LX
Ma chère fille,
J'ai été doublement heureux de pouvoir célébrer ce matin la sainte messe, car à la pensée de la fête s'ajoutait celle de votre amie tristement disparue à pareille date. J'ai senti le grand vide que vous laissait cette amitié unique et aussi forte que la vie même. Vous n'aviez ni la même nature, ni les mêmes idées, mais vous admiriez chacune les qualités de l'autre. Rien ne séparait vos deux cœurs.
Elle me laisse à moi aussi de la tristesse. Son âme était
si douce, ses sentiments si élevés ! Ses défauts n'étaient que l'excès de ses qualités. Je m'étais habitué à la voir comme une partie de vous-même; de là mon affection et ma souffrance.
Il faut bannir tout découragement. La vie lasse parfois. Ce qui rassérène et donne du courage, c'est de se plonger dans la bonté et la miséricorde infinies, de s'en impressionner s'il se peut. Alors tout est lumineux et pai-* sible en soi et autour de soi. — Je tenais à épancher mon âme dans la vôtre en ce jour. Je trouve dans votre pieuse affection tant de sécurité, tant de force !
Croyez que je suis bien votre père.