‹ Lettres de Charles Weiss a Charles NodierChapitre 2 sur 20 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

DE CHARLES WEÏSS

* *gff * -

14 juin 481 i.

Mon ami, (u as la tête montée, tu t'exagères les torts de Bniand, et conséqueranient tu n'es plus en position pour le juger. Tu nie parais avoir oublié ce sage précepte de Bias : Il faut vivre avec nos ennemis comme si nous devions être un jour leurs amis; mais j*y ai songé pour loi, j'ai brûlé ta lettre, et il ne sera plus jamais question de ce qu^elle contenait. Je verrai Bruand à soù retour de Paris. Je lui ferai sentir comme il convient que c'était à lui de t'accueillir, d'aller au-devant de tes besoins, d'abord pour loi, et ensuite pour ràoi, qui suis et veux être un autre toi-même.

J*ai éci-it au chevalier Crofl il y a à peu près dix jours. Je n'en ai point reçu et n'en attends point de réponse. J'ai tâché de tourner ma lettre suivant ton intention, c'est-à-dire de manière à lui faire plaisir. Mais je suis fort embarrassé de ce que je dirai et de ce que je dois dire à la Société d'Amiens. Je ne sais que par toi seul qu'elle existe, etjamais je ne lui ai vu donner le moindre signe de vie.

Je suis charmé que tu te sois trompé relativement à Boissonade. Tu vois qu'il ne faut pas trop se presser de juger les gens. Je garde mon opinion sur son compte, mais jamais je ne l'ai regardé ni comme un sot ni comme un méchant; c'est au contraire, à mon

(1) Précède la lettre XLVI de Nodier. (Rec. Eslignard, p. 99.)

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avis, un homme d'infiniment d'esprit, et je le crois très honnête garçon. Mais je gagerais mille contre un, au risque de me tromper, qu'il y a entre lui et moi quelque chose d'antipathique, que rien au monde ne pourrait surmonter.

Si tu as renoncé à travailler au Dictionnaire biographiquej n'en parlons plus, mais si tu veux que j'en parle encore une fois à MM. Michaud, dis-moi quels sont les articles que tu voudrais traiter, et les demandes que tu leur ferais en conséquence.

On n'a pas encore vu ici ni la seconde édition de Popoli, ni le Village de Munster, Tu as vu dans ma dernière l'usage que je compte pouvoir en faire. Je ne connais personne ici qui t'achèterait ensemble les livres que tu m'indiques. Il y a, comme tu le sais mieux que moi, peu d'amateurs. MM. de Roussillon et Saint-Wandelin ont le Pythagore; Guillaume, Balland, ont VHorace et le Phèdre cartonnés. Je crois même que c'est toi qui les leur as vendus. Reste le Rabelais; si tu veux le vendre séparément, mande-le-moi. Je fais une collection des EIzévirs indiqués dans les bibliographies; c'est la seule folie de ce genre que je me permettrai jamais ; ainsi je prendrai ce Rabelais, au prix que tu y mettras.

J'ai vu un seul instant M. Charve. Une indisposition que j'ai eue m'a empêché de dîner avec lui, comme je me le proposais. Je pensais qu'il viendrait me voir et que nous pourrions faire une promenade ensemble. Il n'en a rien été. Témoigne-lui-en mes regrets.

Fais mes amitiés à toute la famille et continue à me regarder comme ton meilleur ami.

Pour te mettre à l'aise sur la rivalité que je craindrais qui s'établît entre nous — ce que je ne voudrais pour rien au monde — il faut que je te dise que je me suis engagé à fournir au Dictionnaire biographique tous les Comtois, les poètes latins du moyen âge et les poètes français du xvi* siècle. Tu me feras plaisir de choisir ailleurs que dans ces classes les articles que tu te proposes de rédiger, de m'en dire à peu près le nombre, et approximativement aussi la rétribution que tu exigerais.

25 octobre 1811.

Tu ea un plaisant malade ; lu écris à tes amis pour leur deman-' der des consolations et tu leur dis des sottises. Il est vrai qne les suites en sont enveloppées de manière qu*il est impossible de s'en fâcher sans mettre les rieurs contre soi. Ce n'est cependant pas cette crainte qui me retient, mais j'ai l'assurance que tu n'as pas eu l'intention de me faire de la peine, et que tout le persiflage que tu emploies vis-à-vis de moi n'est qu'un travers d'esprit auquel ton cœur n'a pas la moindre part. Ainsi tu peux te dispenser de protester dans ta première que tu n'as pas voulu mff blesser; j'en ai la conviction d'avance, et tu ne pourras jamais avoir auprès de moi un meilleur avocat que moi-même.

Tu vois, par les volumes qui accompagnent ma lettre, que je me suis occupé sans retard de ta commission. Je souhaite que cet empressement ne me vaille pas de nouvelles railleries de ta part, car j'avoue qu'elles me sont plus cuisantes venant de toi, qu'elles ne le seraient de toute antre personne au monde.

Berthod part aujourd'hui pour Paris, où il restera quelques jours. Il fera des démarches pour toi ; et si tu m'adressais sous le couvert de.... des lettres pour tes amis de Paris, je les lui ferais parvenir et je crois être sur qu'il les remettrait lui-même.

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