XXXII
21 août 1828.
Mon bon ami,
Mande-moi donc si tu as reçu le Dictionnaire celtique, et si tu as été content de la beauté de l'exemplaire. J'ai déjà mis sens dessus
(1) Précède la lettre Cil de Nodier. (Rec. Estignard, p. 216.)
dessous tous les papiers, tous les livres que j*ai laissés chez ma mère, et je n'ai pas encore pu retrouver ia Cassette, Il n'est pas très étonnant qu'une brochure de quelques pages ait échappé jusqu'ici à mes recherches; mais comme je suis sûr que je ne l'ai ni donnée, ni vendue, ni échangée, et que personne ne fouille dans les armoires de ma mère, je dois finir par la retrouver. Ce serait pour moi un véritable chagrin, si je ne pouvais pas te la porter. J'ai déjà mis de côté tous les Chiftlet que tu m'as demandés pour les placer dans ma malle, que je vais expédier demain ou après par le roulage. Je comptais me mettre en route le 27 ; mais on prétend que M°*« la Dauphine veut, à son passage, visiter notre bibliothèque, et qu'il faut que je reste pour lui en faire les honneurs. Si je reçois à cet égard un avis de M. le maire, me voilà cloué jusqu'au 7 ou 8 septembre. Gela me contrarierait beaucoup, et pour plus d'une raison.
Je viens d'écrire à Peignot de m'envoyer Vlsle de Bornéo, m'obligeanl à lui rapporter de Paris, en échange, l'ouvrage qu'il me désignera, fallût-il le faire venir de Londres, de Leipzig ou de Milan. J'attends la réponse et le livre, car je ne crois pas qu'il puisse avoir la dureté de me le refuser. Il m'a envoyé un très bel exemplaire de la Passion d'Olivier Maillard. Tu m'as donné, l'année dernière, le Combat des Trente. Je compte sur toi pour compléter la collection des raretés bibliographiques publiées par M. Crapelet, et qui se compose, je crois, de sept ou huit volumes.
M. Michaud m'invite à prendre un logement chez lui, où je serai mieux que dans un hôtel garni ; il me dit que, logeant ensemble, nous réglerions nos comptes plus à notre aise. Je ne lui ai pas encore répondu ; non que j'aie de l'ouvrage, car je ne fais rien, mais parce que je ne sais trop comment assaisonner mon refus. Aux termes de notre marché, il ne me devra rien avant le mois de février prochain. Cependant, s'il ne me donne pas quelque argent pour acheter des bouquins et pour faire le garçon, je passerai mal mon temps à Paris. J'en excepte celui que je serai avec toi, comme lu penses bien. Pourquoi n'es-tu pas riche ? Car je le serais.
J'oublie tous mes sujets de chagrin quand je pense aux six semaines que nous allons passer ensemble à bouquiner, à parler de mon catalogue, et à rédiger celui des raretés franc-comtoises. J'espérais te porter ce dernier travail tout fait; mais je n'y ai pas mis la main. Je ne suis pas devenu paresseux, à ce que je crois, mais depuis que le travail ne me commande plus, je ne fais rien que de lire des romans et des théâtres étrangers. Ton Faust n'a pas encore paru! Je voudrais bien en voir une représentation.
Mille tendresses à la femme et à ta fille. Mes amitiés à Soalié, à Cailleux, à Gay, à Déveria. Ton frère.
XZXIII (1)
30 novembre 1828.
Je suis arrivé, mon cher ami, depuis quinze jours, et si je ne t'ai pas encore écrit, c'est que je voulais pouvoir le mander que je me suis occupé de trouver Jes livres que je l'ai promis. J'»i sous la main la Bourhonapartide dont je t'ai fait J'hisloire. Je voudrais bien qu'elle fût dans ton cabinet ; mais je ne sais comment te l'envoyer, dans la crainle qu'elle ne s'égare. C'est, j'en suis sûr, le seul exemplaire qui existe de cette pièce, plus curieuse encore que la Procédure orthographique. Voici le parli auquel je m'arrête. J'ai promis à Abel Rémusat de lui adresser un exemplaire du Recueil des ordonnances. Je mettrai ton paquet dans la même caisse, et je t'avertirai du jour où elle partira par leroulage, afin que tu puisses réclamer sur-lechamp à M. le conservateur des manuscrits orientaux le petit ballot qui renfermera les pièces que je te destine. Si d'ici là j'ai le bonheur de retrouver la Cassette et les Chifflet dont tu désires enrichir ta collection, je les joindrai à l'ouvrage de Bellegingue. Tu auras aussi les Pensées de Marguet, qui sont devenues très rares depuis que M™® Deis a vendu le reste de l'édition à un épicier de Fribourg.
J'ai déjà reçu une partie de mes livres et je m'occupe à les décrire et à les classer dans noire bibliothèque. Tous ceux que j'ai achetés de M. Techener ne me sont pas encore parvenus. Cela m'empêche de régler mon compte avec lui; mais j'espère que ce petit retard ne lui cause aucune inquiétude. Fais-moi le plaisir de dire à Crozet de m'envoyer sa facture, afin que je puisse la payer. Techener est plus avisé que lui, car j'ai trouvé la sienne à mon arrivée.
En passant à Dijon j'ai acheté deux livres d'Emblèmes et pour 200 francs environ d'ouvrages de médecine que j'ai choisis dans la bibliothèque du docteur Brenet ; VAnatomie de Cooper, VOstéologie de Munro, les Thèses de Haller , la collection des Conspectus de Juncker, Tralles sur Vusage de l'opium, etc.
J'ai trouvé ici M. Buchon. En m'attendant il avait été visiter les
(1) Précède, aiusi quo la suivaiilc, la lotlro CIII de Nodier. (Rec. Estignard, p. 218.)
bibliothèques de Montbéliard, de Baame, de Quingey et d'Ornans. Il est accompagné d'un secrétaire et d'an domestique qui porte une livrée rouge. Il oblige les bibliothécaires à lui remettre Tétat de tous les livres confiés à leur garde, tant de livres imprimés, tant d'éditions du xv« siècle, tant de vélins, tant de manuscrits en langues anciennes, en français et en langues étrangères. Ce n'est pas tout; il exige une note détaillée des doubles, afin, dit-il, de pouvoir faire opérer des échanges entre les divers établissements. A Dole il a forcé le pauvre Pallu de travailler jour et nuit pour lui copier des catalogues, et il lui a prescrit un nouvel ordre pour la tenue de ses registres. lia été plus poli pour moi, et il a bienfait, car j'étais décidé à l'envoyer paître s'il se fût montré par trop exigeant. Il m'a parlé d'un travail à faire sur les manuscrits de Granvelle. Je lui ai répondu que je m'en étais entretenu avec M. l'inspecteur général des bibliothèques, que j'avais eu l'honneur de voir à Paris, et que je m'en occuperais aussitôt que j'aurais un local pour classer nos manuscrits. Le jour de son départ, M. Buchon m'a invité à déjeuner; je l'ai remercié, et nous nous sommes quittés assez froidement. Il m'a cependant promis monts et merveilles, entre autres un exemplaire du bréviaire de Ch. de Neuchatel sur peau de vélin, qu'il a découvert dans la bibliothèque de Vesoul. Jamais Peignot ne m'en avait parlé, et le P. Laire ne l'a pas connu, puisqu'il n'en dit rien dans la dissertation où il a si curieusement décrit le missel qui appartient maintenant à M. Droz.
Je n'ai pas encore repris mes habitudes de travail. J'ai cependant adressé hier à Taylor les notes qu'il m'avait demandées sur Vesoul et sur Luxeuil. Diable! j'ai eu peur qu'il ne m'écrivît tous les jours, comme l'année dernière, des lettres de quatre lignes taxées 14 sols. Que l'on m'écrive, on me fait grand plaisir, mais qu'on m'en donne pour mon argent.
Que les moments que je viens de passer avec toi m'ont semblé courts, et qu'ils me laissent de regrets ! Rien ici ne peut me rendre les douces promenades du soir sur les boulevards, ces inépuisables confidences, ces charmantes causeries. J'ai cependant ici ma mère qui a failli mourir de joie en me revoyant, et que tu peux te flatter d'avoir rendue la plus heureuse des femmes. Elle ne parle plus de toi que les larmes aux yeux, et elle ne me parle que de toi, parce qu'elle sait que c'est le plus grand plaisir qu'elle puisse me faire. Ne viendras-lu pas l'année prochaine, comme tu me l'as promis? C'est cette idée qui va me faire vivre. Mille tendresses à Marie el à sa mère. J'embrasse Souliô et Cailleux. Tout à toi. Ton frère.
7 janvier 1829.
Mon cher ami,
Depuis mon départ, je m'occupe exclusivement de notre Bibliothèque des livres rares et curieux de Franche -Comté. J'ai trouvé un libraire, un imprimeur, et je ne suis pas en peine d'avoir des souscripteurs. Déjà j'ai lu la plus grande partie des catalogues que nous possédons. Dans un mois j'aurai recueilli tous les matériaux qui sont à ma disposition. J'ai déjà quelques idées pour la préface ; mais il faut que tu me donnes les tiennes. Oh ! que de choses singulières et curieuses renfermera notre livre !
Sais-tu que Gilbert Cousin, le véritable restaurateur des lettres en Franche-Comté, que J.-J. ChifBiet nommait homuncio, parce qu'il ne croyait pas aux miracles de saint Claude^ est l'éditeur et l'auteur de la plus grande partie des pièces qui composent les Pasquillorum libri duo^ Je le soupçonnais depuis longtemps; mais j'en ai la preuve aujourd'hui par une lettre de Cousin qui se plaint qu'on ait imprimé sans son aveu les Pasquilles, ouvrage de sa jeunesse ; ou plutôt qu'on l'ail fait connaître pour l'auteur de pièces qui doivent le forcer de s'exiler d'une province où l'inquisition commence à étendre sa domination. Je me charge de cet article PasquilleSj et j'espère que tu auras peu de chose à y changer.
Il est impossible que ton nom ne figure pas dans la liste de nos auteurs dont les livres sont rares et recherchés des curieux : mais que ta modestie ne s'effarouche pas. C'est d'après Peignot que je donnerai place dans notre Bibliothèque à trois de les livres : les Recherches sur les antennes, la Biographie entomologique et les Apothéoses de Pylhagore. Ces trois articles seront signés de mes initiales. Quant aux autres, nous en supporterons la responsabilité en commun.
Depuis que nous nous sommes quittés, j'ai appris bien des choses dont je voudrais te faire part tête à tête, dans nos promenades sur le boulevard. Je ne sors plus, je n'ai plus de jambes ; mais je les retrouverais pour me promener avec toi du café des Variétés à l'Arsenal. Les moments que j'ai passés dans ces doux épanchements de l'amitié sont les seuls que je regrette d'une vie qui s'éteint.
Je n'ai été vraiment heureux, heureux à ma manière, qu'à l'Arsenal. C'est là que je vis en idée, en attendant que j'y retourne en
réalité ; mais qaand ? Je ne le sais pas. Il faut qae tu viennes me voir avant que je retourne à Paris; tu peux m'en faciliter les moyens. Le maire m*a paru persuadé que mon traitement de i,500fr. était ridicule. C'est aussi Tavis de M. Bourgon; ainsi tu n'auras pas de peine à les décider à le faire augmenter. Quant à moi, je ne leur en parlerais pas pour un empire. Nous sommes au 7, et je n'ai pas encore reçu le règlement de compte que M. Michaud devait m'envoyer pour la fin de décembre. Je patienterai encore quelques semaines avant de le lui demander. Cependant j'ai besoin d'argent pour finir les choses que lu sais.
Si tu n'as pas encore reçu de sanglier, c'est que la neige est tombée bien tard dans notre pays. La première que nous avons vue ici n'a pas plus de quatre ou cinq jours; mais ou ne tuerait qu'un marcassin dans les forêts de la Haute-Saône, qu'il te serait expédié. J'en ai la parole de MM. Demandre.
Je te renvoie un volume de votre bibliothèque prêté à Jouflfroy, et qui m'avait été adressé par mégarde, et les feuilles de la Bourbonapartide de Bellegingne. Je t'avais dit que cet exemplaire était unique; mais M. du Bouvot en possède un; il ne sait pas lui-même d'où il lui vient. Je n'ai pas encore retrouvé les Chifflet que tu désires pour ta collection ; tout ce que je puis t'assurer, c'est qu'ils n'existent pas en double à la bibliothèque, et que je les ai cherchés vainement dans notre dépôt. Tu ne perds que l'attente.
J'ai écrit ces jours derniers à Techener pour l'engager à m'envoyer la liste des livres philosophie ancienne, histoire naturelle, médecine, poètes latins modernes, antiquités, qu'il aurait acquis soit à Londres, soit à Paris, depuis mon départ. Tu sauras mieux que lui ce qui me convient. Il me faut de beaux exemplaires et des prix modérés ; je paierai à la réception des ouvrages. Si tu avais loi-même quelques livres dont tu voulusses te défaire, tu n'as qu'à parler. Techener en recevra le prix que tu auras fixé. Ne vaut-il pas mieux que nous profitions des bons marchés que les étrangers? A cet égard, je ne te conçois pas.
Mille tendresses à ta femme et à Marie, que j'embrasse de tout mon cœur.
Marqniset ira vous voir vers la fin de janvier ou dans les premiers jours de février. J'espère le charger de livres pour toi, et de mps commissions pour tes femmes.
J'ai écrit à Soulié pour lui demander un article. II est proposé pour notre Académie, ainsi que ton cousin Dumont.
Adieu, mon ami, mon frère, qu'il me larde de pouvoir te répéter combien je t'aime !
zxxv
20 janvier 1829.
Mon chbr ami,
Ta as dû recevoir, il y a quelques jours, le fragment de la Bourbonapartide de Bellegingue ; je croyais Texemplaire unique depuis que M™* Deis a détruit celui de son mari; il s'en trouve un, je ne sais comment, entre les mains de M. du Bouvot En voilà donc deux. Cela fait encore une rareté digne de figurer dans ton cabinet.
Je t'envoie aujourd'hui la réimpression, à très pelit nombre, de la leltre touchant Béalrix de Châlon, que je suis parvenu^ non sans peine, à tirer des mains de M. Béchet. 11 a fallu lui donner en échange le Censorinus variorum, que, par bonheur, j'avais double. J'y joins la lettre de Fontenelle, imprimée par M. Thomassin, et les Recherches sur notre Patris. C'est tout ce que lu auras de moi aujourd'hui ; mais à mesure que je retrouverai les livres que tu désires, je les mettrai de côté pour te les envoyer. La Semaine de Gamon, qui se trouve dans le paquet, est pour notre ami Soulié, à qui je te prie de dire mille choses. La rigueur du froid ne m'a pas permis, depuis mon retour, d'aller lui chercher au dépôt les Veuves de du Bartas, que je lui ai promises en échange de tout ce qu'il m'a donné ; mais avec moi on ne perd que l'attente. Nous avons présenté Soulié à l'Académie^ ainsi que j'en étais convenu avec toi ; il recevra son diplôme, avec une belle lettre de notre perpétuel, dans un mois, c'est-à-dire aussitôt après l'élection. Celle de ton cousin Dumont est ajournée. On veut faire passer auparavant MM. Damoiseau et Cordier, qui n'appartiennent pas encore à notre illustre compagnie.
Je travaille sans relâche à notre Bibliothèque franc-comtoise. J'ai déjà fait des extraits de Gesner, de Lacroix du Maine, de Duverdier, de la Bibliographie de Debure, de celle de Bauer, etc. J'ai feuilleté tous nos anciens catalogues; je tiens maintenant celui de Crevenna. Dans la rédaction de mes notes, j'ai pris pour modèle David Clément, dont la Bibliothèque curieuse ne m'a fourni de notes que pour notre Boissard. Tu es d'avis de comprendre dans notre liste des ouvrages dont nos compatriotes ne sont que les éditeurs : ainsi le Térence de Cordatns, le Cicéron et les Poemata didascalica de
d'Olivet, la Bibliotheca Ciaeconii de Camusat, nous fourniront de curieux articles. Je pense que nous devons nous emparer aussi des traductions, ne fût-ce que pour avoir l'occasion de parler du Pline de Dupinet, des Voyages de Cooh de Suard et Desmeuniers, etc. Je suis sûr que le nombre de mes notes s'élève maintenant à plus de trois cents. Quel ordre adopterons-nous? Je penche pour Tordre méthodique, parce que c'est celui qui fera le mieux voir que notre province a fourni des écrivains dans tous les genres. Cependant je suis disposé à ne vouloir que ce que tu voudras. Envoie-moi tes notes. Ce n'est pas que j'en sois bien pressé, car je n'aurai pas fini ma tâche avant six mois, en y travaillant tous les jours cinq ou six heures; mais je serai bien aise de voir les articles dont tu peux te charger. Il faut aussi t'occuper de la préface ou du moins j penser, afin que nous soyons d'accord quand il s'agira de l'écrire. J'aurai de Yesoul, de Dole, de Lyon même, tous les livres que je ne puis pas trouver ici et que j'ai besoin de voir, de manier, de parcourir, d'extraire ; mais cela ne sera pas suffisant. Il faudra que tu prennes la peine d'aller à la bibliothèque royale examiner, entre autres livres, ceux d'Hurabert de Montmoret, que je n'ai pas trouvés, même à l'Arsenal.
Je n'ai pas encore reçu la facture du jeune Crozet, quoique je t'aie déjà prié de la lui demander. Tant que je ne l'aurai pas, je ne pourrai pas le faire payer. Dis-lui bien que tout ce retard est de sa faute et non de la mienne. Si je n'ai pas encore payé Techener, c'est par une autre raison : je n'ai pas encore reçu ses livres. MM. Debure attendent, pour me les expédier, qu'il y ait de quoi faire une caisse de grandeur raisonnable. J'ai écrit à Techener de s'entendre avec toi pour me donner la liste des ouvrages qu'il a acquis depuis mon départ et qui pourraient me convenir. Je suis étonné de n'avoir pas reçu de réponse. Est-ce qu'il me boude? Il aurait grand tort; moi je l'aime beaucoup, quoiqu'il me vende quelques-uns de mes livres un peu cher.
Il paraît que, dès que j'ai quitté l'Arsenal, j'y suis oublié complètement. Sans Taylor et ses commissions, que je fais avec une grande exactitude, je n'aurais pas reçu de tes nouvelles. Cela n'est pas bien. Ton insouciance s'est communiquée à Delangle, car il ne m'a pas envoyé la PhUomèle, malgré sa promesse. Je compte plus sur celle que m'a faite M. Crapelet, de m'adresser tes Mélanges aussitôt qu'ils auront paru; mais quand paraitront-ils? C'est ce que je ne sais pas.
M. Beuchot doit t'avoir expédié du gibier; car le temps est favorable pour la chasse. Si tu en as reçu, dis-le moi, pour que je
remercie Texpéditear. Si tu n'en as pas reça, dis-le moi encore, pour que je lui reproche son manque de parole.
Adieu, frère. Mes amitiés à ta femme, à ta fille et à tous les habitués de TArsenal. Ne m'oublie pas près de Gorze (?), de Tonnet et de Clueys. Je t'embrasse bien tendrement.
ZXXVI(l)
iO fé?rier 1820.
Mon cher ami.
Depuis ma dernière lettre je n'ai pas cessé de travailler avec la même activité à notre Bibliothèque frano-comtoise. J'ai déjà, si je ne me trompe, deux ou trois cents notices, dont quelques-unes assez étendues. Il me semble que tu en seras content. Je n'ambitionne pas d'autre prix d'un travail qui d'ailleurs m'amuse beaucoup. Je ne me borne pas à consulter les catalogues ni à décrire les livres que j'ai sous la main. Le bibliothécaire de Vesoul, à qui j'avais demandé quelques renseignements, vient de m'envojer son catalogue C'est un énorme volume, format atlantique, très incommode pour moi, à raison de ma mauvaise vue. Je l'ai lu dans quatre jours, sans manquer une ligne. J'y ai trouvé cités quelques ouvrages curieux, entre autres notre Bréviaire de i489, dont le P. Laire ne parle que d'après Dunod et qu*U n'avait jamais pu se procurer; celui de 1496, inconnu au P. Laire et même à M. Van Praét. L'exemplaire est peau de vélin. La bibliothèque de Yesoul est beaucoup plus précieuse que je ne me l'imaginais, surtout dans la partie historique, où j'ai noté deux cents volumes que nous n'avons pas, et que je croirais acheter à bas prix si je les trouvais pour i,û(K) ou i ,200 fr. ; mais on n'y trouve presque aucun ouvrage d'auteurs de la province. Cependant D. Coquelin, le dernier abbé régulier de Favemey, en avait formé une collection qoi passait pour complète. Qu'est-ce que tout cela est devenu ?
Connai&-tu le poème de Tabbé Callier : Dola ohiena à Condaso, in-8*, imprimé par Joly en i822? Il n*a été tiré qu'à 90 exemplaires, dont moitié sur papier de couleur. Je viens d'écrire k Pallu de m'en procurer un exemplaire pour toi, dans le cas oCi lu ne l'aurais pas* Je lui offre en échange C Eponge pour effacer la cemure du P. Do-
(1) Suit la leUre GUI de Nodier. (Boc. Bstigiurd, p. 218.)
minique Yernerey, qae j'ai double. Je suis sûr qu'il acceptera ma proposition, ainsi tu ne tarderas pas d'avoir dans ton cabinet une nouTelie rareté franc-comtoise.
J'ai TU ces jours derniers l'abbé Dartois, directeur du petit séminaire d'Ornans. C'est un excellent jeune homme et un grand amateur de livres. Il m'a dit qu'il avait dans sa collection un ouvrage dont il ne s'est pas rappelé le titre , mais qui porte sur le frontispice la signature de notre Gilbert Cousin. Je le lui ai troqué sans le voir, et dès que je l'aurai vu, je te l'enverrai. Tu vois que je ne t'oublie pas dans l'occasion. Fais de même.
Je ne reçois rien de Techener ni du jeune Crozet.Les ventes pour lesquelles j'avais donné quelques commissions à MM. Debure sont terminées, et ils ne tarderont pas à m'envoyer ce qu'ils ont acheté pour moi, avec les volumes de Techener qu'ils ont depuis le mois de novembre. Je solderai Techener sur-le-champ; mais je ne puis pas payer Crozet sans la facture. Dis-lui donc de me l'envoyer; si elle est inexacte, je la rectifierai. Pour Dieu, qu'il soit tranquille ! Je serais désolé de lui faire tort d'un centime.
J'ai l'exemplaire que tu m'as donné dans le temps de ta Dissertation sur les antennes. Si j'en retrouve par hasard un autre, ce qui n'est pas impossible, je l'achèterai. M™* Deis doit avoir celui que tu as donné à son mari, et tu en as distribué quelques autres à tes amis, qui ne peuvent pas être perdus.
Je t'ai déjà dit que l'association de Dumont à notre Académie était ajournée au mois d'août. Il avait pour concurrent M. Cordier, le député du Jura, qui avait des titres plus brillants et qui a réuni l'unanimité des suffrages. Notre Soulié a été nommé dans la même séance correspondant étranger. Il ne tardera pas à recevoir son diplôme, s'il ne l'a déjà.
Tu devrais bien me réconcilier avec Victor Hugo. Si je ne l'ai pas vu dans mon dernier voyage, tu en es un peu la cause. Toutes les fois que je te parlais de faire cette course, tu me disais : Nous irons une autre fois, Victor viendra dimanche. Les semaines et les mois se sont passés en attendant qu'il vint à l'Arsenal ; et je suis reparti sans l'avoir vu. Dis-lui donc combien je l'aime, el que s'il ne lui faut que des visites pour me pardonner, je lui en ferai l'hiver prochain, jusqu'à ce qu'il me dise : C'est assez.
Le jeune Marmier, dont je t'ai porté au mois de septembre une lettre que tu as trouvée extravagante, vient de quitter brusquement la bibliothèque, où je lui avais procuré une petite place de 400 fr., en attendant mieux, pour aller à Paris tenter les aventures. Je crains bien que tu n'aies deviné le sort qui attend ce malheureux jeune
homme, quand tu m'en parlais dans une de nos promenades sur le boulevard; je soupçonne que c'est le propriétaire du Voleur qui l'a mandé à Paris, en lui promettant de l'associer à cette entreprise. En partant, il m'a laissé une lettre dans laquelle il me dit que je n'entendrai jamais parler de lui, s'il ne parvient pas à se faire un nom honorable dans les lettres. Je suppose qu'il ira te voir. Fais à cet égard ce que tu croiras convenable.
Mes tendresses à ta femme et à ta fille. Rappelle à Delangle qu'il m*H promis un exemplaire de la PhUomèle et que je l'attends encore. Si tu en donnes une nouvelle édition, comme cela est présumable, je te fournirai une note que le hasard m'a fait trouver, mais que je n'ai pas sous la main pour te l'envoyer.
Mille choses aux amis. Ton frère.
1" mars 1829.
Mon chbr ami,
Tu dois avoir reçu un exemplaire papier bleu du poème de l'abbé Callier. Fallu me mande qu'il vient de te l'adresser par la posle. On ne m'a pas encore envoyé d'Ornans le volume avec la signature de Gilbert Cousin; mais, s'il ne m'arrive pas bientôt, je le réclamerai, et je te le ferai passer par la première occasion.
MM. Debure me mandent qu'ils viennent de m'expédier par le roulage, avec les livres qu'ils m'ont achetés aux ventes qui ont eu lieu cet hiver, ceux que Techener avait déposés chez eux au mois de novembre dernier. Dès que je les aurai reçus, je lui en enverrai le prix en un mandat sur un banquier.
J'ai lu la plume à la main ton Examen critique des dictionnaires ; et si, comme je te le conseille, tu l'occupes jamais d'une nouvelle édition de cet ouvrage, je pourrai te fournir des remarques et des additions que je crois assez curieuses. Jacq^emard a un exemplaire de Boiste tout couvert de ses notes, dont il se propose de te faire hommage, si tu crois pouvoir en tirer parti pour tes travaux relatifs à la grammaire. Mande-moi s'il doit te l'envoyer, ou plutôt écris-lui directement à Bourguignon -lez-Morey, par Combeaufontaine, département de la Haute-Saône.
Notre Bibliothèque curieuse, à laquelle je travaille sans relâche, commence à prendre une certaine tournure, mais il y a des points
sur lesquels je me trouve arrêté conrt, faute des docaments nécessaires. Je ne sais, par exemple, où trouver des éclaircissements sur les auteurs des anciens romans comtois, cités par D. Grappin dans son Histoire abrégée du comté de Bourgogne, p. 303, tels que Girard de Roussillon, Guillaume de Dole, etc. Tu pourrais, ce me semble, consulter à cet égard M. Méon, qui ne refuserait pas de nous mettre sur la voie ou même de nous guider dans nos recherches.
Debure, Bibl. instruct,, u» 3842^ cite un manuscrit du roman de Gérard, comte de Nevers, qui existait alors dans le cabinet de Gaignat» et dont la suscription porte : Escript par moi, Guyot d'Âugerans (près de Dole), par le commandement de Philippe, duc de Bourgogne. Les bibliographes ne regardent Guyot d*Âugerans que comme le calligraphe ; mais ne pourrait-il pas être aussi Fauteur de la traduction en prose de ce roman ? C'est ce que je te prie de vérifier sur les exemplaires imprimés que doit garder la bibliothèque de TÂrsenal, si riche en ouvrages de ce genre. Tu me demandais de la besogne, en voilà; mais auras-tu le loisir de t'en occuper?
Les Mélanges s'impriment-ils? M. Crapelet m'en a promis deux exemplaires, un pour notre bibliothèque el l'autre pour moi. Je le crois plus exact et plus consciencieux que Delangle, qui m'avait promis un exemplaire de la Philomèle et un du Dictionnaire des onomatopées, et qui ne m'envoie rien du tout. M. Marquiset, logé à l'hôtel d'Italie, et qui doit revenir à Besançon dans le courant de mars, se chargerait volontiers de me rapporter les présents de Delangle, et les autres bagatelles que tu voudrais y joindre, si tu en as trouvé quelques-unes à m'acheter. Mon intention n*est pas de te constituer eu frais, je te rembourserai scrupuleusement.
Le diplôme de Soulié qui lui confère le titre d*académicien correspondant lui a été adressé dans une caisse de livres envoyée à M. Groslambert, pharmacien en chef de l'hôpital du Val-de-Grâce, me des Vieilles-Tuileries, n«42. S'il n'a pas encore reçu cette pièce, il faut qu'il prenne la peine de la réclamer; s'il l'a reçue, il faut qu'il en accuse la réception au secrétaire perpétuel.
On m'a dit que tu prenais un intérêt très vif au jeune Marmier, et que tu lui avais promis de lui procurer un petit emploi qui lui fournirait les moyens de vivre, en lui laissant le temps de poursuivre ses travaux littéraires. Je t'en remercie. Il a une mauvaise tète, mais un cœur excellent, et je crois que 's'il est dirigé dans ses études d'une manière convenable^ il pourra faire un jour de l'honneur au pays.
On parle d'un voyage que Victor Hugo se propose de faire ici au priiftemps prochain. S'il exécute ce projet, nos jeunes gens seraient
bien aises de savoir le jour de son arrivée, afin d'aller à sa rencontre. Us veulent lai procurer le plaisir d'une ovation.
Mes amitiés à ta femme et à Marie. Ne m'oublie pas près des habitués de l'Arsenal. Je t'embrasse de cœur. Ton frère.
C'est Gandillot l'alné, le frère de celui qui a épousé ta cousine Virginie, qui te porte cetle lettre. Je n'ai pas besoin de te dire de lui faire amitié. Son nom porle sa recommandation.
ZXXVIII
16 mars 1829. Mon cher ami,
M. Âmédée Thierry, que tu as tant contribué à faire nommer à la chaire d'histoire de la Faculté de Besançon, va passer quelques ours à Paris. 11 se fait un plaisir extrême de te voir et de te remercier des démarches que, sans le connaître personnellement, tu as faites en sa faveur. C'est un homme de beaucoup d'esprit et un intime ami -de M™« Tastu, double motif pour que lu aies du plaisir à causer avec lui de notre pays et des moyens de le tirer de son apathie.
Les Mélanges tirés d'une petite bibliothèque sont imprimés depuis longtemps. D'après la promesse solennelle de M. Crapelet, je m'attendais à en recevoir sinon deux exemplaires, au moins un ; mais M. Crapelet est comme Delangle, il oublie les personnes qu*il ne voit plus.
Dans mes moments de loisir je travaille toiyours à notre Bibliothèque curieusey et j'espère qu'elle sera finie pour l'hiver prochain. Je t'ai déjà demandé quelques renseignements que tu ne m'envoies pas sur nos anciens romanciers. Il faudra, je le vois bien, que je prenne le parti d'aller les chercher moi-même à la bibliothèque du roi. Maintenant il ne s'agit pas de faire une course fatigante et ennuyeuse ; il n'est question que d'ouvrir un volume que lu as sous la main. Prends la Bibliothèque de Lorraine de D. Calmet, cherche l'article Boissard, et dis-moi si tu as jamais vu citer ailleurs Habitus variarum orbis gentium, in-fol. obi., recueil de soixante douze estampes. Les figures de l'exemplaire que D. Calmet avait sous les yeux étaient très bien enluminées. Cet ouvrage n'existe pas à la bibliothèque de TArsenal, j'en suis sûr ; mais il n'est pas pos-
sîble qu'on ne le trouve pas dans le cabinet des estampes. Il faudrait pouvoir en parler d'une manière convenable, el ne pas se borner à copier Calmet.
Je n'ai pas reçu d'Ornans la signature de Gilbert Cousin ; mais je dois y passer la semaine prochaine en allant voir Curasson, et je ne m'en reviendrai pas sans te rapporter le précieux autographe dont tu désires enrichir ta collection.
Mes amitiés à ta femme el à Marie. Je t'embrasse comme je l'aime, ex omnibus viribus.