‹ Lettres de Charles Weiss a Charles NodierChapitre 19 sur 20 · LXI · texte numérisé non relu

LXI

25 mars 1833.

Mon cher ami,

Pose la plume un moment pour m'écouter. Curasson et Pertusier se proposent de fonder un nouveau journal dont le but serait de calmer l'irritation des esprits, que les feuilles de Paris n'entretiennent que trop bien, et de défendre les intérêts de la province, toujours sacrifiés à ceux de la capitale. Les fonds nécessaires sont faits par des actionnaires dont tu as pu lire les noms dans le Patriote, si tu lis le Patriote^ ce que je ne crois pas, car tu n'as pas de temps à perdre. II ne manque plus qu'un rédacteur en chef, et Pertusier m'a prié avec tant d'instance de t'en demander un, que je n'ai pas pu m'y refuser. Il ne signerait pas le journal, et par

(1) Précède, ainsi que la suivante, la lettre CXXI de Nodier. (Rec. Eslignard, p. 266.)

conséquent ne serait passible ni d'amende ni de prison. On lui assurerait 2,000 fr. par an, plas une part notable dans les bénéfices. Si tu connais un jeune homme à qui ces propositions puissent convenir, mets-le en rapport avec Pertusier ou Curasson, car je ne suis pour rien dans toute cette aflaire, et je serais même très fâché que l'on sût que je m'en suis mêlé. Ainsi je te prie de me garder le secret. Il y a dix ans que je ne me mêle pins de politique. J'ai renoncé même à la lecture des journaux les plus innocents. Aussi je ne sais pas un mot de ce qui se passe dans le monde, et je ne m'en trouve pas plus mal. Je souhaite à mes chers et bons eompav triotes un peu plus de raison, et j'espère que cela pourra bien arriver dans quelques siècles. J'avais d'abord eu l'intention d'écrire à Merle pour lui demander un rédacteur, mais je ne le connais pas assez pour lui faire une pareille ouverture. Si lu n'as pas un sujet sous la main, tu pourrais lui en parler. Il doit connaître à fond tous ceux qui dans Paris écrivent dans les journaux.

Il y a bien longtemps, mon cher ami, que tu ne m'as donné de tes nouvelles. Je t'ai écrit il y a un mois par le jeune de Vaulchier, qui se propose de passer une partie de l'été à Paris pour suivre les cours du Collège de France et faire connaissance avec les gens de lettres. Il était porteur d'un recueil de nouvelles qu'il se proposait de faire imprimer. J'ignore ce qu'il en est advenu. Je ne connais pas ces nouvelles^ mais je sais qu'elles ne sont pas toutes de Louis. Il y en a une au moins d'Albert de Circourt et uiie autre de Dugrail, l'auteur de Plus deuil que joie.

Dugrail, qui a de l'esprit, de l'imagination et de l'originalité, a fait un drame qu'il destine au Thâtre- Français. J'ai écrit au baron pour le prier d'en autoriser la lecture ; mais j'en ai été pour ma peine, il n'a pas daigné me répondre un mot.

Malgré mes demandes réitérées à Fallot et à M"** Porquet, je n'ai pas encore pu obtenir la suite de tes œuvres ; je n'ai que les quatre premiers volumes. Fallot m'avait promis le troisième volume de tes Souvenirs; il devait me le remettre à mon premier voyage à Paris. J'ai été à Paris, il ne me l'a pas donné ; je le lui ai réclamé depuis, il ne me l'a pas envoyé.

Si tu me réponds, tu me ferais plaisir de me dire ce que tu penses, de toi à moi, de la pièce de Victor : Le Roi s'amuse. Je l'ai lue ; mais comme je ne lis pas les journaux, je ne sais pas ce qu'en ont dit les juges-nés de toute œuvre littéraire, et je n'ose pas m'en rapporter à moi. Je ne connais pas même Lucrèce Borgia, mais j'en ai entendu parler à Dusillet, et ai ce qu'il m'en dit est vrai^ je m'étonne que la représentatioa en ait été permise.

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Le Bibliologue de Quérard annonce la prochaine publication dé ton Histoire des Girondins. C*est un livre que j'attends avec bien de rimpalience. Às-tu terminé ton travail sur le Dictionnaire de Boiste ? Il me tarde d'apprendre que tn en es débarrassé.

J'ai remboursé ce que je te devais à Techener, il y a bien longtemps; tu me ferais plaisir de me mander s'il t'a payé. J'ai voulu te causer une petite surprise en priant Crozet de te remettre de ma part un joli volume la veille du jour de l'an. Âs-tu été content du choix de Crozel ? L'automne prochain aurai-je le plaisir de voir le volume dans tes dilecta'f

Flavien est à Rome depuis six semaines ; je l'engage beaucoup & n'en pas repartir avant Pâques, afin de voir les cérémonies de la semaine sainte dans la chapelle papale ; mais il est pressé d'aller à Naples et en Sicile, pour pouvoir être de retour à Rome avant les grandes chaleurs. Il vient de m'écrire une lettre de seize pages dans laquelle il me rend compte de l'emploi de ses journées, de ses remarques, de ses observations, de l'impression que l'aspect de Rome a faite sur lui. En apercevant le dôme de Saint-Pierre, il a pleuré sans pouvoir deviner la cause de cet attendrissement. Il prétend que l'Italie ne commence qu'à Rome ; que dans le Piémont, le Milanais, la Toscane et même dans les grandes villes des Légations, il ne s'apercevait qu'il n'était plus en France qu'au langage des habitants, mais que leurs manières et leurs opinions sont toutes françaises. U en aura bien long à nous raconter quand nous nous retrouverons tous les trois au Veau qui tette^ ou dans quelque restaurant de ton choix. C'est un excellent garçon que Flavien, et tu dois beaucoup l'aimer, car il t'a voué le plus tendre attachement. Il ne m'écrit pas sans me parler de toi et sans me charger de te faire ses amitiés.

Dusillet est ici depuis hier. Tu sais qu'il a eu le malheur de perdre sa femme ; il en est très affecté. Son fils le tourmente pour venir demeurer à Besançon, et je serais bien aise qu'il prît cette détermination. On en ferait aux prochaines élections un conseiller municipal, et nous cabalerions pour le pousser à la mairie. Qu'en dis-tu? Je suis sûr qu'avec lui, en deux ou trois ans nous aurions un musée ; car il ne nous manque pour cela qu'un local et des tableaux.

Tout le monde travaille maintenant à l'Arsenal, que c'est un charme. Voyez ce que peut le bon exemple sur les âmes bien nées ! Le Bibliologue m'annonce un gros volume de Chroniques franccomtoises par M™« Tercy, des Nouvelles par M"*« Marie. Il n'y a que Désirée qui ne fasse rien ; mais la pauvre femme, elle est assez

occupée d*aulre façon. Faià-Iear mes amitiés et mes compliments. Donne-moi des nouvelles de Soulié. Rappelle-moi au souvenir de ton excellent voisin M. Duval, et puis de Cailleuxet de tutti quanti. Je t*embrasse de tout mon cœur.

13 avril 1833.

Mon cher ami,

C'est un parti pris; tu ne veux donc plus me donner de tes nouvelles, et comme je ne lis plus les journaux, j'en suis réduit à questionner ceux qui les lisent encore, ou les personnes qui reviennent de Paris. Deis m*a promis d'aller à l'Arsenal, et dans le cas où il ne pourrait pas pénétrer dans ton cabinet, de s'établir sur le quai Voltaire tous les jours, de deux à quatre heures de l'après-midi, jusqu'à ce qu'il ait eu le plaisir de le voir, afin de pouvoir me certifier à son retour que tu vis encore, que tu te portes bien, et que, malgré tes grandes occupations, tu n'as pas discontinué tes promenades quotidiennes.

D'après ce que j'entends dire aux gens initiés dans les mystères de la politique, l'année ne se passera pas sans qu'il y ait quelques nouvelles tentatives en faveur de la république. S'il y a quelque réalité dans ce projet, auquel je n'attache pas une grande importance, il me semble que tu ferais bien de demander un congé, et de venir passer quelque temps avec moi. Quand tu seras las de Besançon, nous irons ensemble visiter nos montagnes, que tu devrais être bien aise de revoir encore une fois. M. Courvoisier, qui est venu ici chercher un cheval pour son fils, nommé sous-lieutenant de cavalerie, me charge de t'inviter à le venir voir à Baume, où tu le trouverais le môme qu'à la chancellerie. Il est tout voisin de M. de Chantrans, à qui nous irions faire quelques visites; enfin nous trouverions le moyen de te faire passer quelques mois d'une manière agréable. Tu t'en retournerais avec cinq ou six nouvelles charmantes, dont tes courses t'auraient fourni le sujet, en sorte que ton voyage, utile à ta santé, agréable à tous ceux qui te connaissent, car il n'en est pas un seul qui ne t'aime, serait encore avantageux à ta bourse.

Flavien est à Naples, d'où il m'écrit des lettres de treize pages in-folio, qui me ruineraient s'il n'avait la précaution de les affran-

ehir jusqu'à la frontière. C'est un brave et digne garçon, qui pense à nous en se promenant dans la rue de Tolède, au théâtre Saint- Charles, en entrant dans Saint-Janvier, enfin partout, pour nous regretter, pour nous désirer près de lui. Nous retournerons ensemble cette année à Paris pour y rester deux mois, lui à rechercher la société des dollori, moi à me promener du Louvre à l'Arsenal ou du quai aux Fleurs au quai Voltaire, épiant un homme qui ne m'aime pas, puisqu'il ne m'écrit pas, et que je n'ai pas reçu une ligne de lui depuis six mois que je l'ai quitté.

3 mai 1833.

Mon cher àmi,

C'est notre cher Peignot qui m'a mandé ta déconvenue académique, dont j'ignorais le premier mot. Droz a écrit depuis à Genisset^ qui nous a lu sa lettre en séance particulière^ que si tu n'avais pas été nommé, c'est que tu t'étais mis trop tard sur les rangs, mais qu'à la première élection tu réunirais bien certainement l'unanimité des suffrages. Ainsi je ne vois pas pourquoi tu ne te représenterais pas à la première vacance. D'abord, et cette raisonlà doit le toucher, ton élection à l'Académie française est une des choses qui me feront le plus grand plaisir ; et ensuite lu n'es pas en position de dédaigner un millier d'écus qui t'arriveront tous les ans sans autre peine que d'émarger de temps en temps le mandat de paiement. Et puis, est-ce que tu ne vois pas que ton titre d'académicien français sera une raison d'augmenter ta pension ou de t'en faire accorder une nouvelle? Tu me reprochais il y a quelque temps d'être un enfant ; mais c'est toi vraiment qui en es un, de ne pas savoir encore à ton âge le train des choses et comment se mène le monde.

Malgré tout le mal que tu me dis de tes Girondins ^ je n'en attends pas moins ce nouveau volume avec une vive impatience. Outre Je plaisir incompréhensible que j'ai à lire tout ce que tu écris, je suis encore curieux de savoir si je retrouverai dans ton ouvrage quelques traces des idées de notre jeunesse sur tous ces malheureux dont la mort nous a préoccupés si vivement et si longtemps. Dis à Faliot de m'«^«ter cet ouvrage aussitôt qu'il paraîtra et de

le déposer chez MM. Debnre, qui doivent m'ezpédier une caisse à la tin du mois.

Tu as attendu bien longtemps de m'accuser la réception du petit bouquin que j'avais prié Crozet de t'offrir de ma part au premier de Tan. Ce sotit les seules étrennes que j'aie pu donner cette année ; mais une autre fois je serai peut-être plus heureux. Ma pauvre mère vient de changer de logemenl ; elle a quitté le bouge enfumé qu'elle occupait depuis vingt-quatre ans, pour descendre dans un joli appartement composé de trois pièces, que j'avais fait arranger presque à son insu : un beau lit de noyer, une table ronde bien cirée, des chaises neuves, sur la cheminée une glace de trente francs. Tu ne peux pas te faire une idée de son ravissement : Ah! me disaitelle, si ton père voyait au moins tout cela! Elle a depuis deux ans avec elle une de ses nièces, fille forte, active, intelligente, qui en a le plus grand soin. Ce sont les deux créatures les plus heureuses que je connaisse. Ma mère conserve toute la vivacité que tu lui as vue autrefois; elle est toujours de bonne humeur et de bon appétit. Aussi j'espère bien que Dieu me la conservera plusieurs années encore. Elle t'aime tant que tu devrais bien venir la voir ; c'est une des choses qu'elle désire le plus, dont elle me parle le plus souvent^ car toi, ta femme et ta fille, et Fanny, vous êtes le sujet presque continuel de nos entretiens.

Je n'ai jamais lu rien de M. Victor Pavie, parce que de toutes les Revues, je^ n'ai jamais lu que la Revue de Paris j pendant que tu y travaillais ; mais adressé par toi, il n'en sera pas moins bien reçu. J'ai déjà parlé de sa visite à Viancin, et s'il fait beau temps, nous le conduirons à la campagne pour pouvoir causer tout à notre aise de tout ce qui nous intéresse. Ma foi, mon cher ami, je crains bien qu'il ne soit pas aussi obscurant, aussi rétrograde que nous ; mais nous sommes de bonnes gens, bien tolérants, et nous pardonnons aux amis de nos amis de ne pas voir comme nous, parce que nous savons qu'ils n'ont pas les mêmes yeux et qu'ils n'ont pas toujours le même point d'optique.

C'est Théophile Renaud qui se charge de ce billet qu'il m'a demandé pour lui servir d'introduction à l'Arsenal. 11 va travailler un mois à Paris, dans l'atelier de quelques peintres connus, et d'après le livre des Cent et un, il espère avoir le plaisir de rencontrer chez toi plusieurs artistes.

Bonjour à Taylor, à Cailleux, à Soulié et tutti quanti.

Je t'embrasse de cœur. Ton frère.

LXIV (i)

7 juin 1833, Mon cher ami,

Je viens de passer une matinée comme je n'en avais pas en depuis longtemps, et il faut que je t'en remercie, car c'est à toi que j'en suis redevable. J'avais dit à Deis de m'apporter tes Girondins^ aussitôt qu'il les aurait reçus. Quand j'ai eu le volume entre les mains, j'ai commencé par la première page et je ne me suis arrêté qu'à la dernière. En le lisant, j'ai beaucoup pleuré. Je ne trouve qu'un seul défaut à ton livre, c'est qu'il est trop court. Je n'y sache qu'un remède, c'est, quand on l'a fini, de le recommencer, et c'est ce que je ferai tout à l'heure. C'est un bien beau livre que tes Girondins ; mais ton chef-d'œuvre, suivant moi, c'est la Fée aux Miettes ; je ne connais pas un ouvrage que j'aimerais mieux avoir fait I Que de bon sens et de raison dans les récils de ton Michel I Quelle philosophie aimable dans les enseignements ! Et quelle perfection de style ! 11 y a dans ce petit volume vingt ou trente pages qui seraient les plus belles de la langue, si VEmile n'existait pas, et encore je ne sais pas bien si je ne donnerais pas la préférence à ton Michel. Comme je ne lis plus les journaux, je ne sais pas ce qu'ils ont dit de ton livre, mais sois bien sûr que c'est une œuvre d'homme. Comment as-tu pu dire, dans ta modestie trop grande, que ton conte était une contre-épreuve de la fée Urgèle ? Non, mon ami, si tu l'as cru, tu t'es abusé. Dans ton conte, tout est bien de ton invention. Une fois qu'il a été convenu que les fées avaient le pouvoir de se rajeunir, il n'y en a pas une seule qui n'en ait profité ; et tu n'aurais pas pu laisser la tienne dans son costume de vieille sans manquer au premier devoir d'un conteur, la vérité.

Fallot m'a mandé ton accident, répété dans tous les journaux, qu'il a bien fallu me décider à lire, pour me rassurer sur ses suites. Si je ne t'ai pas écrit sur-le-champ, c'est que dans toute la maison, il n'y a que loi qui puisses déchiffrer mon gribouillage, et que d'ailleurs je chargeais Fallot de me tenir au courant de ton état. 11 me mande qu'il t'a vu ou du moins qu'il s'est présenté tous les jours à l'Arsenal, et que, si tu ne l'as déjà fait, tu ne tarderas pas de reprendre tes habitudes studieuses.

(1) Précède la lettre CXXII de Nodier. (Rec.EstigDard, p. 271.)

Si ta voulais donner une nonvelle édition de tes Souvenirs de la Bévolution, je pourrais t'envoyer Je sujet d'un chapitre qui, si je ne me trompe, ne serait pas le moins intéressant d'un livre si rempli d'intérêt. L'antre jour, en allant chezViancin, à Fontaine-Ëcn, je rencontrai dans le sentier un vieillard qui ne pouvait plus marcher, tant il était faible et fatigué. Je lui offris mon bras pour le conduire jusque dans sa chaumière, qui n'était pas éloignée. Ce vieillard était le neveu de Jacquet, le chef du comité révolutionnaire qui fut mis au poteau après le 9 thermidor, et qui, si je ne me trompe, est mort aux galères. En cheminant il m'a conté un épisode de la vie révolutionnaire de son oncle, et c'est cela que je t'enverrai, si tu Je désires, pour le mettre en français. C'est un vrai sujet de nouvelle, où la vérité ne luit pas toujours vraisemblable. Mais de cela même tu tirerais un grand parti.

La mort de M. Ândrieux laisse une place vacante à l'Académie, et si M. Droz ne s'est pas trompé dans ses calculs, c'est toi qui l'obtiendras ; en attendant le jour de l'élection, j'ai fait écrire à M. Brifaat pour lui demander sa voix. J'ai la réponse sous les yeux. Sa voix à lui t'était conquise avant qu'on la lui eût demandée, et il regardait ton élection comme assurée sans l'absence de huit ou dix académiciens les plus indépendants; mais il la croit douteuse si M. Thiers, le ministre, se met sur les rangs. Ce serait une infamie à Tbiers, qui a cent raille livres de rentes, de venir te disputer non le titre, mais le modeste traitement d'académicien. S'il s'en rend coupable, je la lui garde bonne. Je voudrais bien être à Paris, il me semble que les choses se passeraient autrement. Il y va de l'honneur de l'Académie de te nommer. Si elle te préfère un ministre, la voilà retombée dans l'avilissement où l'avaient plongée déjà les choix dictés par le bon plaisir impérial. Qu'il y a peu d'hommes qui conçoivent ce que c'est que la dignité I

J'ai été dîner hier avec Pérennès, notre professeur de littérature, à la campagne, chez Pertnsier. Nous avons beaucoup parlé de loi, de nos promenades sur la route de Beure, de nus banquets de laitage et do fruits à Velolte et au Bout du monde. Pertusier nous a dit que tu lui manquais, et qu'il ne savait pas comment tu avais pu rompre une si vieille t't si sainte amitié. H vient de retrouver toutes les lettres que tu lui as écrites en d'autres temps; il les a rangées dans l'ordre chronologique, et il en relit quelques-unes tous les malins. Il dit que c'est le seul vrai plaisir qui lui reste. Je me suis promis de te mander ces détails, en t'engageant de lui écrire. Cela lui ferait un plaisir que tu concevras avec ton âme tendre; et c'est peut-être le cas d'ajouter, cela te coûtera si peu,

que lu ne peux guère me refuser cette faveur. Ce pauvre Pertusier s*est mis à la tête de la Gazette, probablement par suite du désir qu'il a de faire parler de lui. Le premier numéro qui a paru samedi dernier a élé saisi pour défaut de déclaration ; et le gérant vient d'être condamné à un mois de prison et 200 fr. d'amende. C'est jouer de malheur pour un début.

C'est dimanche la fête de ma mère ; elle me charge de t'y inviter très expressément ; mais comme elle ne compte pas trop sur toi pour ce jour, elle ajoute que lorsqu'elle te verra, ce sera toujours la fête. Mes amitiés et mes hommages à toute ta famille. Comment se portent et ta femme^ et ta fille et ton gendre, et ta petite-lille, à laquelle tu pensais en écrivant ton morceau sur la statue de Pygmalion, et ma bonne Fanny ? Je pense à vous tous les jours, et vous, vous m'oubliez, j'en suis sûr ! Cela serait bien mal.

Je t'embrasse en frère.

!«' octobre 1833.

Mon cher ami,

La mort de ce pauvre Laya doit t'ouvrir enfin les portes de l'Académie. J'imagine que ta nomination aura lieu dans la première quinzaine de novembre, et ta réception le mois suivant. II faut que je m'arrange de manière à m'y trouver. Garde-moi donc deux billets, un pour Flavien et un pour moi.

Le voyage de Flavien en Italie a été beaucoup plus long qu'il ne le pensait. A son départ, il m'avait prorais d'être de retour avant la fin de juillet. Nous devions visiter ensemble les antiquités du Midi et nous retrouver à Paris dans les premiers jours de septembre. La dernière lettre que j'ai reçue de lui est datée de Naples. U me mande de lui répondre à Florence, où il doit s'arrêter une semaine pour revoir les amis qu'il a faits à son passage. Je ne l'attends pas avant le 20 octobre. 11 se reposera quelques jours ici, puis m'emmènera à Saint-Seine, d'où nous prendrons, vers la mi-novembre, le chemin de Paris. Son père, qui veut m'emmener aussi, nous suivra de près, s'il ne nous précède pas. Ainsi tu vois que je ne peux pas manquer d'aller t'embrasser au commencement de l'hiver. Je voudrais que ton discours de réception fût fait pour cette époque, afin que tu puisses me donner une partie de tes moments sans te gêner.

Je viens de lire ton Hurlubleu, qui m'a fait grand plaisir. L'idée en est charmante. J*y voudrais un peu moins de mots techniques et un peu plus de détails. Ceux qui ont conservé l'ancien ne méthode de faire des enfants parce qu'ils la trouvent plus amusante est un trait digne de Rabelais ou de Swift. La critique de l'Académie des sciences est une plaisanterie de bon goût, dont notre Molard serait le premier à rire. J'attends la suite, car il doit y en avoir une, avec beaucoup d'impatience.

Ton noble ami, le comte d'Augicourt, me charge de te remercier de la lettre que tu as mise à la tête de son nouveau roman. Il est en ce moment dans les fêtes de mariage de son frère, qui vient d'épouser M^'*' Irène Bourgon, la fille du député, il n'aurait tenu qu'à moi de l'accompagner à Auxon. J'y ai été invité par la mariée, par sa mère, par son père, qui m'a toujours témoigné beaucoup d'amitié ; mais je m'en suis défendu par la raison que j'avais ici de l'ouvrage que je ne pouvais pas remettre. Le fait est que mon antipathie pour le monde, au lieu de diminuer, s'accroît avec l'âge. Je ne suis bien que quand je suis seul au milieu de mes livres. Je consentirais de grand cœur à devenir sanglier pourvu que mon gîte ne fût pas trop éloigné du tien ; car je ne voudrais pas renoncer au plaisir de te voir.

J'ai reçu l'autre jour une visite dont il faut que je te parle. M., que je n'avais pas revu depuis son mariage, est venu frapper à la porte de ma chambre. Comme il a cru que je ne le reconnaissais pas, il m'a décliné son nom, en me priant de l'excuser s'il me dérangeait, et de lui indiquer une heure où il pourrait me parler. Je l'ai fait entrer. Il m'a raconté qu'il était entièrement ruiné par une spéculation malheureuse de son gendre, que sa femme était devenue folle, etc., et que dans cette triste siluation il avait recours à moi pour que je te priasse de lui rembourser quelques petites sommes qu'il avait eu le plaisir de (e prêter dans des temps plus heureux. Je lui ai demandé combien lu lui devais; il m'a montré un état de diverses sommes moulant à 8! fr. 50 c, avec une lettre par laquelle tu reconnais cette dette. La lettre est sans date, mais ancienne au moins de cinq à six ans. Je lui ai dit d'être tranquille, que je t'en écrirais et qu'il serait payé. Le lendemain il est venu me dire qu'il allait êlre saisi par le collecteur des contributions, si je n'avais la bonté de lui prêter 16 fr. Je lui en ai donné vingt, dont il voulait me faire un billet, que j'ai refusé. La fin de cette histoire, que tu dois trouver bien longue, c'est qu'il faut que tu m'écrives de payer à M. la somme qu'il réclame, et que tu lui donnerais quand même tu ne la lui devrais pas. J'irai le

trouver avec ta lettre, je lui compterai ton argent, dont il me fera an reçu que je t'enverrai, et tout sera dit.

Tu sais toutes les tribulations que notre pauvre ami JoufiFroy vient d'éprouver à Pontarlier. En arrivant, il n'avait fait que traverser la ville pour aller embrasser sa mère aux Pontets, où il a passé huit jours. De là il s'est rendu dans les cantons de MontbenoU et de Morteau, où il a des amis d'enfance qu'il n'avait pas vus depuis longtemps. On a répandu le bruit qu'il était allé solliciter les suffrages des électeurs en cas de dissolution de la chambre ; et, pour empêcher sa réélection, on a décidé qu'il y aurait une manifestation de l'opinion publique, c'est-à-dire, comme tu le sais mieux que moi, qu'on lui donnerait un charivari. Pressés de mettre la main à l'œuvre, une vingtaine d'enfants et de jeunes gens, dont le plus âgé n'avait pas plus de dix-sept ans, sont allés à sa rencontre sur la route de Morteau, et ont arrêté la diligence. Heureusement le député ne s'y trouvait pas ; car je ne sais trop ce qui serait advenu si, comme les tapageurs le supposaient, Joutfroy eût été dans la voiture avec sa femme. Pendant ce temps-là il arrivait par une autre route à Pontarlier. Le lendemain dimanche, pendant qu'il dînait chez son frère avec le bon Patel et le maire, l'opinion, publique s'est manifestée par un effro3''able tapage ; et comme de pareilles scènes se sont renouvelées les jours suivants, on vient d'envoyer à Pontarlier 200 hommes, qui doivent y tenir garnison tant que Jouffroy sera dans l'arrondissement. Conçoit-on rien de pareil? Une chose que j'oubliais, c'est que les représentants de l'opinion, à qui l'on avait recommandé de crier : A bas le doctrinaire! ignorant le sens de ce mot, se sont égosillés à répéter : A bas le poitrinaire ! Pauvre Jouffroy ! Pauvre pays que celui où de pareils désordres sont tolérés, vantés, préconisés, comme des actes de patriotisme î

Pendant que la Montagne est en progrès, l'Académie, j'entends celle de Besançon, a pris une marche rétrograde. Dans la dernière séance elle a élu comme associé correspondant le marquis de Saint- Mauris, l'ex-pair de Charles X et l'un de les bons amis. Sur 20 membres présents, il a eu 20 voix au premier tour de scrutin. En m'écrivant pour me remercier de la part qu'il suppose que j'ai eue h son élection, il me charge de te faire tous ses compliments. Courvoisier est notre président annuel ; et à mon corps défendant, j'ai été nommé vice-président. Tu vois que Ions tes amis sont en dignité. Pertusier, que j'irai voir demain à Franois, attend impaliemmenl la lettre que je lui ai annoncée de ta part. Avant que le papier me manque, il faut que je te charge de mes compliments

pour les oiseaux de TArsenaK Mille tendresses à Taylor, Gailleuï et Sottlié. Tout à toi.

31 octobre 1833.

Mon cher ami,

Mon compliment, pour arriver le dernier, n'en sera pas plus mal reçu. Tu sais tout l'intérêt que j'attachais à ta nomination. Il y a plus de véritable patriotisme à Besançon que je ne le pensais. Depuis quatre jours, je ne puis faire un pas dans la rue sans recevoir à ton sujet des félicitations et des embrassades. Le conseil municipal, qui doit se réunir après-demain pour sa dernière session de 1833, chargera le maire de t'écrire au nom de la ville. Je te prie de ne pas laisser celte lettre-là sans réponse.

Jouffroy est toujours dans les montagnes, où je crois qu'on le laisse assez tranquille. Je l'attends la semaine prochaine, et je l'accompagnerais à Paris, si je ne voulais pas m'y trouver pour l'époque de la réception solennelle. Quand aura-l-elle lieu ? Je suppose que ce sera dans le courant de décembre ou de janvier ; mais il faudrait que la saison fût bien rigoureuse pour qu'elle m'empêchât de partir.

Viancin, Alfred Marquiset, le docteur Barrey, Balleydier, Pérennès, Brelillot me chargent de leurs compliments pour toi. Mes vives tendresses à tous les habitants de l'Arsenal.

6 novembre 1833.

Mon cher aui^

Le fils de ton ancien camarade Casimir Wey te remettra ce billet. Il va faire à Paris son cours de droit pour obéir à son père ; mais je crois que d'après ses goûts, il étudiera moins le code civil que le nouvel art poétique. Depuis qu'il a lu tes ouvrages, il a les yeux sans cesse tournés vers toi, comme les fidèles musulmans vers la cité sainte. Il veut absolument connaître l'homme auquel il doit les plus douces émotions qu'il a éprouvées de la vie. 11 me semble que

ce jeane homme a de Tespril, du goût et une instruction peu commune à son âge, malgré les progrès du siècle. Je n'ai pas besoin de te recommander de lui donner des conseils pour la direction qu'il doit suivre dans ses études. Tu seras content de sa docilité. Tout à toi.

J'imagine que tu reçois toutes les lettres que je t'écris même par la poste. Il y en a une que je t'ai adressée de cette manière où je te parlais d'une réclamation de G...., qui méritait un mol de réponse.

1â décembre 1833.

Mon cher ami,

Que penses-tu de la circulaire du ministre sur les bibliothèques de province? Quand j'aurais cent bras et cinquante têtes, je ne pourrais pas faire dans dix ans la besogne qu'il me demande de suite. Il suppose probablement que j'ai des bureaux montés comme les siens, tandis que je n'ai pour m'aider que le jeune Guénard, excellent garçon, plein de zèle et de bonne volonté, mais dont les connaissances bibliographiques sont des plus minces. Dans cette position, que dois-je faire ? J'attends de ton amitié un conseil dont j'ai le plus pressant besoin.

En lisant dans la Revue de Paris le compte que M. Pichot a rendu de Marie Tudor, j'ai vu qu'il a eu la bonté de se rappeler que nous nous étions trouvés quelquefois ensemble à l'Arsenal. Je te prie de l'en remercier et de lui faire mes compliments.

G.... est déjà revenu plusieurs fois à la charge. Je veux bien lui rembourser ce que tu lui dois, mais je ne veux pas lui donner un sol de plus, parce que, comme tu le sais bien, je n'ai pas d'argent à jeter par les fenêtres. Jusqu'à ce jour, il a reçu soixante francs dont il m'a donné quittance. Je ne veux pas aller plus loin sans autorisation.

J'ai lu ton Hurlubleu, qui m'a fait rire; le second article m'a moins amusé, parce qu'il est plus savant. Est-ce que lu ne me donneras pas encore une Fée aux miettes?

M. de Magnoncourt est perdu dans les neiges des Alpes ; il y a six semaines que je n'ai reçu de ses nouvelles. Il devait être ici pour la fin de novembre au plus tard.

Mes amitiés aux anges de l'Arsenal.

Je t'embrasse de coeur.

— iJl —

28 février 1834.

Plus n*eii aurez noce ni madrigal.

Je ne croyais pas, mon chei* ami, que le fauteuil académique produirait sur loi ce terrible effet; je me flattais que tu m'enverrais ton discours pour le joindre à celui de M. Droz, dans notre bibliothèque ; mais je vois bien qu'il faut que j'y renonce. Mais je ne renonce pas aussi facilement à recevoir de tes nouvelles; et si tu ne peux ou ne veux plus m'écrire, charge la fille ou ton gendre de m'envoyer de temps en temps le bulletin de ta santé.

On m'a dit que tu te proposais de réhabiliter la mémoire de Pichegru. Nos compatriotes ultras et libéraux regardent la chose comme impossible ; mais je ne suis pas de leur avis. Tu trouveras dans les Essais sur la Révolution, par Beaulieu, que je viens de lire, pour faire son article, des documents précieux pour Ion sujet dans le tome V. Peut-être les connaissais-tu déjà ; mais enfin j'ai voulu te donner encore une preuve de l'intérêt que je porte à tout ce que tu entreprends.

Mes respects et mes amitiés aux oiseaux de l'Arsenal.

Je l'embrasse de cœur.

26 avril 1834.

Mon cher ami,

M. Crestin, substitut du procureur du roi à Dole, désire que ce billet lui ouvre les porles du sanctuaire de l'Arsenal. Si je m'étais trouvé en même temps que lui à Paris, je me serais fait un grand plaisir de te le présenter. C'est un jeune homme aussi modeste que spirituel, qui se recommande par lui-même et par son père, l'ancien sous-préfet de Saint-Claude, que tu connais au moins de réputation.

Quand nous nous sommes embrassés sur le boulevard, et que tu m'engageais à prolonger mon séjour à Paris d'une semaine, tu ne pensais guère que le lendemain l'émeute reparaîtrait plus menaçante que jamais. J'ai trouvé Dijon fort tranquille : l'attitude des

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républicains a donné quelques inquiétudes à Besançon. Victor Considérant s'est fait, dit-on, Thistorien de la grandeur et décadence de la république d'Arbois.

Mes hommages à tes dames et mes amitiés à Jules. Tuissimus.

LXXI (i)

23 mai 1834.

Mon bien cher ami,

Celle-ci n'est pas la grande lettre que tu demandes, et que .je n'ai pas encore trouvé le temps d'écrire. Elle n'a d'autre but que de t'anuoncer l'arrivée à Paris de M™" Deis, logée rue et hôtel Dauphine. Pendant le peu de temps qu'elle doit rester à Paris, où, selon toute apparence, elle ne retournera jamais, elle désire vivement d'avoir le plaisir de te voir quelquefois ; et quoique ta plus ancienne amie n'ait pas besoin de ma recommandalion, elle a désiré que je lui donnasse ce billet pour le bibliothécaire en chef de l'Arsenal.

Michaud me charge de te rappeler l'article sur la Biographie que tu lui as promis pour la Revue de Paris. Je lui réponds que tu le feras, parce qu'il t'offrira l'occasion de parler de moi. Est-ce que je me tromperais ? Je ne le pense pas.

Que dis-tu de la démission de Guichard ? Le bruit court ici que c'est son ami R.... qui l'a ruiné au jeu.

Bonjour, mon cher ami, mes respects et mes hommages aux dames de l'Arsenal.

Je t'embrasse tendrement.

20 juin 1834.

Mon bon ami,

Fallût me mande que tu te proposes de m'écrire au sujet de la Description du Médoc par La Boétie. C'est un de ces livres que je n'ai jamais vus et que je ne verrai probablement jamais. Dans la

(1) Suit la lettre CKVIII de Nodier. (Hec. Ëstignard, p. 280.)

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bibliothèque de M^^*' Michaud, que MM. Boui^on et Plavien de Maguoncourt viennent d'acheter, il se trouve un exemplaire du Juvénal variorum, papier fort magnifique, partagé en deux volumes, maroquin bleu, à la toison. En Je voyant, j'ai pensé sur-lechamp au plaisir que te ferait ce beau livre, et si tu le veux, tu n'as qu'à parler, car je suis sûr que les propriétaires actuels se disputeraient l'avantage de te l'offrir.

Je viens de te nommer les deux candidats qui paraissent avoir le plus de chances aux prochaines élections. Flavicn a contre lui les uUras, les républicains et le petit commerce, mais il est porté par les Mourgeon, les Bretillol, les Demesmay, les Marquiset, et si son nom ne sort pas de l'urne électorale au premier tour de scrutin, je serai bien trompé.

Si nous réussissons, à Besançon la députation sera composée entièrement de tes amis; et ce sera le cas, je pense, d'engager nos honorables à faire une démarche en faveur de ton gendre, que je souffre de voir rester dans les rangs inférieurs. Quand une députation tout entière se rend près du minisire pour lui recommander un jeune homme auquel elle prend intérêt, il me semble qu'il doit prendre une telle démarche en grande considération. Je sais que ni toi ni ton gendre vous n'aimez à vous remuer lorsqu'il s'agit de vos intérêts; mais laissez-moi faire, c'est là tout ce que je vous demande.

Mes charges annuelles se sont augmentées de manière à ce qu'il me serait impossible d'y faire face avec mon modeste traitement. Par bonheur, j'ai la ressource de M. Michaud ; mais, pour qu'il puisse me payer, il faut qu'il vende son supplément, et il m'écrit qu'il ne se vend pas. Tu m'avais promis de l'annoncer dans la Bévue de Paris, et je pensais que tu ferais un ou deux articles avec plaisir, puisque c'était t'offrir une occasion de parler de moi, dont tu as fourré le nom dans la plupart de tes ouvrages. Je t'en prie, fais donc cet article ; si ce n'est pas pour Michaud, qui t'a cependant donné son livre, que ce soit pour moi, qui ne saurais que devenir, si mes billets n'étaient pas acquittés à leur échéance.

Dis à Techener de m'envoyer les deux articles tirés à part que lu as publiés sur les nouvelles recherches bibliographiques de M. Bruuet. Il me sembW qu'il aurait dû m'en faire cadeau ; mais s'il faut les payer, je les paierai dans le premier compte que nous aurons k régler.

Je suis chargé par Charles Gaume de réclamer à M'^'^ Nodier la réponse à une lettre qu'il lui ï^ écrite le 20 avril dernier. Je liii

fois tous mes eompUments et mes amitiés^ ainsi qa'à Mariera Faonj, le baron, de Caitleox, Doval, Soolié et iuUi quanti.

Ma mère t*embrasse bien tendrement. Elle ne forme pi as qa'un désir, oeloi de le voir.

Tout à ioL

TiinriTT

9 septembre 1834.

Mon oui ahi,

Une lettre de Flavien m*an nonce que lo as été grayement malade , mais que ta es bien rétabli. Si ta avais le loisir de me donner des nooTelles de ta santé, ta me ferais grand plaisir, mais je ne le demande ni ne l'espère. Je sens qu'obligé de réparer le temps que la maladie t'a £ut perdre, tu dois être plus occupé que jamais.

Je n'irai pas te voir ces vacances, conmie j'en avais le projet. Je veux me tenir enfermé dans notre bibliothèque pour terminer le catalogue de nos manuscrits, qu'il est bien temps de faire paraître. Il sera précédé d'une histoire des bibliothèques de la province, pour laquelle j'ai rassemblé des documents fort curieux. Cette histoire, à laquelle je travaille en ce moment, sera terminée pour l'hiver prochain, et si je ne te la porte pas, je te l'enverrai par Flavien, lorsqu'il retournera à Paris pour Ja session des Chambres.

Le porteur de ce billet est notre Thouvenin. Il désire bien vivement avoir le plabir de voir tes belles et riches reliures. J'espère qu'à ma prière tu lui permettras l'entrée de ton cabinet.

Ma mère continue à se bien porter. Elle t'embrasse tendrement ainsi que ta femme, ta fille et ta Fanny.

I,es livres que Flavien t'a portés t'ont-ils fait plaisir ? Mes tendresses à toute ta famille.

Je t'embrasse de cœur.

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