelques petites portions qui sont de l'époque de Néron. Le pronaos est tout entier couvert de légendes impériales de Tibère, de Caïus, de Claude et de Néron, mais, dans tout l'intérieur du naos, ainsi que dans les chambres et les édifices construits sur la terrasse du temple, il n'existe pas un seul cartouche sculpté : tous sont vides et rien n'a été effacé. Le plus plaisant de raffaire, risum teneatis, aniici ! c'est que le morceau du fameux zodiaque circulaire qui portait le cartouche est encore en place, et que ce même cartouche est vide' ,
1. « L'I<igyptien » était lioureux de constater que le dessin de son ancien protecteur Denon, dessin fait immédiatement après la découverte
comme tous ceux de l'intérieur du temple, et n'a jamais reçu un seul coup de ciseau. Ce sont les membres de la Commission qui ont ajouté à leur dessin le mot autocratoi\ croyant avoir oublié de dessiner une légende qui n'existe pas : — cela s'appelle porter les verges pour se faire fouetter. Du reste que Jomard ne se presse pas de triompher parce que le cartouche du zodiaque est vide et ne porte aucun nom, car toutes les sculptures de cet appartement comme celles de tout l'intérieur du temple sont atroces, du plus mauvais style, et ne peuvent remonter plus haut que les temps de Trajan ou à'Antonin. Elles ressemblent à celles du propylon du sud-ouest ^ , qui est de ce dernier empereur et qui, étant dédié à Isis, conduisait au temple de cette déesse, placé derrière le grand temple qui, — n'en déplaise encore à la Commission, — est le temple d'Athor (Vénus), comme portent les mille et une dédicaces dont il est bordé, et non pas le temple d'Isis. Le grand propylon est couvert des images des Empereurs Domitien et Trajan. Quant au Typhonium, il a été décoré sous Trajan, Hadrien et Antonin le Pieux.
Ajoutons ici l'importante lettre que Champollion, vivement encouragé par Denon, adressa, au mois d'octobre 1821, à la Rexme enci/clopédique, qui allait avertir les Parisiens de la prochaine arrivée du célèbre zodiaque. Champollion-Figeac, ainsi que le rédacteur en chef lui-même, ami des deux frères, était d'avis que le vrai nom de l'auteur de la lettre ne fût pas prononcé (cf. la Bévue encyclopédique, novembre 1821, note des rédacteurs).
(( Nous applaudissons aux sentiments patriotiques qui ont dicté le projet hardi de nos deux compatriotes, entreprise exécutée si habilement et si heureusement. La France a tant fait pour dévoiler les antiquités de l'Egypte, qu'elle a bien le droit de posséder
du zodiaque en question par le général Desaix, èiait le seul qui correspondît à la réalité.