‹ Lettres de Charles Weiss a Charles NodierChapitre 13 sur 20 · TS · texte numérisé non relu

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une partie de la joarnée ; mais, malgré toute l'envie qu'elle en a, elle n'a pas encore pa passer dans sa seconde chambre, pour compter s'il me reste encore bien des chemises et des cravates. Elle me charge de te dire mille tendresses, ainsi qu'à Marie, à ta femme et à notre Fanny, qu'elle aime de tout son cœur. Il n'y a plus que ce grand froid qui me donne encore quelque inquiétude pour ma pauvre mère ; mais si une fois nous arrivons au printemps, je crois que je la conserverai aussi gaie, aussi agissante que tu l'as vue à Ion dernier voyage.

Notre Bailly va un peu mieux aussi. Depuis quelques jours il ne crache plus le sang. Nous l'avons reçu jeudi dernier à notre Académie ; il a été élu à l'unanimité. Cette nouvelle lui a fait un si grand plaisir, qu'elle a déterminé sa convalescence ; mais il est toujours bien faible et bien maigre.

Je pense à une chose. Alfred est à Paris; il y sera sans doute encore le 9 février ; il peut très bien me représenter à la cérémonie du mariage de Marie. Si tu veux l'accepter en cette qualité, adresselui une invitation chez sa sœur, M"** Gandillot, rue Pétrelle, n^ 5. Alors à mon tour je lui enverrai mes instructions.

Es-tu content de la vente? Il me tarde d'en connaître les résultats. Je voudrais que tx)us tes livres fussent vendus le double de ce que tu les estimes, et n'en pas avoir un seul de la longue liste que j'ai adressée à M-. Merlin. Cependant je serais bien aise que l'exemplaire unique de tes ouvrages, grand papier bleu, fût placé dans notre bibliothèque à côté des œuvres de Droz sur vélin.

Fais mes amitiés à Taylor. Je prends une vive part au malheur qu'il vient d'éprouver. Si j'avais retrouvé son adresse, je lui aurais adressé une épître consolatoire ; mais charge-toi, je te prie, de lui exprimer tout ce que je pense.

Mille choses à ta femme, à ton gendre, à Cailleux, Soulié, etc. Je t'embrasse de cœur.

2! mars 1830.

Mon cher ami,

Notre cher Emonin me charge de l'annoncer sa prochaine arrivée à Paris, quoiqu'il soit encore très souffrant d'une maladie qui l'a retenu dans son lit une grande partie de l'hiver. Il compté se mettre en route dans les derniers jours du mois, pour aller chercher un petit emploi dont il a besoin pour vivre et soutenir les

deox sœai-s restées à sa charge. Il espère troarer de paissantes protections dans Famitié d'an grand nombre de pairs et de députés qo'il a connus dans des temps plus heureux. M. deChifflet fera pour Emonin tout ce qu'il pourra; ]à- dessus il n'y a pas le moindre doote; mais à quelle porte faul-îl frapper? C'est ce qae M. deChifflet ne sait pas. Il désire donc avoir avec toi un entretien dans lequel vous examinerez ensemble ce que l'on peut faire pour Emonin, et les moyens à prendre pour réussir le plus promptement possible ; car il n'y a pas une minute à perdre. Il est logé rue de Grenelle-Saint-Germain, n^ i6. Emonin te prie d'aller le voir; c'est le plus grand service que tu puisses lui rendre. Tu pourras écrire un mot à M. de Chifflel, pour ne pas courir le risque de faire une course inutile.

Deis m'a dit qu'il t'avait porté un exemplaire de tes poésies pour. y mettre un moi agréable à Vieille, mais qu'il n'avait jamais pu pénétrer jusqu'à toi, parce que tu étais occupé. Fais-moi le plaisir de remettre ce volume, pour me le rapporter, à Aug. Demesmay, ou à Marquiset, logé, comme tu sais, avec Trémolières, à l'hôtel d'Italie.

Le Roi de Bohême a enfin paru. J'en ai fait acheter deux exemplaires, l'un pour moi et l'autre pour M"« de Saint-Juan, à qui j'en ai fait hommage de la part de l'auteur. Ce livre n'a pas fait autant de bruit que tu le craignais. Les épigrammes sur l'Institut ont passé inaperçues; mais il faut convenir aussi que tu les avais trop bien enveloppées. 11 y a dans ce livre deux épisodes charmants : les Amants aveugles et le Chien de Brisquet. Tu n'as pas tiré de ton Histoire de Polichinelle tout le parti que j'imaginais. Mais le livre se vend-il un peu? Voilà l'essentiel, el ce que je désire pour ce pauvre Delangle.

Ta bibliothèque s'est bien vendue, si j'en juge par le prix auquel m'ont été adjugés quelques-uns des livres que j'avais demandés. Je l'en fais mon compliment. J'ai prié M. Merlin de m'envoyer les prix de vente pour les faire copier sur mon exemplaire de ton catalogue. J'en aurai besoin pour notre Bibliothèque curieuse de Franche-Comté, à laquelle je travaille toujours dans mes courts moments de loisir, et dont j'espère te porterie manuscrit au mois de septembre prochain.

Taylor part pour l'Egypte, à ce que m'ont appris les journaux. Je voudrais bien qu'avant son départ il m'envoyât la 20« livraison du Voyage en Franche- Comtés que j'attends pour le faire relier. Les livraisons de cet ouvrage ont été tant feuilletées, que j'ai été obligé de faire raccommoder les enveloppes.

Dis-moi donc quelque chose d'Hernani, Je n'ai pas voulu lire les jugements des journaux avant de connaître la pièce, que j'attends

encore. Demesmay me la rapportera sans doute. Victor est-il content? Il s'attendait, à ce qu'il m'a dit, à une chute complète. Le succès de la première représentation a dû bien l'étonner.

Qu'est-ce que font les nouveaux époux? Donne-moi donc des nouvelles de leur petit ménage, et de ta femme et de toi ; car, sans reproche, tu me laisses dans l'ignorance la plus complète des choses qui m'intéressent le plus au monde.

Ma mère court les rues, depuis quelques jours, comme si elle n'avait que vingt ans. Elle a eu la fantaisie d'aller dans son village, à vingt lieues d'ici, passer les fêles de Pâques. Si elle persiste dans cette idée, je serai bien forcé de l'accompagner, ne voulant pas la laisser aller seule. Cette course me prendra quinze jours au moins, et je n'ai guère de temps à perdre, si je veux fournir à Michaud tous les articles que je lui ai promis pour le mois de juillet. J'ai envie de faire l'article Bonneville, dont j'ai les poésies et quelques autres ouvrages. Comme tu l'as connu particulièrement, tu pourrais me fournir quelques détails sur ce personnage. C'était un illuminé, suivant moi, mais un brave homme et un homme de talent. Qu'en dis-tu î Si je me trompe, rectifie mes idées.

Notre Bailly a été malade très dangereusement. Il va mieux et me charge de te dire mille choses. Nous l'avons reçu membre de notre Académie à la place du pauvre père Béchet, dont je dois faire l'éloge à la première séance publique.

Bonjour, mon cher ami, ne me néglige donc pas comme tu fais. Je t'embrasse de tout mon cœur.

30 mars 4830.

Mon cher ami,

C'est le brave commandant Huot qui te remettra ce billet. Tu n'auras pas moins de plaisir à le revoir que je n'en ai eu moi-même. Nous avons passé une matinée à causer des aventures de notre jeunesse. Mon Dieu ! que tout cela est loin de nous! Emonin est à Salins pour régler quelques affaires ; il ne tardera pas de partir pour Paris, où il désire arriver avant le départ de M. de ChiÛlet, qui s'occupe de lui trouver un petit emploi. Il t'instruira lui-même de ses malheurs, dont tu ne connais qu'une partie; tu le trouveras bien changé. Dans l'espace de quelques semaines il a vieilli de plus de

dix -ans. Sa me «si très affaiblie el 41 eesbenà difficilement. Toilà une bien Iriste recominandalion pour obtentr «ne place; etcependanl il lui en faut une ou qu'il meure de faim.

J'avais prié M. Merlin de m'acheter quelques livres à la vente de M. Darn, dool il m'avail adressé le catalogue. Cette veate est finie depuis quinze Jours et je n'en ai pas de nouvelles. Est-«e que je n'aurais pas obtenu un seul des ouvrages que j'avais indiqués ? Prie M. Merlin de m'écrire un mot à cel égard, ou, si ce n'est pas trop exiger de toi, prends toi-même la peine de me mander ce qui en est.

Fais mes amiliés à ta femme, à ta fille et à ton gendre. Décidément j'irai cette année encore pour mes vacances à Paris ; et si cette fois je ne loge pas à i' Arsenal, j'espère du moins y travailler beaucoup à la Bibliothèque.

Je t'embrasse de tout mon eœur.

4 mai i830.

Mon cher ahi,

Quand il s'est agi de faire relier notre exemplaire du Voyage pittoresque de Franche-Comté j je me suis aperçu qu'on nous avait envoyé par duplicata la 18® livraison, mais qu'il nous manquait la SO*. J'ai renvoyé par M. Bourgon la livraison que nous avions en double, en réclamant celle qui nous manque. Il me semble que rien n'était plus facile à arranger ; mais le départ inopiné de Taylor pour l'Afrique a suspendu la conclusion de cette grande affaire. Cependant notre exemplaire continue de circuler en feuilles dans les mains des curieux qui, malgré toute ma surveillance, finissent par le dégrader entièrement. Je te prie donc d'avoir la complaisance d'engager M. Gide à faire remettre la 20® livraison chez M™* veuve Bécbet, quai des Auguslins, qui me la fera passer dans son premier envoi à M™° Deis. Je la paierai, s'il le faut, pour en finir ; car je souffre de voir gâter un bel ouvrage, et qui d'ailleurs a pour moi le mérite de porter ton nom.

Tu pourrais profiter de l'occasion que je t'indique pour m'adresser l'exemplaire de tes Poésies que j'ai fait acheter, il y a trois mois, pour M. Vieille-Muguet, et que Charles Deis t'a remis pour y apposer ta signature.

Je ne te demande pas des nouvelles du petit ménage ; car j'en ai

pa^ iouiSsoy, q^i me f^it um tabler ravjssaat du Jbonjbueur des deux époux. Je leur eu souhaite la conUnualion pendant un siècle et plus. Fais-leur mes amitiés et à toin excellente £emme. J'attends Jouffrojr au mois de juillet et je m' arrange de manière à retourner ave^c lui .à Paris. Cette fois il faudra que nous terminions notre BiblioMque comtoise f à laquelle je travaille toutes les fois que la besogne de Michaud m'en laisse le loisir.

Je souhaite que notre cher Albin ait trouvé la place qu'il désirait^ et qu'il recouvre bientôt, avec le repos d'esprit, une meilleure santé. Dis-lui mille choses de ma part.

Fais mes amitiés à Soulié, à Cailleuf et tutti quanti.

Je t'embrasse de tout mon cœur.

(23 juillet! 830.)

Mon cher ami,

Fallu vient d'être destitué de la place de bibliothécaire de la ville de Dole, pour avoir déjeuné à l'hôtel de Lyon avec le général Bachelu, candidat de l'opposition. Tu conviendras que pour une faute aussi légère la punition est un peu forte.

Dusillet vient de réclamer en faveur de Pallu, mais il le fait d'une façon si faible, si molle, si lâche^ que je n'en augure rien dé bon. La seule raison qu'il ose donner pour conserver Pallu est qu'il aura toutes les peines du monde à le remplacer. Conçois-tu cela ? Quant à moi, je suis indigné qu'il montre si peu d'attachement à un jeune homme qui lui est si dévoué.

Que dira Merle de cette belle mesure qui frappe un homme de trente ans et qui le prive de son état, parce qu'il a déjeuné avec un candidat de l'opposition ? Je ne puis croire qu'il l'approuve. Si j'avais conservé son adresse, je lui écrirais pour l'intéresser à Pallu, bien certain qu'il ne refuserait pas de faire une démarche en sa faveur. Je te prie de lui en parler, en lui faisant tous mes compliments.

Vois aussi M. Lourdoueix, qui sera peut-être instruit de cette affaire par Dusillet. Dis-lui bien que le pauvre Pallu, garçon de bon appétit, est d'ailleurs l'homme le plus inoffensif que tu connaisses. Si tous les amateurs de bons déjeuners deviennent suspects, je tremble pour tous les fonctionnaires de l'âge de Pallu, et je te félicite ainsi que moi d'avoir passé l'âge où bien déjeuner est une affaire très importai^te.

Je ris, mais sans en avoir envie. Lève-toi et cours chez Merle, chez M. Lourdoueix, chez M. His, ton voisin, l'inspecteur général des bihliothèques^ au ministère de Fintérieur s'il ]e faut^ et ne rentre pas sans avoir obtenu la révocation de Tordre qui frappe ce pauvre Fallu dans un moment où il était heureux de voir s'élever un bâtiment superbe pour y recevoir une bibliothèque qu'il a créée.

J'ai beaucoup d'autres choses à te dire, mais si je ne t'écris pas avanl le mois de septembre, je te les raconterai par le menu, en nous promenant sur les boulevards ou sur les quais.

Mes hommages à ta femme et mes tendresses aux jeunes époux. Amitiés à Soulié, à M. de Caillenx, etc. Je suppose que Taylor ne reviendra qu'avec l'aiguille de la belle Cléopâtre. Cependant j'aurais bien besoin de le trouver à Paris pour une affaire dont je t'entretiendrais, si je ne savais pas que tu n'aimes pas qu'on te parle de deux choses à la fois. Je t'embrasse de tout mon cœur.

i" novembre 1830.

Mon cher ami,

En recevant la lettre par laquelle tu me mandes la triste situation d'Albin, j'allai trouver M. Mourgeon à son bureau. Il m'apprit qu'il devait y avoir le soir une réunion de négociants, et me promit d'aviser avec eux aux moyens de venir promptement au secours de notre ami. Dès le lendemain M™« Moulrille, chez qui la réunion avait eu lieu, vint me cherchera la bibliothèque. Cette dame me parla d'Albin dans les termes les plus affectueux. Elle me fît lire une lettre du médecin chez lequel il est logé, et me dit qu'elle venait de faire les fonds pour la pension d'Albin du mois de novembre. Elle ajouta qu'il était dans ses intentions non seulement qu'Albin n'éprouvât pas la moindre privation, mais qu'il eût toutes les douceurs que peuvent se procurer les personnes qui ont une grande fortune. Depuis je n'ai pas eu le moment de revoir M. Mourgeon ni de te répondre, parce que je me trouve du jury pour la session actuelle des assises, et que je suis tombé au sort pour toutes les affaires sans en excepter une seule.

L'affaire d'Albin est donc assurée au moins pour le mois de no-

(l) Suit la lettre GIX de Nodier. (Rec. Estignard, p. 230.)

vembre. C*esl aujourd'hui le premier. Il me reste tout le temps nécessaire pour pourvoir à la sui]te. Ne te tourmente donc pas, je t'en prie. Dès que je serai débarrassé du jury, j'irai retrouver Mourgeon, et je saurai ce qu'il a pu faire. Il fera pour Albin tout ce qu'il pourra; j'en suis bien sûr et tu n'en doutes pas. Le plus simple, suivant moi, comme le plus facile, c'est une souscription annuelle qui serait bientôt remplie par les libéraux, sauf à y comprendre ensuite les royalistes qui sont encore à la campagne, mais qui ne doivent pas tarder à regagner la ville. Je réponds de Saintiuan, de Curasson et de quelques autres. C'est là plus qu'il n'en faut.

Tu as bien deviné que je me trouvais pris dans la faillite de Deis. Il était impossible que cela fût autrement. Deis se jfiatte encore de rembourser intégralement ses créanciers dans cinq années, mais cela n'est pas possible. Il y a au moins à perdre moitié, puisque tout son avoir ne consiste que dans le matériel de son imprimerie et dans les livres en feuilles qu'il a dans son magasin, dont il ne retirerait pas le prix de fabrication. Sa mère, pour venir à son secours, a été forcée de faire un emprunt pour sûreté duquel on a exigé des hypothèques. Elle est malade de chagrin, et quoiqu'elle ait l'air de prendre son parti, je crains bien que tout ceci ne finisse mal.

M. Gide, l'imprimeur ou le libraire du baron, vient de me prévenir qu'il tirait sur moi un mandat de 208 fr. pour solde des sept premières livraisons du Voyage d'Espagne. Je me suis empressé de lui répondre que le baron m'avait promis que je ne paierais l'ouvrage que lorsqu'il serait terminé, et qu'il me ferait une réduction sur le prix porté dans le prospectus ; que si ces conditions-là ne lui convenaient pas, j'allais lui renvoyer les sept livraisons encore enfermées dans le papier gris qui les enveloppait quand on me les a remises. Voilà une affaire que tu devrais arranger, mais je ne sais pas pourquoi je t'en parle, car je suis sûr que tu ne feras rien.

Autre chose. M. Vial, en m'expédiant notre Voyage pittoresque en Franche-Comté, a commis une erreur; il ne m'a pas adressé la 20* livraison, et m'a envoyé deux fois la 18®. J'ai renvoyé l'une en réclamant l'autre, mais je n'ai pas encore pu l'obtenir, quoique j'aie offert de la payer. Si le baron est de retour de son voyage en égypte, dis-lui que je me recommande à son amitié pour m'obtenir la 20* livraison de la Franche-Comté, en échange de la 18" qui est chez MM. Debure, et pour me dispenser de payer, quant à présent, les sept livraisons de son Espagne, par la raison que les fonds n'ont pas été faits au budget de la ville, et que je ne pourrais pas en faire les avances sans me gêner beaucoup.

Ta connais nos nouveaux députés, ou du moins un C'est le parti des amis du peuple qui Ta emporté dans nos élections. J'ai vu Joullroy indigné contre les meneurs. Il te donnera des détails.

Je ne vois plus clair, et c'est ce qui m'oblige à finir ici; mais je t'écrirai longuement aussitôt que j'aurai tu Uourgeon. Tout à toi de cœur.

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