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L'oubli de soi est la source de la paix

Soyez simple, petite, et livrée à l'esprit de grâce, comme il est dit des apôtres : la paix en sera le fruit. Il n'y a que vous seule qui puissiez troubler votre paix; les croix extérieures ne la troubleront jamais. Vos seules réflexions d'amour-propre peuvent interrompre ce grand don de Dieu. Ne vous en prenez donc jamais qu'à vous-même du mal que vous souffrirez au-dedans. Vous n'avez aucun autre mal que celui du faux remède. Je souhaite fort que votre cœur soit dans la paix du pur abandon, qui est une paix sans bornes et inaltérable, mais non pas dans la paix qui dépend des appuis recherchés et aperçus.

Ce que je vous désire plus que tout le reste est un profond oubli de vous-même. On veut voir Dieu en soi, et il faut ne se voir qu'en Dieu. Il faudrait ne s'aimer que pour Dieu, au lieu qu'on tend toujours, sans y prendre garde, à n'aimer Dieu que pour soi. Les inquiétudes n'ont jamais d'autres sources que l'amour-propre : au contraire, l'amour de Dieu est la source de toute paix. Quand on ne se voit qu'en Dieu, on ne s'y voit plus que dans la foule, et que des yeux de la charité, qui ne trouble point le cœur.

Il n'y a jamais que l'amour-propre qui s'inquiète et qui se trouble. L'amour de Dieu fait tout ce qu'il faut d'une manière simple et efficace, sans hésiter ; mais il n'est ni empressé, ni inquiet, ni troublé.

L'esprit de Dieu est toujours dans une action paisible. Retranchez donc tout ce qui irait plus loin et qui vous donnerait quelque agitation. Le parfait amour chasse la crainte^ Calmez votre esprit en Dieu, et que Tesprit calmé prenne soin de rétablir le corps. Retirez-vous en celui qui tranquillise tout, et qui est la paix même. Enfoncez-vous en lui jusqu'à vous y perdre et à ne vous plus trouver.

C est dans l'oubli du moi qu'habite la paix. Partout où le 77ioi rentre, il met le cœur en convulsion^ et il n'y a point de bon antidote contre ce venin subtil. Heureux qui se hvre à Dieu, sans réserve, sans retour, sans songer qu'il se livre. (VIII, 709.)

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