PRÉFACE IX
passions, l'objet de notre destinée, les moyens de la réaliser? La littérature de direction emplit tout le xvii^ siècle, et commencée au siècle précédent, déborde sur le suivant; en outre elle a eu au xix^ siècle une renaissance : combien compte-t-on de genres littéraires qui chez nous aient eu une telle continuité, une telle abondance de production et puissance de renouvellement? Genre parallèle à celui de l'éloquence de la chaire, il a plus d'une fois suppléé à l'insuffisance de celui-ci et il a fourni une carrière plus longue. Ce genre dont l'objet est si précisément défini et circonscrit est d'ailleurs un de ceux où l'on trouve le plus de variété. Les méthodes de direction ne sont pas les mêmes à Port-Royal ou chez les Jésuites, à Saint-Sulpice ou à l'Oratoire. Chaque écrivain de génie y a mis, avec l'empreinte de ce génie, les qualités propres de sa nature : un saint François, sa tendresse et sa grâce ; un Bossuet, son bon sens, sa vigueur, sa santé robuste ; un Fénelon, sa finesse d'esprit et sa pénétration.
Enfin, ce qui n'est pas le moins curieux, ou, pour mieux dire, ce qui est le plus admirable, en dépit de cette diversité des méthodes
on retrouve presque chez tous une même sûreté dans la direction. Comme on se tromperait si, dupe des agréments de style, ou peut-être inquiété par le souvenir d'ouvrages d'une orthodoxie douteuse, on croyait que tels ou tels ont été des directeurs de conscience sujets à caution, capables d'engager les âmes dans les voies périlleuses, ou indulgents à l'excès ! Qu'on relise la correspondance spirituelle de saint François ! Qu'on relise celle de Fénelon ! On sera surpris de la fermeté, et souvent de la rudesse de leurs conseils.
Il serait à souhaiter qu'un écrivain se trouvât pour nous donner une « Histoire de la littérature de direction en France ». Cette histoire, a-t-on essayé de l'écrire? En tout cas elle n'existe pas, puisqu'elle n'est pas au nombre des livres avec lesquels vivent familièrement les lettrés. Il faudrait qu'elle s'adressât à tout le public de ceux qui lisent — ils ne sont pas tant! — et non pas seulement au public ecclésiastique. L'auteur en pourrait être un prêtre qui eût vécu dans le monde. Ou encore il pourrait être un laïque, familier avec les lettres sacrées et qui eût, à la passion,