XIII
Madame et chère fille en Notre-Seigneur,
Vous avez reçu une grande grâce en entrant plus nettement et plus profondément dans la connaissance de l'action de1 Jésus en vous. C'est l'élément de l'union le plus intime et aussi le plus impressionnant. Une âme fortement et doucement occupée de cette pensée s'efforce de
penser, de sentir et d'agir comme le ferait Jésus. C'est plus que de l'imitation, vous le comprenez. C'est Lui que vous laissez agir ou que vous faites agir, car si l'imitation est cherchée en Lui, elle reste pourtant en nous, qui nous détermine, d'après la lumière de la raison et de la foi, la seule manière ordinaire de connaître sa pensée. Je crois que vous trouverez en cette direction le remède le plus efficace à la sensibilité excessive et à des tentations de domination que vous me signalez : Jésus ne veut pas agir ainsi par vous !
Pour la case de l'examen particulier, je vous autorise à la note sur la valeur de ce coup d'oeil qui équivaut à l'examen particulier. Ce doit être plus vivant pour vous. II est bon de suivre les moyens qui satisfont le mieux notre attrait : le but est mieux atteint.
Pour la mortification, soyez surtout fidèle à toutes celles qui sont de nature à éloigner les obstacles à l'amour divin. Ne prenez dans les mortifications afflictives que celles qui correspondent à votre situation et à un attrait (non peut-être de sentiment, mais de raison) : ces sortes de mortifications ont surtout pour but de ranimer la piété. Jugez d'après cela.
Madame et chère fille en Notre-Seigneur,
Oui, aimez beaucoup la simplicité, mais ne vous dépitez pas contre vous-même quand vous vous surprenez y manquant.
J'insiste sur l'application à chercher Jésus et à le regarder. C'est le seul vrai moyen de moins se considérer soimême. Vous gagnerez peu, en ce moment, à vous étudier. Vous vous connaissez assez, et vous y perdriez beaucoup : Dieu moins vu, moins goûté... du mécontentement souvent. Il faut aller à Dieu le cœur dilaté. Le prochain est une grande ressource, quand surtout nous sommes dans la sécheresse : Dieu prenant pour Lui ce que nous faisons pour le prochain : bonté, attentions, support très doux
et aussi réprimandes, conseils, encouragements... le tout bien imprégné du désir de plaire à Dieu.
Madame et chère fille en Notre-Seigneur,
Je fais un sacrifice en me résignant à ne vous écrire que quelques lignes, tant les vœux que je forme pour votre âme me sont chers. Je veux vous voir toujours en paix, ne perdant aucune de vos ressources à vous tourmenter, mais les employant toutes à vivre de Dieu ; aimant sans attache les occupations de votre ménage parce qu'elles vous sont demandées chacune par lui, profitant des moments de liberté pour monter au Ciel respirer un air pur, enfin cherchant partout tranquillement quelque bien à faire aux autres. Aidez-vous de la lecture de livres qui élèvent ou qui touchent. Sachez vous résigner aux aridités et aux dégoûts qui peuvent survenir. Tout est bon pour qui aime Dieu vraiment, et non son contentement personnel; mais laissez-moi vous le répéter, que tout cela se passe sous le Ciel d'une vaste paix.