h presse de suivre les mouvements de sa conscience
30 octobre 1705.
^'ous voilà, monsieur, à la fin de votre campagne, et me voilà dans l'espérance de vous voir repasser bientôt. Je prendrai la liberté de vous faire bien des questions indiscrètes ; il faudra bien que vous me les pardonniez. Rendez ma joie complète, je vous en conjure. Que je serai content si je vous trouve décidé, et entièrement d'accord avec vous-même ! On ne contente ni soi ni autrui, quand on porte au dedans de soi un fond qu'on ne peut ni suivre ni étouffer. On se tourmente, on se craint soi-même ; on n'ose être seul avec soi, ni rentrer dans son propre cœur : on est comme un homme chassé de chez soi, qui est réduit à errer tout autour comme un vagabond. D'ail-
I. Cinquième fils du duc de Chevreuse, le vidame d'Amiens devint duc de Chaulnes en 171 1, par l'érection, en sa faveur, du comté de Chaulnes en duché-pairie. Il s'adressa à Fénelon pour mettre fin à sa vie légère et dissipée. Rien de plus touchant que les lettres du directeur au jeune vidame. Fortes et tendres, elles réveillèrent cet esprit endormi, mais plein de bonne volonté, et le tournèrent vers Celui qui donne la paix. Le duc de Chaulnes mourut maréchal de France en 1744. (Voyez Fénelon, directeur de conscience. Livre VI, ch. 1er.)
leurs on n'est point naturel dans le commerce des autres, car on marche avec des entraves. Mettez-vous donc en liberté. Elle consiste à n'être plus entraîné par faiblesse^ malgré sa conviction et contre le vrai fond de son cœur. Il en coûte d'abord, mais bien moins qu'on ne s'imagine, et cette courte peine se tourne en consolation pour toujours.
Horace, quoique païen et libertin, a dit : Sapere aiide; et encore : Diiiiidiiim facti, qui cœpit, habet \ Voulez-vous qu'il ne vous en coûte rien, pour vous délivrer de tout ce qui vous coûte tant ? Je vous attends de pied ferme, et vous n'aurez pas aussi bon marché de moi, que du milord Marleboroug. (VII,