LES ENFANTS DE LA FORÊT
Il y a longtemps, bien longtemps, j'étais une petite fille comme Loulouse et j'aimais aussi beaucoup les histoires. Un jour que j'avais triomphé oe ma paresse....
« Bonne maman I s'écria Louise, vous étiez paresseuse? c'est impossible : je ne le croirai jamais.
— Et pourquoi donc, chère enfant? Si tu me retranches les défauts de mon jeune âge, tu m'ôtes le mérite de m'étre corrigée. Oui, j'étais paresseuse, et sans le désir immense de plaire à mes parents, je serais restée paresseuse, nonchalante^ C ^ une sotte petite fille en un mot. »
Or donc, un jour que j'avais su mes leçons à ravir, présenté une page d'écriture sans pâtés \ ; et sans bonshommes, comme j'avais la détestable habitude d'en placer entre les lignes, ma mère me dit : « Louise, que veux-tu pour récompense?»
Je sautai sur les genoux de maman, je Tembrassai et je lui dis tout modestement : « Une histoire, une belle histoire. »
« Vous vous rappelez cela, grand'mère, comme si c'était arrivé ce matin.
-— Chers enfants, on oublie bien des choses, mais on se souvient toujours des caresses et des histoires de sa mère. »
L'histoire me fut accordée : aussitôt je m'assir kcnA j ^ sur un petit tabouret rouge et noir sur lequel ma mère posait habituellement ses pieds. Mes yeux suppliants disaient mon impatience,
Maman commença :
, ^ . « Dans un pays assez éloigné d'ici, un garde ^ forestier, sa femme et ses enfants habitaient dans la forêt d'un seigneur. Cette forêt était immense et à dix ligues du château. Une fois par an, tout au plus, le père allait à la ville. La famille se rendait le dimanche à l'église située à une lieue delà.
« Le garde se nommait gans, sa femme Marjguerite. Le garçon , qui était l'aîné, s'appelait Hans comme son père; il avait huit ans et déjà il l'accompagnait dans la forêt. Il faisait de petits fagots \ de bois mort et les rapportait en triomphe à sa mère, qu'il aimait beaucoup.
a Venaient ensuite Catherine, plus jeune d'un an, et une petite Majie qui commençait à courir
devant la maison. Vous qui gémissez si haut , ^\ Gustave et Louise, quand la plui"é~'vîent contrarier vos parties de plaisir, ou une simple promenade dans le parc, vous croyez peut-être que ces bonnes gens étaient tristes de passer toute l'année au fond d'une forêt, où, il faut bien le dire W^A le hurlement des loups succédait au chant priûtanier des oiseaux.
« Eh bien ! pas du tout : Hans , Marguerite et leurs enfants étaient heureux ; ils ne faisaient pas de châteaux en Espagne, ils étaient contents de leur sort.
a Grâce à Tordre de Marguerite, à l'économie de Hans, la maisonnette était vraiment charmante. Il est vrai que l'ameublement en était facile ; la maison se composait de deux pièces bâties l'une au-dessus de l'autre, sans compter les coins obscurs nécessaires dans tout ménage.
H« La châtelaine ne venait jamais dans la forêt ns rendre visite à Marguerite, et toujours cette visite était marquée par un souvenir. Ce n'était pas des çQlififih£^^omme en désirent la plupart de nos paysannes. Ah I non. La châtelaine savait que de tels présents n'eussent point été du goût de la bonne femme de ménage. Elle plaçait une belle soupière à fleurs dans le vaissellieii^ou un f> • • ^tlSS jaune comme de l'or en dedans. Ces objets précieux paraissaient dans les grandes occasions.
U< Hans avait son père et sa mère à soutenir, devoir qu'il remplissait de tout son cœur, et Margaerito, qui n'avait plus ses parente, était heureuse d'assister dans leur vieillesse i;euï de son cher mari. Figurez - vous donc . mes enfants
Marguerite restait sur le pas de la porte et les suivait des yeux. (Page 283.)
cette bonne famille heureuse dans sa profonde
retraite. Hans partait le matin, le fusil sur Tépaule, après avoir embrassé sa femme et ses enfants. Quelquefois le petit Hans accompagnait son père, comme je vous Tai dit, ce qui ne plaisait guère à Marguerite : « Hans, disait la brave « femme, prends garde à lui, et toi, ne quitte pas « ton père. »
« Marguerite restait sur le pas de la porte et les suivait des yeux aussi loin que possible. Puis, elle se mettait au ménage. Quand tout était en ordre, elle fermait la maison et partait avec les deux petites filles pour aller soigner son troupeau, qui se composait d'une vache et d'une chèvre ; le lait de celle-ci fournissait aux fromages, et la vache assurait en grande partie la nourriture de la famille.
« C'était une fête quand le père rentrait. Il trouvait le couvert mis et une bonne soupe Talr tendait.
« Le petit Hans ne revenait jamais les mains vides. Dans la saison, c'étaient de bonnes fraises, des fleurs bleues et des baguettes couvertes de mousse avec lesquelles il faisait des cages pour res oiseaux de ses sœurs.
« Mais Thiver, bonne maman?
« — L'hiver ? H trouvait encore moyen d'amu- « ser Catherine et Mariette. Quand la terre était « couverte d'une belle neige il dessinait des jar-
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V dins, le portrait de ses sœurs, des oiseaux et « aussi des loups. »
<i Les jours passaient ainsi tranquillement, lorsque le père Hans tomba malade. Vous avez sans doute remarqué, mes petits amis, tout ce qu'il faut de soins et de médicaments, lorsque quelqu'un tombe malade. Tout cela coûte ; mais ce n'est rien en comparaison du repos qu'exige la maladie de ceux qui travaillent chaque jour pour assurer le pain quotidien à leur famille. La maisonnette devint d'autant plus triste que les pluies de décembre achevaient de détacher les feuilles oubliées par le vent , et rendaient les chemins presque impraticables.
« Cependant, Marguerite ne pouvait voir Hans souffrir sans aucun secours, et, malgré le mauvais temps, elle envoya son petit garçon chercher le médecin dans un bourg assez éloigné.
« Par un bonheur inouï, Hans rencontra à moitié chemin le médecin.
<t C'était un brave homme, ami des pauvres ; il soignait les gens du domaine avec autant de zèle que les maîtres et seigneurs du manoir.
« Il prit Hans en croupe, lui donna un peu de son manteau, cacha ses petites mains bleues de froid. y ^
« La joie et le chagrin se trouvent souvent dans un cœur d'enfant. Le petit Hans ne se sentait donc
pas d'aise d*être monté sur un cheval. Il éprouvait un vrai contentement à voir la bonne mon- ' ' ^\ iure du docteur enfoncer dans la boue^ passer
, sans sourciller les mares d'eau que lui n'aurait n nv, ^ !^ pu francîiîr'sans se mouiller jusqu'au-dessus de ^^v; ^ la cheville.
ce Et puis, bonne maman , il était content d'à- « mener le médecin plus tôt I
a — Assurément. »
« Marguerite se sentit délivrée de toutes ses inquiétudes en voyant arriver sitôt le médecin. Elle crut son mari guéri. Mais, hélas! beaucoup de jours de souffrance et de tristesse lui étaient réservés.
« Bientôt la maison perdit cette régularité qu'assure le travail du père. Marguerite, passant une partie des nuits, n'avait plus de cœur à l'ouvrage l V l le lendemain
« batherine se rendait aussi utile que le comportait son âge. Quand Mariette criait, elle l'amusait de son mieux, heureuse d'y trouver son compte.
« Deux mois s'étaient écoulés, et Hans, toujours malade, gémissait de se voir ainsi arrêté dans son travail.
« Un matin, le petit Hans dit : « Il n'y a plus de « fagots, mère, laissez-moi aller en faire, je ne « m'attarderai pas. »
« L'enfant avait déjà rendu ce service à sa mère ; cependant Marguerite hésitait ; mais Catherine ayant demandé à accompagner son frère, elle 1
n'hésita plus : la petite fille était sage. La mère donna donc son consentement, après avoir reçu la promesse des deux enfants qu'ils ne franchiraient pas une certaine barrière, où elle avait Thabitude de s'arrêter avec eux pour attendre ^
Hans à la fin du jour.
« La petite Catherine était plus joyeuse qu'elle n'osait le montrer de quitter la maison devenue i si triste, de marcher dans la forêt par une belle 1^ t gelée , et enfin d'être confiée à son bien-aimé frère.
*i Marguerite couvrit ses enfants de leurs meilleurs vêtements, mit du pain et des châtaignes dans leurs poches, les embrassa et renouvela toutes ses instructions. 1
« Bonne maman , ils vont être mangés par un < loup 1
ff — Non, ma petite fille. »
a Le vent du nord avait séché les chemins, et j
une récolte abondante de branches sèches s'offrait à nos petits bûcherons.
« Les arbres, quoique dépouillés de feuilles en v , -
grande partie, étaient pourtant un abri pour nos^ "^^
' enfants, qui, tout en causant, faisaient de jolis fa^ j
gois qu'ils déposaient au même endroit. II y en '
avait déjà un certain nombre, lorsque Catherine témoigna le désir de s'asseoir et faire un petit jepas.
'^tt Mange si tu veux, dit Hans; pour moi, je « veux encore travailler. Repose-toi, sœur, c'est a juste. Pendant ce temps-là, j^irai tout près d'ici, « dans un endroit que je connais bien ; c'est là a que j'en trouverai, du bois mort! Dans une « heure de temps nous aurons plus de fagots « qu'il n'y en a déjà de faits.
« — Mon frère, dit Catherine, c'est égal, tu « n'iras pas. Notre mère nous a défendu d'aller « plus loin . Ce serait bien mal de lui désobéir, Hans I
a — • Je ne suis pas plus désobéissant que toi, « ma sœur ; s'il s'agissait de mon plaisir, je ne « voudrais pas faire un pas de plus, mais il y a « dans cet endroit de ces petites branches que no- « tre mère aime tant à mettre sous la marmite « quand l'heure du souper approche, et la maladie « de papa a tout usé. J'ai regardé ce matin, il n'y « a plus un seul fagot. Quand c'est pour faire « plaisir à sa mère, on peut bien désobéir, ma ^ petite sœur.
« — Tu crois, Hans?
« — J'en suis sûr.
« — Alors, dit Catherine en soupirant, j'irai « avec toi ; mais il ne faudra pas rester loiig- « temps, et puis, nous le dirons à notre mère. »
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^ Les conditions étant ainsi arrêtées, les en* fants se mirent en route. Hans ne tarda pas à s'apercevoir que l'endroit vers lequel il se dirigeait était plus éloigné qu'il ne l'avait cru. Catherine voulait retourner, Hans ne voulut pas. La timide enfant se soumit à la volonté de son frère. Alvwj ^ E^ arrivant dans le taillis, ils jetèrent un cri de joie à la vue de toutes les branches sèches qui couvraient la terre et pendaient aux arbres. Catherine oublia bien vite ses appréhensions et se dît, comme toujours, que son frère avait eu raison.
« Vous le savez déjà, Louise et Gustave, le temps passe vite lorsqu'on travaille avec ardeur. Nos :^nfants furent donc bien surpris de voir baisser le Jour tout à coup.
; « Ils se hâtèrjntde ramasser leurs fagots, ce qui
prit encore un certain temps, en chargèrent leurs épaules, et se mirent en marche pour regagner ce qu'ils appelaient leur magasin.
ff Vous souvenez- vous, mes enfants, de ce brouillarciépais qui survint Tan passé après Noël? Il était trois heures , il fallut allumer les lampes dans tout le château. Cet incident vous amusa, narce que vous étia 4ans de bonnes chambres et que le diner n'en fut pas moins gai. Mais quelle n'eût pas été votre frayeur, si ce brouillard vous eut surpris seulement dans le parc !
« Hélas î c'est ce qui arriva aux enfants de Mar-
guérite. Au moment de reprendre le sentier qui devait les ramener à Tendroit d*où ils étaient partis, ils se trouvèrent dans Fimpossibilité de faire un pas sans être exposés à se frapper contre les arbres.
« Nous sonunes perdus I s'écria Catherine avec a l'accent du désespoir. Hans, qu'avons-nous fait^ « mon frère?
« — Ce n'est rien, reprit Hans d'une voix mal a assurée. N'as-tu pas vu souvent le brouillard « envelopper tout à coup la forêt, et puis s'en « aller de même?
« — C'est vrai! mais vois comme il fait noir! « Hans, j'ai froid I »
« Hans prit les. mains de Catherine dans les siennes et les réchauffa. Il embrassa sa sœur et sentit son visage couvert de larmes.
« Catherine, je te croyais plus courageuse I .,. a ohl répondit- elle en sanglotant, ce n'est « ni le froid ni la frayeur qui me font pleurer.... « je pense à la maison.
« — Tout sera fini, petite sœur, quand on nous « verra. Dès que nous serons arrivés au gros « chêne, je sifflerai l'air des chasseurs et la mère « nous entendra. »
-1 « Un daim passa rapidement et effleura les ge^noux de Catiierine. Le cri qu'elle poussa fit tressaillir Hans. / v^\ •. x\" '
29a LETTRES
/« Et toi aussi, tu ap peur, mon frère, dit la pe- « tite fille. Qu'allonsf nous devenir ? Nous serons « mangés par leis lou|)s!
a —.Voyons, Cajjherine, sois raisonnable, ce Laisse -moi battre le briquet : j'allumerai du « feu , et alors les bêtes n'oseront pas approcher, « et puis, ma pauvre .Gatherinette, tu te réchauf- ( « feras. »
't-« Hans était un garçon jdcDÎt, industrieux c6mme le sont la plupart des enfants de la campagne; il eut bientôt organisé un petit foyer. Toutefois, la crainte de faire un trop grand feu ne lui permettait pas d'alimenter la flamme qui perçait timidement le brouillard. Cependant cette flamme suffisait pour laisser voir lé visage pâle 6t désolé de Catherine.
<c Les heures s'écoulèrent ainsi entre la crainte et l'espérance. Le foyer s'éteignait, Hans le rallumait, ce qui n'empêchait pas Catherine de grelotter, de soupirer.
« Il faut sauter, ma sœur, sans quoi tu ne te 9 réchaufferas jamais.
« — Sauter.... quand on a du djagria.? L V '
« — N'importe. Allons, lève-toi. »
X Et Hans, prenant Catherine par la main, finit par la faire sauter, comme ils sautaient ensemble lorsqu'ils étaient contents.
*« Si ce manège réussit à réchaufifer Catherine.
il augmenta sa fatigue, et la pauvre enfant tomba de lassitude, s'étendit sur le lit de fagots, qui lui semblait tout d'épines , tant le souvenir de leur désobéissance était poignant pour son cœur.
V Tout à coup, un lïurlement se fit entendre. -7^^ ^^ ^
n eut bieuiûi organisé ua petit lojer. (Page 290.)
, « Mon frère I mon frère ! c'est fini t yWP^ct^^ C'est un sanglier^ dit Hans. Il ne viendra « pas de ce côté de la forêt; je connais bien l'en- « droit où ils vont de préférence. »
« Mais la voix de Hans tremblait, a Tu as peur, cette fois, dit Catherine.
« — Moi I
« — Oui , toi. » Et posant la main sur le cœur de son frère : « Oh ! comme il bat !
« — fai peur de ta peur, Catherine ; mais il « n'est pas défendu d'être prudent : montons dans a, un arbre ! »
« — Bonne maman, dit Loulouse, j'ai grand - « peur aussi, moi I
« — Heureusement, ajouta Gustave, qu'elle est « avec un garçon I
<c — Belle ressource^ vraiment, que ce petit désobéissant! »
« Ce ne fut qu'à grand'peine que Catherine par-
\VvvV ^ vint à se hisser sur un gros chêne, quoiqu'elle
à w itVj fût habile à monter dans les cerisiers; ses mains 'pi.cAÀ s 'écorchaient, la peur lui ôtait les forces; avaitelle fait un peu de chemin dans cette difficile ascension, aussitôt un petit obstacle la faisait descendre plus bas ; tantôt la frayeur ranimait son courage ; tantôt ce terrible sentiment anéantissait ses forces déjà diminuées par la souffrance et le besoin de nourriture.
« Ils parvinrent cependant à s'élever à une certaine hauteur; mais le froid, jusqu'alors supportable, devint plus piquant, etle foyer ne donnant plus y une étincelle^ toutes les terreurs se renouvelèrent, tkv^ « Parle-moi, Hans, disait Catherine, ta voix me '^''^ ce consolera vun peu.
« — Me pardonnes-tu ? demanda l infortuné pe- « tit garçon, en éclatant à son tour en^sanglots^ 'îyvLr :à
ce — T'en vouloir, mon frère? Ahl tu es aussi « malheureux que moi I
« — Oh 1 Catherine, plus malheureux encore ' , « Mais qui pouvait penser que le brouillard de- j^ « viendrait si épais après cette belle journée? Je « suis sûr que notre père s*y serait trompé , 'l i ^^^ l^
« — Vois-tu, Hans, les enfants n'ont que faire « de penser, puisqu'ils ont des parents I Nous au- « rions dû tenir notre promesse , je n'aurais pas « dû faire ta volonté. Damel je t'aime tant, que « je crois tout ce que tu dis I
ce — Pauvre Catherine!
« — Ne pense pas à moi : pensons à notre « mère, à notre père malade. »
« A ces mots, le frère et la sœur ne purent plus « retenir leurs larmes ; ils gémissaient, ils san* ^ ^" ' ^*^^ agiotaient en se serrant l'un contre l'autre.
« Je suis sûre, mes enfants, que vous pensez à « la pauvre Marguerite et à son mari malade ?
« — Oh I oui, bonne maman , il faut nous par- « 1er d'eux maintenant. »
ce Marguerite connaissait si bien la prudence de son petit garçon et l'obéissance de Catherine, qu'apercevant le brouillard, elle ne douta pas un seul instant qu'ils ne revinssent beaucoup plus tôt.
« Elle se tenait sur la porte , allait et venait. Une fois elle s'avança jusqu'à l'entrée de la forêt, et, ayant eu quelque peine à retrouver son chemin, elle frémit d'horreur.
ce De retour, elle n'osait allumer la lampe^ espérant que l'obscurité disposerait le malade au sommeil. Mais Hans demandait sans cesse ses enfants; il s'inquiétait de l'heure. La petite Marie, de son côté, appelait son frère, qui avait l'habitude de lui chanter un air pour l'endormir. Malgré tout son courage, Marguerite ne put dissimuler longtemps ; elle se jeta tout en larmes près du lit de Hans, et lui dit :
« Un affreux brouillard couvre la forêt; les çn- « fants sont perdus! »
<c Le père soupira profondément sans avoir la force d'articuler une seule parole. La fièvre augmenta, et, dans son délire, Hans appelait ses enfants; il voulait se lever, prendre son fusil, et tuer un loup dont il imitait les hurlements. Puis il retombait sur son lit, épuisé de fatigue. Son visage se couvrait de sueurs Marguerite croyait à chaque instant qu'il allait mourir. La pauvre femme s'accusait d'imprudence, elle se traitait de mère dénaturée qui méritait d'être punie.
ce Oh I pensait-elle, s'ils étaient morts ici, j'au • ff rais eu leur tombe près de nous, je serais allée « y porter des couronnes, je les aurais vus, je les
ce aurais soignés, embrassés, avant de les voir « emporter. »
Ici, Louise mit sa tète sur les genoux de bonne maman, et on entendit de petits sanglots.
« Tu pleures, Loulouse ! Ce n'est pas ma faute ; tu as voulu une histoire vraie. Elles ne sont pap toujours gaies les histoires vraies, mon enfant. V(i\AuA ^ C'est égal, bonne maman, dit Louise en essuyant ses yeux, continuez toujours. >* . Un roulement de voiture changea tout à coup la scène.
La petite fille souffla sur son mouchoir, le passa sur ses yeux, et s'élança joyeuse dans les bras de son père et de sa mère.
La soirée fut consacrée au récit d'une journée passée à la ville, et il ne fut pas question de Catherine et de Hans avant le lendemain.
Chère amie, je me sens émue et je te dis adieu. //
MERVEIUiE*