‹ Lettres de deux poupéesChapitre 9 sur 37 · BERCEUSE · texte numérisé non relu

BERCEUSE

A la porte du ciel, On vend des souliers Pour les petits anges Qui sont déchaussés.

En endormant Pobjef de son amour, La vierge lui chantait :

mon doux trésor, Pardonne aux pécheurs.

Les enfants qui dorment, Dieu les bénit :

Et les mères qui veillent, Dieu les assiste.

Tout me ravit Dans le petit enfant, Jusqu'à ses petites moues.

Je te tiens entre mes bra.

Et je me demande

Ce qu'il adviendra de toi, pauvre

Si je viens & mourir? [enfant,

A la rorro, mi nino. Dors, mon enfant;

Mi nino duerme Mon enfant dort

Con los ojos abiertos Les yeux ouverts

Gomo las liebries. Gomme les lièvres.

Guando era chiquita Quand j'étais petite,

En la cunà estaba. Je dormais dans mon berceau

Venian los angelitos Et les petits anges venaient

T me besaban. Et m^embrassaient.

Enfin, chère amie, le numéro six est une Polonaise: Panna Milutka (Mlle Gentille). La poupée et la petite fille, Zunïa sont charmantes et parfaitement assorties Tune avec l'autre; vives, curieuses, bonnes, étourdies, parlant toutes les langues, en quadruples croches, et excellentes musiciennes.

Elles nous ont joué l'autre soir un morceau à quatre mains d'une façon tout à fait remarquable.

Le trait principal de ces deux Polonaises est la générosité: elles et leurs joujoux sont à tout le monde.

Milutka porte à sa ceinture une bourse remplie de petite monnaie, et si dans nos courses nous rencontrons un pauvre, un enfant, elle lui donne une petite pièce d'argent et sa physionomie prend une expression de bonheur.

Cependant, la chère Milutka n'est pas sans défaut; elle aime trop la toilette. N'est>-ce pas ridicule à une poupée, quel que soit son rang, d'avoir vingt-cinq robes, toutes plus élégantes les unes

que les autres, négligés coquets, robes de dîners et du soir, mantelets, écharpes et manteaux, chapeaux et coiffures à Tavenant? Si du moins elle devait une pareille élégance au savoir-faire de sa petite maman! Mais non, Panna Milutka occupe à elle seule une femme de chambre, /^ous eussions pris en grippe cette charmante étrangère dès son arrivée, si elle ne conservait, malgré ses prétentions, un je ne sais quoi auquel on ne peut résister.

Milutka parle peu ; elle dit Tessentiel: tak (oui). nie (non), moze (peut-être); avec ces trois mots^ elle se tire parfaitement d'affaire.

Notre règlement se modifie chaque jour, comme bien tu penses.

Je m'amuse au milieu de cette bande joyeuse; mais Gracieuse, Pouponne, Roseleîn, Nina, Darling et Milutka ne sont que d'aimables connaissances qui voltigent autour d'un cœur où tu règnes seule, ma charmante amie.

Adieu, mille et mille baisers, y^

MeD VEILLE.

CHARMANTE A MERVEILLB.

Que nous sommes étourdies, Merveille! ni toi ni moi n'avons encore songé à connaître l'origine de notre existence, et c'est Thérèse qui vient d'y songer pour nousl

<c Madame, ditTaimable enfant, je voudrais bien savoir quel est l'inventeur des pbupées : le savezvous?

— Je sais, répondit la gouvernante, que cette charmante invention était déjà connue des Perses et des Romains ; que les jeunes païennes passant de l'enfance à la jeunesse allaient suspendre leurs poupées aux autels de je ne sais quelle sotte déesse, sans doute pour déclarer publiquement qu'elles renonçaient à ce jeu.

— Moi, madame, je ne suis pas près de faire une pareille déclaration; j'espère même qu'une gentille petite sœur me procurera le plaisir de m'occuper de sa poupée quand il faudra me se-

Les jeunes païennes allaient suspendre leurs poupées aux autels

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parer de la mienne. (Elle soupira.) Quel drôle de nom, poupée I poupée!

— Ce nom, cher enfant, vient, dit-on, de Poppée, la femme d'un empereur romain, qui porta !a première un petit masque pour préserver son teint.

— Je suis très-reconnaissante à Mme Poppée.

Ne trouvez-vous pas, madame, que les Doupées sont très-utiles?

— Assurément : la vôtre vous a déjà rendu de grands services.

— Plaisantez-vous, madame ?

^ Non, vraiment : tout en jouant avec Charmante, vous prenez le goût de Tordre ; vous commencez à manier l'aiguille ; on ne vous voit plus oisive, écoutant ce qui se dit autour de vous. Votre poupée est Tobjet de vos soins, vous êtes bonne et aimable pour elle.

— Est-ce qu'on n'est pas toujours bonne pour sa poupée?

— Non : il y a des petites filles méchantes pour leur poupée comme pour tout le monde.

— Charmante est heureuse; regardez-la. Son sourire ne me dément pas. »

Quel plaisir, ma chère amie, d'entendre faire son éloge? Mais Mme Eugénie aurait pu encore dire que nous aidons singulièrement les mères et les gouvernantes à causer avec les enfants.

i08 LETTRES,

Avec quelle facilité nous faisons passer lA mo« raie!

Thérèse, tu as pu Tobserver, est questionneuse, son esprit travaille sans cesse. Tout en m'essayant un béguin de nuit, elle ajouta : « Les coiffeurs ont des poupées dans leurs boutiques; mais celles-là né changent jamais de place; aussi ont-elles l'air stupide. Ce n*est pas étonnant, personne ne s'occupe d'elles. Nous, Charmante, nous voyageons, nous apprenons l'histoire et la géographie I

— Ne croyez pas, mon enfant, que ce privilège soit exclusivement réservé aux poupées des petites filles ! Il y en a qui sont voyageuses de profession. Ce sont celles que les couturières expédient à l'étranger pour donner l'idée complète des modes françaises.

— Où vont-elles donc, madame?

— En Amérique, et plus loin encore.

— C'est une bonne idée ; mais jamais Charmante n'ira courir sans moi.

— Soyez tranquille, Thérèse, les poupées que l'on charge de cette grave mission sont d'une tout autre espèce que la vôtre. La reine Isabeau de Bavière qui par malheur se trouvait en France, il y a bien longtemps....

— En quelle année?

— En 1391, répondit Mme Eugénie en souriant de la question, — cette reine envoyait à sa fille,

la reine d'Angleterre, des poupées mises à la dernière mode de France.

— Je t'avoue, ma chère Merveille, que cette petite notion historique m'a fait plaisir. Tout le monde aime à se donner de l'importance et je ne vois pas pourquoi nous ferions bande à part. »

Je fus bien autrement surprise et charmée lorsque Taimable gouvernante voulant prolonger le chapitre de notre gloire, ajouta : « Pendant une guerre entre la France et l'Angleterre tout commerce fut suspendu, chacun se contentait forcément de ce que lui fournissait son pays ; mais les poupées, chargées de porter à Londres les modes de la cour de France, passaient seules iîères et superbes le détroit, comme les reines du monde.

— Ah I pour le coup, s'écria Thérèse en battant des mains, j'aurais laissé partir Charmante!

— Elle ne serait pas revenue!

— C'est différent. Restons, restons dans notre belle ville de Bordeaux; nous irons aux Quinconces, sur le port, voûr charger de vins les navires de papa; peut-être verrons-nous encore débarquer des oiseaux et des singes comme l'an passé I »

Je suis tout à fait de l'avis de Thérèse, malgré mon désir de voir la mer, je n'ai nullement envie d'aller en Amériquey^

La semaine dernière, les enfants oot obtenu la

permission de faire partie d'une grande excursion ; la difficulté de se lever à quatre heures du matin laissa longtemps la question en suspens.

Auprès mille hésitations, \ef^ parents ont cédé. Selon moi, ils auraient mieux fait de se rendre tout de suite. Thérèse me dit la veille au soir : a Tu iraSj sois tranquille ; seulement, je vais Rhabiller comme il convient que tu sois pour faire cette course; que veux-tu? On n'a pas toutes ses aises en ce monde 1 mais tu seras bien dédommagée par le plaisir du voyage ; dors, sans finquiéter du reste. *

Le lendemain, il ne faisait pas jour, lorsque j'entendis ouvrir les fenêtres. Thérèse ne se fit pas prier comme à l'ordinaire pour se lever, et au bout de vingt minutai tout le monde était réuni dans la cour. Moi, j'étais sur mon lit, commençant à désespérer d'être de la partie. J'entendais parler, crier, monter, descendre. Enfin, le signal du départ était donné, lorsque Thérèse tout essoufflée vint me prendre : « Tu as cru que je t'avais oubliée.... » Et entendant Mme Eugénie qui l'appelait, elle descendit quatre à quatre me tenant sous son manteau.

« On vous attend, ma chère Thérèse, et c'est tout à fait ridicule : montez sur votre mulet. »

Légères comme l'oiseau, nous fûmes d'un bond sur la selle.

Merveille, c'était à cette heure mystérieuse où la nuit s'efface devant le jour ; Tair était frais ; nous nous serrions Tune contre l'autre.

Peu à peu le soleil s'éleva et nous permit de voir les montagnes sortant de la brume.

« Oh 1 que c'est beau ; » s'écria Thérèse.

A cette exclamation, Mme Eugénie se retourna vers la petite et fut bien étonnée de voir ma tète sortir du manteau.

« Gomment I Charmante ici !

— Madame, il n'y a pas de fête complète pour moi sans ma chère poupée< D'ailleurs, ne la croyez pas insensible aux. beautés de la nature. »

Et tout en parlant, Thérèse m'assit sur ses genoux :

a Vois, ma chérie, comme c'est beau I »

En effet, ma chère Merveille, jamais mes yeux n'avaient rencontré rien d'aussi magnifique : le brouillard étendu comme un voile épais sur la vallée, devenait transparent, et nous permettait de voir tantôt un arbre, tantôt un hameau, une cascade. On eût dit que la main d'une fée bienfaisante se plaisait à satisfaire notre curiosité. Les fleurs de la prairie brillaient comme des diamants sous les rayons du soleil levant; enfin l'astre du jour parut en maître et prit toutes les perles et les , diamants de la prairie pour les ajouter à sa couronne d'or.

Bientôt la route ne ftit plus solitaire. Dn petit garçon et deux vaches furent notre première rencontre. Thérèse eut peur lorsque le petit garçon et ses bètes s'arrêtèrent pour nous laisser passer.

«Ne craignez rien, elles ne sont pas méchantes,» dit l'enfant.

La pacifique physionomie des bonnes bètes ne permettait pas de douter de la douceur de leut caractère. Elles nous regardaient et semblaient nous dire : « Chacun prend son plaisir où il le trouve ; nous, nous allons paître dans le frais yal- Jon que vous voyez là-bas : bon voyage. »

Léon, en sa qualité d'homme, s'était cru obligé de faire partie de Tavant-garde ; mais il était accouru pour protéger Thérèse contre un danger qui n'existait pas.

Connais-tu rien de plus charmant (je ne puis éviter ce mot ) que cette supériorité naissante de l'homme sur la femme? Léon et Thérèse s'aiment tendrement, et chacun, tout en restant dans son rôle, ne néglige pas une seule occasion de donner à l'autre un témoignage d'amour fraternel,

A midi, nous avons fait une halte. Un pâté de jambon est venu s'ajouter au déjeuner champêtre, et personne n'a paru choqué du peu d'harmonie de notre table avec la poésie du lieu.

ka grand regret des enfants, il fut décidé qu'ils

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se reposeraient pendant que leurs parents iraient plus loin.

En dépit de nos mines allongées, nous sommes restés avec Mme Eugénie. Le nuage qui chasse le vent ne disparaît pas plus vite que notre mauvaise humeur, et cette fois-ci encore un heureux incident nous rendit nos joyeuses physionomies.

Un bruit de clochette se fit entendre, et aussitôt nous voilà sur pied, regardant de tous côtés.

Un petit berger de dix ans et son chien rappelaient à Tordre une brebis téméraire qui avait quitté le plateau où ses compagnes broutaient paisiblement*

n n'en fallut pas davantage pour changer le cours des idées de Thérèse et de Léon ; pour être sincère, j'ajouterai : et les miennes. Nous suivîmes Tenfant, et Taccueil qu'il nous fit ne permit pas au chien d'être moins poli.

Arrivés sur la montagne, nous vîmes un beau troupeau broutant avec avidité une herbe touffue. /<% Qu'ils sont drôles! dit Thérèse, ils nous regardent et se remettent bien vite à manger.

— Quelle est cette femme qui tricote? demanda Mme Eugénie.

— C'est ma mère.

— Elle n'a pas fait attention i nous , dit Thérèse.

— Oh I elle vous entend bien ! mais elle n'y voit pas, ma pauvre mère !

— Elle est aveugle? s'écrièrent les enfants.

— Depuis deux ans : je ne la quitte jamais.

— Pauvre femme! Menez-nous près d'elle.

— Oui, vous lui parlerez. »

Quelle est celte femme qui tricote?

Nous vois-tu assis sur l'herbe, le troupeau confié à Bravo, le petit gardien Antoine debout, appuyé sur son bâton et promenant son œil intelligent sur ses moutons et sur nous ?

Xai remarqué. Merveille, que le malheur intimide les âmes généreuses : Thérèse et Léon regardaient la bonne femme sans oser lui adresser la parole.

« Mère, dit Antoine, c'est une dame et ses enfants, un petit garçon et une petite fille. '

— Je me nomme Thérèse et mon frère s'appelle Léon.

— Ils se promènent, ajouta Antoine, et sont venus te voir .»

La pauvre aveugle sourit : « C'est le temps des visites.

— Vous n'y voyez pas du tout, ma bonne? demanda Mme Eugénie.

— Non, mais j'ai vu, répondit-elle avec plus de fierté que de tristesse.

— Vous ennuyez-vous ?

— Jamais, je ne quitte pas Antoine.

' — Vous êtes veuve?

~ Hélas oui ! Mon pauvre Pierre e^t tombé làbas dans le torrent, en voulant sauver une bète.

— Et vous êtes tout seuls I

—Tout seuls, avec le bon Dieu et la Vierge Marie.

— Mais vos yeux sont clairs, comment n'y voyez vous pas?

— Je n'en sais rien ; un jour, j'ai dit : Tiens, tiens, je n'y vois plus!

— Oh ! comme vous avez dû avoir de chagrin I

— J'ai beaucoup pleuré, surtout à cause de mon pauvre Antoine , et puis, j'ai dit : Faut se consolor, puisque cest la volonté d'en haut 1 Mon petit Antoine ne me quitte pas..., ^

— Et ne vous quittera jamais; qu'est-ce que je deviendrais sans vous, mère?3»Et comme Thérèse et Léon semblaient s'étonner qu'il eût besoin de sa Tf^ère aveugle, l'enfant ajouta : « Une mère, dame, c'est toujours utile à son fils, elle y voit toujours pour ça, et quand j'étais malade, l'hiver, ma mère me soignait, tout comme si elle avait ses yeux d'autrefois.

«c II y en a bien dans la montagne, continua Antoine, encouragé par l'intérêt que nous lui prêtions, qui voudraient avoir des bas comme les miens. »

La mère avait repris son ouvrage, et les paroles de son fils donnaient à ses doigts une nouvelle activité..

« Est-ce que vous restez toujours à la montagne?

— Oh! non, il y fait trop froid et nous pourrions mourir de faim. Quand la saison des pâturages est finie, c'est-à-dire à la fin de septembre, nous descendons au village.

, — Les moutons sont-ils à vous?

— Non, répondit en riant le petit Antoine; nous ne sonunes pas riches. Mais nous les gardons ^ et nous les aimons comme s'ils nous appartenaient.

: — Est ce quon vous paye? demanda Léon devenu très-sérieux

— On nous habille et on nous noufrit. Puis, il y a par-ci par-là de petits présents. *

— Vous avez une maison?

— Nous n'ayons rien, mon petit monsieur, nous demeurons tantôt chez Tun, tantôt chez Vautre. On dit que nous portons bonheur.

— Alors, vous n'êtes pas malheureux?

— Ohl pour ça non, dit la mère.

— Pourtant, vous ne voyez pas votre fils I

— Je ne vois que lui, au contraire, je le vois en dedans; et puis, il est toujours près de moi, il me protège, quoique bien jeune encore.

— Mais les montagnes, le soleil, tout, dit Thérèse, vous ne le voyez pas?

— Que voulez-vous? je m'en souviens, et çamt fait plaisir. »

La conversation fut interrompue par une espèce de révolte dans le troupeau.

Bravo, en valeureux capitaine, était partout, à gauche, à droite, en avant, en arrière. Cette manœuvre excita l'admiration des enfants.

a C'est un fameux chien, dit Antoine avec or* gueil; il n'y a pas son pareil dans tout le pays.

— U a l'air bien méchant : voyez comme il mord ce gros mouton I

— Ce gros mouton est un désobéissant; il sait bien qu'il ne doit pas sortir du pâturage.,

— Tenez, dit la pauvre aveugle, vous allez voir

s'il est méchant : Bravo! Bravo! » cria-t-ellc, et aussitôt le chien accourut se jeter dans les genoux de celle dont il avait reconnu la voix; il frottait sa grosse tète contre elle, lui léchait les mains, la regardait, et la bonne femme paraissait heureuse et fière d'être si tendrement aimée par Bravo.

« Allons, mes enfants, il faut nous en aller. Vos parents ne tarderont pas à revenir; notre absence pourrait leur causer de l'inquiétude. Adieu, bonne mère; adieu, Antoine; que Dieu vous garde!... Mais nous permettez-vous de vous offrir un petit cadeau?

-^ Oui, madame.

— Une petite pièce d'or, par exemple?

— Quel bonheur! s'écria Antoine. Moi qui cher-> chais ce matin dans ma tète comment nous ferions pour procurer un jupon chaud à la vieille Marthe?

— Quelle est donc cette vieille Marthe?

— Une pauvre paralytique, abandonnée par ses méchants enfants.

— Cinq francs! dit la mère en les tâtant.

— Mais puisque vous êtes pauvres, reprit Thérèse, vous pourriez bien garder cette pièce pour acheter quelque chose.

— Nous sommes pauvres, c'est vrai, mais nous ne manquons de rien; on nous donne tout, mais

nous n'avons pas le plus petit sou pour faire la xjMirité aux autres. »

^ Après une minute de silence, on se dit adieu encore. La mère et son fils voulurent nous ac« compagner un peu. L'aveugle prit son bâton et marcha seule, lestement, à la grande surprise de Thérèse qui s'était crue une espèce d'héroïne pour avoir gravi le sentier de la montagne sans le secours de son frère.

Nous nous sommes séparés amis, sincères amis. Il n'avait été nullement question de moi dans cette rencontre, et j'en étais bien aise. Une poupée même sérieuse et sensible comme moi eût été déplacée en présence de ce doux et triste tableau. Léon et Thérèse ont été vivement frappés de ces deux existences n'en faisant qu'une. M. etMmeLaunoy n'étaient pas encore descendus de cheval, que Thérèse criait : « Maman, nous sommes allés dans la montagne là-haut, là-haut; maman, nous avons vu une pauvre femme aveugle qui tricote, et son petit garçon Antoine garde les moutons; maman, ils ont un chien qui s'appelle Bravo; maman, Mme Eugénie leur a donné cinq francs, et ils vont acheter un jupon à la vieille Marthe; maman.... x> La mère interrompit le discours par un baiser, tandis que son regard affectueux remerciait la gouvernante d'avoir éveillé la sensibilité des enfants confiés à ses soins.

laO LETTRES DE DEUX POUPÉES.

Quelle longue lettre, chère Merveille! Malgré la légèreté de ma plume et Thabileté de ma main, je suis fatiguée, et il faut encore écrire bien lisiblement que je t'aime et t'aimerai toiyourSi ma chérie,

Charmantic.

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