‹ Lettres de Charles Weiss a Charles NodierChapitre 8 sur 20 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

10 juin 1827.

Le docteur Colard, que tu connais au moins de réputation, m*a témoigné le plus vif désir de te voir quelquefois pendant son séjour à Paris. C'est un homme aimable et fort instruit, d'une tournure d'esprit originale, et avec lequel tu pourras passer des moments très agréables. Il est d'ailleurs fort discret et saura respecter les heures que tu donnes à l'étude. Tu me feras grand plaisir de le recevoir comme un des hommes auxquels je suis le plus obligé de toutes les manières.

Tu trouveras ci-jointe la réponse à toutes les questions que tu m*as adressées relativement à l'état de la province au xvu* siècle. Je me rappelle maintenant que les deux principales auberges do Besançon à cette époque avaient pour enseignes, l'une à l'Ëcn de Charles-Quint, et l'autre à la Couronne. Tu pourras me communiquer ton manuscrit au mois de septembre, que je passerai tout entier à Paris; et je te donnerai tous les détails de mœurs el d'usages qui pourront entrer dans ton plan.

L'abbé Receveur est allé te voir pour te demander un article dans la Quotidienne^ Si tu ne peux pas te charger de rendre compte de son ouvrage, indique-lui quelqu'un qui pourra lui rendre ce service. Comment as-tu fait pour ne pas dire un mot de Briot dans un journal qui t'est ouvert?

(1) Précède la lettre XCIII do Nodier. (Bec. EsUgnard, p. 199.)

||« Biebvre 9i eu la complaisaaoe de in'4<ires6er ion, cabak)gvl6^ J^attMKb. a^ee biea de TimpaUence te» MéUmç^s tirés d'une pfiUks biblioékèque. Le comte d'Ainasidire ca'a dU que tu te proposais de piil)U^v 1)6 cecaeil de tes poésies, et qu'il VavaÂt la^ dans le Jardin des p}antes, travaillant à Je» retoucher.

La Biogra^ie tire à sa fin. l'en snis pour mon, coia^te au W; dans tirois mois j'aurai fini ma tâche, j'ai deux ouvrages en yuie : la Vie 4^ Wbert Cousin et VBistoirç de VhiquisUion en Francks- ComJ^^ pour ]a4|«elle j'ai déj^ d'immei^es n^atéria^ux ; mais je ne veux H?a entreprendre avaat de l'avoir vu, avant d'avoir caasé de nos projets,

lit m'as actressé M. Fauche, qui parait décidé à se 0xer à Besançon poiiftr y faire imprimer ses Mémoires. Dés la jour é» son arrivée, il a fallu que je l'entefidisse racoia^ler dans le plus grand détail toute&see missions. Depuis il m'a rendu régulièrement cioq ou six visites par jour, dans ma chambre^ h la bibliothèque^ partout où il espère me découvrir. Indique-moi donc le moyen de lui échapper.

J'ai VH ton ami, ton collaborateur, Lepeintre, qui doit être maintenant de retour à Paris. Il m'a dit que tu étais l'auWur de Tierre Sehmiedd, et je me suis empres.sé de lire ce roman. S'il est de toi^je Ta^èterai; car je veux avoir tout ce qui sort de ta plume. J'attends l'ouvrage auquel Fanny travaillait déjà il y a trois ans. Prévenez-moi donc l'un et l'autre quaud vous jugere^i^ à propos de garder l'anonyme.

Je répondrai bientôt à la jolie lettre que m'a écrite ma bonne Marie. Fais-lui mes caresses, ainsi qu'à la maman.

J'ai fait avec exactitude toutes les commissions de Tayior, que j'embrasse tendrement. Je te prie de me donner son adresse et de lui présenter le docteur Colard, qui deviendra ton ami certainement, s'il ne l'est déjà.

Adieu, c'est-à-dire à trois mois. Je l'embrasse de cœur.

XZVI

U juin 1827.

Je Vai écrit l'antre jour pour t'annoncer l'arrivée de Colard à Paris. Son départ ayant été retardé de quelques jours, j'ai pris le parti de jeter ma lettre à la poste, puisqu'elle contient quelques détails que je l'ai fait attendre trop longtemps. Je te recommande le docteur, qui est ui| çxc^ent homçie çt un bon am^. ^|nsi ne va

pas, je te prie, lui faire faire inutilement le voyage de rÀrsenal. Tu pourras profiter de son retour pour me donner des détails sur ta yenle. M. Debure ayant eu la complaisance de m'adresser un exemplaire de ton catalogue, je serais bien aise d'y joindre les prix. Tu as adressé la collection de tes classiques à Béchet en échange d'un Sophocle grec. 11 me semble que tu aurais pu me l'envoyer aussi, puisque tu étais en disposition de faire des cadeaux. Tu ne m'as donné jusqu'ici, sans reproche, aucun de tes ouvrages, et ta raison, c'est qu'ils n'étaient pas dignes de moi. Je les ai donc achetés, mais cette collection est trop chère, et malgré toute mon envie de l'avoir, il faudra que je m'en passe. Trouves-tu cela bien ?

Ta Bibliothèque sacrée s'écoule-l-elle? As-!u le projet d'en donner une seconde édition? Dans ce cas envoie-moi un exemplaire de la première avec des feuillets blancs intercalés, lequel je te renverrai avec des notes. Je serai à Paris vers la fin du mois d'août, et nous parlerons de nos projets littéraires.

Malgré l'arrêt de la cour royale, confirmé par la cour de cassation, on vient de faire signifier à M"^* Deis qu'elle ne peut pas continuer le commerce de libraire sans se munir d'un nouveau brevet. En lui donnant connaissance de cette décision, M. le préfet lui-même ne peut s'empêcher de lui témoigner le regret qu'il éprouve d'être chargé de l'exécution d'une mesure qui la ruine complètement. M"** Deis paraît décidée à soutenir un procès, et elle espère bien le gagner; mais les frais, les ennuis, les tracasseries !

Mes tendresses à ta femme et à Marie. J'ai retrouvé l'adresse de Taylor dans VAlmanach du commerce, et je lui écris aujourd'hui. Tout à toi.

XXVII (l)

17 février (1828).

Mon cher ami,

L'obligation où je me suis trouvé, à mon retour, de meubler la nouvelle salle de la bibliothèque m'avait mis en retard pour la Biographie; et depuis deux mois je travaille sans relâche à regagner le terrain que j'avais perdu sur mes collaborateurs. C'est pour cela que je n'ai pas répondu à ta dernière lettre, quoique je pense à loi constamment, et que j'en parle tous les jours avec Marquiset, Vian-

(i) Suit la letire XCVIII do Nocjier. (Rec, EsUgnarci, p. 206.)

cîn et Emonin qui, depuis qa'il n*est plus député, a retrouvé le chemin de ma chambre et de la bibliothèque, les deux seuls endroits où je passe ma vie.

Ne crains pas de me rappeler les Saints Suaires de ChifiQet. Si je ne t*ai pas envoyé cet ouvrage, c'est pour l'épargner le port. Marquiset, qui retourne à Paris vers la fin du mois, te portera les Saints Suaires, et un autre ouvrage de Jean-Jacques dont tu ne me dis rien, quoiqu'il soit plus rare et plus curieux que tous ceux que tu me cites. C'est le Dœdalmatum libri duo. L'exemplaire ^st broché. Je n'ai pas encore pu mettre la main sur la Cassette de M™* Muguet; mais je te l'ai promise, et tu devrais, ce me semble, mieux compter sur ma parole. Si je ne viens pas à bout de la retrouver avant le départ de Marquisel, tu la recevras plus tard, voilà tout.

Je n'ai point oublié la lettre sur les Pldgiarisies, mais je ne m'en suis point occupé du tout, parce que je n'en ai pas eu le temps. Nous en sommes à la dernière lettre de l'aphabet pour la Biographie, et je compte avoir fini ma tâche dans un mois. Il ne me faudra, je crois, qu'une quinzaine de jours pour rassembler et mettre en ordre mes matériaux sur les Plagiaristes, Ainsi tu les recevras dès les premiers jours d'avril. Je désire autant qae toi de voir nos noms réunis dans un livre ; mais tu ne voudrais pas toi-même que le mien y parût trop déplacé. Cet été je rédigerai toutes mes notes sur la Bibliographie franc-comtoise, l'un de mes premiers rêves, et je te les enverrai, pour que tu en tires le parti que tu jugeras le plus convenable.

Je ne sais si tu te proposes de faire l'acquisition du Théâtre de Mairet à la vente Durier. J'ai écrit à MM. Debure de ne point te contrarier si tu témoignais le moindre désir de Tavoir.

Envoie chez MM. Debure tous les livres que tu croiras utiles à notre bibliothèque. Je te les paierai mieux que Crozet ou les autres libraires avec lesquels tu as coutume de traiter pour les ouvrages qui n'entrent pas dans tes goûts. Soulié, que j'embrasse de tout mon cœur, m'a promis un exemplaire de son édition des Mélanges du prince de Ligne. 11 en a déjà paru plusieurs volumes, et je ne vois rien venir. Dis lui donc de les remettre chez MM. Debure, qui me font assez fréquemment des envois, ou chez Charles Béchet, le commissionnaire de M"*« Deis.

Tu n'as pas encore vu notre député Bourgon, quoiqu'il ait la plus grande envie de te voir et qu'il t'aime de tout son cœur. D'après le peu d'empressement que tu m'as montré à voir nos nouveaux députés, je n'ai pas voulu lui donner de lettre pour toi, mais je lui en ai remis une pour Cailleux; je lui rappelle la liste des médailles

qu'il erejftit faeile de Dure obtenir à la yiU» de Besançon. BoiHg^ft est plei» de zèle pour notre bibliotiièque, il ne s*agit ^e de Vftkler dans ses démarches. C'est un excellent garçon, plein de» francluâe et capable de la plus vive arailié. AceueiUe-le donc à cause de moi, qnand il ira te voir avec Mar(|uis6l ; tu ne pevx p9& me faire un plus grand plaisir.

Les journaux m*on4 appris la mort d» général Hugo. Je n'ai pas p«i écrire à Victor dans le premier motneat de sa doulear ; nms dis-ltti bien, je t'en prie, toute la part que je prends à sa peine 11 m'a éerit, en m'enyoyant son CromweU^ une lettre si tendre,, si bonne» dans laquelle il me parle de toi dans des termes si conformes à ce que j'en pense, que je lui suis dévoué pour la vie.

Au chagrin que tu éprouves de la mort du général Hugo, je regrette bien d'en joindre an autre. La pauvre M°^* Bécàet est morte au bout de quatre jours, d*une maladie à laquelle les raédecisâ n'ont rien connu. Son mari est parti pour la campagne avec toute sa famille ; mais il ne doit pas tarder de revenir. Ta ferais bien de lui écrire une lettre sur s(m ouvrage, et, mieux encoure, d'en parler dans la QuoHâienne. Tu trouveras un thème tout fait dans les Tahktles.

J'ai fait dire à M. de ChifiQet que tu parlais de sa tamille dNiue manière convenable dans ton Voyage pittoresque en Franehe-Com^,. Celte attention de ta part lui a lait un grand plaisir. Il deviendra l'un des souscripteurs de votre ouvrage, et je ne serais pas surpr^ qu'il allât te voir un beau jour à l'Arsenal pour te remercier*

Assure Marie que je ne lui suis pas moins fidèle à Besançon que je ne l'étais à Idalie à Paris; au surplus^ elle l'apprendra de la bouche même d'idalie, qui doit accompagner son père dans son premier voyage.

Tu ne me dis rien d'Alphonse, qui me mande que tu le combles de bontés. Je|n'entends plus parler de Chaveria, que j'ai «[uitté baigné de pleurs et qui ne m'a pas donné signe de vie depuis quatre mois.

J'embrasse de tout mon cœur ta femme et Marie.

Mes amitiés aux amis; je n'oublie personne. Ton frère.

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