‹ Lettres de directionChapitre 109 sur 163 · I. III Reg., XIX, II · texte numérisé non relu

I. III Reg., XIX, II

il se répondit à soi-même en continuant son sermon : « Ce n'est point la vanité qui m'a fait monter ici, elle a beau me flatte r^, elle ne m'en fera pas desceTidre. »

Supposé même que vous commettiez de véritables infidélités dans ces occasions, vous ne pouvez y renoncer. Il ne s'agit point de péchés mortels ni considérables, il ne s'agit que de ces fautes vénielles que l'amour-propre renouvelle si souvent, et qu'on n'évite jamais entièrement en cette vie. Les occasions que vous voudriez quitter sont nécessaires et de providence ; elles entrent dans votre vocation. En les retranchant, vous vous rendriez responsable de la chute d'autrui et de votre propre dommage spirituel ; vous vous fermeriez le cœur, vous vous le dessécheriez.

De plus, ne croyez pas qu'au sortir de telles conversations Dieu se retire de vous pour vous punir, et qu'il vous prive des grâces de l'oraison. Non, c'est votre scrupule seul qui, en vous agitant et en vous occupant de vos prétendues fautes, vous trouble, vous fait agir contre l'attrait de simplicité et de paix, vous dérobe la présence de Dieu, et fait tarir la source des grâces sensibles dans votre intérieur. N'écoutez point vos vains scrupules ; tâchez de vous calmer ; accoutumez-vous à compter pour rien ce qui ne mérite point de vous distraire de Dieu. N'admettez d'autre regret de telles fautes, que celui que la paisible présence de Dieu vous inspirera. Vous verrez que cette privation des douceurs de l'oraison vous vient, non de Dieu qui veuille vous punir de vos conversations, mais, au contraire, de vos retours sur vous-même par lesquels vous vous desséchez et résistez à l'esprit de grâce.

Je dois vous dire devant Dieu que je ne connais point d'état plus dangereux ni plus opposé à la perfection que l'extrémité où vous voudriez vous jeter pour être parfaite. La véritable conduite des âmes de grâce est simple, paisible, commune à l'extérieur, éloignée des extrémités. Vous êtes scrupuleuse sans mesure pour les vétilles qui n'ont besoin que d'un seul remède, qui est de les laisser passer sans y songer; et vous ne faites aucun scrupule de tuer votre corps, de dessécher votre intérieur, de résister à votre grâce, d'être indocile, et de vous ronger de scrupules qu'on ne pourrait souffrir à un enfant de sept ans. Au nom de Dieu, croyez-moi, et essayez de passer par- dessus vos peines touchant les conversations et autres choses semblables. Si vous pouvez parvenir à n'y avoir volontairement aucun égard, vous sentirez la liberté des enfants de Dieu : et, loin de perdre votre oraison, vous la verrez plus forte et plus intime. Il suffit de s'arrêter quand l'esprit de grâce fait voir paisiblement que ce qu'on dirait n'est pas au goût de Dieu, et de se condamner en paix quand on a fait la faute de ne s'arrêter pas; après quoi il faut aller bonnement son chemin. Tout ce que vous y mettez de plus est de trop, et c'est ce qui forme un nuage entre Dieu et vous. (VIII, 651.)

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