I. Caro, Nouvelles études morales, p. i66 et suiv
ment sous cette impulsion, il délibère, compare, raisonne. L'âme reste toujours maîtresse d'elle-même. Fénelon respecte les magnifiques splendeurs de Fesprit humain. L'homme est roi de l'univers par cette merveilleuse faculté du « vouloir » ; c'est le dégrader que de le conduire sans raisons; il a droit à savoir le pourquoi et les causes. Sa volonté ne peut suivre que sa pensée. « Pour la personne dont vous me parlez, vous n'avez qu'à faire ce que j'imagine que vous faites, qui est de l'attendre, de ne la pousser jamais, de la laisser presser intérieurement à Dieu seul, de lui dire ce que Dieu vous donne quand elle vient à vous; de le lui dire doucement, avec amitié, support, patience et consolation'. » C'est ainsi que Fénelon suit les voies de Dieu, il ne presse jamais l'âme; il parle, il conseille et il attend.
Les correspondants spirituels de Fénelon sont pour la plupart des personnes du monde : c'est le duc de Bourgogne et M""^ de iMaintenon ; c'est Beauvilliers, Chevreuse et son fils, le duc de Chauines ; ce sont les duchesses, filles de Colbert et leurs frères, Seignelay et Blainville ; c'est la comtesse de Gramont, néeHamilton, la comtesse de Montberon ; ce sont des jeunes gens, des jeunes filles, des femmes illustres par leur piété dont l'anonymat garde quelque chose de mystérieux.