‹ Lettres de Charles Weiss a Charles NodierChapitre 11 sur 20 · XXXIX · texte numérisé non relu

XXXIX

7 juin 1829.

Mon cher ami.

Ce n'est point ici la grande lettre que tu me demandes, et que tu recevras dans quelques jours. Je n'ai pas le temps ni la main assez sûre pour pouvoir l'écrire aujourd'hui. Je t'envoie la signature de Gilbert Cousin. J'attends l'abbé Gousset, qui est en vacances, pour aller chercher au séminaire et à Beaupré l'exemplaire broché de VHistoire de BuUet que tu demandes. Si je ne le trouve pas dans une de ces bibliothèques, il ne faudra plus y compter, parce que, comme tu le sais aussi bien que moi, l'ouvrage a été relié en fonds. Tous les exemplaires que j'ai vus jusqu'ici sont uniformes, veau ou basane avec filets. Envoie-moi ton exemplaire de V Esope y et tu recevras sur-le-champ celui de la bibliothèque. Je dois te prévenir que celui-ci porte le timbre de la ville. Je ne te dis pas de joindre à ton Esope les Mélanges. M. Crapelet m'en avait promis deux exemplaires ; il en aura sans doute disposé. M. Delangle m'avait promis la Philomèle! A peine j'ai quitté Paris que j'y suis complètement oublié. Si dans tes visites chez Techener ou sur les quais, il te tombait entre les mains quelques ouvrages qui conviennent à la bibliothèque, envoie-les-moi par MM. Debure où par la diligence, si le poids est de plus de cinq kilogrammes, avec la facture, que je paierai sur-le-champ. Je t'ai déjà fait cent fois cette prière, toujours inutilement.

Mes amitiés à ta femme et à ta fille. Je t'embrasse de cœur.

(1) Suit la lettre GIV do Nodier. (Rec. Eatignard, p. 220.)

i9 aoAt 1829.

Mon CHEft AMI,

Je crois poa?oir t'assarer qa'il n'existe pas un seal exemplaire broché de VEiahlissemenl de la rehgion chrétienne , par BalJet, éd. originale. M. l'abbé Gonssel, à qai j'ai fait part de ta fantaisie, a rédigé une encyclique à tons les curés, vicaires et habitués des paroisses du diocèse, et cette mesure n'a rien produit. Je l'avais chargé pourtant d'offrir un exemplaire maroquin relié contre un qui serait couvert de papier, à condition que celni-d aurait foutes ses marges. J'ai fait moi-même des recherches à la bibliothèque d'Ecole, et elles ont été infructueuses. 11 faut donc renoncer à jamais avoir un Bullet broché. Pour te consoler un peu de ce désappointement, je t'envoie les Eléments primitifs des langues, par Bergier, exemplaire broché que j'ai trouvé par hasard sur l'étalage d'un bouquiniste. J'y joins les Mémoires de D. Grappin sur l'administration du cardinal Granvelle dans les Pays-Bas. C'est, comme tu le sais, une brochure excessivement rare D y a deux ans que je la cherche pour l'envoyer à H. Âmédée de Pastoret, qui travaille à l'histoire des troubles des Pays-Bas. Je te laisse le maître de la garder ou de la lui offrir de ma part, comme tu voudras.

Ton exemplaire de VJEsopus in Ewopa est incomplet. Je suis bien surpris que toi, qui collationnes tes livres avec tant d'exactitude, tu ne t'en sois pas aperçu. Les cahiers dont se compose cet ouvrage sont mal rangés, et il en manque un. Le libraire qui te l'a vendu ne peut pas s'empêcher de le reprendre, et de t'en trouver un autre. Je n'ai pas reçu de M. Crapelet tes Mélanges, quoiqu'il m'en eût promis non pas un, mais deux exemplaires. Il te les a peut-être remis pour me les envoyer, et tu les as donnés à d'autres ; et la nouvelle édition des Onomatopées et la Philomèle, c'est la dernière fois que je t'en parle. Je suis las de répéter toujours la même chose.

Notre ami Pauthier m'a donné des nouvelles de ta sanlé. Je le prie de la soigner pour l'amour de moi. Nous avons déjeuné hier chez Saint-Juan, où le vin nouveau de l'Etoile n'a pas été ménagé. Aussi je m'en ressens ce matin à la difficulté que j'ai d'écrire.

Tu dois avoir éprouvé beaucoup de peine de la retraite de M. de Martignac. Je désire vivement qu'elle ne change rien à la position

de M. Marandon, à qui je te prie de dire mille choses affectueuses de ma part. J*étais à Dijon, occupé de faire des recherches pour notre Bibliothèque comtoise, lorsque M. Courvoisier a traversé Besançon, venant de Luxeuil et se rendant à Lyon avant d'aller à Paris. IL a paru fâché de ne pas me rencontrer. Je ne devine pas ce qu'il aurait voulu me dire, mais, depuis une vingtaine d'années que je le connais, il m'a toujours témoigné de l'affection. C'est un très honnête homme, et, quoi qu'en disent les journaux, un bon Français. S'il accepte le ministère, ce qui n'est pas certain, c'est qu'il aura la conviction de pouvoir faire du bien.

Le pauvre père Béchet est aux eaux de Bourbonne, pour une paralysie de tout Je côté droit. 11 commence à se servir de sa piain, mais il est toujours privé de l'usage des jambes. On espère qu'il échappera encore cette fois, mais les attaques sont trop réitérées pour qu'on puisse se flatter de le conserver longtemps.

Viancia se porte bien, il ne t'oublie pas ; il est maintenant dans nos montagnes pour des affaires qui l'y retiennent plus longtemps qu'il ne voudrait. D. Grappin supporte ses quatre-vingt-treize ans avec une facilité admirable; il s'est remis depuis quelque temps à faire des vers; toutes les fois que je vais le voir, nous parlons de loi.

J'ai de 1^ besogne à Besançon, de sorte que je ne sais pas au juste quand j'irai à Paris; peut-être au mois de novembre, pendant l'hiver, s'il n'est pas trop rigoureux, ou bien au printemps, mais il faut que j'y aille pour l'embrasser, pour reprendre nos causeries des boulevards, pour achever notre travail, pour copier les manuscrits de Gilbert Cousin que possède la Bibliothèque royale, pour bouquiner sur les quais et chez Techener, pour m'arranger avec M. Michaud au sujet du supplément de la Biographie. J'ai déjà deux cents articles curieux et dont on ne trouverait pas vestige dans aucune Biographie, La lecture que j'ai faite des notes de Mercier Saint-Léger sur les Bibliothèques de Lacroix du Maine et Duverdier m'a fourni bien des matériaux. S'il se trouvait un spéculateur qui voulût donner une nouvelle édition de ces Bibliothèques, je crois que je m'en chargerais, à condition que tu mettrais ton nom à côté du mien sur le frontispice. Ce travail m'amuserait beaucoup.

Mes amitiés à ta femme, à Marie, à Fanny, à Soulié, de Cailleux, Taylor, etc. La bibliothèque n'a pas encore reçu la dernière livraison du Voyage en Franche-Comté, Dès que je l'aurai, je ferai relier le volume comme les deux premiers. Ceci est pour Taylor.

Je t'embrasse de cœur.

2S août 182^.

Mon cher ami,

Je te recommande vivement M. Salomon, que ta te souviendras peut-être d'avoir vu, il y a quelques années, à Besançon. C'est un ami de Viancin, un habile musicien, et l'inventeur de l'harpo-lyre, instrument dont je t'ai déjà parlé. Fais tout ce que tu pourras en sa faveur. Tu m'obligeras par là plus que je ne puis te dire.

Nous avons eu hier une séance académique à laquelle assistait notre Jouffroy, venu tout exprès de ses montagnes. 11 a trouvé que nous avions aussi bonne mine que vos académiciens de Paris, et que sur l'article des compliments, nous étions presque aussi forts. Nous avons donné une belle médaille d'or à Pauthier pour son ode sur le dévouement de de Sèze. Nous avons élu président Viancin, qui nô s'attendait guère à cet honneur. Le soir, nous avons eu un banquet qui a duré jusqu'à onze heures. Tu vois que tout s'est bien passé. Tu manquais à cette réunion de famille, mais il y a bien des années que je te recherche partout, et que je te regrette.

Auguste a dû te remettre de ma part un exemplaire broché des Eléments primitifs des langues de Rergier. Le Portus Iccius est introuvable, et je n'ai pas encore pu mettre la main sur la Cassette de M™® de Montigny. Je me repens de l'avoir si bien cachée. Quand est-ce que je te verrai? Je n'en sais rien, le plus tôt possible. Si je peux me débarrasser d" une besogne un peu pressante qui me retient ici, je pourrai bien partir avec Jouffroy, qui s'en retourne dans le mois d'octobre, mais je n'en veux pas répondre. T'ai -je dit que dans une course que j'ai faite à Dijon, j'ai découvert des matériaux pour notre Bibliographie franc- comtoise? Des noëls au patois de Vanclans, dont je n'avais jamais entendu parler, les Orafiones d'Etienne Guyon, la Conformité de Dupînet, avec une dédicace aux très illustres et magnifiques seigneurs les gouverneurs de Besançon? Quand même je te l'aurais déjà dit, cela est égal ; il y a des choses qu'on est bien aise d'entendre deux fois. D'ailleurs tu ne seras pas fâché de voir que je m'occupe sirieusement de notre œuvre.

Aurai-je le Coucy de M. Crapelet? C'est la seule de ses publications qui nous manquera, si tu ne me l'envoies pas. Quant à Tacheteri je

ne le peux pas, do moins cette année, ayant épuisé tous mes fonds à la vente Brulard, où j'ai eu presque tout ce que je désirais, les poésies de Boissard, éd. de Metz, et cinquante volumes d'épistolaires latins, sans compter des poètes, des philosophes, des naturalistes, etc.

Mes tendresses à Marie et à sa mère. Amitiés au bon Soulié, à M. Marandon, à M. de Cailleux et tutti quanti.

Je t'embrasse bien fort.

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