‹ Lettres de directionChapitre 57 sur 163 · A MADAME DE MAINTENON IO · texte numérisé non relu

A MADAME DE MAINTENON IO

Le zèle de vous mortifier ne doit jamais ni vous détourner de la solitude, ni vous arracher aux occupations extérieures. Il faut tour à tour et vous montrer et vous cacher, et parler et vous taire. Dieu ne vous a pas mise sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin que vous éclairiez tous ceux qui sont dans la maison. Il faut donc luire aux yeux du monde, quoique l'amour-propre se complaise malgré vous dans cet éclat. Mais vous devez vous réserver des heures pour lire, pour prier, pour reposer votre esprit et votre corps auprès de Dieu.

N'allez point au-devant des croix : vous en chercheriez peut-être que Dieu ne voudrait pas vous donner, et qui seraient incompatibles avec ses desseins sur vous. Mais embrassez sans hésiter toutes celles que sa main vous présentera en chaque moment. Il y a une providence pour les croix, comme pour les choses nécessaires à la vie. C'est le pain quotidien qui nourrit l'âme, et que Dieu ne manque jamais de nous distribuer. Si vous étiez dans un état plus libre, plus tranquille, plus débarrassé, vous auriez plus à craindre une vie trop douce : mais la vôtre aura toujours ses amertumes, tandis que vous serez fidèle.

Je vous supplie instamment de demeurer en paix dans cette conduite droite et simple. En vous ôtant cette liberté, par un certain empressement pour des mortifications recherchées, vous perdriez celles que Dieu est jaloux de vous préparer lui-même, et vous vous nuiriez sous prétexte de vous avancer. Soyez libre, gaie, simple, enfant ; mais enfant hardi, qui ne craint rien, qui dit tout ingénument, qui se laisse

mener, qu'on porte entre les bras, en un mot, qui ne sait rien, qui ne peut rien, qui ne prévoit et n'ajuste rien ; mais qui a une liberté et une hardiesse interdite aux grandes personnes. Cette enfance démonte les sages, et Dieu lui-même parle par la bouche de tels enfants. (VI, 79.)

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