XXXIX
Madame et chère fille en Notre-Seigneur,
Soyons toujours contents de ce que Dieu fait et des conditions où il nous place. Parfois elles paraissent moins favorables à l'union que nous voulons avoir avec Lui : au fond, cette union se fait d'une façon moins apparente par la volonté. Vouloir tout, et avec confiance. Se tenir en paix. Faire des efforts sérieux, mais pas excessifs et sans empressement. Protester à Dieu qu'on l'aime de toute son âme... voilà au fond la vie surnaturelle, telle que la permettent toutes les circonstances. Il est réservé à certaines situations, comme à certaines heures, d'aviver le sentiment de cette union.
Nous devons les désirer, mais paisiblement.
Madame et chère fille en Notre-Seigneur,
Il ne faut pas qualifier toujours comme résistance à la grâce certaines satisfactions d'ordre naturel qu'on se permet. La distinction n'est pas chaque fois très facile, et il ne faut pas examiner longuement ces cas qui sont fréquents. Ce qui importe, c'est de ne rien s'accorder avec une conscience restée douteuse; on sort du doute prati-
quèment par celle affirmation sincère : « Mon Dieu, si je croyais que vous me demandez ce renoncement, je vous le donnerais aussitôt ; mais je crois que vous me permettez cette petite satisfaction, ce repos, cette jouissance. »
Étant donné votre position et votre nature, vous devez éviter les conclusions absolues que peuvent et que doivent parfois tirer des personne.? dont la vie est strictement à Dieu, comme les religieuses et aussi certaines personnes du monde qui se sont entièrement livrées à la perfection.
Faites la part de la mortification et celle d'un légitime réconfort. Veillez seulement à ce que ce que vous vous accordez ne vous amollisse pas et ne vous laisse pas Y esprit dissipé.
Que le divin Maître se fasse sentir à votre cœur; vous trouverez là plus de repos et plus de joie que dans les satisfactions naturelles. Soyez alors plus inclinée du côté de la privation, tandis que vous pourrez prendre plus de latitude quand la sécheresse dominera.