‹ Lettres de directionChapitre 45 sur 163 · I. Matth., X · texte numérisé non relu

I. Matth., X

écrire ; mais vous savez que la vie se passe en bons désirs sans effets, sur des matières encore plus importantes que les devoirs de la société. Mon bon propos a été donc, madame, de vous demander de vos nouvelles : et beaucoup de vilains petits embarras m'en ont toujours ôté la liberté. Je n'ai pourtant pas ignoré l'état où vous êtes ; car M. le comte de Gramont me l'a expliqué. Si Bourbon vous est aussi favorable qu'à lui, je ne m'étonne pas qu'il vous fasse oublier la Cour. Bourbon est pour lui la véritable fontaine de Jouvence, où je crois qu'il se plonge soir et matin. Versailles ne rajeunit pas de même ; il y faut un visage riant, mais le cœur ne rit guère. Si peu qu'il reste de désirs et de sensibilité d'amour-propre, on a toujours ici de quoi vieillir : on n'a pas ce qu'on veut ; on a ce qu'on ne voudrait pas. On est peiné de ses malheurs, et quelquefois du bonheur d'autrui ; on méprise les gens avec lesquels on passe sa vie, et on court après leur estime. On est importuné, et on serait bien fâché de ne l'être pas et de demeurer en solitude. Il y a une foule de petits soucis voltigeants, qui viennent chaque matin à votre réveil, et qui ne vous quittent plus jusqu'au soir ; ils se relaient pour vous agiter. Plus on est à la mode,. plus on est à la merci de ces lutins. Voilà ce qu'on appelle la vie du monde, et l'objet de l'envie des sots» Mais ces sots sont tout le genre humain aveuglé. Tout homme qui ne connaît point Dieu qui est tout, et le néant de tout le reste, est un de ces sots qui admirent et qui envient un état très misérable. Aussi le Sage

a-t-il dit que h nombre des sots est infini \ Je souhaite de tout mon cœur, madame, que vous ayez le bon esprit que Dieu doîtne, comme il est écrit dans l'Evangile % à tous ceux gui le demandent. Ce remède, pour guérir les cœurs, est préférable aux eaux, qui ne guérissent que le corps. Il faut songer à rajeunir en Jésus-Christ pour la vie éternelle, et laisser vieillir cet homme extérieur, qui est, selon saint Paul^, le corps du péché. C'est vous faire un trop long sermon. Pardonnez-le, s'il vous plaît, madame, à un homme qui a gardé un long silence. (VIII, 614.)

Fr. de Fénelox, n. Arch. de Cambrai.

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