‹ Lettres de directionChapitre 154 sur 163 · I . Ps. XXXVI · texte numérisé non relu

I . Ps. XXXVI

que font souvent bien des âmes sans y prendre g;irde ; elles ne cherchent que le goût et le plaisir dans l'oraison; elles sont toutes dans le sentiment; elles ne prennent pour réel que ce qu'elles goûtent et imaginent; elles deviennent en quelque manière enthousiastes. Sont-elles en ferveur? elles entreprennent et décident tout; rien ne les arrête, nulle autorité ne les modère. La ferveur sensible tarit-elle ? aussitôt ces âmes se découragent, se relâchent, se dissipent et reculent; c'est toujours à recommencer : elles tournent comme une girouette à tout vent; elles ne suivent Jésus-Christ que pour les pains miraculeusement multipliés ' ; elles veulent des cailles au désert-; elles cherchent toujours, comme saint Pierre, à dresser des tentes sur le Thabor, et à dire ^ : O que nous sommes bien ici ! Heureuse l'àme qui est également fidèle dans l'abondance sensible et dans la privation la plus rigoureuse ! Siciit mons Sion uoncommovebitiir^. Elle mange le pain quotidien de pure foi et ne cherche ni à sentir le goût que Dieu lui ôte, ni à voir ce que Dieu lui cache : elle se contente de croire ce que l'Eglise lui enseigne, d'aimer Dieu d'une volonté toute nue, et de faire, quoi qu'il lui en coûte, tout ce que l'Evangile commande et conseille. Si le goût vient, elle le reçoit comme le soutien de sa faiblesse ; s'il échappe, elle en porte en paix la privation et aime toujours. C'est l'attachement au sensible qui fait tantôt le découragement, tantôt l'illusion ; au con-

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