‹ Lettres de Charles Weiss a Charles NodierChapitre 14 sur 20 · LI · texte numérisé non relu

LI

16 novembre 1830.

Mon cher ami,

Tu dois être rassuré sur le sort d'Albin. M. de Chifflet a pris, de concert avec M. Baille, toutes les mesures pour que notre pauvre camarade ne manquât de rien, et que sa pension fût exactement payée. C'est ce qu'il a chargé Curasson de me dire, car je ne l'ai pas vu. Je crois donc inutile maintenant de t'occnper de la souscription projetée. On y reviendra plus tard s'il le faut; mais je ne ponse pas qu'il puisse être jamais nécessaire de revenir à ce moyen, qui a l'inconvénient de répandre une chose qu'on voudrait tenir secrète. Je te serai cependant obligé dé m'informer de la sanlé d'Albin, et de me dire, quand il en sera temps, si je puis l'aider dans les démarches qu'il se propose de faire pour obtenir un emploi. Malgré mon peu de crédit, je ferai tout ce qui dépendra de moi dans mon petit cercle qui se rétrécit tous les joure.

C'est notre ami Béchet qui te portera ce billet. Il n'en avait pas besoin pour que tu l'accueilles à bras ouverts, mais il me l'a demandé et j'aurais eu mauvaise grâce à ne pas le lui donner.

J'ai lu dans le dernier numéro de la Revue de Paris ton article sur la perfectibilité. Il m'a fait grand plaisir, mais toutes tes bonnes raisons pour démontrer que c'est une chimère n'empêchent pas les hommes de courir après, parce qu'ils sont ainsi faits. Cet original de notre temps, dont la maxime favorite était : Tout ce qu'on dit ne sert à rien, n'avait pas tort. Nous ne pouvons que laisser faire et laisser passer, sauf à nous arranger de manière à souffrir le moins possible des événements.

Si Taylor est de retour, tu me ferais grand plaisir de lui faire mes deux commissions, l'une pour me dispenser de payer au 20 courant 200 fr. que je n'ai pas, et dont je ne pourrais être rem-

(1) Suit la lettre GX de Nodier. ([\ec. Eslignard, p. 234.)

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bourse qae lorsqu'il aura termioé la poblicatîoa de soo Voyage m Espagne^ ce qui peut me mener très loin ; l'autre pour me procurer, en payant ou autrement, la 20* liTndson du Voyage en Franche- Comté^ que je n'ai pas reçue dans le temps.

Je n'ose pas te pher de me renvoyer par Béchet le volume de tes Poésies que Deb t'a porté de ma part pour y mettre un mot d*envoi de ta main à M. Vieille-Muguet. Tu ne sais sans doute plus ce que tu en as fait ; mais demandes-en un antre exemplaire à Delangle, que je lui paierai à mon premier voyage. J'ai cru pouvoir promettre à Vieille ton volume de Poésies avec un mot d'envoi. Je tiens à remplir ma promesse ; avec tous les moyens que j'ai pris, il serait étonnant que je ne pusse pas y parvenir.

Notre Bibliothèque franc-comtoise se repose un peu ; mais je la reprendrai cet hiver, et je t'en porterai le manuscrit au printemps. Je travaille maintenant au supplément de la Biographie. J'ai déjà cent articles de copiés pour les deux premières lettres de l'alpbabet, qui n'ont jamais paru dans aucun dictionnaire. Ainsi l'on pourra dire qu'ils sont neufs; et il y en a quelques-uns de bien curieux.

Parle-moi donc de Cailleux et deSoulié. Que font-ils? Que sontils devenus? Donne-moi de leurs nouvelles et rappelle-moi à leur souvenir; car il ne serait pas étonnant qu'ils m'eussent oublié. Fais mes amitiés à ta femme, à ta fîlle et à ton gendre. Je ne sais pas si Fanny, qui devait quitter Paris au mois de novembre 1829, s'y trouve encore en i830. Comme cela serait très possible, je te charge de l'embrasser pour moi.

Bonjour, mon cher ami, je suis tout à toi pour la vie.

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