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AU MARQUIS DE BLAINVILLE

maximes mondaines, et que l'esprit de Jésus-Christ n'y laissera plus aucune trace de vos anciens préjugés, alors il faudra examiner l'attrait que la grâce vous donnera, et le suivre pas à pas sans le prévenir. Cependant demeurez en paix dans le sein de Dieu, comme un petit enfant entre les bras de sa mère. Contentez-vous seulement de penser à vos sujets de méditation d'une manière simple et aisée, laissezvous aller doucement aux vérités qui vous touchent, et que vous sentez qui nourrissent votre cœur ; évitez tous les efforts qui échauffent la tète, et qui mettent souvent beaucoup moins la piété dans une volonté pure et droite de s'abandonner à Dieu, que dans une vivacité d'imagination dangereuse. Fuyez aussi toutes les réflexions subtiles : bornez-vous à des considérations aisées ; repassez-les souvent. Ceux qui passent trop légèrement d'une vérité à une autre ne nourrissent que leur curiosité et leur inquiétude ; ils se dissipent même l'esprit par une trop grande multitude de vues. Il faut donner à chaque vérité le temps de jeter une profonde racine dans le cœur ; car il n'est pas seulement question de savoir, l'essentiel est d'aimer.

Rien ne cause de si grandes indigestions que de manger beaucoup et à la hâte. Digérez donc à loisir chaque vérité, si vous voulez en tirer tout le suc pour vous en bien nourrir. Mais point de retours inquiets sur vous-même ; comptez que votre oraison ne sera bonne, qu'autant que vous la ferez sans vous gêner, sans vous échauffer, et sans être inquiet. Je sais bien que vous ne manquerez pas d'avoir

beaucoup de distractions ; mais il n'y a qu'à les supporter sans impatience, et qu'à les laisser disparaître, pour demeurer attentif à votre sujet, chaque fois que vous apercevrez l'égarement de votre imagination. Ainsi ces distractions involontaires ne pourront vous nuire, et la patience avec laquelle vous les supporterez, sans vous rebuter, vous avancera plus qu'une oraison plus lumineuse, où vous vous complairiez davantage. Le vrai moyen de vaincre les distractions est de ne les attaquer point directement avec chagrin : ne vous rebutez ni de leur nombre ni de leur longueur. Je n'ai point vu le livre du père Jésuite dont vous me dites tant de bien. J'espère que vous me le montrerez à votre retour. Vous savez, monsieur, combien je vous suis dévoué à jamais en notre Seigneur. (VIII, 510.)

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