SUITE DE LA LETTRE PRECEDE^ÎTE
ce Mon petit papa, dit Louise, en sautant avec moi sur les genoux de M. Deville, vous seriez bien gentil de nous raconter les Merveilles du Monde^ pendant que nous sommes là autour de la table, Tenez, la pauvre Merveille désire connaître ses aïeules; c'est bien naturel, et puis, moi, j'aime beaucoup les histoires.
— Volontiers, dit le bon père, si Georges et Gustave veulent rester tranquilles. »
Pour toute réponse, les petits garçons se rapprochèrent de la table, se disputant à qui serait le plus près de grand'mère.
Le calme étant établi, M. Deville commença:
a Ma chère Merveille, mes enfants s'attendent à ce que le récit des sept merveilles du monde leur cause autant.de joie que votre présence nous en a donné. (Je m'inclinai.) Toutefois, charmante poupée, vous avez dû déjà vous apercevoir que, pour vous autant que pour eux (seconde inclination), j'aime que l'instruction ne se sépare pas du plaisir. Prêtez-moi donc toute votre attention.
« On a donné le nom de Merveilks du monde à sept ouvrages remarquables de l'antiquité :
« !• C'étaient d'abord les murailles et les jardins de Dabylone.
« Ces murailles étaient plus hautes que les platanes de la grande avenue; si épaisses qu'elles soutenaient une espèce de terrasse, sur laquelle plusieurs chars couraient de front sans s effleurer
a Les jardins étaient en terrasses étagées; de beaux arbres formaient des allées aussi touflues que celles du parc. Ce n'est pas tout: ces jardins en Tair étaient arrosés par des eaux abondantes qui montaient jusque-là.
Murailles et jardins de Babylone.
« Sémiramis, reine de Babylone, a eu la gloir© de faire construire cette merveille.
— Papa, Georges me taquine, il me demande où est Babylone, moi je ne sais pas.
— Ma petite fille, Georges doit avoir ses raisons pour t'adresser cette question; je présume qu'il tient à nous dire lui-même un mot de la grands Cabylono. »
16 LETTIIKS
Georges, quoique un peu attrapé, n'hcsita pas à nous avouer, tout en tortillant une cocotte commencée, que le matin même il avait appris que Babylone était Tancienne capitale du royaume de Chaldée, en Asie, fondée vers Fan 2680 du monde par Nemrod, sur les deux rives de TEuphrate.
On appelait Babylone la reine du monde. C'est la qu'était la fameuse tour de Babel.
A ce nom de Babel, ma chère amie, tous les enfants se mirent à parler ensemble pour placer leur érudition : moi seule fis acte de modestie.
Les pyramides d'Egypte.
« 2* Les pyramides d'Egypte, continua le père, étaient des monuments gigantesques bâtis par les rois de ce pays pour leur sépulture. Ces pyramides, comme vous en avez vu dans vos livres d'histoire ancienne, étaient très-larges au bas et se terminaient en pointe. Elles étaient si hautes qu'on les apercevait de dix lieues à la ronde. On y entrait par des ouvertures, il y avait des esca-
liers et des chambres comme dans une maison. Il fallait quelquefois vingt ans de travail assidu pour construire une pyramide.
>— Est-ce qu'il en avait beaucoup, papa?
-»- On ne parle guère que des trois plus fameuses, dont on voit encore les ruines près de Memphis.
— Qu'est-ce que ça te fait, Loulou se? dit Georges.
« 3** Vous savez, mes enfants, qu'un phare est une grosse lanterne, placée au haut d'une tour
Phare d'Alexandrie; pour éclairer les vaisseaux qui entrent au port et qui en sortent.
— Comme il y en a un au Havre, répondit Louise en rougissant de bonheur de placer ses petites connaissances.
— Précisément. Eh bien 1 le phare d'Alexandrie, était tout en marbre blanc et à plusieurs étages. Ouand le ciel était pur, on voyait les vaisseaux à trente lieues de distance.
€ 4« Il y a longtemps, bien longtemps, mes.pe-;
tits amis, les hommes ne connaissaient pas Dieu, et, dans leur ignorance, ils imaginèrent un ciel où il y avait des dieux et des déesses. Le maître de ce ciel, qu'on appelait l'Olympe, était Jupiter. On l'adorait; on lui élevait des temples, et des statues dans l'espoir de se le rendre favorable.
— Papa, Merveille dit que c'était bien bête.
— Elle a raison.
Statue de Jupiter Olympien.
«En Grèce, à Olympie, on avait élevé à Jupiter une statue d'or et d'ivoire. Phidias, le premier sculpteur d'Athènes, était l'auteur de cette merveilleuse statue, connue sous le nom de Jupicr Olympien.
« Ce maître des dieux était assis sur un trône; il avait sur la tète une couronne de feuilles d'oli-
DE DKUX P0UPÉE3. 10
\ier; il tenait d*une main une petite statue représentant la Victoire, et de l'autre un sceptre sur lequel reposait un aigle.
<' 5* Le colosse de Rhodes était une statue d'airain, représentant Apollon ou le dieu du soleil. Cette statue était d'une élévation extraordinaire. Ses jambes écartées sur les deux môles, ou pierres du port, laissaient entre elles un si grand espace
que les vaisseaux y passaient à pleines voiles. » Un cri d'admiration et de surprise retentit dans
Tauditôire.
« On peut donc supposer, continua gravement
M. Deville,que toutes les poupées du monde auraient
pu passer entre les jambes du colosse de Rhodes. « Le pouce du pied de ce colosse était si gros
que les doigts d'un homme pouvaient à peine
l'embrasser. »
Louise ôta mon bas et dit : « Quelle différence avec celui de Merveille 1 »
« 6** Diane était une déesse qui avait aussi uq temple à Éphèse. Pendant deux cent vingt ans, toute l'Asie fournit des richesses pour rornemant de ce temple.
« La Diane était en ébène; elle avait sur la tète
Temple de Diane^ à Ephèse
une grande tour à huit étages; un beau jour, un fou nonmié Érostrate y mit le feu.
— Il n'était pas si fou, dit Georges, que ceux qui avaient bâti le temple.
/« ?• Enfin, la septième merveille est le tombeau quelareineArthémise fit élèvera son mari Mausolc dans la ville d'Halicarnasse, en Carie. Ce monument occupa pendant quatre années les plus grands sculpteurs de la Grèce. On ne vit jamais
rien de pareil. H y avait entre autres ornements une pyramide de marbre à laquelle on arrivait par vingt degrés. Un magnifique char en marbre blanc terminait ce curieux édifice. Ce tombeau fut appelé depuis mausolée du nom de Mausole, et nous employons nous-mêmes encore ce nora auiourd*hui.
Tombeau de Mausole.
« On a bien encore ajouté d'autres merveilles à celles-ci, mais nous ne citerons que notre chère Merveille, qui, pour arriver la dernière, n'en a pas moins de droits à notre admiration. »
Voilà, chère amie, ce que je viens d'apprendre d'histoire ancienne, et je m empresse de te le communiquer, bien persuadée que ce ne sera pas peine perdue.
Merveille.