‹ Lettres de Charles Weiss a Charles NodierChapitre 15 sur 20 · LU · texte numérisé non relu

LU

14 décembre 1830.

Mon cher àhi,

A la réception de ta lettre, j'ai été trouver Mourgeon, qui me charge de te tranquilliser sur le sort d'Albin. Il a vu dans les mains de M™* Moutrille, l'ange qui t'apparaît encore dans tes rêves, la quittance de M. Pinel pour la pension du mois de novembre. D'un autre côté, je suis sûr que M. de Chifflet, dont tu peux penser tout ce qu'il te plaira, mais qui est un honnête homme et un homme de conscience,

(1) Suit la lettre CXI de Nodier. (Rec. Estigoard, p. 236.)

a fait les fonds pour le mois de décembre, et que son intention n'est pas de s*en tenir là à Tégard d'Âlbtn, auquel il a de grandes obligations. Ce sont les termes dont il s'est servi en parlant d*Âlbia à Gurassou. Enfin M. Baille, que tu te rappelleras sans doute, le beau-frère d'Albin, aujourd'hui prefnier commis à la mairie, a dit à Viancin qu'il ne concevait pas que je m'en allasse de maison en maison crier famine ; que personne ne m'en avait donné la commission ; que c'était un ridicule que je jetais^ sans le vouloir, sur la famille, car il a bien voulu m'eicuser sur l'intention. Après cela que veux-tu que je dise et que je fasse? Prie M. Pinel de passer près de toi, puisque tu ne peux pas aller le trouver, et si tous- les besoins d'Albin ne sont pas assurés, en me. le mandant, prie M. Baille de ne point paralyser mes bonnes intentions pour son beau-frère.

11 va sans dire que je prendrai un exemplaire des Mélodies de notre Marie. J'en ai bien pris deux du Roi de Bohême, que tu distribuais à droite et à gauche sans garder le moindre souvenir de moi dans tes largesses, et je lui en placerai au moins cinq autres. J'ai déjà mes souscripteurs tout trouvés : Alfred Marquiset, Saint- Juan, Viancin, le maire et Béchet. Dis donc à Marie de charger son libraire d'expédier lesdits six exemplaires à M™^ Deis, à Besançon, en les faisant remellre à M*"" veuve Béchet, quai des Aogustins, pour les joindre à son premier envoi. C'est le moyen de diminuer les frais du port. Les Mélodies seront annoncées dans le prochain numéro de VImpartial; et quand elles seront arrivées, on fera un article dans toutes les formes. Seras-tu content?

Embrasse pour moi le baron, et prie-le de me faire échanger par le libraire Gide la 18* livraison du Voyage en Franche-Comté^ que l'on m'a envoyée deux fois, contre la 20®, que je n'ai pas reçue, il y a six mois que j'ai adressé la 18« livraison à MM. Debore frères, rue Serpente, n° 7, pour faire cet échange, qui me semblait la chose la plus facile du monde. Mais M. Gide n'a voulu jamais y consentir; de sorte que si le baron ne s'en mêle, notre Voyage en Franche- Comté sera incomplet : ce qui me ferait beaucoup de peine à moi, qui ai la faiblesse d'atlacher encore quelque prix à toutes les bagatelles qu'on appelle des livres.

Je n'ose pas te parler de ton recueil de Poésies, que M. Vieille- Muguet attend toujours, puisque tu ne me l'as pas renvoyé, comme je t'en priais, par notre ami Béchet. Prie Delangle de l'en apporter un exemplaire, sur lequel tu mettras ton nom, et de me l'adresser par M"** veuve Béchet, sous le couvert de M™® Deis. Je paierai tout ce qu'il faudra. C'est bien mal à loi de me faire attendre si longtemps une chose comme celle-là.

Tu m'as fait grand plaisir de me donner des nouvelles de M. De Bry. Il y avait longtemps que je n'en avais reçu. U a cessé de m 'écrire à l'époque des Cent-Jours, événement que nous n'envisagions pas l'un comme l'autre; et depuis, ce n'est que par hasard que j'ai su ce qu'il était devenu. Je n'ai jamais oublié les témoignages de bienveillance qu'il m'a donnés,. et je lui resterai toujours attaché bien tendrement.

M. Courvoisier est à Paris pour le procès des ministres, dans lequel je suppose qu'il doit être entendu comme témoin. Il n'est pas venu nous voir à son passage, comme il en a l'habitude^ ce qui nous a fait beaucoup de peine à tous. S'il te sait indisposé, il ne manquera pas d'aller te faire une visite. Dans tous les cas, tu sauras facilement son adresse par Guichard, et lu pourras lui écrire un mot. Je pense qu'il ne restera pas longtemps à Paris ; il est devenu tout à fait casanier. Il m'avail fait inviter à aller passer avec lui les fêtes de Noël, et il est probable que je me serais permis cette petite excursion. Quel excellent homme! Et que les journalistes de droite et de .gauche lui rendent peu de justice !

Si Saint-Martin s'était conduit avec toi comme notre Jouffroy me l'a raconté, tu dois peu le regretter, et tu vivras mieux avec son successeur. Je serais désolé qu'il arrivât le moindre revers à cet excellent Soulié, la créature la plus inoden^ive que j'aie jamais connue ; mais s'il est menacé dans sa place, est-ce qu'il ne serait pas pos-, sible de parer lé coup? Je serais disposé à tout pour l'obliger. Dis-lelui bien.

Mes amitiés à ta femme, à Cailleux, etc. Le Nestor Grappin, avec qui je vais dîner aujourd'hui, me charge de sa bénédiction pour toi et toute ta famille. Ton frère.

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