I. Voyez ci-après, Lettre 83e
Le savant directeur fut assez souple pour guider tant d'âmes différentes. Dans ces directions si diverses de ton et de mesure, il y a un fonds commun admirable : c'est la science du cœur et de la vie. Fénelon est un éminent moraliste.
Il excelle dans les fines peintures et dans les délicates analyses de Tâme trop intéressée souvent à s'ignorer. Telles lettres sur la mollesse % sur l'orgueil \ sur les vanités du monde^, avec ce style vif, pittoresque, deviennent des tableaux inimitables. Ce n'est pas un vain exercice de psychologie, comme une étude d'anatomie. En même temps que le moraliste chrétien découvre au patient étonné les vices de sa constitution morale, il lui offre les remèdes ; il frappe et il guérit, il brise et il console. C'est une philosophie pratique.
L'humilité est la base de toute réforme morale. Aussi Fénelon poursuit avec une rare vigueur l'amour de la volonté propre, sentiment presque insaisissable chez les personnes pieuses^ et partout présent. A la vérité, il dénonce les déguisements de l'orgueil non pas dans les formules amères d'un La Rochefoucauld, mais dans une critique saine et complète. Les personnes qu'il dirigeait auraient voulu faire de grands pas dans la vertu, goûter les joies de l'amour de Dieu, — amour-propre que ces désirs impatients. — Demander les suavités intérieures dans la médita-