‹ Lettres de Charles Weiss a Charles NodierChapitre 9 sur 20 · XXVIII · texte numérisé non relu

XXVIII

1" mars 1828.

Je t'envoie, mon cher ami, les Saints Suaires de Ghifflet et le Dœdalmata, mais il ne m*a pas été possible de retrouver la Cassette de M™* de Montigny. Comme je suis certain de n'avoir jamais voulu la céder à personne qu'à toi, elle n'est qu'égarée. Prends donc patience encore quelque temps. Dès que je serai débarrassé de ma besogne, j'irai m'enfermer chez ma mère, où j'ai mis en dépôt toutes mes raretés, et je n'en sortirai pas avant d'avoir retrouvé le chiffon objet de tes vœux. Il me reste deux Saints Suaires y l'un en peau verte assez propre, mais il manque la grande planche* L'exemplaire que je t'envoie, moins bien conditionné, a l'avantage d'être complet.

Marqniset se charge d'offrir en mon nom, à ta femme, un pâté de Bontemps. J'aurais bien voulu avoir quelque chose à présenter à Marie ; mais elle n'aime pas les inutilités, et je ne sais pas trop ce qui lui conviendrait. Prie-la de s'acheter de ma part ce qui lui fera piaisir. Je t'en enverrai le prix avec celui des livres que tu m'adresseras par le retour de Marquiset.

Nicolaî, dont Peignot te demande un ouvrage en échange d'un exemplaire du Bornéo, ne t'est pas aussi inconnu que tu le prétends. Il a, je crois, un article dans la Biographie, D'ailleurs tu as vu son nom un million de fois dans Debure, Cailleux, Brunet, etc Un Traité des perruques n'est pas commun ; mais je ne crois pas qu'on en paie un bel exemplaire plus de 3 ou 4 francs.

Puisque je viens de répondre bien tardivement à un article de ta lettre du 4 décembre, il faut que j'épuise les autres. Le premier volume de mon catalogue me déplaît. Je suis décidé tout à fait à le supprimer. J'en trouve les notes mal rédigées, et un grand nombre d'articles placés hors des divisions auxquelles ils appartiennent. C'est là-dessus que je te demande des conseils. Apprends-moi à faire un bon catalogue. Quelques-uns de tes avis me seront très utiles; mais j'en désire aussi d'autres.

C'est M. Joly, de Salins, rue de la Michodière, n^ 20, qui a le second volume des Mémoires de la Contemporaine, si, depuis le temps, il ne te Ta pas renvoyé ; mais dans cet oubli prolongé je ne reconnaîtrais pas son exactitude ordinaire.

(1) Précède la lelire XCIX de Nodier. (Rec. Estignard, p. 208.)

M. de M. s'est mis à nu en donnant sa démission. 11 est tombé tout à plat, et jamais il ne se relèTera de sa lourde chute. 11 s'agit maintenant de lui trouver un successeur. Quelques personnes pensent à Marquiset, et quoiqu'il ne veuille pas l'avouer, je suis sûr qu'il serait très flatté d'obtenir les honneurs de la députalion. C'est, comme tu sais, un homme très dévoué, très obligeant, et auquel le pays a déjà des obligations. Si tu pouvais, au moyen de tes liaisons avec le nouveau ministère, le faire présenter comme candidat ou du moins obtenir une lettre au préfet, nous serions à peu près certains de l'élection. Vous concerterez ensemble ce qu'il convient de faire, et je te prie de faire tout ce que tu pourras.

J'ai donné une lettre pour toi au jeune Spicrenaêl, qui sollicite une place de juge auditeur. Le souvenir de son père, ses anciens services dans la magistrature et les talents personnels du jeune homme lui donnent des droits à cette faveur. Je te prie donc de le recommander chaudement à H. Rivet.

Marquiset emmène avec lui Idalie. Elle se fait une grande fête de voir sa rivale, qu'elle aime de tout son cœur. Idalie a la même naïveté, le même tour d'esprit que Marie, mais elle est plus enfant. Je suis sûr qu'elles se conviendront parfaitement. Quand tu me répondras, parle-moi de tes projets pour l'automne prochain, parce qu'ils régleront les miens. Si tu n'es pas à Paris, je ne veux pas y aller; dis-moi donc aussi quelque chose de ce pauvre Chaveria, dont je n'ai pas reçu la moindre nouvelle, lui qui m'écrivait assez souvent, et à qui je ne peux pas offrir la moindre cousolation, n'ayant pas son adresse.

Mes amitiés à toute la réunion du dimanche, mais en particulier à Soulié et à l'homme du Louvre.

Je t'embrasse de cœur.

Tu recevras une lettre et un volume de Curasson que je le prie de faire annoncer dans la Quotidienne , dont il est un des abonnés depuis la création de ce journal. Tu peux dire sans crainte que son ouvrage est le premier, de tous ceux qui ont paru sur le nouveau code forestier, vraiment digne de l'attention des jurisconsultes.

XXIX (i)

29 mars 1828.

Mon cher ami,

J'ai mis ce matin à la poste la notice des Plagiaristes, que je f avais promise. Si j*en avais eu le loisir, j'aurais pu la rendre pins complète par des recherches dans les journaux et les mélanges littéraires que nous avons à la bibliothèque. Mais depuis deux mois tout entiers, je ne puis pas disposer d'une seule minute. Je croyais que mon travail pour la Biographie serait terminé avec le mois de mars ; mais M. Michaud s'est avisé de me redemander une vingtaine d'articles arriérés, en sorte que je n'ai pas encore passé le deuxième ; m'en voilà donc pour tout le mois d'avril .

Dans sa dernière lettre, M. Michaud me demande mes conditions pour travailler au supplément. Tu sais que je n'ai pas envie de m'engager avec lui ; mais, d'un autre côté, je serais très fâché de voir tomber les articles des Briot, Couchery, etc., dans de mauvaises mains. Dicte-moi la réponse que je dois lui faire. A propos, tu sauras que le cinquante-deuxième volume de la Biographie doit être terminé par un tableau de toutes les personnes qui ont coopéré à cet ouvrage. Ainsi tu dois avoir une place dans cette biographie des biographes. Or, M. Michaud me demande la nomenclature de tes articles. Je ne me rappelle que celui de Faydit. Fais-moi le plaisir de lui désigner ceux dont tu te souviendras, ou seulement les principaux.

Je viens d'avoir le chagrin de voir mourir ce pauvre M. Thomas sin . C'était, après toi, un des hommes qui m'aimaient le mieux. Je n'ai pas encore pu prendre assez de courage pour retourner dans son cabinet, où j'ai passé tant de moments agréables à parler livres et bouquins. A moins qu'il n'en ait disposé depuis fort peu de temps, il doit avoir laissé la collection presque complète des Chifflet, en très beaux exemplaires couverts en vélin ou reliés par Noël. On y trouvera probablement ceux que tu me désignes, et tu peux compter que j.'en ferai l'acquisition pour toi. Le Liber de antiq. numismate de Cl. Chifilet que nous avons à la bibliothèque est entièrement conforme au tien. Il m'est passé déjà plusieurs exemplaires de cet

(1) Suit la lettre G de Nodier. (Rec. Ëstignard, p. 211.)

oayrage dans les mains. Je n'y ai jamais vu de planches de monnaies^ et je vais pliisloin, je suis certain qn'ii ne doit point y en avoir.

Je te félicite d'avoir eu le Mairet à la vente Durier. Si jamais il te prend fantaisie de t'en défaire, je désire vivement que ce ne soit qu'en notre faveur. Car il est ridicule que la bibliothèque de Besançon ne possède pas le Théâtre du seul auteur dramatique qu'ait produit la province jusqu'à Fenouillot de Falbaire.

Peignot a découvert sans trop do peine le Traité des perruques de Nicola!. C'est Beuchot qui le lui a procuré, mais il ne me dit pas à quel prix. Je n'ose rien lui demander en ce moment, parce qu'en passant à Dijon, je lui ai pris quelques volumes et je ne lui ai rien encore envoyé en échange, et que même je ne lui ai pas encore écrit. Ce n'est pas ma faute, c'est celle de la Biographie. Peignot ne me laisse pas ignorer qu'Amanton peste de n'avoir encore rien reçu de toi, pas même une lettre de remerciement pour les rarissimes babioles que je lui ai demandées de ta part Fais ta paix avec Amanton, qui est un bon homme, et qui possède bien desroga* tons dont la fantaisie peut te prendre un de ces quatre matins.

Je vois que tu aurais désiré que ma notice bibliographique des Plagiaristes fût précédée d'une lettre, puisque tu m'indiques même le sens dans lequej elle doit être rédigée. Rien n'wnpêche que tu ne la rédiges toi-même, elle en sera beaucoup meilleure certainement, et tout ce que tu pourras y dire de l'union de nos deux âmes sera bien faible auprès de la vérité.

Envoie-moi le plus tôt que lu pourras tes observations sur mon catalogue. C'est un service que je réclame de ton amitié. Je désire les recevoir avant de commencer Timpression du second volume, qui paraîtra le premier, étant décidé toujours à supprimer le volume que tu as entre les mains.

Je ne te reparle plus de TafTaire Marquiset : c'est inutile pour le moment. Quand nous nous verrons l'automne prochain, si tu viens à Besançon ou que je retourne à Paris, je pourrai bien te donner des détails assez curieux sur les causes qui l'ont fait échouer. Les hommes sont et seront encore bien longtemps les mêmes. S'ils doivent changer un jour, ce n'est pas moi qui serai le témoin de cette métamorphose.

Viancin a été bien malade ; il va mieux depuis quelques jours, mais il garde encore la chambre et il se résigne, car il fait un temps épouvantable. Je ne sors pas non plus, de sorte que je ne l'ai pas vu depuis avant-hier. Ma mère a passé son hiver sans accident^ à une fluxion près. M"® Deis vient de marier sa fille. Quand est-ce que tu m'annonceras que ta songes à marier la tienne? C'«8t une

qneetitiMi qne je f^dreasô âans toutes nws léllres, et je ne deviAe pas ce qui t'empêche de répondre. Dis-moi donc, mais franchement, ce que tes femmes pensent d'Idalie. A-t-elle été bien gauche, bien timide, foienembairf assée ? On dit que son père est dansPinteûlion de la laisser à Paris pout y prendre des grâces. Si cela esl vrai, il te l'aura dit

Voilà ce pauvre Soulié perdu, et avec lui mon exemplaire des Mémoires dû prince de Ligne. Je crois cependant qu'il finira par rapprendre le chemin t*e l'Arsenal. Fais mes tenciresses à Marie et % ta femme. Mille amitiés au^ amis du dimanche.

M. Bugnet, qui te remettra cette lettre, est un de nos professeurs les plus distingues. Aocueilte'^le bien.

30 mai 18^.

Mon CflER AMI,

Je ta'ai pas encore pu retrouver la Cassette; msais ne va pas imaginer que c'est une défaite; elle est k toi, je te le répète, et je te l'enverrai dès que j'aurai pu la découvrir.

Les enfants de M. Thomassin se sont partagé ses livres; c'est moi q«i ai fait leurs lots ; ainsi tous les volumes m'ont passé l'un «l^rès l'autre par les mains, U n'y en avait aucun de ceux qui manquent encore à ta Mbliothèque franc-comtoise. J'en garde la noie, et je te promets le Portus Iccius et le SocrcUes pour le mois de «epieoibre. Si €» ne les trouvait pas d'ici là dans quelques ventes, je te do&neraiA les miens. U existe, comme ta le sais, deux éditions du PûrtiXs iccius, l'une de Madrid et l'autre d'Anvers : la première est la plusrare^ mais la seconde est beaucoup plus belle. Les veuxtu toutes les deux? Tu n'as qu'à parler. Quant à ÏEuckaristia denegandn^ je dése^ère presque de pouvoir te la procurer. Je n'ai jaoïaisvu que l'exemplaire de notre bibliothèque.

Amanton a reçu ta lettre de quatre pages. S'il n'y a pas répondu sur-le-champ, c'est qu'il était obligé de faire des rechaxhes pour le renseignement que tu lui demandais. Il se plaint de ce que tu ne lui envoies rien en échange de ses curiosités. Tu ferais bien de lui «dresser tes Questions de littérature avec un bel ex dono auctoris. Ce selTait un moyen d'obtenir de lui tout ce que tu voudrais.

mî t 1 1 >ii>ji«i..i ■ i I .1I.É- . . . n . I ti - . i .i i . ii 1 1 i iiiÉ*ii,

^\) Pxé<5ède la lettirtà GI de Nodier. fRec. EsUgnard, % 212.)

Je retourne à Paris cette année, si j'ai Tespérance de l'y tronver, et pour cette fois, je descends à TArsenal, d'où je ne bougerai que pour aller bouquiner avec toi sur les quais. En passant à Dijon, je m'arrêterai chez Peignot, et il y aura bien du mal, si je n'obtiens pas de lui un exemplaire broché de Vlsle de homéo. C'est là, je crois, tout ce que tu me demandes. Sois sûr que je n'oublierai rien, je veux que tu sois content de mon zèle, une fois dans la vie.

Tu aurais bien fait de m'envoyer les cinq pages que tu m'avais écrites en deux mois. Si tu peux les retrouver, mets-y une adresse et jette-les à la poste sans affranchir.

Grâce à Dieu, la Biographie est enfin terminée. M. Michaud m'engage à travailler au supplément, mais je neveux rien faire sans ton avis. 11 me semble que je ne peux guère me refuser à lui fournir les articles des Franc-Comtois oubliés dans la Biographie ou morts pendant l'impression de l'ouvrage. Je ne dois pas abandonner les Briot, les Couchery, etc., à la férule des gens qui ne les ont pas connus, et qui jugeraient fort mal leur conduite dans les temps orageux de la Révolution.

Je l'avais demandé des conseils pour notre catalogue. Je les attends pour commencer l'impression du volume qui contiendra la classe sciences et arts. 1® Est-il nécessaire d'indiquer le degré de rareté des ouvrages, et de renvoyer, comme je l'ai fait d'après l'avis de Demérey, dans le premier volume, à Debure, Brunet, etc., pour ceux dont ils ont donné la description ?2<^ Faut-il annoncer l'origine de nos exemplaires quand ils viennent de quelques fameuses bibliothèques, et lorsqu'ils nous ont été donnés ; faut-il en faire mention à chaque article? 3^ Convient-il de faire suivre le titre d'un ouvrage franc-comtois par une note biographique sur Tauleur ; ne vaudraiiil pas mieux renvoyer toutes ces indications à la table générale? J'attends ta réponse à ces questions, et toutes les observations que pourra te suggérer la lecture du premier volume, que je m'obstine à regarder comme un essai.

Fais-moi le plaisir de me dire tout ce que tu sais ou que tq pourras découvrir sur l'ouvrage intitulé : De rerum hvmanarum emendatione quœstio calholica. C'est un in-8<> sans frontispice, que je crois sorti des presses de Blanc, vei^ la fin du xvii* siècle.

Notre conseil municipal a le désir de ranimer parmi nous le goût des lettres et des sciences. Il a pris une délibération pour établir une espèce de Lycée ou d'Athénée dans lequel des professeurs nommés et institués par la ville enseigneraient la littérature, l'histoire, la physique et la chimie. Cette délibération est soumise en ce moment à l'approbation du ministre de l'intérieur, ejL je suis

chargé de le prier de Toir à cet effet M. de Marlignac. Nos dépotés iroQl te Toir et t'expliqueront ce qae la Tille de Besançon atlead de ton zèle ponr ses intérêts.

M"^* llarqoiset remercie ta femme et Marie des témoignages d'amitié qu'elles ne cessent de donner à noire chère Idalie pendant son exil, et les prie de vouloir bien les lui continuer.

Le mari d'Adèle est un pharmacien employé sons les ordres de Bailly à l'hôpital militaire. C'est un excellent jeune homme qui me paraît très doux et très studieux. Il se nonmie Galinier, et il est de Toulouse.

Ce que tu me db de Marie ne me contente pas. C'est parce qu'elle est heureuse maintenant qu'il fiint s'occuper de son aYenir ; elle est dans l'âge de songer à son élahlissement. Il tant que toi et ta femme tous la décidiez à se choisir un époux, ou que tous en choisissiez nn pour elle. Il me semble qu'U est très ûdle de lui trouTer nn mari qui ne demande pas mieux que de Tenir demeurer avec TOUS. Tu m'aTais parié de certains projets qui devaient plaire à tout le monde, et je ne vois pas la raison d'en retarder Texécution d'une manière indéfinie. Je désire vivement que tout cela soit r^lé pour le mois de septembre au plus tard, afin que je puisse avoir le plaisir de signer an contraL Nous devenons vieux, mon cher ami, nous n'avons plus de temps à perdre pour assurer, autant qu'il peut dépendre de nons, le bonheur de ceux que nous airnons et qui sont desliraés à nous survivre.

Fab mes amitiés à Caillenx, Soullé, Victor Hugo, etc. Je sais que le baron est à File de Coifon. D me la mandé en m'envoyaot un bel exemplaire de Berlin sor papier in- 4*. ie lui pardonne de me l'avoir fait attendre longtemps, ie viens d'acquérir pour Cro/jtit un exemplaire broché du actionnaire ceUiffm. Il est de la plus grande beauté, je l'ai payé trenie ihmcs. ie te renverrai, si tu venx, et tn t'en aiTangensave<^Cr(iz«t.

Donne-moi tes idées sor ot^re HMi/jfht^iu/ç fran/xf/ndUjiMe, afin que je puisse mettre en ordre mes notes avant tmm d/^part pour Paris.

Je t'embra»e de cœur.

li juillet 1828.

Mon cher ami,

Le Dictionnaire celtique est parti le 2 de ce mois dans une caisse envoyée par MM. Gauthier frères à M. Lacroix, leur associé, rue Serpente, près de MM. Debure. 11 doit arriver le 16, et tu pourras le faire réclamer le lendemain. Je ne crois pas qu'on te fasse payer le port; mais, dans tous les cas, il ne peut pas excéder 15 ou 20 sols.

Voilà deux courriers de suite que je fais demander ton Recueil de poésies par M"^* Deis, et son commissionnaire ne les lui envoie pas ; j'en ai cependant placé quelques exemplaires à Salins et à Arbois, où j'ai été voir le brave général Delort; est-ce que la première édition serait épuisée?

Notre Genisset a voulu rendre compte de tes Questions de littérature légale dans les Tablettes, As-tu vu ses articles, car il n'y en a pas moins de trois; en es-tu content? S'ils ne sont pas meilleurs, ce n'est pas sa faute; car il avait grande envie que tu les trouvasses bons. Ton chapitre des Ecoles en littérature est un des plus beaux morceaux que j'aie jamais lus. Il me tarde d'avoir ton Examen des dictionnaires. Je (e dirais bien de me l'envoyer aussitôt qu'il paraîtra; mais tu n'en ferais rien. Ainsi j'emploierai ma ressource ordinaire, M"« Deis, qui est devenue pour moi d'une complaisance achevée.

Puisque tu le veux, je renvoie l'impression de notre catalogue au mois de novembre prochain. Nous aurons le temps de causer de cet ouvrage, auquel tu attaches, ce me semble, un peu trop d'importance. Je n'ai pas la prétention de mieux faire que Sinner ou Senebier; et notre bibliothèque n'est pas plus riche que celles de Berne ou de Genève. Si l'on attend de moi toute aulre chose, c'est ta faute et celle de Soulié, qui, pour te faire plaisir, s'avise de me prôner outre mesure. Toutes les remarques bibliographiques que j'ai eu l'occasion de faire, je les ai données à Barbier, ou je les ai déjà publiées dans la Biographie, Ma petite provision est presque entièrement épuisée, et je ne saurais où prendre les faits littéraires peu connus et les savantes causeries dont tu prétends que je dois enrichir mes articles. Tu te plains de ne pas trouver assez d'obser-

vations dans mon premier volume. Fais-moi le plaisir de marquer les ouvrages sur lesquels j'aurais pu dire quelque chose qui n*ait pas été dit par les bibliographes français ou allemands. Je n'ai découvert qu'un seul volume échappé aux recherches du P. Laire sur l'imprimerie en Franche-Comté ; c'est un bréviaire imprimé à Salins la même année que le missel.

M. Thomassin ne possédait aucun livre imprimé dès le xv« siècle, ni aucun ouvrage des ChifQet, si ce n'est le VesontiOf mauvais exemplaire, mal conditionné et auquel il manquait des planches : mais il avait une collection, la plus complète que j'aie vue, des ouvrages imprimés en Franche-Comté sur les eaux minérales et sur la peste. J'en ai pris quelques volumes qui nous manquaient, et les autres se sont donnés pour rien.

Outre notre Bibliothèque comtoise, il faudra que nous fassions ensemble les principaux articles que j'ai promis de fournir au supplément de la Biographie : Briot, Couchery et Oudet, que tu as plus connus que moi, et sur lesquels je ne trouverais pas dans les journaux du temps tous les renseignements nécessaires. Voilà des occupations pour les deux mois que nous passerons ensemble. Je te manderai le jour de mon arrivée, afin que tu te trouves, ou quelqu'un de ta part, au bureau des messageries, pour me recevoir et me conduire chez toi; car, lorsque je mets le pied dans Paris, je ne sais plus où j'en suis, et il me faut plusieurs jours pour m'habituer au bruit des voilures et à cette foule dont on est sans cesse obsédé.

Je te porterai les livres que tu me demandes, et à Taylor les Annuaires du département de la Haute-Saône. J'en ai déjà un, et Armand m'a promis l'autre. Quand tu écriras à M. de Bry, parle-lui de moi; car je n'ai jamais oublié tous les témoignages d'intérêt qu'il m'a donnés lorsqu'il était heureux.

J'embrasse Marie et ta femme. Ton frère.

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