Manière dont il doit se préparer à VÈpiscopat
50 décembre 1704.
C'est avec la plus vive reconnaissance que j'ai reçu la dernière lettre que votre Altesse Électorale m'a fait l'honneur de m'écrire. Que puis-je faire pour
1. Joseph-Clément de Bavière, électeur de Cologne, fils de Ferdinand Wolfang, duc de Bavière (1671-1723), fut élu archevêque et électeur de Cologne en 1688 ; il était déjà évéque de Ratisbonne et de Frisingue, et quelques années plus tard, il réunissait encore sur sa tète les évêchés de Liège et de Hildesheim.
L'Electeur se contenta jusqu'en 1707 de jouir de ses revenus ecclésiastiques, sans se mettre en devoir de recevoir la consécration épiscopale, ni même les ordres sacrés. La guerre de succession d'Hspagne l'obligea à venir en France, C'est alors qu'il vit et estima Fénelon. Celui-ci inspira à l'Électeur de Cologne une conduite et des sentiments plus conformes à l'esprit chrétien et aux règles de l'Église. Le princc-évêque entendit avec docilité la voix de lareligion. La crainte du fardeau de l'épiscopat fit différer son sacre, mais il s'y prépara par les pratiques de piété que Fénelon lui conseilla. 11 dit sa première messe à Lille le i^r janvier 1707. Le ler rnai, il reçut dans la même ville la consécration épiscopale des mains de Fénelon. L'archevêque de Cambrai prononça à cette occasion un discours regardé comme une des plus belles productions de l'éloquence de la chaire, par l'heureux accord des pensées les plus sublimes et des exhortations les plus pathétiques. {Œuvres complètes^ t. V, p. 604.)
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mériter tant de bontés ? sinon vous obéir en vous parlant avec toute la liberté et toute la simplicité que vous exigez de moi.
Le Pape agit en vicaire de Jésus-Christ, qui porte dans son cœur la sollicitude de toutes les églises. Il voit les maux déplorables que plusieurs vastes diocèses souffrent ; des troupeaux innombrables y sont errants, et y périssent tous les jours, faute de vrai pasteur; les petits demandent du pain, et il n'y a personne pour le leur rompre. Si chacun de ces grands diocèses, qui aurait sans doute besoin d'être partagé en plusieurs, avait au moins uq bon évêque, cet évêque dépenserait peu à son église et travaillerait beaucoup pour elle ; il porterait le poids et la chaleur du jour ; il défricherait le champ du Seigneur de ses propres mains, à la sueur de son visage ; il arracherait les ronces et les épines qui étouffent le grain, il déracinerait les scandales et les abus; il disciplinerait le clergé ; il instruirait les peuples par sa parole et par son exemple; il se ferait tout à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ. Vous occupez vous seul, monseigneur, la place de plusieurs excellents évèques, sans l'être. Faut-il s'étonner qu'un saint pape, qui est fort éclairé, gémisse pour ces grands troupeaux presque abandonnés ?
Mais, d'un autre côté, rien n'est si terrible que de devenir évêque, sans entrer dans toutes les vertus épiscopales ; alors le caractère deviendrait comme un sceau de réprobation. Vous avez la conscience trop délicate pour ne craindre pas ce malheur. Plus les diocèses que vous devez conduire sont grands et rem-
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plis de besoins extrêmes, plus il faut un courage apostolique pour y pouvoir travailler avec fruit. Si vous voulez enfin être évêque, monseigneur, au nom de Dieu, gardez- vous bien de l'être à demi. Il faut être l'homme de Dieu et le dispensateur des mystères de Jésus-Christ : il faut qu'on trouve toujours sur vos lèvres la science du salut ; il faut que chacun n'ait qu'à vous voir pour savoir comment il faut faire pour servir Dieu ; il faut que vous soyez une loi vivante,, qui porte la religion dans tous les cœurs; il faut mourir sans cesse à vous-même pour porter les autres à entrer dans cette pratique de mort, qui est le fond du christianisme. Il faut être doux et humble de cœur, ferme sans hauteur et condescendant sans mollesse, pauvre et vil à vos propres yeux, au milieu de la grandeur inséparable de votre naissance; il ne fiLit donner à cette grandeur que ce que vous ne pourrez pas lui refuser. Il faut être patient, appliqué, égal, plein de défiance de vos propres lumières, prêt à leur préférer celles d'autrui quand elles seront meilleures, en garde contre la flatterie qui empoisonne les grands, amateur des conseils sincères, attentif à chercher le vrai mérite et à le prévenir; enfin il faut porter la croix dans les contradictions et aller au ministère comme au martyre : sed nihil horum vereor, nec facio animam nieani pretiosiorem quant me\ Pour entrer ainsi dans l'espiscopat, il faut que ce soit un grand amour de Jésus-Christ qui vous presse; il fliut que Jésus-Christ vous dise comme à