‹ Lettres de Charles Weiss a Charles NodierChapitre 3 sur 20 · III · texte numérisé non relu

III

18 septembre 1812.

Je ne sais pourquoi, mon Charles, je n'ai reçu que ce matin la lettre du 12 de ce mois. Je l'ai communiquée de suite à Deis; il m'a dit qu'il lui était impossible de disposer de la moindre chose dans ce moment, et ce n'est pas ici une défaite, je t'en réponds. Tout riche que tu mé supposais il y a quelque temps, je vis cependant au jour le jour à peu de chose près, de sorte que je me trouve

(1) Suit la lettre XLVIII de Nodier. (Rec. Esiignard, p. 104.) 1%) Suit la lettre LXI de Nodier. (Rec. Esiignard, p. 133.)

ce qa*on appelle sans le sol ; mais je dois toucher mes appointements le 1*' octobre, et je pais pour cette époque t'envoyer sans me gêner aucunement 200 fr. Si tu as besoin de cette somme avant ce temps-là, mande-le-moi, je suis certain que H. Gauthier ne refusera pas de me Tayancer pour dix ou douze jours, avec ou sans intérêts. Btais jr'entands que tu les touches net. Tu ne peux croire combien je me trouve heureux de pouvoir contribuer en qqel(|ne chose à ton bien-être à venir.

M. le préfet, à qui tu as écrit par le même courrier, vient de me faire dire que tu l'engageais à frapper pour toi à quelques portes, et il me demande, comme si tu devais le savoir, quelles sont les portes qui doivent s'ouvrir devant toi. Je n'ai pu répondre que ceci, que tu me mandais que M. le directeur général de Timprimerie t'avait promis une place dans ses bureaux. Ai-je bien ou mal fait ? Je n'en sais rien. M. Bouvier est un peu fâché contre toi. Je te l'ai mandé dans le temps où tu te montais ou bien où lui te montait la têle contre le meilleur de tes amis, et tu n'as pas daigné me répondre. Je te le rappelle parce que cela peut t'être utile. M. Bouvier m'a dit (sous le secret, et je l'ai gardé) que tu lui avais demandé 600 fr. à emprunter, et qu'il t'avait écrit pour savoir s'il devait te les faire compter à Lons-le-Saunier ou à Besançon. Si tu en as besoin, envoie-moi une lettre que je lui porterai et par laquelle tu le prieras de me remettre la somme en question. J'ai des moyens de te la faire passer sans frais.

Je n'ai pas le temps de te faire des compliments sur ton dernier ouvrage, ni de te remercier de k confiance que tu me marques, et que tu aurais pu exprimer dans un autre style que celui d'une école qui n'est plus la tienne, parce que les choses qui partent de l'âme doivent être dites simplement. Marc m'annonce que sur ma présentation tu as été proclamé à l'unanimité membre de la Société d'agriculture de la Haute-Saône et que je recevrai ton diplôme par le retour de M. de la Terrade, actuellement à Vesoul.

Bonjour, mon Charles, mille amitiés et compliments à tout ce qui t'entoure, à ta femme, ta fille, Fanny, M. et M™'» Charve.

Je t'embrasse ou plutôt je vous embrasse tous et tendrement.

Ne puis-je pas avoir un exemplaire des œuvres de Rouget Delille (sic) (en payant), mais avec Vex dono auttoris, qui me ferait plaisir ?

— tl —

TV

19 novembre 1821.

Mon cher ami,

C'est M. Crestin, l'un de nos amateurs les plus distingués, qui te remettra cette fettre ; il aime les livres, les médailles et les antiquités, et possède daos ces différentes parties des objets frè» précieux qu'il communique avec la plus grande facilité. H & une belle eoUection* d'ouvrages d'auteurs franc-comtois, et entre autres le Langrognet avec les figures. Je lui ai dit que tu désirais beaucoup trouver un exemplaire de ce petit poème, qui commence à devenir rare, et je ne serais pas surpris qu'il parvint plus aisément que moi en t'en pro' curer un, s'il ne te cède pas le sien. C'est une affaire qui se réglera à ton voyage à Besançon, où tu es attendu par tous tes anciens amis avec une vive impatience. J'espère qub tu t'apercevras à notre accueil que nous avons marché avec le siècle. Je ne te fais pctô un détail de toutes les fêtes que nous te préparons, pour te laisser le plaisir de la surprise. Je t'attends pour le mois d'août, et je te réponds que jamais année ne m'aura paru aussi longue.

Je charge le jeune Deis de me donner des nouvelles de ta santé, mais j'espère que lorsque tu recevras cette lettre tu seras assez bien rétabli pour me répondre. Si cependant tn avais trop d'ouvrage, charge la petite Marie de m'écnire. C!est un enfant charmant que j'idme de tout mon cœur.

Yois-tu quelquefois Alphonse? Il est timide,. et par conséquent il n'osera pas allez chez toi, comme je l'y ai engagé, si tu n'as pas la complaisance de le presser. As-tu bien dit k Francis- qu'avant mon départ,, j'ai été deux fois rue Neuve-Saint-Augustin sans pouvoir retrouver la porte ?

Fais mes amitiés à> Désirée, à Fanny( et. à Tercy. Dis à M. Taylor que je me rappelle avec plaisir les courts moments que j'ai passés avec lui, et que j'espère qu'il t'accompagnera dans ton prochain voyage en Franche-Comté..

Je t'aime et je t!embrasse de tout mon» cœur..

N'oublie pasqne tu m'as promis de me procuiter' pour notre bir blioihèqua. le Tableau de Faris^, de M. de Saint-' Victor. M. le maire,. à» qoigfài raconté toutes les obligations que t'a déjà notro bibliothèque,, ira. te voir, et ta remercier lors de Couverture- deJaisession« Situ

n'as pas la dissertation de Bullet sur Le Roi boit, tirée à soixante exemplaires, tous sur papier fort, Mourgeon t'en offre un exemplaire broché, format in-i«. Bonjour.

7 décembre 1821.

Ne va pas iraagitiér, mon bon ami, que tu as ressenti une première atteinte d'apoplexie ; ce n'est pas à ton âge qu'on est sujet à ces sortes d'accidents. Deis a déjà éprouvé deux coups de sang, dont il a été rétabli comme toi, par deux fortes saignées, et qui n'ont laissé aucune suite fâcheuse. Après trente ans on est soimême son médecin. Tu es assez sage, tu as assez d'expérieïice pour être le tien, et je suis sûr que tu nous aimes assez pour te faire vivre longtemps.

Je te remercie du billet que tu m'as .envoyé; les termes dans lesquels il est conçu m'ont fait grand plaisir ; et je ne manquerai pas de le mettre sous les yeux du conseil municipal en lui présentant le Tableau de Paris dont tu viens d'enrichir notre bibliothèque; car c'est bien loi qui nous le donnes. J'en ai déjà parlé au maire, qui m'a demandé ton adresse, pour aller te voir quand il retournera à Paris pour la session prochaine.

Mourgeon le fait hommage de ses Songes drolatiques et de la dissertation de Bullet sur Le Roi boit, édition tirée à soixante exemplaires. Je lui en ai demandé un second, que tu remettras de ma part à M. Crozel, en le remerciant de toutes les bontés qu'il a eues pour moi. Je n'oublierai pas une des commissions que tu m'as données, et j'espère être assez heureux pour pouvoir te présenter quelques raretés à ton passage, quand tu iras en Italie ou que tu en reviendras.

Tu n'apprendras pas sans beaucoup de peine que Mourgeon vient d'être destitué de la place de conseiller de préfecture. C'est M. Isabey qui lui succède, mais qui ne le remplacera pas. On n'a d'autre reproche à lui faire qu'une extrême modération ; c'est déjà ce qu'on lui reprochait dans le bon temps de la Terreur, où il fut destitué et conduit dans les prisons de Dijon, où il resta trente mois. Il va se retirer dans sa maison des Tilleroyes, qu'il a fort embellie depuis quelques années, et où il se fera un grand plaisir de l'offrir le banquet de l'amitié. Quand nous te. tiendrons là, nous.

te raconlerons des éhoses qui se passent toos les jours^ et dont vous n'avez pas la moindre idée, vous antres Parisiens.

Désirée et ta fille sont bien rétablies ; cela me fait grand plaisir* Tout le monde les embrasse ainsi que toi. Fais mes compliments à M. Taylor, dont le caractère franc et loyal m'a charmé. Je ne Us plus dans les journaux que les articles qui concernent le Panorama dramatique, et j'applaudis de tout mon cœur à ses succès.

Rappelle donc à Francis, dont j'ai perdu l'adresse^ qu'il m'a promis le recueil de ses pièces de théâtre. Je le crois bien rétabli \ donne-moi des nouvelles de sa santé. Dusillet s'est avisé d'être malade assez sérieusement, mais il va beaucoup mieux, et il m'a fait dire qu'il viendrait passer ici sa convalescence.

Parmi les personnes qui te font des amitiés, des tendresses, je ne veux pas oublier M. de Vienne, qui est déjà venu me voir deux fois, dans mon grenier, uniquement pour me parler de toi.

Bonjour, Charles, ménage ta santé et aime-moi comme je t'aime.

16 janvier 1822.

Mon cher ami,

Mourgeon a été très sensible à l'intérêt que tu lui témoignes aa sujet de sa mésaventure, sur laquelle il a pris son parti. Je crois Cependant que tu ferais bien de lui écrire un mot à cet égard. Une lettre coûte si peu, et fait quelquefois tant de plaisir I Tu as dû voir par ma dernière que j'ignore l'adresse de M. Girardet; tout ce que je sais, c'est qu'il est logé chez M. Louvot, et un conseiller à la cour de cassation doit être connu dans l^aris, au moins autant que feu M. de Fontenelle.

Marquiset habite maintenant hôtel du Brésil, rue du Colombier; il travaille du matin au soir pour se mettre en état de pouvoir remplir la place qu'on lui promet, et qui doit le rendre indépendant. Je suis certain qu'il ne manquerait pas d'aller te voir si ses affaires le conduisaient dans ton quartier; mais je lui écrirai de te faire ses visites vere cinq heures du soir, pour être sûr de te trouver. Le petit Deis est ici malade depuis deux mois; et s'il retourne à Paris, ce ne sera pas avant les vacances prochaines. Je regrette beaucoup de n'avoir pas eu le plaisir de voir M. de Saint-Ange, mais je ne le savais pas à Paris. Je suis très sensible à son souvenir. Dis^ïui, je te

piie, mille c)iOfiC8 de ma part, et de celle de M. et M** Vorey, qui

ont été bien aises d'apprendriQ de ses noaveltes» même iodirec* tement.

Ne parlons pas de la saalé; j^aime mieax croire les gens qai me mandent que ta es 1res bien rétabli que (oi^ qui viens m'alarmer de ta fièvre continue. Mais si tu es malade, je t'en prie, conforme-toi à toutes \bs ordonnances des médecins; songe que tu dois me fermer les jeux, et je ne me sens pas des dispositions à mourir de siiôt.

Il est assez plaisant que tii l'adresses à moi ponr avoir des renseigftemeuts qu'aurait pu te fournir un élève en bibliographie; mats enfin, puisque tu me les demandes, les voici :

i« Xu trouveras les matériaux pour l'édition complète des discours àe réception à T Académie dans le recueil de harangues pro noncées par Messieurs de l'Académie françabe de 1640 à i782, Paris, 1714^)787, 8 volumes in-12. Tu n'auras guère qu'à compléter ce recueil depuis 1782, et M. Feuillet, bibliothécaire de rinsUtut, t'en fournira les moyens. La Bibliothèque historique de la France de Fontette contient une liste chronologique des membres de l'Académie, très bonne à consulter; car tous n'ont pas prononcé des discours de réception. Enfin tu liras avec fruit VHistoire de l'Académie, par Pellisson et d'Olivet, les Eloges de d'Alembert, les Mélanges de Suard, etc. — 2® L'ouvrage pourrait former huit à dix volumes in-8^ ou douze volumes in-12. — 3^ Le succès de cette collection dépend absolument de l'anncmce qui en sera faite dans les journaux ; s'ils en vantent l'importance, elle se vendra bien; sinon, non.

Je ne m'endors pas sur les promesses que je t'ai faites; hier j'ai encore fait présent à M. du Bouvot d'une douzaine de volumes, dans resp<Hr de lui tirer des mains, un peu plus tard, le Ferry Julyot. J'ai ea vue un exemplaire broché des Beéherches sur Us cartes à iouei\ qui ne me coûtera rien, quoiqu'il soit très beau; je le joindrai aux brochures de Cabuchel, et j'en ferai un paquet que M. Ordinaire, notre recteur, le portera le mois prochain au plus lard.

Mais tu sais maintenant que je n'ai ni vent ni nouvelles du Tableau de Paris, que tu m'annonces positivement avoir fait déposer chez Brunot-Labbe. Je commence à craindre que tu ne l'aies remis à un commissionnaire infidèle. Tire-moi de peine à cet égard le plus tôt que tu pourras. Tâche aussi de nous obtenir le Voyage à la Grande Chartreuse et VHistoire des orangers que le ministre vient d'envoyer à la bibliothèque de Dole. Je vante comme il faut toutes tes démarches au conseil municipal, et certainement à sa prochaine session il te votera des reaierciemeats, en attendant qu'il soit auto-

risé à t« 4^erae|r la cajuf oi)i>e iCiyiqae. J'ai )» daas uo jo«raiBt| que i^. LoucdQiieu é^ait igaeaacé. .J>n 9uû dbés^é j^ Qa4i§e id^ Jdî et pour nous. Fais-lui bien mes compliments.

Quand j'id voulu fair^ continuer le^ pFetiHèfes livraisons du Voyage pitloresque en fro^nc^^ j^ me sjiis ap^rçii qja^uae des feuiUes de rintroduclion est double, et par conséqii^nj; qq'il nous en manque <|n|B. Ne serait-i) pas possible, par 0n ipteFfpédii^ire, d'obtenir la feuilljB qui i^pus manque, en rempl^^o^pt de celle que nous avons de trop?

Je ne sais si je t'ai dit qpe j'ai vu Achille et qu/» j'^ii ai été iprt content. Mille amitiés à tout ce qui t'entoure.

8 janvier 1823.

MpN CHER A])|[,

Tn as dû rec&voir par M. Cir^pdet »n pnqaet^ontenaiH 10s &mg^s drol(ttiques et deux exemplaires de lapurieu^ dî^s^rtatic^ de Bullet sur Le hoi boU, S'il avait négligée de (we qne c(Mnmis^OH dont U s'était i^bargé avec plaisir, je te prie de réplamar eeUe boîte qhejE M. Louvpt, conseiller h la cour de ca^satipo, dont tu connais sm^ doute la demeure, ou que tu trouveras d'ailleurs dans TAlm^nach royal. Il y avait dans le même paquet une lettre pour Henri Clbar^ met, que je te prie de faire jeter à la petite poste; car j'en atteods la, réponse avec impatience.

Bi le Rabelais s'est perdu dans la route, la mèm» ebose est arr rivée à ton Saint- Victor. Brunot-Labbe, à qui je l'ai fait réclamer par Deis, dit qu*o.q ne sait pas de quoi on lui veut parler. Cela me fait d'autant plus de peine que je me suis empressé d'aller lire ta lettre au conseil municipal, et que depuis ce tempsrlà, il ne se passe pas un jour qu*on ne vienne me demander des nouvelles du Tabfeau de Paris. Mets-moi, je te prie, à même de donner une réponse quelconque aux curieux. Le maire, qui ne partira pour se rendre à la session que dans le courant de février, veut aller te rendre visite «t Vexprimer, au nom du conseil, la reconnaissance de la ville pour rint^êt qu^ tu veux hiçMi porter 4 notre bibUotbèqMe.

J'ai eu le plaisir de voir ces jours derniers M. Acbille de Jouifroy, 4oiit j'ai été Hi^tté de faire la, connaissance, et qui m'a parlé d^ toi p&mm^ w hoon^e fui t'aiine et qal f apprécie.

Tu recevras incessammenl un nouvel envoi du Traité de la flagel^ latiouj puisqu'il est impossible de recouvrer les premiers qui t'ont été envoyés.

Le père de Pertusier est mort il y a quinze jours. Son fils, qui est reparti pour Yineennes, se propose de faire des démarches pour se rapprocher de nous.

Rappelle-moi au souvenir de M. Taylor, que je regrette d'avoir trop peu vu. Mes tendresses & ta fille, que j'aime de lout mon cœur, et à la maman, qui, je crois, est bien rétablie.

Je vous embrasse tous les trois bien tendrement.

42 février 1823.

Mon cher Anir,

C'est M. le maire qui veut bien se charger de te remettre luimême ce billet. Il désire avoir le plaisir de te voir et de te remercier de ton zèle pour notre bibliothèque. Pendant son séjour à Paris, il faudra que tu aies la complaisance de faire quelques démarches auprès de M. Lourdoueix pour nous procurer quelques nouveaux ouvrages. Nous n'avons pas encore VHistoire des orangers, le Voyage à la Grande Chartreuse^ le Voyage autour du lac de Genève, dont la bibliothèque de Dole vient de s'enrichir. Je voudrais savoir si le ministère a souscrit pour le Théâtre des Latins et pour Je Pindare de Tourlet, et si nous pouvons espérer d'être compris dans la distribution; car autrement je les achèterai pour satisfaire nos jeunes lecteurs.

Je t'ai déjà dit que l'exemplaire que nous avons reçu de ton Voyage pittoresque est défectueux; il nous manque une feuille de l'Introduction, et nous en avons une double. Est-ce qu'il ne sera pas possible de remédiera cette inattention de vos plieuses?

Je t'écrirai plus longuement par M. Marquiset, qui part dans quelques jours pour Paris; mais je te préviens d'avance de ne lui parler de son fils Alphonse qu'autant qu'il t'en demanderait des nouvelles. Nous travaillons depuis six mois à les rapprocher; il ne faut pas que quelque indiscrétion nuise au résultat que nous attendons.

Ta mère se porte bien. J'ai causé longuement avec elle il y a quelques jours. Je lui ai fail grand plaisir en lui annonçant ton

voyage en Franche-Comté, où lu seraâ reça comme la gloire du pays, je t'en réponds. Mille tendresses à la mère et à la fille. Je t'embrasse de tout mon cœur.

12 février 1823.

Mon cher ami,

Deux lettres dans un jour, jamais tu ne seras capable d'un pareil effort. L'une te sera remise par M. le maire, et l'autre par M. Marquiset ; mais je ne sais pas celle qui te parviendra la première. Ces messieurs partent demain sans s'être donné rendez-vous, et feront route probablement dans la même voiture. M. le maire va à la session, çt M. Marquiset à ses affaires, le cœur tout navré, quoi qu'il en dise, de la destitution récente de son fils Armand, le secrétaire général du département de la Lozère. A force de frapper on touche quelquefois sur les siens, et c'est ce qui est arrivé. Notre Armand, M/<ra-roturier, sera remplacé par un uUra-genii\homme des bords de la Garonne. Si la France ne peut être heureuse que quand elle sera administrée par des gens comme il faut, elle est bien près de goûter cette ineffable félicité.

Je n'ai pas besoin de te dire d'accueillir M. Marquiset, mais il faut que je te recommande de ne pas lui parler de son fils Alphonse, à moins qu'il ne t'en parle lui-même. Nous espérons bien qu'il y aura un rapprochement entre le père et le fils, mais ce n'est pas chez toi qu'il peut avoir lieu; un mot pourrait déranger nos projets, au lieu de les faire réussir.

J'ai découvert enfin un exemplaire des poésies de Julyot, mais dans un étal pitoyable. Je m'occupe de le faire blanchir et rhabiller de manière à ce qu'il soit digne de l'être présenté. Il m'en coûtera quelques volumes que je donnerai au jeune Lapret, le plus habile réparateur de livres que tu aies jamais connu, copiant un titre, une gravure, une page d'impression de manière à tromper l'œil le plus exercé. J'attends M. Crestin pour lui tirer des mains les Cartes à jouer, et si Cahnchet ne me manque pas de parole, tu recevras avec cette lettre le traité de Meibom. Restera le Langrognet, mais je ne désespère pas de le découvrir. Tu vois que je n'oublie rien.

■J'ai reçu le Tableau de Paris de Saint -Victor, mais lâche de nous obtenir quelques nouveaux ouvrages, des médailles, des antiques,

etc. Il 3'agit à la fois d'enrichir notre bibliothëqae et de fonder un musée, et je ne peux rien sans la coopération.

Tu devrais bien m'adresser quelques exemplaires de ton portrait gravé récemment (à ce que j'ai appris par le Miroir), pour les distribuer aux jeunes gens que j'éJéve dans (on amour, et qui veulent aller au-devant de toi jusqu'à Dole quand tu tiendras ta promesse de nous visiter. Ne va pas à Auxerre sans m'en prévenir. J'ai reçu, il y a quelques jours, une lettre de M. Bernard qui se fait une fête de t'y recevoir et de te conduire à la campagne dont je t'ai parlé.

Fais mes caresses à Marie, que j'embrasse ainsi que la maman. Rappelle-moi au souvenir de M. Taylor. Tout k toi.

36 février i823.

Mon cher ami,

M. Marquiset s'est déjà présenté chez toi cinq ou six fois sans avoir le plaisir de te voir ; lassé de faire tant de courses inutiles^ il t'a laissé son adresse, et tu n'as pas encore daigné lui rendre une de ses visites. Cela lui fait beaucoup de peine, bien qu'il n'ait aucune espèce de service à te demander; tu peux te rassurer à cet égard ; mais il aurait été bien aise de passer quelques instants avec mon meilleur ami, dont je ne cesse, depuis mon retour de Paris, de lui vanter l'heureux caractère, l'extrême bonté, l'obligeance, etc. Il aurait voulu renouveler connaissance avec ta femme, et voir cetle petite Marie, dont la naïveté, le bon cœur et l'esprit naturel m'ont charmé. S'il en est (emps encore, je te prie de. réparer ta négligence à l'égard de M. Marquiset ; autrement tu me ferais un véritable chagrin.

C'est à ton beau -frère Tourtelle que Cabuchet a remis deux exemplaires de la Flageltation, contre un exemplaire de ton édition des Fables de la Fontaine, qu'il attend encore. Il m'en a donna deux autres, que je t'enverrai par première occasion sûre, avec les. recherches sur les cartes marines.

As-tu remis à Crozet l'exemplaire que je lui avais promis du Roi boit? Comme tu le vois souvent, je te prie de ne pas aégUger. cette commission. Je te prie de demander à ce brave père Groze| vn exemplaire des lettres d'Ambroise le Camaldule (Tr<]LV€r$a9nu$J,

éd. de Milan, 2 vol. în-fol. C'esl un ouvrage qui m'est tout à fait indispensable et que je paierai, s'il le faut, plus cher qu'il n'a été vendu chez M. de Villoison. M. Marquiset se chargerait de me le rapporler, ou tu le ferais déposer chez M. Pouillet, professeur de physique, rue Saint André des Arts, n° 60. Aussitôt que je l'aurai reçu, j'en ferai passer le prix à Crozel, en un mandat à vue.

Je l'ai adressé, ces jours derniers, un de nos poètes ; mais je doute que ma recommandation ait pu lui procurer le plaisir de te voir. Cependant il attachait un grand prix à cette faveur.

J'espère que tu recevras du moins M. le maire, puisque l'accueil que tu lui feras peut m'être d'une très grande utilités

Mes caresses et mes amitiés à tout ce qui t'entoure. Je t'embrasse tendrement.

25 mars 1823.

Mon cher ami,

M. Marquiset loge grand hôtel de Danemark, rue Taranne, n® 27. J] est encore à Paris pour une quinzaine de jours au moins, et il sera enchanté de passer avec toi quelques-uns des instants que lui laisseront ses affaires.

Je suis bien aise que tu aies vu M. de Santans; c'est un excellent homme qui prend beaucoup d'intérêt à notre bibliothèque, dont on se propose d'imprimer le catalogue. Comme les fonds sont à peu près faits, j'espère que le premier volume sortira cette année des presses de Cabuchet. On en tirera trois exemplaires sur papier vélin, et je te promets de t'en faire offrir un par le conseil municipal, comme un témoignage de reconnaissance pour les démarches que tu ne cesses de faire en faveur de cet établissement. Mais presse un peu M. Lourdoueix; depuis mon départ de Paris, je n'ai reçu que deux ouvrages, le Tableau de Saint- Victor et VHistoire naturelle des orangers ^ que la bibliothèque de Dole a reçue avant la nôtre. Tâche de me faire obtenir le Théâtre des Latins. J'y tiens d'autant plus que je me propose d'en faire un sujet d'études.

Je n'ai vu qu'un seul exemplaire des lettres d'Ambroise Traversari, dit le Camaldule, et c'est à la bibliothèque du roi, où j'ai eu la liberté de le feuilleter tout à mon aise. Ce n'est pas là que notre ami Crozet peut te le procurer; mais s'il n'en existe pas d'exem-

plaires à Paris, est-ce que les libraires qui ont des relations à Florence ne peuvent pas le faire venir? Je le paierais bien broché ce qu'il a été vendu bien relié chez d'Ansse de Villoison (V. Brunet). Pendant que je suis en train de te parler de Crozet,je te prie de lui réclamer de ma part la feuille A du troisième volume des Mémoires sur la chevalerie de Sainte-Palaye. J'ai déjà donné celte commission à Beuchot ; mais je ne sais pas s'il l'a faite.

Je n'ai point de libraire à Paris; je n'ai pas voulu priver Deis des petils bénéfices qu'il peut faire avec moi; mais c'est Brunot-Labbe, son commissionnaire, qui sera vraisemblablement chargé de réclamer la feuille 3 de l'avertissement des Voyages pitloresqiœs. Mais comment envoyer cette feuille à Paris sans la froisser? Et comment m'expédier celle que je réclame? Tandis qu€ j'en chercherai les moyens, M. Taylor s'acheminera vers l'Espagne, et peut-êlre n'obliendrai-je pas de son libraire ce qu'il m'accordait si galamment. Je suis bien fâché de son départ, qui va retarder l'achèvement du plus bel ouvrage que tu aies entrepris, de celui qui t'assure une des premières places dans ma Bibliothèqite curieuse de Frauche-Cotnté, compilation dont je te reparlerai quand j'y aurai mis la dernière main.

Ce que tu me dis de la place qu'on te promet me console un peu ; il me tarde de savoir que tu en as pris possession. Pertusier vient d'obtenir celle de sous-directeur de l'artillerie de Besançon, où il arrive incessamment. Ce n'est pas lui qui me l'a mandé. Je m'imagine cependant que les honneurs le changeront.

Le roman poétique de Dusillet est imprimé. Tu eu recevras on des premiers exemplaires; mais je lui ai fait espérer que tu en rendrais compte dans un des journaux auxquels lu fournis des articles. Je désirerais que ce fût dans le Journal des Débats, celui de tous qui est le plus répandu dans notre province après le Constitutionnel,

Je l'aurais déjà fail passer les deux exemplaires de la Flagellation, si j'avais pu y joindre les Recherches sur les cartes. M. du Bouvot est à Salins depuis quinze jours; mais à son arrivée je le tourmenterai tant qu'il faudra bien qu'il tienne sa promesse.

Tu me jouerais un bien mauvais tour d'acheter le Théâtre de Mairet; j*ai fait prier M. Debure de le monter pour moi. Nous avons le busle de Mairet, et nous ne possédons pas une seule de ses pièces. L'exemplaire est complet.

M. Domandre vient do mourir, pleuré de tous ceux qui Font connu. Ses funérailles ont élé troublées par un grand et inutile scandale. La police a fait arracher de dessus son cercueil les insignes

de IVipiscopal; il s'est élevé un mouvement à ce sujet qui n'a pu être réprimé que par la gendarmerie. Tous les gens de bien ont été contristés d'une insulte gratuite faite à l'homme dont les veii.ns ont fait le plus respecter le sacerdoce dans notre province. Les journaux t'instruiront sans doute des détails de cet événement, dont les suites sont incalculables pour la religion. Tu devrais peut-ôlre publier une notice sur M. Demandre, qui fut le meilleur ami de ton père. Mets la main sur ton cœur, et écris.

Qu'il me tarde de te voir 1 Je devine que ton voyage à Besançon est retardé par le départ de Taylor. Il faut donc que j'aille à Paris.

5 avril (1823).

Mon cher asii,

Je viens de recevoir ta lettre, qui a fait une diversion bien agréable aux tracasseries et aux ennuis de toutes les sortes dont je suis accablé. Je t'envoie de suite les deux exemplaires de la Flagellation. Les autres ouvrages que je t'ai promis partiront aussitôt que je serai parvenu à me les procurer.

Je te remercie du sacrifice que lu me fais en cédant à notre bibliothèque tes prétentions sur le Thlâlre de Mniret. J'ai demandé quelques autres ouvrages d'auteurs franc-comtois indiqués dans le catalogue de M. Morel de Vindé. Je tiens beaucoup à augmenter notre collection des auteurs du pays. Mais il est plusieurs ouvrages comtois que je n'ai jamais vus et que je désespère de pouvoir jamais obtenir, si tu ne me secondes un peu : les Colloques de Morisot, la Rhétorique d'Anat. Frontin, la Géographie de Matai, les Tragédies de Dumonin, V Homme affligé de Gilbert Cousin, etc.

Si le hasard te fait jamais rencontrer quelques-uns de ces bouquins, n'oublie pas le plaisir que tu me ferais en me les procurant. J'aime assez les livres bien conditionnés, mais je ne pousse pas à cet égard la délicatesse aussi loin que toi, et je ne rebute pas un livre parce qu'il n'est pas charta purima,

A propos de Gilbert Cousin, M. Raynouard se propose de révéler son existence dans le Journal des Savants, où il va publier son article sur le dernier opuscule de notre savant et laborieux confrère M. Guillaume. M. Raynouard m'a fait demander par Clément quelques renseignements sur Gilbert Cousin; comme j'ai dit tout ce

que j'en sais dans la Biographie , je n*ai pu qae le renvoyer à cet ouvrage qu'il a sans doute sous la main.

J'ai reçu la feuille de Sainle-Palaye que Crozet m'a envoyée. Je te prie de l'en remercier.

Je suivrai de point en point la recette que tu me donnes pour renvoyer à M. Gide la feuille du Voyage pittoresque que j'ai double. C'est la troisième, non de l'avertissement (puisqu'il n'existe pas), mais de l'introduction. Il faudra que tu aies la complaisance de tenir la main à ce qu'on me renvoie bien exactement la quatrième.

11 n'est pas étonnant que Dusillet ne t'ait pas encore écrit au sujet de son ouvrage, puisque l'impression n'eu est pas encore (ei> minée. Tu en recevras bien certainement de sa part un des premiers exemplaires, car il tient beaucoup à ce que tu daignes lui consacrer un article dans l'un des mille et un journaux qui sont à la disposition.

P. est arrivé depuis quelques jours; je n'ai fait encore que l'apercevoir dans la rue, et nous sommes déjà presque brouillés. Tout en m'abordant il m'a dit une impertinence : j'imaginais que les grands seigneurs devaient être polis pour cacher la nullité de leurs sentiments; mais, mon bon ami, je me suis aperçu qu'il n'en était rien.

Il n'y a que toi qui sois toujours le même, tel que je t'ai vu, tel que je t'ai aimé, il y a bien longtemps ! Il me tarde beaucoup que tu exécutes ton projet de voyage. Quel plaisir je me promets de revoir avec toi tous les lieux qui nous ont été si chers dans notre enfance et qui nous rappelleront tant de souvenirs agréables ! J'ai plus besoin de toi que jamais. Tu voudrais m'attirer à Paris, et moi je voudrais te voir fixé dans nos rochers. Il en sera tout ce que tu souhaiteras; nous en reparlerons. Je songe maintenant à faire imprimer mon catalogue, dont la première feuille est sous presse.

Fais mes amitiés à ta femme el à ta fille. Donne-moi des nouvelles de Tercy el de Fanny, qui me prive depuis longtemps de lire des romans, car je ne lis que les siens.

Je t embrasse de tout mon cœur.

J9 avril 1823.

Mon cher ahi,

M. du Bouvot, q\iï était absent depuis deux mois, vient enfin d'arriver. Il m'a remis l'exemplaire de Ferry Julyot pour te l'envoyer ; mais comme il est relié, je ne peux pas le mettre à la poste sous bande, et je suis forcé d'attendre ou la première occasion ou le courrier Dida, qui fait mes commissions el celles de Deis, et qui partira d'ici le 28. L'exemplaire est de la plus grande beauté, et je garantis qu'il n'en existe pas dans le monde un pareil.

Maintenant M. du Bouvot te laisse le maître de lui envoyer en échange ce que tu voudras. Je crois que si tu pouvais joindre à tes Illustres proverbes un exemplaire de ton édition des Fables de la Fontaine, tu lui ferais plaisir. Il tient surtout à un ouvrage de toi avec un mot sur le frontispice. Tu peux croire que s'il le sacrifie l'introuvable Julyot, il te donnerait bien autre chose, et il a beaucoup de raretés dans lesquelles il ne tiendra qu'à toi de choisir quand' tu fêMs ton voyage en Franche-Cômtê.

J'imagine que tu as reçu il y a quinze jours le dessin d'Alexandre Lapret et les différentes vues de Besançon et des environs dont tu te proposes d'embellir ton exemplaire de la Franche-Comté, Je n'ai point de réponse de M. Gacon, de Lons-le-Saunier , à qui j'ai demandé une lettre du P. Joly. M. Coste a beaucoup de manuscrils du P. Laire, mais il n'a pas une fois sa signature.

Est-ce toi qui as eu le Théâtre de Mairet à la vente de M. Morel de Vindé? Si ce n'est pas toi, je ne me consolerai pas de l'avoir laissé passer. M. Debure me mande que c'est le plus bel exemplaire et le plus complet qu'il ait jamais vu.

Nous allons décidément publier le catalogue des livres imprimés de la bibliothèque ; c'est notre ami Cabuchet qui en est chargé et qui se propose d'en faire le chef-d'œuvre de la typographie franccomtoise. Il en sera tiré douze exemplaires sur papier vélin, et j'espère bien t'en faire obtenir un, pour peu que tu montres de l'intérêt à cet établissement, en nous envoyant quelques-uns de tes ouvrages. La bibliothèque ne possède, indépendamment de ton Voyage, que le Dictionnaire des onomatopées, les Questions de littérature légale et l'édition des Fables de la Fontaine, Vois si tu n'aurais

rion à y ajouler. J'ai donné à notre bibliothèque tous les livres que j'avais et qu'elle ne possédait pas, mais je ne peux les y placer que lorsque le nouveau bâtiment sera terminé. J'avais un assez grand nombre de raretés qui se seraient dispersées après ma mort ou que l'on aurait vendues dix sous la pièce ; et c'est ce que je ne voulais pas. Il me restera un millier de volumes et d'assez bonnes choses que je léguerai à ton gendre, s'il est amateur.

En attendant, fais mes compliments et mes amitiés à (a femme et k ta fille. Mille choses aux Tercy, mari et femme. Je t'embrasse de cœur.

XIV (t)

29 juin 1823.

Mon cher Nodier,

Je viens de recevoir la triste nouvelle que mon frère a succombé à une maladie douloureuse dont je le croyais guéri depuis un mois; il laisse une femme enceinte et deux enfants qu'il m'a recommandés en mourant et pour lesquels je ferai tout ce qui dépendra de moi. Quel dommage que je puisse si peu !

C'est dans le moment où j'étais accablé par de si tristes pensées que j'ai lu Touvrage de M. d'Augicourt. Je sais que tu ne lis pas les ouvrages qui traitent de politique; mais celui-ci mérite de ta part une exception. Le plan m'en parait bien conçu; son but est d'une utilité incontestable. M. d'Augicourt désire que la grande leçon, de la révolution ne soit pas perdue entièrement pour nous ni pour nos petits-neveux. 11 a donc recherché les causes de cette révolulion, il la suit dans toutes ses périodes, il montre ensuite les moyens de prévenir ou du moins de retarder le retour de cette épouvantable catastrophe. Je n admets ni tontes les prémisses ni toutes les conséquences qu'en tire Tau leur, mais son livre, tel qu'il est, me semble ronvrage d'un homme de beaucoup de talent que Tâge et Texpérience mûriront encore ; car nous savons par expérience qu*on ne pense pas toujours à quarante ans ce qu'on pensait à vingt, et c'est à peu prés Tàge de M. d'Augicourt. Il a fait un bon choix de lecture et a bi\iucoup rotlêchi ; son style, en général vigoureux, est quelquefois embarrassé. Tu jugeras par toi-même de ren>embîo et des détails de l'ouvrage, qu'il s'agit de faire connaître

^i; P:«cè^e U ieitne ULXIX do Nodier. (Rec. Essîgnaid. p. 164.)

en l'annonçant dans les journaux. Je te prierais de t'en charger, si M™« d'Augicourt ne Tavait déjà fait avec la tendresse d'une mère qui parle de l'ouvrage de son fils. J'attends toi ou tes articles pour me confirmer dans mon opinion ou pour la rectifier.

Gaume, qui part dans quelques jours, te portera ma lettre sur le P. Joly, avec six gravures pour décorer ton exemplaire, et un joli dessin d'Alexandre Lapret qui représente le Bout du monde.

Je t'embrasse, le cœur navré, mais tendrement.

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