FÉNELON, DIRECTEUR DE CONSCIENCE
La correspondance de l'archevêque de Cambrai est sans contredit la partie la plus intéressante de ses œuvres si nombreuses et si variées. Les Lettres spirituelles sont tout spécialement attachantes : c'est le chef-d'œuvre de Fénelon. « Toutes les variétés de sentim.ents, toutes les sortes d'esprit y sont : et quelle connaissance de Thomme et du monde, des ressorts par lesquels se manient les cœurs ! Quel exquis ménagement des intérêts légitimes et quelle délicieuse souplesse pour se couler dans une âme, pour s'établir dans son centre et en régler tous les mouvements! quelle irrésistible séduction, qui fait l'idéal chrétien aimable et ne l'abaisse pas ! Ces lettres sont l'œuvre où il faut chercher Fénelon tout entier'. »
Fénelon n'a pas été le théoricien de la direction de conscience. Nous aurions aimé voir ce grand esprit si clair et si tin laisser à la postérité la somme de ses pensées sur ce grave sujet; livrer, au soir de
I. Lanson, Littérature française, p. 603. Fénelon. — Lettres de direction i
sa vie, les secrets de son âme et les causes de sa iii3^stérieuse influence sur les cœurs. Nous nous imaginons, non sans raison, que ni pour le style ni pour l'intérêt des questions, le Directeur de l'archevêque de Cambrai n'eût été inférieur à VOrator du grand avocat de Rome. Mais la mort est venue le surprendre avant qu'il ait songé peut-être au rêve que nous caressons.
Nous pouvons cependant dégager de la Correspondance spirituelle la physionomie de Fénelon, directeur de conscience '.
Déjà une Lettre sur la direction^ nous apprend quell^ sublime idée le grand évêque se faisait du directeur chrétien, de sa science, de sa piété, de sa prudence.
Sans la science, il n'y a point de sécurité dans la doctrine et dans les décisions ; sans piété, il n'y a ni zèle ni intelligence des choses divines; sans prudence, on n'aura ni conseil ni mesure.
Le directeur doit savoir la doctrine chrétienne et les règles de la spiritualité. « Dieu garde mes religieuses, disait sainte Thérèse, de se conduire en
1. Nous renvoyons les lecteurs à notre ouvrage: Fénelon, directeur de conscienu, 2^ édition, in-i2, Paris, Poussielgue.
2. Œuvres couipUtes àt ¥énQ\or\, édition Gaume, grand in-8, t. V, p. 728.
tout par un confesseur ignorant, quoiqu'il leur paraisse spirituel et qu'il le soit en effets » Il étudiera le tempérament des âmes qui s'adressent à lui ; il connaîtra leur pensées, leurs goûts, leurs desseins, leurs secrètes aspirations ; les sources vives de leur vie morale, leurs peines, leurs espérances, leurs craintes. Sa connaissance ne se borne pas à des catégories : « il appelle ses brebis par leur nom »; il connaît chacune en particulier.
La piété, cette inclination du cœur vers Dieu qui nous le fait aimer comme notre père, est nécessaire au directeur. Comment conduire les âmes dans des voies que nous ignorons ? Comment parler le langage de l'amour, si nous ne connaissons que celui de la crainte ? Sans la piété, on n'a pas l'intelligence des attraits, des besoins, des désirs qui tourmentent les âmes ; elles languissent comme des plantes privées de rosée.
Le zèle est le résultat de la piété. Celui qui aime Dieu veut la gloire, et la gloire de Dieu c'est, la perfection des êtres. Que ce zèle soit pur : il faut aimer lésâmes, non pour jouir d'elles, mais pour les conduire au ciel; éclairé, le directeur ne doit pas exagérer les préceptes de TÉglise et les conseils de l'Évangile ; l'esprit humain, désespérant d'arriver â une perfection impossible, se retire triste et découragé. Serait-ce d'un zèle éclairé de conseiller les mêmes pratiques de dévotion aux prêtres et aux soldats, aux enfants et aux hommes : Il faut être patient, savoir