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Dacier demeurait rue de l'Arcade Colbert

3. Champollion pense aux Lenormant, qui logeaient en effet à l'Abbaye.

4. Il s'agit ici du grand Joseph Fourier dont l'administration aussi sage que clémente n'était point oubliée par les Égyptiens, ce qui touchait Champollion au cœur. Lorsque, en partant pour l'Egypte, il prit congé de son ancien protecteur, celui-ci, qui demeurait près du Panthéon, étendit sa main vers la majestueuse coupole et lui dit : « C'est l'Égr/pie qui, un jour, vous placera dans ce sanctuaire. » - Cependant, Champollion repose au Père-Lachaise, à quelques pas de distance de la tombe de Fourier. Celle-ci est ornée de son buste : le visage du savant, éclairé d'un doux sourire, est légèrement tourné vers le tombeau de « l'Égyptien », que surmonte un obélisque.

Thèbes (palais de Kourna), 6 juillet 1829.

Le premier monument de la partie occidentale de Thèbes que visitent les Européens, en arrivant sur le sol de cette antique capitale, le monument de Kourna, situé non loin du beau sycomore au pied duquel s'arrêtent habituellement les canges des voyageurs, est devenu, par une suite de combinaisons indépendantes de ma volonté, le dernier objet de mes recherches sur la rive gauche du fleuve. Appelé d'abord au Rhamesséum par le souvenir des scènes historiques et des tableaux religieux que nous y avions remarqués en remontant le Nil, les masses de Médinet-Habou et ses nombreux bas-reliefs militaires nous attirèrent ensuite, et je ne dus quitter ces deux palais qu'après avoir étudié à fond les petits monuments situés dans leur voisinage.

Cependant l'édifice de Kourna, quoique très inférieur en étendue à ces grandes et importantes constructions, mérite un examen particulier, puisqu'il appartient aux temps pharaoniques, et remonte à l'époque la plus glorieuse dont les annales égyptiennes aient constaté le souvenir. Son aspect présente d'ailleurs un caractère tout nouveau, et, si son plan général réveille l'idée d'une habitation particulière et semble exclure celle de temple, la magnihcence de la décoration, la profusion des sculptures, la beauté des matériaux et la recherche dans l'exécution prouvent que cette habitation fut jadis celle d'un riche et puissant souverain. Et, en effet, ce qui reste de ce palais occupe seulement l'extrémité d'une butte factice, sur laquelle existaient aussi jadis d'autres constructions liées sans doute avec l'édificci encore debout; tous les débris épars sur le sol portent du moins d«'s n«uns royaux appartenant aux derniers Pharaons do la XX'lil" Dynastie, ou au premier de la XIX^

Sur le même axe que ces arrachements de constructions rasées, au milieu de bouquets de palmiers et de masures

modernes en briques crues, s'élève un portique ayant plus de cent cinquante pieds de long, trente de hauteur et soutenu par dix colonnes, dont le fût se compose d'un faisceau de tiges de lotus et le chapiteau des boutons de cette même plante tronqués pour recevoir le dé. Cet ordre, qui n'est point particulier aux constructions civiles, puisqu'on le retrouvait dans le temple de Chnouphis à Éléphantine et dans un temple d'Éléthya, tous deux très récemment détruits par la barbare ignorance des Turcs, appartient, sans aucun doute, aux vieilles époques de l'architecture égyptienne, et ne le cède, sous le rapport de l'antiquité, qu'aux seules colonnes cannelées semblables au vieux dorique grec, dont elles sont le type évident, et que l'on trouve employées presque exclusivement dans les plus anciens monuments de l'Egypte.

Sur les quatre faces du dé des chapiteaux du portique existent, sculptées avec beaucoup de recherche, les légendes royales de Ménéphtha I^^ ou celles de Rhamsès le Grand. Les noms et les prénoms de ces deux Pharaons sont également inscrits sur le fût des colonnes, mais accolés ensemble et renfermés dans un tableau carré. Le rapprochement de ces deux noms royaux trouve son explication naturelle dans la double légende dédicatoire qui décore l'architrave du portique sur toute sa longueur. Cette inscription est ainsi conçue :

« L'Aroéris puissant, ami de la vérité, le Seigneur de la » région inférieure, le régulateur de l'Egypte, celui qui a » châtié les contrées étrangères, l'épervier d'or soutien des » armées, le plus grand des vainqueurs, le Roi Soleil gar- » (lien de la vérité, l'approuvé de Phré, le fils du Soleil, » l'ami d'Amon, Rhamsès, a exécuté des travaux en l'hon- » neur de son père Amon-Ra, le Roi des Dieux, et embelli » le palais de son père, le Roi Soleil, stabiliteur de justice, » le fils du Soleil, Ménéphtah-Boréi. Voici qu'il a fait » élever (grande lacune) les propylons du palais

)) et qu'il l'a entouré de murailles de briques, construites à » toujours : c'est ce qu'a exécuté le fils du Soleil, l'ami » d'Amon, Rhamsès. »

Cette dédicace constate deux faits principaux : le palais de Kourna fut fondé et construit par le Pharaon Ménéphtha /«', et son fils Rhamsès le Grand, achevant la décoration de ce bel édifice, l'environna d'une enceinte ornée de propylons et semblable à celle qui renferme cliacun des grands monuments royaux de Thèbes.

Tous les bas-reliefs qui décorent l'intérieur du portique et l'extérieur des trois portes par lesquelles on pénètre dans les appartements du palais représentent, en effet, Ménéphiha /«^ et plus souvent encore Rhamsès le Grand, rendant hommage à la triade thébaine et aux autres divinités de l'Egypte, ou recevant de la munificence des dieux les pouvoirs royaux, et des dons précieux qui devaient embellir et prolonger la durée de leur vie mortelle. Mais il faut particulièrement remarquer une série de vingt petits tableaux, dans lesquels sont figurés alternativement les dieux qui président au fleuve du Nil dans ses divers états, et les déesses protectrices de la terre d'F.gypte pendant chaque mois, présentant à Rhamsès le Grand tous les produits de la terre et des eaux dans chaque saison de l'année. Audessus de ces bas-reliefs s'étend iiorizontalement l'inscription suivante :

(( Voici ce que disent les Dieux et les Déesses qui résident )) dans la région d'en bas, à leur fils, le dominateur des deux » régions, le Seigneur du moiidc, Soleil gardien dejustiee, )) l'approncé de Phrê (Rhamsès). Nous sommes venus vers » toi, nous te donnons toutes les productions destinées aux )) offrandes; nous mettons à ta disposition tous les biens » purs, afin que tu puisses célébrer la pnnégyric de la mai- » son de ton père, puisque tu es un fils (pii aimes ton i)ère » comme le dieu Horus qui a vengé le sien. » Ces bas-reliefs et leur légende se rapportent évidemment

à l'assemblée sacrée ou panégyrie solennelle dans laquelle Rhamsès le Grand fit l'inauguration du palais de Ménéphtlia P^ son père, aussitôt que, par ses soins pieux, la décoration intérieure et extérieure fut entièrement terminée. Les seules sculptures de l'édifice postérieures à Rhamsès le Grand consistent en quelques inscriptions royales onomastiques, placées sur l'épaisseur des portes ou sur le soubassement et qui ne se lient point à l'ensemble de la décoration primitive; toutes appartiennent au règne de Ménéphtha II, fils et successeur immédiat de Rhamsès le Grand, à l'exception d'une seule, sculptée au-dessous du bas-relief des offrandes, et rappelant le nom, le prénom et les titres de Rhamsès IV ou Méiamoan, cinquième successeur de Rhamsès le Grand, avec une date de l'an VI.

La porte médiale du portique donne entrée dans une salle d'environ quarante-huit pieds de long sur trente-trois de large. C'est la plus considérable du palais. Six colonnes semblables à celles du portique soutiennent le plafond, subsistant encore en très grande partie ; deux longues inscriptions, toutes deux au nom de Ménéphtha P"^, servent d'encadrement aux vautours ailés qui décorent ce plafond. L'inscription de droite contient la dédicace générale du palais, faite par son fondateur à la plus grande des divinités de l'Egypte :

« Le Seigneur du monde, Soleil stabiliteur dejus-

» tice, a fait ces constructions en l'honneur de son père, )) Amon-Ra, le Seigneur des trônes du monde et qui ré- » side dans la divine demeure du fils du Soleil Ménéphtha- » Boréi à Thèbes, sur la rive gauche; il (le roi) a fait con- » struire l'habitation des Années (c'est-à-dire le palais) en » pierre de grès blanche et bonne, et un sanctuaire pour le )) Seigneur des Dieux. »

Cette inscription nous fait connaitre, en premier lieu, le nom que les anciens habitants de Thèbes donnaient à l'édifice de Kourna. Ils rappelaient demeure de Ménéphtha ou

Ménéphthêum , du nom même du prince qui en jeta les fondements et en éleva toutes les masses; elle explique en même temps le double caractère de temple et de palais que présente cet édifice, qui, par la disposition même de son plan, paraît destiné à l'habitation d'un homme, et rappelle cependant, par toutes ses décorations, la demeure sainte d'une divinité.

La seconde inscription du plafond, celle de gauche, nous apprend que cette grande salle du palais, dont elle constate la construction par le roi Ménéphtha I^^, fut le manôskk, c'est-à-dire la salle d'honneur, le lieu où se tenaient les assemblées religieuses ou politiques et où siégeaient les tribunaux de justice. Cette salle du Ménéphthêum répond ici à ces vastes salles des grands palais de Thèbes, soutenues par de nombreuses rangées de colonnes, qu'on a désignées jusques ici sous la dénomination de salles hypostyles. Toutes portent le nom de manôskk dans les inscriptions égyptiennes sculptées sur leur plafond ou sur les architraves de leurs colonnades ; mais ce n'est point ici l'occasion de développer les considérations qui motivaient le nom de manôskh (c'està-dire le lieu de la moisson, et, par suite, le lieu où Von mesure les grains), donné par les Égyptiens aux salles les plus vastes de leurs édifices publics.

De nombreux tableaux sculptés décorent les longues parois de droite et de gauche de cette salle hypostylc. Dans tous se montre le fondateur, le roi McnéplitJia I''^, offrant des parfums, des fleurs, ou bien l'image de son prénom mysti(|U(', à la triade, thébaine, et particulièrement au chef de cette triade, Amon-Ra, sous sa forme primordiale et sous celle de générateur : c'était le dieu protecteur du palais qui renfermait un sanctuaire consacré à cette grande divinité. Mais les petites parois à droite et à gauche de la porte principale sont couvertes de bas-reliefs, représentant les meml^'es de la triade thébaine adorés par un Phaiaon autre (jue Me-

néphtha /^^ portant le nom de Rhamsès, et qu'il ne faut point confondre avec Rhamsès III, dit le Grand.

Une série de faits incontestables, recueillis dans les monuments originaux, m'ont démontré que ce nouveau Rhamsès, le Rhamsès IT du canon royal, succéda immédiatement à Ménéphtha /", son père, et fut remplacé, après un règne fort court, par son frère Rhamsès III ou Rhamsès le Grand, qui est le Sésostris de l'histoire.

Le bas-relief inférieur, à gauche de la porte, dans la salle hypostyle, rappelle le sacre de Rhamsès II après la mort de Ménéphtha P^ Le jeune roi, présenté par la déesse Mouth et le dieu Clions, fléchit le genou devant le souverain de l'univers, Amon-Ra. Le dieu suprême lui accorde les attributions royales et les périodes des grandes panégyries, c'està-dire un très long règne, en présence de Ménéphtha I^^, père du nouveau roi, représenté debout derrière le trône d'Amon, et tenant à la fois les emblèmes de la royauté terrestre qu'il vient de quitter, et l'emblème de la vie divine dont il jouit déjà dans la compagnie des dieux.

Plus loin on a figuré l'enfance de Rhamsès II, en représentant le jeune roi debout, embrassé par Mouth, la grande mère divine, qui lui offre le sein. La légende porte textuellement : (( Voici ce que dit Mouth, Dame du ciel : « Mon » fils qui m'aime, Seigneur des diadèmes, Rhamsès chéri » d'Amon, moi qui suis ta mère, je me complais dans tes )) bonnes œuvres; nourris-toi de moulait )). Ce tableau fait

1. 11 n'est pas inutile de rappeler ici que ChampoUion, déçu par les variantes du cartouche-prénom, avait cru reconnaître l'existence de deux Ramsès où il n'y en avait qu'un en réalité. Le premier, son Hamsès II, correspond au moment où le flls de Séthos I" était corégent de son père; il aurait été le frère aîné, mort fort jeune, du vcritablc Ramsès II, le Grand, qui, par cela même, redevenait, pour Champollion, Ramsès III. Cf. ChampoUion, sein Lchcn iind sein We/-h', t. II, p. 344-346, 500 et 501, où les causes qui déterminèrent l'erreur de ChampoUion sont exposées tout au long.

pendant à une composition analogue, sculptée sur la paroi opposée, la déesse Hathor, la Véiius égyptienne, nourrissant le roi Ménéplitha P^, et lui adressant les mêmes paroles.

La frise entière de la salle hypostyle se compose des noms et prénoms répétés de ce Pharaon, environnés des insignes du pouvoir souverain. On les retrouve aussi sur les dés et dans les ornements de la base des colonnes, mais entremêlés aux cartouches de Rhamsès II. Les architraves portent plusieurs inscriptions dédicatoires de la salle hypostyle, les unes au nom du fondateur, Ménéphtha L'', d'autres au nom de Rhamsès II, qui en acheva la décoration.

Les bas-reliefs sculptés sous le règne de ces deux princes sont remarquables par la simplicité du style, la finesse de leur exécution et l'élégante proportion des figures, ce qui les fait distinguer au premier coup d'œil des sculptures appartenant à l'époque de Rhamsès le Grand : celles-ci, traitées avec bien moins de soin, portent déjà des marques évidentes de la décadence de l'art.

On sera frappé de cette différence très sensible, en comparant les bas-reliefs de la salle hypostyle avec ceux qui couvrent les parois de la première salle de droite, et, en général, toute la partie du palais à droite de la salle hypostyle, décorée sous Rhamsès le Grand. Cette étude n'est pas sans intérêt, et importe beaucoup à l'histoire de l'art en général, surtout quand il s'agit d'épo(|ues bien antérieures aux premiers essais des maîtres immortels qu'a produits le génie inépuisable des Grecs, et, ici, j'ai sous les yeux et sous la main des documents de cette importante histoire.

Champollion était à bout de force sans vouloir se l'avouer à luimême. Le long séjour dans la Vallée des Rois, du 23 mars au 8 juin, et surtout les recherches multiples et fort compHquées qu'il avait dû exécuter dans la solitude absolue des catacombes, afin d'y reconnaître à fond la véritable nature de la chronologie et aussi celle de la religion des anciens Égyptiens, avaient miné sourde-

ment ses forces ; il avait été plusieurs fois trouvé à terre, évanoui, dans les salles souterraines où il voulait être seul au grand chagrin du jeune Cherubini,à qui il répétait souvent, parait-il : « Il me faut le silence absolu, afin d'entendre la voix des ancêtres, — l'influence locale est grande ! »

Il va sans dire que le séjour au « château de Kourna » se fit dans des conditions bien plus convenables ; même, il ne manqua pas de gaîté, car chaque jour les habitants des quatre villages établis sur l'emplacement de laThèbes antique, Karnak, Louqsor, Kourna et Médinet-IIabou, apportaient à ChampoUion des animaux vivants de tout genre, comme si le but véritable de l'expédition eût été de former, à Kourna même, un jardin zoologique. La gazelle « Pierre )) et le chat du Kordofan étaient, en effet, revenus très bien portants de leur séjour dans la Vallée, et les soins dont on les entourait avaient fait croire aux indigènes qu'ils ne sauraient mieux gagner la confiance de leurs hôtes qu'en leur offrant de nouvelles bêtes à apprivoiser et à gâter.

ChampoUion aimait beaucoup les animaux, sur lesquels, dès son enfance, il exerçait une sorte d'attraction magnétique \ ce qui n'était pas resté inaperçu en Egypte. Mais ce furent surtout les demandes continuelles du professeur Raddi, revenu du désert Libyque avec une belle collection de papillons et d'insectes rares, qui engagèrent tout le monde, jusqu'aux Bédouins, à recueillir tout ce qu'ils trouvaient sur leur chemin, bêtes ou bestioles"'. Le savant, ne sachant pas l'arabe, imitait la voix des animaux qu'il désirait acheter, ce qui causait assez souvent des surprises fort comiques. A côté de son (( musée d'histoire naturelle n, dont la partie minéralogique surtout était aussi importante que précieuse, le (( musée des antiquités égyptiennes )) était établi, mais il ne fut jamais bien riche : les fouilles à Kourna et à Karnak avaient dû être interrompues, pour plus d'une cause, depuis la fin de mai.

Les relations avec la population des villages étaient d'autant

1. La nièce de ChampoUion, M'"° Falathieu, née en 1815, morte le 18 mars 1903, parlait volontiers de ce pouvoir d'attraction, et elle s'en rappelait plusieurs exemples étonnants.

2. Gaetano Rosellini s'était procuré quelques petites panthères. Dans une nuit, profitant de son sommeil, elles s'attaquèrent à lui et lui rongèrent les pieds, afin d'essayer la force de leurs dents.

plus amicales que Champollion avait donné à ses scheikhs d'excellents conseils afin de la protéger contre de nouvelles mesures oppressives de la part du Pacha. Il en agit de même avec les Bédouins delà grande tribu des Ababdés, dont il admirait depuis sa dix-huitième année « le langage classique, resté inaltéré depuis Abraham », d'après ce que Dom Raphaël lui en avait dit quand il était son jeune élève. Accompagné de Rosellini et de tous les membres de l'expédition franco-toscane, il leur fit une visite officielle et tout le monde fut ravi de la beauté, du genre de vie patriarcal, et de l'hospitalité de ces nobles habitants du désert. Jadis ennemis redoutables du gouvernement de l'Egypte, le Vice- Roi, pour les récompenser de leur continuelle poursuite acharnée des Mamlouks, leur avait accordé des privilèges qui les rendaient heureux : toute la lisière du désert leur avait été donnée à bail, ils y faisaient leurs récoltes en paix profonde, car dès lors ils étaient des Égyptiens naturalisés, mais ils craignaient Ibrahim- Pacha, qui renverserait tout, disaient-ils, après la mort de Mohammed- Aly! Ayant appris — ce que l'Egypte entière savait bien — que l'expédition avait été comblée d'honneurs par le Vice-Roi, les scheikhs des Ababdés prièrent Champollion de se rappeler, en revoyant Mohammed-Aly, ce qui lui avait été tout personnellement confié. « L'Égyptien » le leur promit et il tint parole.

Pendant le séjour à Kourna, les membres de l'expédition travaillaient de sept heures du matin jusqu'à midi, et de deux à quatre heures « très précises »•, alors des ânes sellés et bridés, ainsi que deux serviteurs arabes, attendaient déjà les jeunes gens pour les conduire où bon leur semblait. (( Dans ma gloutonne ardeur, je voudrais tout avaler, tout dévorer, Thèbes entière est déjà dans

ma poche », disait L'hôte, en se réjouissant des cinq cents croquis et aquarelles qu'il avait déjà achevés pour sa^ part avant la fin de juillet. Le soir, il écrivait de longues lettres et des articles pour des publications parisiennes'. Néanmoins il se plaignait sans cesse, et un jour, en s'adressant mentalement à Champollion, il

mettait sur le papier : « Tu peux bien compter que, si je suis

venu en Egypte un peu pour toi, ce n'est pas pour toi (jue j'y reste,

1. Le port, foit coûteux, n'était pas ù sa cliaige. \'uii' p. vi de 17/;- Iroducliun.

mais bien pour moi, pour mes quêtes, mon instruction et ma curiosité. » Et dans sa nerveuse surexcitation il se plaint des hiéroglyphes si onéreux et si importuns. « Nous tous, nous en avons attrapé une indigestion ! En avons-nous absorbé ! En avons-nous englouti ! Une année de travail, une année sans interruption, —

pas un jour de repos, pas une minute de trêve. » « Je tiens

aux Douanes, et vive la Douane, qui, avec la recommandation naturelle que me procure mon voyage et avec mon Mémoire sur le commerce d'Orient, va me recevoir dans ses bras. » Un jour, vers la fin de juillet, Lehoux, Bertin et Duchesne avaient été tellement surexcités parles propos de leur camarade qu'ils résolurent de quitter Thèbes le lendemain même, sous un prétexte quelconque. Mais, le 30 juillet venu, Duchesne seul partit : Bertin et Lehoux se rendirent aux remontrances du jeune Cherubini, qui était dévoué à Champollion, et ils restèrent jusqu'à la fin de l'expédition. Le maître n'était pas au courant de toutes les difficultés que lui suscitait la nervosité maladive de Nestor L'hôte, et celui-ci, qui, au fond, était fort bon enfant, ne se rendait point compte de ce qu'il disait et écrivait.

Indiquons ici la cause principale du mécontentement : Drovetti leur avait dit que Champollion aurait dû leur procurer le litre de commissaires du gouvernement, qui aurait fait une tout autre impression que l'indication trop simple d'artistes attachés à l'expédition. Quand L'hôte fut rentré en France, Charles Lenormant lui fit des reproches très graves de sa conduite. L'effet en fut complet; dès lors, (d'Égyptien » n'eut pas de partisan plus dévoué et plus modeste que L'hôte, qui, au lieu de retourner à l'administration des Douanes, resta fidèle aux hiéroglyphes.

Charles Lenormant, bon juge en la matière, a défini d'une manière fort exacte, et le caractère de Champollion et sa façon de travailler. (( On a déjà pu, dit-il, se faire une idée de ce que de pareils travaux supposent de pénétration, de constance et de sûreté de jugement, et l'Europe est là pour rendre témoignage à mes paroles ; mais ce que bien peu ont pu apprécier comme moi, c'est cette promptitude qui commande le résultat, cette force d'intuition qui n'appartient qu'au génie, et en même temps cette candeur dans l'investigation de la vérité, cette noble simplicité à avouer l'erreur quand elle est reconnue, cette résignation tranquille à ignorer ce qu'il n'est pas

temps desavoir Puissece témoignage d'une admiration sincère

et d'une amitié dévouée acquitter en partie la dette que tant de marques de confiance et d'intérêt m'ont imposée ! »

Karnak, avec les restes multiples et éloquents du sanctuaire national de l'antique Egypte, réclamait toute la force physique et intellectuelle de Champollion, et c'est surtout là qu'il lui aurait été utile d'avoir Dubois, Lenormant et William Gell à côté de lui ; au lieu de cela, Bibent et Duchesne, tous les deux fort bons travailleurs, n'y étaient plus. Rosellini n'était pas mieux partagé que lui. Son meilleur auxiliaire, le docteur Ricci, avait été grièvement blessé au bras par un scorpion, ce qui l'empêchait de continuer ses travaux'. D'autre part, le jeune Gallastri, revenu malade du désert Libyque, avait dû retourner en Italie où il mourut peu après. Raddi également était souffrant, mais, au lieu de se soigner et de rester tranquille, il prit tout d'un coup la résolution de partir de suite pour le Delta afin de le traverser à pied, malgré la peste qui, pour cette contrée, était alors la conséquence inévitable d'inondations aussi fortes que l'avait été celle de l'année 1829. Que l'on s'imagine l'effroi causé à Rosellini et à Champollion par cette résolution de Raddi, qui souffrait déjà de la dyssenterie et qui mourut bientôt après avoir quitté ses chefs.

A Karnak, les pèlerins s'étaient confortablement logés dans le petit temple dédié par Évergète II à Osiris et à la déesse Apet (Oph), à côté du beau temple consacré par Ramsès III au dieu Khonsou. Champollion, malgré ses journées fatigantes, restait, comme à Kourna, une partie de la nuit dehors, non seulement pour admirer le ciel, mais aussi pour reconstruire à l'aide de sa puissante imagination toute la munificence de la Thèbes pharaonique. Animé de sa vénération profonde, il en donnait souvent des descriptions intuitives après son retour à Paris, où bien des personnes aimaient à l'entendre parler sur ce sujet.

Concernant Karnak, il n'existe ni journal de voyage ni lettres détaillées : nous ne possédons que la description sommaire que nous avons publiée aux pages 151-153 du présent volume, résumé écrit à la hâte après l'exploration rapide entreprise le 23 novembre 1828. La plupart des notices purement scientifiques se

1. Cette blessure entraîna plu.s taid la paralysie et la démence.

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trouvent dans les Monumenin de VÉgypte et dans les Notices descriptives. Karnak posait à Cbampollion des problèmes dont il ne trouvait pas toujours la solution, comme cela se voit par exemple dans sa Grammaire hiéroglyphique, p. xxii de la Préface. — En premier lieu, il s'occupa de la Salle des ancêtres, érigée par Thoutmôs III, et qu'il avait déjà mentionnée après sa première visite rapide à Karnak (voir p. 153). Il s'aperçut alors avec regret qu'il n'avait pas dûment pris en considération ce que Burton avait publié en 1825 à l'égard de ce monument important, qui maintenant l'attirait autant que la célèbre Table d'Abydos.

Il avait cherché également, et bien vite trouvé, la place où Cailliaud avait surpris douze années auparavant « celui dont il ne prononçait jamais le nom », William Bankes, tandis que celui-ci faisait « brutalement -abattre » la Table numérale, dont les dix-sept blocs furent incorporés à la collection Sait et prirent place au Louvre, en 1826, par les soins de Champollion lui-même.

Le 4 septembre 1829, de grand matin, l'expédition quitta Karnak afin de revoir pour la dernière fois tous les monuments de la rive gauche, y compris les hypogées de Biban-el-Molouk. On admira un dernier coucher de soleil, du haut des propylons du temple de Kourna, puis, à 9 heures du soir, Champollion donna le signal du départ, au grand chagrin de toute la population, qui, y compris les enfants, était accourue pour faire ses adieux « au grand chef » et à tous ses compagnons, en poussant des cris déchirants. Bien des Bédouins-Ababdés également s'approchèrent, et leur muette et grave attitude ne manqua point d'une éloquence touchante.

L'expédition s'embarqua à l'ombre du même sycomore gigantesque où, le 19 novembre 1828, elle avait débarqué, mais Champollion ne put se résoudre à aller prendre du repos pendant cette nuit du départ, tant il était préoccupé de l'idée de ne plus revoir la splendeur féerique du firmament étoile au-dessus de « Thèbes, la Ville Royale)), que, dès sa douzième année, il aurait voulu contempler.

Le 5 septembre au matin, les travaux furent repris au temple de Dendérah, mais ils ne durèrent que jusqu'au lendemain soir, non seulement parce que le plus nécessaire était déjà fait, mais aussi parce que « l'Égyptien » était absolument à bout de force. Il était loin d'avouer cela à son frère, dans la lettre que voici [ — H. H.] :

Sur le Nil, près d'Antinoé, 11 septembre 1829.

Le lieu et la date de cette lettre te diront clairement que mon voyage de recherches est terminé, et que je retourne au plus vite vers Alexandrie pour regagner l'Europe et y trouver à la fois contentement de cœur et repos de corps, dont, au reste, quant au dernier point, je n'éprouve pas un grand besoin. Depuis Dendéra, que j'ai quitté le 7 au matin, j'ai en effet vécu en chanoine. Couché toute la journée dans la jolie cange de notre ami Mohammed-Bey d'Akhmim, qui a bien voulu nous la louer, j'ai mené une vie tout à fait contemplative, et mon occupation la plus sérieuse a été de regarder de quel côté venait le vent, et si nos rameurs faisaient leur devoir en conscience. Le vent du nord nous a longtemps contrariés, malgré le courant du fleuve, enflé outre mesure et au-dessus du maximum de sa crue\ L'inondation de cette année est magnifique pour ceux qui, comme nous, voyagent en amateurs, et n'ont dans ces campagnes d'autre intérêt que celui du coup d'œil. Il n'en est pas de môme des pauvres et malheureux fellahs ou cultivateurs. L'inondation est trop forte; elle a déjà ruiné plusieurs récoltes, et le paysan sera obligé, pour ne pas mourir de faim, de manger le blé que le Pacha lui avait laissé pour l'ensemencement prochain. Nous avons vu des villages entiers délayés par le fleuve, auquel ne sauraient résister de mesquines cahutes bâties de limon séché au soleil. Les eaux, en beaucoup d'en-

1. Déjà, en novembre 1828, l'inondation avait empêché l'expédition de se rendre à Abi/dos, qui est située à quatorze kilomètres de Baluiim et des rives du Nil. Lenormant, qui passa par là en janvier 1829, prévit qu'au retour de l'expédition, le même empêchement pourrait se produire, et il y récolla au profit de Champollion le peu qu'il put y trouver de remarquable à côté des monuments depuis longtemps connus. Pour découvrir du nouveau, il aurait fallu entreprendre dos fouilles considérables, pour lesquelles Cliam|)ollion n'avait point d'argent ni de forces.

droits, s'étendent d'une montîjigne à l'autre, et, là où les teries plus élevées ne sont point submergées, nous voyons les misérables fellahs, femmes, hommes et enfants, portant en toute hâte de pleines couffes de terre, dans le dessein d'opposer à un fleuve immense des digues de trois à quatre pouces de hauteur, et de sauver ainsi leurs maisons et le peu de provisions qui leur restent. C'est un tableau désolant et qui navre le cœur. Ce n'est pas ici le pays des souscriptions, et le gouvernement ne demandera pas un sou de moins, malgré tant de désastres.

C'est avec bien du regret, comme tu l'imagines sans doute, que j'ai dit adieu aux magnificences de Tlièbes, que j'habitais depuis six mois. Notre dernier logement a été, à Karnac, le temple de Ôph (Rhéa), à côté du grand temple du sud, au milieu des avenues de sphinx et à la porte du grand palais des rois.

A notre retour à Thèbes, au mois de mars passé, nous avions exploité le palais de Louqsor, et fait dessiner tous les bas-reliefs de quelque intérêt, en commençant par les immenses tableaux des deux massifs du pylône : c'est donc les seuls édifices de Karnac que nous ayons encore à étudier. Ce travail a été exécuté avec ardeur, et mes portefeuilles renferment, sans exception, la série de tous les bas-reliefs liistoriques un peu conservés du palais de Karnac, aussi beaux de style et d'exécution que ceux d'Ibsamboul, s'ils ne leur sont même réellement supérieurs. Tous concernent les campagnes de Ménéphtlia I'"^ (Ousiréi) en Asie ; j 'ai fait prendre, de plus, une cinquantaine de dessins de bas-reliefs qui méritent aussi le titre d'historiques, puisqu'ils représentent des Pharaons qui complètent ou enrichissent plusieurs de mes recueils relatifs aux XVIIP, XIX% XXS XXP et XXIP Dynasties. Tu trouveras plus de détails sur mes conquêtes à Karnac dans la notice que je t'enverrai du lazaret sur cet amas de palais et de temples, étonnante réunion d'édifices de toutes les époques de la

monarchie égyptienne, constructions merveilleuses, devant lesquelles resterait elle-même muette la bouche de fer de M. Quatremère.

Parti de Thèbes le 4 septembre au soir, j'étais le 5 sous le portique de Dendéra, dont rarchitecture est aussi admirable que les bas-reliefs de décor en sont mauvais et repoussants, par l'empreinte de décadence qu'ils offrent dans toutes leurs parties. Les inscriptions hiéroglyphiques elles-mêmes sont de mauvais goût. Le scribe qui les a tracées a voulu faire le bel es/j/vV; prodiguant les symboles et les formes figuratives, il a visé au lazzi, et même au calembour. Toutefois la masse de l'édifice est belle, imposante, et frappe même les voyageurs qui, comme nous, sont de vieux Thébains, et ont l'œil encore rempli des belles conceptions architecturales de l'époque des Pharaons. J'ai voulu de nouveau m'assurer, c/e.s yeux et de la main, que les cartouches des inscriptions latérales du zodiaque circulaire sont réellement vides et n'ont jamais été sculptés : cela est indubitable, et le fameux autocrator est bien de la façon de notre ami Jomard. — Du lazaret, tu auras aussi une note étendue sur les monuments de Dendéra.

Le reste du voyage jusques aujourd'hui (11 septembre) n'a rien offert de particulier. J'espère dans la nuit de demain arriver au Caire. Là, rien ne peut m'arrêter plus de quatre ou cinq jours; nous partirons de suite pour Alexandrie, et, si tes soins et les promesses du ministre ont eu leur efïet et qu'il y ait un bon vaisseau prêt à nous recevoir, je m'embarque de suite pour gagner Toulon. Tu vois qu'il n'est nullement question de passer l'hiver en Italie. Je compte le passer à Paris, quoique, au fond, cette idée m'effraye par rextrême opposition des climats, aussi ai-je besoin d'un appartement bien chaud et je compte me tenir chez moi jusques aux premières chaleurs. Je jouerai forcément le ver à soie.

C'est aussi sur le Nil, enln^ Dendrra o\ Ifnou (Diospolis parva), que nous ont rejoints par hasard d<'UK malheureux

courriers, expédiés de Tliôbes au Caire depuis la fin de juin. Pendant tout ce temps-là, nous sommes restés sans nouvelles d'Europe, et c'est en attendant chaque jour leur arrivée que le temps s'est écoulé "sans que nous puissions écrire en France. Du reste, comme nous, vous devez être accoutumés aux lacunes Mille respects pour notre vénérable de ma part. J'espère qu'il n'a point été affligé de ce que son troupeau, que ronge la clavelée, m'a mis par-dessous M. Pardessus^ : cela ne me surprend pas. J'eusse été flatté d'être appelé à l'Académie lorsque mes découvertes étaient encore contestées, de bonne ou de mauvaise foi, n'importe : le Corps, en m'adoptant, se fût acquis alors un droit véritable à ma reconnaissance. J'eusse encore été flatté qu'elle

1. Voici la liste des candidats inscrits qui furent mis en balance dans la séance du 10 avril 1828 :

MM. '"' scrutin 2° scrutin 3' scrutin i' scrutin

Pardessus 9 13 14 15

Champollion le Jeune.. . . 6 8 8 9

Thurot 6 7 6 4

Cousin 3

Guillon de Montléon 1

Amédée Jaubert 1

Gail 1

Thierry 1

ChanipoUion-Figeac, à l'occasion de cette nomination, écrivit à son

frère : « Cette nomination a été l'objet des plus vives attaques. Le

Journal des Débats, qui est au Ministère, a désavoué publiquement la coterie d'intrigants, ce sont ses lecteurs qui dominent la chose depuis dix ans. Les petits journaux se sont chargés de les nommer, et, depuis un mois, c'est un acharnement sans exemple d'attaques nominales qui Empêchent bien des faiseurs et qui les obligent à des lettres au public, lesquelles servent de motif pour le Icndcniain aux antagonistes. Jamais pareil feu n'avait été allumé dans les champs académiques et littéraires Tu es la pierre de touche et la pierre angulaire de tout cela,

et les noms Pardessus et Champollion, qui ne devaient jamais se rencontrer, se trouvent associés tous les matins, tirés ensemble par dix bouches à feu »

eût pensé à moi, tandis que je perfectionnais mes études et faisais une magnifique récolte au milieu des ruines de Thèbes. J'eusse regardé ma nomination comme une sorte de récompense nationale; elle a jugé à propos de me refuser cette satisfaction. Aussi, désormais, je ne ferai plus un pas vers elle, et, lorsque l'Académie m'appellera', je serai aussi peu empressé du fauteuil qu'un buveur délicat peut l'être d'une bouteille de Champagne éventée depuis six mois. L'eau du Nil elle-même inspire le dégoût quand on n'a plus soif. — Dieu lui fasse paix et miséricorde.

Je n'ai reçu aucune nouvelle de Dubois', auquel j'ai écrit de Thèbes à tout hasard. M. Mimaut m'a adressé une lettre pleine d'empressement. Les cancans du Caire le disent fort brave homme et bon vivant. Il s'est rencontré nez à nez avec M. Drovetti à la sortie du Port-Neuf, l'un arrivant, l'autre partant. Il n'aura pas eu le temps d'être imbu des bonnes traditions sur les personnes et sur les choses : je crois que je n'ai rien à perchée à ce contre-temps. — Je tirerai bon parti de M. Mimaut, puisqu'il ne fait pas le commerce des antiquailles.

J'avais prédit que le supplément de fonds que je demandais m'ar riverait quand il ne serait plus temps d'en faire usage à Thèbes. Toutefois il n'y a pas grand mal, puisque, recevant ce crédit à Karnac, je n'en eusse pas dépensé un sol en fouilles. J'y ai renoncé depuis plusieurs mois, parce que ce n'est point mon métier et que les Arabes fouilleurs ont besoin d'une surveilhince de chaque seconde, sans la-

1. CliainpoUion entra à l'Académie des Inscriptions le 7 mai 1830.

2. Mal^'i'é qu'il fût le chef de la Commission archéologique envoyée en Grèce, Dubois, qui craignait de se compromettre, « n'écrivait qu'à sa femme » : il refusa de faire droit à la requête de C'iiampollion- Figeac, qui le priait de lui envoyer des h-tin-s poui- le Mmiitiur. Il rentra à Paris le 20 octobre lH2n, et, dès le lendemain, il reprit sa place au Musée égyptien. ChampoUion lui avait écrit île Th-hm à Ailn'-nrs. mais il n'y eut aucune réponse U'Al/tcnrs à Thchrs.

quelle ils ne trouvent rien ou font disparaître tout ce qu'ils trouvent. Dans l'état actuel, je rapporte cependant pour le Louvre des objets bien intéressants, quoique d'un petit volume. En fait de grandes pièces, trois ou quatre momies de décoration nouvelle, ou grecques, avec des inscriptions, et de plus : 1° le plus beau bas-relief colorié du tombeau royal de Ménéphtha P"^ (Ousiréi), à Biban-el-Molouk. C'est une pièce capitale qui vaut à elle seule une collection : elle m'a donné bien du souci et me fera certainement un procès avec les Anglais d'Alexandrie, qui prétendent être les propriétaires légitimes du tombeau d'Ousiréi, découvert par Belzoni aux frais de M. Sait. Malgré cette belle prétention, de deux choses l'une : ou mon bas-relief arrivera à Toulon, ou bien il ira au fond de la mer ou du Nil', plutôt que de tomber en des mains étrangères. Mon parti est pris là-dessus.

2° J'ai acquis au Caire, de Mahmoud-Bey le Kihaïa, — toujours sur mes économies et propres fonds, — le plus beau des sarcophages présents, passés et futurs. Il est en basalte vert et couvert intérieurement et extérieurement de basreliefs ou plutôt de camées travaillés avec une perfection et une finesse inimaginables'. C'est tout ce qu'on peut se figurer de plus parfait dans ce genre ; c'est un bijou digne d'orner un boudoir ou un salon, tant la sculpture en est fine et précieuse. Le couvercle porte, en demi-relief, une figure de femme d'une sculpture admirable. Cette seule pièce m'acquitterait envers la Maison du Roi, non sous le rapport de la reconnaissance, mais sous le rapport pécuniaire, car ce sarcophage, comparé à ceux qu'on a payés vingt et trente mille francs, en vaut certainement cent mille.

Le bas-relief et le sarcophage sont les deux plus beaux objets égyptiens qu'on ait envoyés en Europe jusques à ce

1. C'est le n" B 7 de la Salle Henri IV, au Louvre. Une fort belle copie de ce chef-d'œuvre avait déjà été admirée par tout Paris dans l'exposition organisée par Belzoni en 1822.

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