Voir ses imperfections sans troubles
25 janvier 1703.
J'envoie savoir de vos nouvelles, madame, et je souhaite de tout mon cœur que vous en ayez de bonnes à me donner. xMon Dieu, qu'il y aurait de plaisir à vous voir tranquille, simple, désoccupée de vos retours et de vos vaines délicatesses sur vousmême î Vous faites votre trouble et votre supplice : Dieu ferait alors votre paix et votre consolation. \'ous le quittez à toute heure contre son attrait, pour discourir avec vous-même sur vos fautes. Hé bien ! supposons ces fautes : qu'y a-t-il à faire ? Les réparer par l'arnour, dans l'oubU de tout amour-propre. Le trouble ne répare rien, et gâte tout. L'oraison dominicale efface les péchés véniels. Par où le fait-elle? C'est par l'amour, qui dit : Notre père, qui êtes au ciel. Aimez ce père, dites-lui que sa volonté se fasse, et toutes ces fautes qui vous troublent seront consumées dans le feu de l'amour. Comparez ce qui vous occupe, à Dieu qui voudrait vous occuper. Il veut que vous soyez toute pleine de lui, et vous l'interrompez indignement en repassant sans cesse tout ce que vous avez, non pas voulu et cru, mais rêvé et songé. O quelle infidélité, dont vous ne faites aucun scrupule ! vous coulez le moucheron, et vous avalez le chameau.
Dieu ne peut rien faire en vous, parce que vous préférez votre imagination à sa grâce, et à la con-
viction intime de votre conscience. Vous me dites toujours : que ferai-je ? Ce que vous ne faites point, et ne voulez pas faire : c'est de laisser tomber la tentation dès sa première pointe; c'est de dire tout; c'est de ne douter jamais volontairement, ni de ce qu'on vous dit, ni du secours de Dieu pour l'exécuter ; c'est de vouloir faire quand vous n'avez point de goût consolant, et quand vous êtes obscurcie, comme quand vous êtes dans la lumière et la consolation. Croyez, et il vous sera donné selon votre foi. Écoutez Dieu, et vous n'écouterez plus vos imaginations. Que ne donnerais-je point pour vous voir enfin respirer dans la liberté des enfants de Dieu !
Je suis ravi d'apprendre, depuis ma lettre écrite, par M. l'abbé de Langeron \ que vous avez le cœur en paix. (VIII, 659.)