Le général de la Salette, à Grenoble, déjà mentionné
Le tombeau voisin cle celui-ci est plus intéressant encore sous le rapport historique. C'était celui d'un nommé A/imosis, fils de Obschné, chef des mariniers, ou plutôt des nautoniers : c'était un grand personnage. J'ai copié dans son liypogée ce qui reste d'une inscription de plus de trente colonnes, dans laquelle ledit Ahmosis adresse la parole à tous les individus présents et futurs, et leur raconte son histoire que voici. Après avoir exposé qu'un de ses ancêtres tenait un rang distingué parmi les serviteurs d'un vieux roi de la XVP Dynastie, il nous apprend qu'il est entré lui-même dans la carrière nautique dans les jours du roi Ahmosis f^^^ (le dernier de la XVIP Dynastie légitime) ; qu'il est ■ * ■ allé rejoindre le Roi à Tanis; qu'il a pris part aux guerres de ce temps où il a servi sur l'eau; qu'il a ensuite combattu dans le Midi, où il a fait des prisonniers de sa main ; (jue, dans les guerres de l'an VI du même Pharaon, il a pris un riche butin sur les ennemis: qu'il a suivi le roi Ahmosis lorsqu'il est monté par eau en Ethiopie pour lui imposer des tributs; qu'il se distingua dans la guerre qui s'ensuivit ; et qu'enfin il a commandé des bâtiments sous le roi Thouthmosis /«^ C'est là, sans aucun doute, le tombeau d'un de ces braves qui, sous le Pharaon Ahmosis, ont presque achevé l'expulsion des Pasteurs et délivré l'Egypte des Barbares.
Pour ne pas trop allonger l'article d'Éléthyia, je terminerai par l'indication d'un tombeau prcscjue ruiné. Il m'a fait connaître quatre générations de grands personnages du^pays, qui l'ont gouverné sous lu titre de Souten-si 1 "^ de Sowan (princes d'Eléthyia), durant les régnes des cinq premiers rois de la XVIII'' Dynastie, savoir : Aménùthpli I'"'' (Aménoftep), Thouthmosis l"', Thouthmosis II, Amensé, et Thouthmosis III (M<i;ris), auprès desquels ils tenaient un rang élevé dans leur service personnel, ainsi (|ue dans celui des reines Ahmosis-AtaiV', frninic d'AnicmMIiph I"'', et Ahmosis. femm<' dr Thoiilhniosis 1"', et de la [)rincesse Ra-
nofré, fille de la reine Amensé et sœur de Mœris. Tous ces personnages royaux sont successivement nommés dans les inscriptions de l'hypogée, et forment ainsi un supplément et une confirmation précieuse de la Table d'Abydos.
Le 3 mars, au matin, nous arrivâmes à Esné, où nous fûmes très gracieusement accueillis par Ibrahim-Bey, le mamour ou gouverneur de la province. Avec son aide, il nous fut permis d'étudier le grand temple d'Esné, encombré de coton, et qui, servant de magasin général de cette production, a été crépi de limon du Nil sur tout l'extérieur. On a également fermé, avec des murs de boue, l'intervalle qui existe entre le premier rang de colonnes du pronaos, de sorte que notre travail a dû se faire souvent une chandelle à la main, ou avec le secours de nos échelles, afin de voir les bas-reliefs de plus près.
Malgré tous ces obstacles, j'ai recueilli tout ce qu'il importait de savoir relativement à ce grand temple, sous les rapports mythologiques et historiques. Ce monument a été regardé, d'après de simples conjectures établies sur une façon particulière d'interpréter le zodiaque du plafond, comme le plus ancien monument de l'Egypte. L'étude que j'en ai faite m'a pleinement convaincu que c'est au contraire le plus moderne de ceux qui existent encore en Egypte : car les bas-reliefs qui le décorent, et les hiéroglyphes surtout, sont d'un style tellement grossier et tourmenté qu'on y aperçoit, au premier coup d'œil, le point extrême de la décadence de l'art. Les inscriptions hiéroglyphiques ne confirment que trop cet aperçu. Les masses de ce pronaos ont été élevées sous l'empereur César- Tibérius-CkiLidius-Germanicus (l'empereur Claude), dont la frise du pronaos porte la dédicace en grands hiéroglyphes. La corniche de la façade et le premier rang de colonnes ont été sculptés sous les empereurs Vespasien et Titus. La partie postérieure du pronaos porte les légendes des empereurs Antonin, Marc-Aurèle et Commode. Quelques colonnes de l'intérieur du pronaos furent
décorées de sculptures sous Trajari, Hadrien et Antonin, mais, à l'exception de quelques bas-reliefs de Tépoque de Domitien, tous ceux des parois de droite et de gauche du pronaos portent les images et les légendes de Septime-Sévère et de son fils Antonin Caraca/la. C'est là qu'existent aussi trois ou quatre bas-reliefs qui m'ont vivement intéressé, parce qu'ils représentaient le fils de Septime-Sévère, Géta, que son frère Caracalla eut la barbarie d'assassiner, en même temps qu'il fit proscrire son nom dans tout l'empire. Il parait que cette proscription du tyran fut exécutée à la lettre jusques au fond do la Tliébaïde, car les cartouchesnoms propres de l'empereur Géta sont tous martelés avec soin, mais ils ne l'ont pas été au point de m'empêcher de lire très clairement le nom de ce malheureux prince :
(^~r\ I'empereur César-Géta (kt*.) le directeur. ^ Je crois que l'on connaît déjà des inscriptions latines ou grecques dans lesquelles ce nom est martelé : voilà des légendes liiéroglyphiques à ajouter à cette série.
Ainsi donc, l'antiquité du pronaos d'Esné est incontestablement 'àxéQ : sa construction ne remonte pas au delà de l'empereur Claude, et ses sculptures descendent juscjucs à Caracalla, et du nombre de celles-ci est le fameux zodiaque dont on a tant parlé.
Ce qui reste du naos, c'est-à-dire le mur du fond du pronaos, est de l'époque de Ptolémée-Épipkatie, et cela encore est d'hier, comparativement à ce qu'on croyait. Les fouilles que nous avons faites derrière le pronaos nous ont convaincus que le temple proprement dit a été rasé jusques aux fondements.
Cependant, (pie les amis de ranticpiité des monuments de r Egypte se consohint : Latopolis, ou plutôt Ksné (car ce nom se lit en hiéroglyphes sur toutes les colonnes et sur tous les bas-reliefs du temple), n'était [)oint un village aux grandes époques phar;ioni(iues; c'était une ville importante,
ornée de beaux monuments, et j'en ai découvert la preuve dans l'inscription des colonnes du pronaos.
J'ai trouvé sur deux de ces colonnes, dont le fût est presque entièrement couvert d'inscriptions hiéroglyphiques disposées verticalement, la notice des fêtes qu'on célébrait annuellement dans le grand temple d'Esné. Une d'elles se rapportait à la commémoration de la dédicace de l'ancien temple, faite par le roi Thouthmosis III (Mœris). De plus il existe, et j'ai dessiné dans une petite rue d'Esné, au quartier de Scheikh-Mohammed-Elbédri, un jambage de porte en très beau granit rose, portant une dédicace du Pharaon Thouthmosis II, et provenant sans doute d'un des vieux monuments de VEsné pharaonicjue. J'ai aussi trouvé à Edfou une pierre, qui est le seul débris connu du temple qui existait dans cette ville, avant le temple actuel bâti sous les Lagides; l'ancien était encore de Mœris, et dédié, comme le nouveau, au grand dieu Har-Hat, Seigneur <i'HATFOÛH (Edfou). C'est donc Thouthmosis III (Mœris) qui, en Thébaïde comme en Nubie, avait construit la plupart des édifices sacrés, après l'invasion des Hykschos, de la même manière que les Ptolémées ont rebâti ceux d'Ombos, d'Esné et d'Edfou, pour remplacer les temples /)r?V7??ï//s détruits pendant l'invasion persane.
Le grand temple d'Esné était dédié à l'une des plus grandes formes de la divinité, à Chnouphis, qualifié des titres NEV-EN-THO-SNÉ, Seigneur du pays d'Esné, esprit créateur de l'univers, principe vital des essences divines, soutien de tous les mondes, etc. A ce dieu sont associés la déesse Néith, représentée sous des formes diverses et sous les noms variés de Menhi, Tnébouaou, etc., et le jeune dieu Hâké, représenté sous la forme d'un enfant, ce qui complète la Triade adorée à Esné. J'ai ramassé une foule de détails très curieux sur les attributions de ces trois personnages auxquels étaient consacrées les principales fêtes et panôgyries célébrées annuellement à Esné. Le 23 du mois
d'Hathor, on célébrait la fête de la déesse Tnébouaou; celle de la déesse Menhi avait lieu le 25 du même mois, et le 30 celle d'/sïs, forme tertiaire des deux déesses précitées. Le 1" deChoïak, on tenait une panégyrie (assemblée religieuse) en l'honneur du jeune dieu Hâké, et, ce même jour, avait lieu la panégyrie de Chnouphis. Voici l'article du calendrier sacré sculpté sur l'une des colonnes du pronaos : « A » la néoménie de Clioïak, panégyries et offrandes faites dans )) le temple de Chnouphis, Seigneur d'Esné; on étale tous » les ornements sacrés; on olîre des pains, du vin et autres » liqueurs, des bœufs et des oies : on présente des collyres et » des parfums au Dieu Chnouphis et à la Déesse sa compa- » gne, ensuite le lait à Chnouphis ; quant aux autres Dieux du » temple, on offre une oie à la Déesse Menhi; une oie à la » Déesse Néith ; une oie à Osiris ; une oie à Isis ; une oie à » Khons et à Thoth ; une oie aux Dieux Phré, Atmou, Thoré, )) ainsi qu'aux autres Dieux adorés dans le temple ; on pré- » sente ensuite des semences, des fleurs et des épis de blé au » Seigneur Chnouphis, Souverain d'Esné, et on l'invoque » en ces termes, etc. » Suit la prière prononcée en cette occasion solennelle, et que j'ai copiée, parce qu'elle présente un grand intérêt mythologique.
C'est aux mêmes divinités qu'était dédié le temple situé au nord d'Esné, dans une magnifique plaine, jadis cultivée, mais aujourd'hui hérissée de broussailles et de chardons qui nous déchirèrent les jambes, lorsque, le 5 mars au soir, nous allâmes le visiter, en faisant à pied une très longue course du Nil aux ruines, que nous trouvâmes tout nouvellement dévastées. Ce temple n'est plus tel que la Commission l'a laissé; il n'en subsiste plus fju'une seule colonne, un petit pan de mur et le soul)assement presque à fleur de terre. Parmi les bas-reliefs subsistants, j'en ai trouvé un d'i'lvergète P^ et de Bérénice, sa femme; j'ai reconnu Ic^s légendes de Philopator sur la colonne, celles d'ITadricMi sui' une pailic d'architrave, et, sur une autre, en liiéroglypius tout à l'ait
barbares, les noms des empereurs Antonin et Vérus. Le hasard m'a fait découvrir, dans le soubassement extérieur de la partie gauche du temple, une série de captifs représentant des peuples vaincus (par Évergète P'", selon toute apparence), et, à l'aide des ongles de nos Arabes, qui fouillèrent vaillamment malgré les pierres et les plantes épineuses, je parvins à copier une dizaine des inscriptions onomastiques de peuples, gravées sur l'espèce de bouclier attaché à la poitrine des vaincus. Parmi les nations que le vainqueur se vante d'avoir subjuguées, j'ai lu les noms de V Arménie, de la Perse, de la Tkrace et de la Macédoine. Peut-être encore s'agit-il des victoires d'un empereur romain : je n'ai rien trouvé d'assez conservé aux environs pour éclaircir ce doute.
Le 7 mars au matin, nous fîmes une course pédestre dans l'intérieur des terres, pour voir ce qui restait encore des ruines de la vieille Tuphiiun, aujourd'hui Taôad, située sur la rive droite du fleuve, mais dans le voisinage de la chaîne Arabique et tout près d'IIermont/iis, qui est sur la rive opposée. Là, existent deux ou trois salles d'un petit temple, habitées par des fellahs ou par leurs bestiaux. Dans la plus grande, subsistent encore quelques bas-reliefs qui m'ont donné le mythe du temple : on y adorait la Triade formée de Mandou, de la déesse Ritho et de leur fils Harphré, celle même du temple d'Hermunthis, capitale du nome auquel appartenait la ville de Tuphium.
A midi, nous étions à Hennonthis, dont je t'ai parlé dans la lettre que j'écrivis après avoir visité ce lieu lorsque nous
remontions le Nil Nous y passâmes encore quelques
heures, pour copier quelques bas-reliefs et des légendes hiéroglyphiques (jui devaient compléter notre travail sur Erment, commencé à notre passage au mois de novembre dernier. Ce temple n'est encore qu'un Mammisi ou Ei-misi, consacré à l'accouchement de la déesse Ritho, construit et sculpté, comme le prouvent tous ses bas-reliefs, en comme-
moration de la reine Cléopàtre, fille d'Aulétès, lorsqu'elle mit au monde Césarion, fils de Jules César, lecjuel voulut être le Mandou de la nouvelle déesse Rilho, comme Césarion en fut VHarphré. Du reste, c'était assez l'usage du dictateur romain de cliq|||her à compléter la Triade, lorsqu'il rencontrait surtout des reines qui, comme Cléopàtre, avaient en elles quelque chose de divin sans dédaigner pour cela les joies terrestres.
Une courte distance nous séparait de Tlièhes, et nos c<i3urs étaient gros de revoir ses ruines imposantes : nos estomacs se mettaient aussi de la partie, puisqu'on parlait d'une bar((ue de provisions fraîches, arrivée à Louqsor à mon
adresse Mais un vent du nord, d'une violence extrême,
nous arrêta pendant la nuit entre Hermonthis et Thèbes, où nous ne fûmes rendus que le lendemain matin, 8 mars, d'assez bonne heure.
Notre petite escadre aborda au pied du quai antique déchaussé par le Nil, et qui ne pourra longtemps encore défendre le palais de Louqsor, dont les dernières colonnes touchent presque aux bords du fleuve. Ce quai est évidemment de deux époques. Le (juai éfjyptieu primitif est en grandes briques cuites, liées par un ciment d'une dureté extrême, et ses ruines forment d'énormes blocs de (|uinzc à dix-huit pieds de large et de vingt-cin(| à trente de longueur, sembhibles à des rochers inclinés sur le fleuve au milieu duquel ils s'avancent. Le (|uai en pierres de grès est d'une épofiue très postérieure; j'y ai remarcjué des pierres portant encore des fragments de sculj)tures du style des bas temps, et provenant d'édilices démolis.
Notre travail ^uv Loiujsor a été terminé (a lies peu près) avant d<' venii' nous établir ici à liilxin-t'I-MoloLd,, et je suis en «''tat di' te donnei' tous les détails iK^-cssaires sur rép()(|U«' (h; la constiMictioii de toutes l<'s |)arli<'s (pli coinpo.'^cnt ce grand ('dilicc.
Le loiidat'Mir (lu /xdd/s de Lmnisitr , mi pliil(il tics ptd'ii's
de Lnaqsor, a été le Phnraon Aménophis-Memnon (Amenôthpli III) de la XVIIP Dynastie. C'est ce prince qui a bâti la série cVédifices qui s'étend du sud au n(3rd, depuis le Nil jusques aux quatorze grandes colonnes de quarante-cinq pieds de hauteur, et dont les masses appartiennent encore à ce règne. Sur toutes les architraves des autres colonnes ornant les cours et les salles intérieures, colonnes au nombre de cent cinq, la plupart intactes, on lit, en grands hiéroglyphes d'un relief très bas et d'un excellent travail, des dédicaces faites au nom du roi Aménophis. Je mets ici la traduction de l'une d'elles, pour donner une idée de toutes les autres, qui n'en diffèrent que par quelques titres royaux de plus ou de moins.
(( La vie ! l'Horus puissant et modéré, régnant par la jus- )) tice, l'organisateur de son pays, celui qui tient le monde » en repos, parce que, grand par sa force, il a frappé les ') Barbares ; le Roi Seigneur'de justice, bien aimé du Soleil, » le fils du Soleil, Aménophis, modérateur de la région pure )) (l'Egypte), a fait exécuter ces constructions consacrées à » son père Ammon, le Dieu Seigneur des trois zones de l'uni- )) vers, dans l'Ôph du Midi ' ; il les a fait exécuter en pierres » dures et bonnes, afin d'ériger un édifice durable, c'est » ce qu'a fait le fils du Soleil, Aménophis, le chéri d'Amon- )) Ra. ))
Ces inscriptions lèvent donc toute espèce de doute sur l'époque précise de la construction et de la décoration de cette partie de Louqsor. Mes inscriptions dédicatoires ne sont pas sans verbe, comme les inscriptions grecques expliquées par M. Letronne, et qu'on a chicanées si mal à propos ; tu peux lui annoncer à ce sujet que je lui porterai les inscriptions dédicatoires égyptiennes des temples de Pliilœ, d'Onibos et de Dendéra, où le verbe construire ne manque jamais.
1. C'est-à-dire la partie méridionale de la portion de Thèbes (Amon- El), sise sur la rive droite du Nil. (Note de Champollion le Jeune.)
Les bas-reliefs qui décorent le palais d'Aménophis sont, en général, relatifs à des actes religieux faits par ce prince aux grandes divinités de cette portion de Tlièbes, qui étaient : l'^ Amon-Ra, le dieu suprême de l'Egypte, et celui qu'on adorait presque exclusivement à Thèbes, sa ville éponyme; 2° sa forme secondaire, Ammon-Ra-Générateur, mystiquement surnommé le mari de sa mère, et représenté sous une forme priapique; c'est le dieu Pan égyptien, mentionné dans les écrivains grecs ; 3*^ la déesse Thamoun ou Tamoii, c'est-à-dire Ammon femelle, une des formes de Néitli, considérée comme compagne d'Ammon générateur; 4" la déesse Mouth, la grande Mère divine, compagne d' Amon-Ra; 5" et 6° les jeunes dieux Khons et Hnrka, qui complètent les deux grandes Triades adorées à Thèbes, savoir :
Pères Mères Fils
Amon-Ra. Mouth. Khons.
Ammon générateur. Thamoun. Ilarka.
Le Pharaon est représenté faisant des offrandes quelquefois très riches à ces différentes divinités, ou accompagnant leurs bari ou arches sacrées, portées processionnel lement par les prêtres.
Mais j'ai trouvé et fait dessiner dans deux des salles du palais une série de bas-reliefs plus intéressants encore et relatifs à la personne môme du fondateur. Voici un mot sur les principaux :
Le dieu Tlioth annonçant à la reine Tniaahemva, femme du Pharaon ThoiUhmosis IV, (|u' Ammon générateur lui a accordé un fils. —La même reine, dont l'état de gro.ssessc est visiblement exprimé, conduite par Chnouphis et llathor (Vénus) vers la chambre d'enfantement (le mammisi) ; cette même princesse placée sur un lit, mettant au monde le roi Ainénophis; des femmes soutiennent la gi.sante. et des génies
divins, rangés sous le lit, élèvent l'emblème de la vie ■¥• vers le nouveau-né. — La reine nourrissant le jeune prince.
— Le dieu Nil peint en bleu (le temps des basses eaux), et le dieu Nil peint en rouge (le temps de l'inondation), présentant le petit Aménophis, ainsi que le petit dieu Harka et autres enfants divins, aux grandes divinités de Thèbes.
— Le royal enfant dans les bras d'Amon-Ra, qui le caresse.
— Le jeune roi institué par Amon-Ra; les déesses protectrices de la Haute et de la Basse Egypte lui offrant les couronnes, emblèmes de la domination sur les deux pays, et Thotli lui choisissant son grand nom, c'est-à-dire son prénom royal (o '=::=^ |5 1 Soleil, Seigneur de justice et de vérité, qui, sur les monuments, le distingue de tous les autres Aménophis.
L'une des dernières salles du palais, d'un caractère plus religieux que toutes les autres, et qui a dû servir de chapelle royale ou de sanctuaire, n'est décorée que d'adorations aux deux Triades de Thèbes par Aménophis, et, dans cette salle, dont le plafond existe encore, on trouve un second sanctuaire emboîté dans le premier, et dont voici la dédicace, qui en donne très clairement l'époque tout à fait récente, comparativement à celle du grand sanctuaire : « Res- . )) tauration de l'édifice faite par le Roi (chéri de Phré, » approuvé par Amon) le fils du Soleil, Seigneur des dia- )) dèmes, Alexandre, en l'honneur de son père Amon-Ra, )) gardien des régions de Ôp h (Thèbes); il a fait construire » le sanctuaire nouveau en pierres dures et bonnes à la place » de celui qui avait été fait sous la majesté du Roi Soleil, Sei- )) gneur de justice, le fils du Soleil, Aménophis, modérateur )) de la région pure. »
Ainsi, ce second sanctuaire remonte seulement à l'origine de la domination des Grecs en Egypte, au règne d'Alexandre, (ils d'Alexandre le Grand, et non ce dernier, ce que prouve d'ailleurs le visage enfantin du roi, représenté, à l'extérieur
comme à l'intérieur de ce petit édifice, adorant les Triades thébaines. Dans un de ces bas-reliefs, la déesse Thamoun est remplacée par la v)ille de Thèbes personnifiée sous la forme d'une femme, avec cette légende : a Voici ce que dit Thèbes » (Tôph), la grande rectrice du monde : « Nous avons mis » en ta puissance toutes les contrées (les nomes) ; nous t'avons » donné Kémé (l'Kgypte), terre nourricière. » La déesse Thèbes adresse ces paroles au jeune roi Alexandre, auf|uel Ammon générateur dit en même temps : « Nous accordons )) que les édifices que tu élèves soient aussi durables que » le firmament. »
On ne trouve que cette seule partie moderne dans le vieux palais d'Aménophis : car il ne vaut la peine de citer le fait suivant que sous le rapport de la singularité. Dans une salle qui précède le sanctuaire, existe une pierre d'architrave, qui, ayant été renouvelée sous un Ptolémée et ornée d'une inscription, produit, en lisant les caractères qu'elle porte, une dédicace bizarre, en ce qu'on ne s'est point inquiété des vieilles pierres d'architrave, voisines, conservant la dédicace primitive. La voici :
Première pierre moderne. « Restauration de rédilicc faite » par le Roi Ptolémée. toujours vivant, aimé de Phtlia. » — Deuxième pierre antique. « Monde, le Soleil Soigneur de » justice, le fils du Soleil, Aménophis, a fait exécuter ces » constructions en l'honneur de son père Amon, etc. »
L'ancienne pierre, remplacée par le Lagide, portait la légende : « L'Aroéris puissant, etc., Seigneur du monde, etc. » On ne s'est point in(|uiété si la nouvelle légende se liait ou non avec l'ancienne.
C'est aux quatorze grandes colonuf's de LiuKjsor que finissent les travaux du règne d'Aniénojjhis, sous lequel t»iit cependant encore été décort'es la (l<Mi\ième et la septième de.s deux rangées, en albnil du midi :iu nord. Los bas-reliefs de (|uatro autn^s appartioiuioul au règne du roi Iforus, fils d'Amén(»phis, et les ([uati»^ dernières au règne suivant.
Toute la partie nord des édifices de Louqsor est d'une autre époque, et formait un monument particulier, quoique lié par la grande colonnade à V Ainénophion ou palais d'Aménophis. C'est à Rhamsès le Grand (Sésostris) que l'on doit ces constructions, et il a eu l'intention, non pas d'embellir le palais d'Aménopliis, son ancêtre, mais de construire un édifice distinct, ce qui résulte évidemment de la dédicace suivante, sculptée en grands hiéroglyphes au-dessous de la corniche du pylône, et répétée sur les architraves de toutes les colonnades que les cahutes modernes n'ont pas encore ensevelies :
« La vie ! l'Aroéris, enfant d'Amon, le maître de la région )) supérieure et de la région inférieure, deux fois aimable, 0 l'Horus plein de force, l'ami du monde, le Roi C Soleil ') gardien de vérité, approuvé par Phré[)(, le fils préféré du » Roi des Dieux, qui, assis sur le trône de son père, domine )) sur la terre, a fait exécuter ces constructions en l'honneur 0 de son père Amon-Ra, Roi des Dieux. Il a construit ce » Rhamesséion dans la ville d'Amon, dans TOph du Midi. )) C'est ce qu'a fait le fils du Soleil Q\q chéri d'Amon, )) Rhamsès]^, vivificateur à toujours'. »
C'est donc ici un monument particulier, distinct del'Aménophion, et cela explique très bien pourquoi ces deux grands édifices ne sont pas sur le même alignement, défaut choquant remarqué par tous les voyageurs, qui supposaient à tort que toutes ces constructions étaient du même temps et formaient un seul tout, ce qui n'est pas.
C'est devant le pylône nord du Rhamesséion de Louqsor que s'élèvent les deux célèbres obélisques de granit rose, d'un travail si pur et d'une si belle conser\'ation. Ces deux masses énormes, véritables joyaux de plus de soixante-dix pieds de hauteur, ont été érigées à cette place par Rhamsès le Grand,
1. Les mots entre deux parenthèses indiquent le contenu des cartouches prénom et nom propre du roi. (Note de Champollion le jeune.)
qui a voulu en décorer son Rhamesf^éion, comme cela est dit textuellement clans l'inscription hiéroglyphique de l'obélisque de gauche, face nord, colonne médiale, que voici : « Le Seigneur du monde, Soleil gardien de la vérité (ou jus- » tice), approuvé par Phré, a fait exécuter cet édifice en )) l'honneur de son père Amon-Ra, et il lui a érigé ces deux » grands obélisques de pierre, devant le Rhamesséion de ') la ville d'Amon. n
Je possède des copies exactes de ces deux beaux monolithes. Je les ai prises avec un soin extrême, en corrigeant les erreurs de la gravure de la Commission, et en les complétant par les fouilles que nous avons faites jusques à la base des obélisques. Malheureusement, il est impossible d'avoir la fin de la face est de l'obélisque de droite, et do la face ouest de l'obélisque de gauche : il aurait fallu abattre pour cela quelques maisons dé terre et faire déménager plusieurs pauvres familles de fellahs'.
Je n'entre pas dans de plus grands détails sur le contenu des légendes des deux obélisques. Tu sais déjà que, loin de renfermer, comme on l'a cru si longtemps, de grands mystères religieux, de hautes spéculations philosophiques, les secrets de la science occulte, ou tout au moins des lerons d'astronomie, ce sont tout simplement des dédicaces, plus ou moins fastueuses, des édifices devant lesquels s'élèvent les monuments de ce genre. Je passe donc à la décoration des pylônes, qui sont d'un bien autre intérêt.
L'énorme surface de chacun de ces deux massifs est cou-
1. Depuis le retour de Clianipollion ;"i Paris, M. Lebas, iriKonicur de la marine française, s'est rendu à Thèbes pour diriger le transport à Paris de l'obélisque de droite sur le bitinicnt !<• Lniu-ar, coniniand.'par M. de Verninac. Cet habile ingénieur s'est enipi-essé d'envoyer à Paris une bonne copie de la partie de l'inscription liiéroglyphiiiue ipu' le savant français regrette de n'avoir pu prendre lui même. M. Lebas a envoyé en même temps le des.sin d's bas-reliefs qui ornent les quatre faces du dé sur lequel pose l'obélisque, et qui sera aussi transporté û Paris. (Note de ChampoUion-Figeac, dans l'i-dition de 1833.)
Biui.. ùoM'r.. r. xwi. lï»
verte de sculptures d'un très bon style, sujets tous militaires et composés de plusieurs centaines de personnages. Massif de droite : le roi Rhamsès le Grand, assis sur un trône au milieu de son camp, reçoit les chefs militaires et des envoyés étrangers: détails du camp, bagages, tentes, fourgons, etc., etc.; en dehors, l'armée égyptienne est rangée en bataille; chars de guerre à l'avant, à l'arrière et sur les flancs; au centre, les fantassins régulièrement formés en carrés. Massif de gauche : bataille sanglante, défaite des ennemis, leur poursuite, passage d'un fleuve, prise d'une ville; on amène ensuite les prisonniers.
Voilà en bloc le sujet général de ces deux tableaux, d'environ cinquante pieds chacun : nous en avons des dessins fort exacts, ainsi que du peu d'inscriptions entremêlées aux scènes militaires. Les grands textes relatifs à cette campagne de Sésostris sont au-dessous des bas-reliefs. Malheureusement il faudrait abattre une partie du village de Louqsor pour en avoir des copies. Il a donc fallu me contenter d'apprendre, par le haut des lignes encore visibles, que cette guerre avait eu lieu en l'an V du règne du conquérant, et que la bataille s'était donnée le 5 du mois d'Épiphi. Ces dates me prouvent qu'il s'agit ici de la même guerre que celle dont on a sculpté les événements sur la paroi droite du grand monument d'fhsnmhoul, et qui porte aussi la date de l'an V. La bataille figurée dans ce dernier temple est aussi du mois d'Épiphi, mais du 9 et non pas du 5. Il s'agit donc évidemment de deux affaires de la même campagne. Les peuples que les Égyptiens avaient à combattre sont des Asiatiques, qu'à leur costume on peut reconnaître pour des Bactriens, des Mèdes et des Babyloniens. Le pays de ces derniers est expressément nommé {Naharaïna-Kah , le pays de Naharaïna, la Mésopotamie) dans les inscriptions d'Ibsamboul, ainsi que les contrées de Schôt, Robschi, Schabatoun, Marou, Ba- .schoiia, etc., (ju'il faut chercher nécessairement dans la géographie primitive de l'Asie occidentale.
Les obélisques, les quatre colonnes, le pylône, et le vaste péristyle ou cour environnée de colonnes, qui s'y rattachent, forment tout ce qui reste du Rliamesséion de la rive droite, et on y lit partout les dédicaces de Rhamsès le Grand, deux seuls points exceptés de ce grand édifice. Il paraît que, vers le VHP siècle avant J.-C, l'ancienne décoration de la grande porte située entre ces deux massifs du pylône était, par une cause C|uelconque, en fort mauvais état, et qu'on en refit les masses entièrement à neuf. Les bas-reliefs de Rhamsès le Grand furent alors remplacés par de nouveaux, qui existent encore, et qui représentent le chef de la XXV« Dynastie, le conquérant éthiopien Sabaco ou Sabacon, qui. pendant de longues années, gouverna l'Egypte avec beaucoup de douceur, faisant les offrandes accoutumées aux dieux protecteurs du palais et de la ville de Thèbes. Ces bas-reliefs, sur lesquels on voit le nom du Roi, qui est écrit Schahak et qu'on y lit très clairement, quoiqu'on ait pris soin de le marteler à une époque fort ancienne, ces bas-reliefs, dis-je, sont très curieux aussi sous le rapport du style. Les figures en sont fortes et très accusées, avec les muscles vigoureusement prononcés, sans qu'elles arrivent pour cela à la lourdeur des sculptures du temps des Ptolémées et des Romains. Ce sont, au reste, les seules sculptures de ce règne que j'aie rencontrées en Egypte.
Une seconde restauration, mais de peu d'importance, a eu également lieu au Rliamesséion deLouqsor. Trois pierres d'une arcliitravc et le chapiteau de la première colonne gauche du péristyle ont été renouvelés sous Ptolémée-Philopator, et l'on n'a pas manfiu('; de sculpter sur l'architrave l'inscription suivante : « Restauration de l'édifice, faite par » le Roi Ptolémée toujours vivant, chéri d'Isis (^t de Phtha, )) et par la dominatrice du monde, Arsinoé, Dieux Philo- )) patores aimés par Amon-Ra. Roi des DicMix. »
Je n(^ nu^ts point au nomliie d(;s r('staurati(»ns (|uel(|ues sculptures de Rhamsès-Méianiouu, le premier Roi de la
XIX® Dynastie, que l'on remarque en dehors du Rhamesséion, du côté de Fest, parce qu'elles peuvent avoir appartenu à un édifice contigu et sans liaison réelle avec le monument de Sésostris.
Je termine ici, pour cette fois, mes notices monumentales. Je te parlerai, dans ma prochaine lettre, des tombeaux des rois thébains que nous exploitons dans ce moment.
2 avril.. — Je ferme aujourd'hui ma lettre, le courrier devant partir ce matin même pour le Caire. Rien de nouveau depuis le 25; toujours bonne santé et bon courage.
Je donne ce soir à nos jeunes gens une fête mangeante dans une des plus jolies salles du tombeau d'Ousiréi ; c'est la fête de naissance de M^^*^ Zoraïde', jour que j'avais déclaré Éponyme, et promis de célébrer par une panégyrie. Elle eût dû être célébrée le 1" mars, mais nous étions dans toutes les horreurs de la cataracte, ayant à peine du pain à manger : elle a donc été renvoyée jusques à ce jour. La chère ne répondra pas à la magnificence du local, mais on fera l'impossible pour n'être pas trop au-dessous. C'est une surprise que je ménage à notre jeunesse. Un plat doit y mettre le comble : c'est un morceau de jeune crocodile à la sauce piquante. Le hasard a voulu qu'on en apportât un fraîchement tué d'hier matin. Je compte beaucoup sur ce plat pour l'elïet. — Nous boirons à votre santé à vous tous habitants de Paris, et vous serez présents à notre fête. Adieu, mon cher ami, je t'embrasse de cteur et d'âme.
J.-F. Ch.
P. -S. — Notre plat de crocodile a tourné pendant la nuit, — la chair est devenue verte et puante. Quel malheur ! Il faudra s'en consoler, et nous n'y perdrons probablement qu'une indigestion ou tout au moins des pesanteurs d'estomac.
1. Zoraïde, enfant unique Je Chanipollion, née à Grenoble le 1" mars 1824.
Né à Padoue le 5 novembre 1778: mort à Gato le 4 décembre 1823.
. BEnTR;lNt).CHAl.ON-S-S
Au cours de la fête donnée dans les vastes salles de l'hypogée, ChampoUion rappela le souvenir de Giovanni Belzoni, qui, le 16 juillet 1817, en avait découvert l'entrée. — En ce temps-là, Dacier, ayant reçu une longue lettre de Henry Sait, datée de Thèbes, le 30 novembre 1817, avait conseillé à ChampoUion, alors en résidence à Grenoble, de se rendre le plus tôt possible auprès du (( géant de Padoue », comme il appelait Belzoni. Celui-ci, ayant retrouvé l'entrée de cinq catacombes royales dans la Vallée des Rois, désirait, comme Sait lui-même, avoir auprès de lui quelqu'un qui sût déchiffrer les hiéroglyphes : « A côté de ce f/éanl, vous marcherez vous-même « pas de f/êant, et vous y trouverez plus vite la clef de l'énigme », disait Dacier, très content de voir Henri Sait témoigner autant de confiance en ChampoUion qu'en son compatriote Thomas Young. Mais le jeune professeur d'histoire, fort occupé, alors, d'organiser V Enseignement mutuel à sa façon particulière, sacrifia sa passion pour l'antique Egypte au sentiment — peut-être exagère — de ce qu'il estimait être son devoir. 11 aurait été, en effet, plus facilement remplacé à l'école que dans ses tentatives de déchiffrement des hiéroglyphes, et, s'il s'était trouvé dans l'Egypte même, en face des textes originaux non défigurés par des copies fautives, il aurait sans doute achevé son œuvre bien avant l'automne de 1822.
Par un hasard étrange, à 1 heure même où ChampoUion. le 27 septembre 1822, lisait sa Lettre à M. Dacier, qui contenait (( le mot de l'énigme », plusieurs gros chalands défilaient sur la Seine, deoant l'Institut de France, chargés des fac-similés gigantesques de l'hypogée de Séthos !«''. Presque aussitôt Belzoni arriva à Paris, et, bien qu'il fût en rapports continuels avec William Bankes, pour qui il avait fait des fouilles considérables, surtout dans l'île de Phila'. il eut le noble courage de montrer au grand jour son enthousiasme illimité pour « l'Égyptien ». Le u Ueant », ou même le « Titan de Padoue », comme on ra[)pelait à l\aris, y devint vite très populaire, non seulement pur sa taille vraiment gigantesque et par ses allures peu communes en traversant les rues, mais, en premier lieu, par l'exposition de V/tijpntjcc rot/ut « nn bnulernrd des Italiens, près des liains Chinois ». On ne se lassait pas d'admirer « la fraîche beauté d'une demi-dou/aine des salles funéraires de la célèbre catacombe », rendues en grandeur naturelle
avec une exactitude rigoureuse. Aussi bien un architecte et des artistes éprouvés, parmi eux William Beechey et Alessandro Ricci, avaient-ils été occupés, pendant vingt-sept mois, à la reproduction fidèle de ces chefs-d'œuvre antiques.
Champollion, en entrant pour la première fois dans ce monde souterrain « dont l'effet féerique était augmenté par une illumination des plus heureuses », avait été comme fasciné, et Belzoni n'avait point eu besoin d'implorer son secours contre Jomard, qui, dès la première annonce de l'arrivée du Padouan et de son magnifique trésor, déclarait partout, et surtout à la Cour même, que Belzoni venait exposer des « bêtises » ! En effet, la Description de l'Egypte, publiée par la Commission, sous la direction de Jomard, n'avait point pu parler de cette catacombe, découverte après coup. Au mois de décembre 1822 parut la brochure dont voici le frontispice : « Description du tombeau d'un Roi Égyptien », signée par L. Hubert, mais écrite pour les trois quarts du contenu « sous la dictée d'un savant versé dans la connaissance des antiquités égyptiennes ». Ce savant n'était autre que Champollion lui-même, dont le nom ne fut pas prononcé à cause de W. Bankes, à qui Belzoni était forcé d'envoyer cette publication.
Ajoutons que tous les objets qui composaient cette exposition périrent dans un incendie, — nous a t-on dit à Padoue, — quelques années après la mort prématurée de Belzoni en 1823. — H. H.
Biban-el-Molouk, 18 mai 1829.
Le courrier que nous avions expédié au commencement d'avril pour le Caire n'est point encore de retour. Ce retard hors de mesure nous donne des inquiétudes, et nous prenons le parti d'envoyer à sa recherche un second courrier, qui partira ce soir et marchera jusqu'à ce qu'il trouve le retardataire mort ou vif. S'il arrive jusques au Caire, il remettra la présente au Consulat qui te le fera parvenir. C'est pour cela qu'elle sera courte, réservant tous les détails que j'ai à te donner sur les tombeaux des Rois jusques au courrier
prochain, qui partira aussitôt que j'aurai terminé mon travail à Biban-el-Molouk.
Je ne croyais point être retenu ici aussi longtemps, mais les parois de ces tombeaux, et surtout les plafonds, sont couverts de sujets si curieux, qu'il a fallu écouter la voix de la conscience et se résoudre à les copier, figures et inscriptions, puisque ailleurs on chercherait en vain des tableaux de ce genre. C'est moi qui fais ce travail-là, réservant la main élégante de nos dessinateurs à l'exécution des dessins historiques qui intéressent directement l'histoire de l'art en Egypte. Je ne puis d'ailleurs m'en rapporter qu'à moi pour copier ces scènes diaboliques qui, sous les formes les plus monstrueuses et les plus compliquées, reproduisent toutes les puissances de l'Enfer et les us et coutumes de l'autre monde. C'est de la psychologie la plus raffinée. Je te parlerai de tout cela et de bien d'autres choses dans la lettre que je t'écrirai prochainement sur la Vallée des Rois.
J'apprends par ta dernière qu'on voudrait que mes lettres fussent adressées à M. tel et à M. tel : je trouve fort inutile d'y mettre le nom de personnes (|ui n'entendent absolument rien à la matière. D'ailleurs, mes lettres contiennent des résultats entassés, — ce sont des notes pures et simples, des espèces d'annonces, et non des lettres à ert'et, telles (ju'il les faudrait pour les grands seigneurs. Je pense que tu seras de mon avis, et, si tu avais eu la précaution d'y mettre ton nom, puisqu'elles te sont adressées, personne n'eût prétendu y glisser le sien. C'est un tort que tu as eu. -- Quant à M. de la Bouillerie', ((ui a mis tant de zèle à seconder mon entreprise, il est juste que tu le tiennes au courant et qu'il ait un des premiers comnuuiication de m(^s résultats. Il faudrait le \iiir poui' (-(«la de temps eu temps, et lui |)rouver ainsi (piOn ne r()ul)li(' point, l't (pie l'on compte sui' lui pour la publicaliou des l'iiiits du \oyage, ce