‹ Lettres de directionChapitre 24 sur 43 · XL · texte numérisé non relu

XL

Madame et chère fille en Notre-Seigneur,

Ne craignez pas d'avoir pour votre âme les plus hautes prétentions. Ce n'est pas en vain que Dieu a mis si avant dans votre nature le sentiment du plus parfait. Idéal ne veut pas dire imagination, mais tendance à ce qui est élevé et grand. Ne vous privez donc pas de ce secours en vous défiant de lui, mais poursuivez-le humblement. Regardez-le comme un moyen d'aimer Dieu davantage et de lui ressembler toujours plus.

Ce sentiment, comme tous les autres, demande à être surveillé et dirigé. Il n'est pas un but, mais un moyen. Quand vous vous en êtes écartée, il vous porterait au relâchement s'il n'était pas relevé par l'humilité; c'est pourquoi je vous disais de le poursuivre humblement.

L'humilité éteint tout dépit et ranime le courage en montrant que nous pouvons tout réparer avec le secours de Dieu et un nouvel effort. Elle nous montre notre défection comme toute naturelle et notre relèvement comme l'amour voulu de Dieu et facile avec son aide.

Madame et chère fille en Notre-Seigneur,

C'est donc la paix, une magnifique paix, ferme et haute, que je vous souhaite. Ayez d'immenses désirs de perfection, désirs trop grands pour être réalisés tout à fait; ayez donc, à côté, une humilité sans mesure qui ne se trouble de rien. Que rien n'arrête l'élan de votre amour pour Dieu, pas même l'évidence (apparente ou réelle) de votre peu de mérite. C'est Lui qui mérite d'être aimé, et ce motif est éternel. La grâce nous rend capables de ce qui dépasse toute nature et tout effort. Partons pleins i d'une joyeuse confiance.

Quand je vois le bonheur qui règne dans votre vie de famille, je me réjouis et je tremble ! N'est-ce pas le propre d'une affection profonde, instruite par une longue expérience de la vie ! Ah ! puisse le Dieu que nous aimons se contenter des petites peines qui traversent sans cesse la vie la plus favorisée ! Et qu'est-ce que cela en face des tristesses dont j'ai été si souvent le témoin ! Au milieu de l'insécurité universelle, cherchons Dieu, notre refuge, notre appui, notre espoir. Faisons planer au-dessus de tout ce qui passe les grandes ailes de l'éternité, qu'elles emportent dans les hauteurs, au-dessus des nuages, notre pauvre pensée craintive. Vivons d'avance où nous vivrons toujours !

Mes chers amis,

C'est avec une satisfaction particulière que je viens vous apporter V Alléluia de Pâques. Après les grandes épreuves la joie est plus profonde et plus douce. Cet « Alléluia » sera un acte de remerciement et aussi un hommage à la Paternité divine qui a veillé sur votre chère enfant. Il faut plus que jamais s'abandonner à Elle en tout et toujours. Il faut tout espérer et en même temps être disposés à tout accepter. Cette disposition n'enlève à la souffrance que ses excès et les désordres qu'ils causent; elle laisse à l'âme toute sa sensibilité, et cette sensibilité elle-même devient la source des plus grands actes et des plus grands mérites, car elle oblige l'amour de Dieu, pour la dominer, à dépasser ses limites ordinaires. Jésus, à l'agonie, n'eût pas été aussi grand s'il n'avait pas laissé sa sensibilité repousser avec horreur le calice que son « fiât » retenait et aimait. Que de beaux actes vous aurez faits ainsi ! Quel accroissement d'amour se sera produit dans le cœur de Dieu et dans le vôtre !

Madame et chère. fille en Noire-Seigneur,

Ne vous étonnez pas de l'impression habituelle de lassitude qu'éprouve votre moral : c'est l'effet lointain des brisements de cet hiver. Nous n'avons pour les exercices de la vie pieuse que notre pauvre nature élevée et soutenue par la grâce. Son état se fait donc sentir dans nos rapports avec Dieu. Je vous conseillerais de chercher Notre-Seigneur fidèlement, sans contention et avec confiance. Vous le trouverez sinon d'une façon qui le contente, du moins d'une façon qui vous unira de pensée et de cœur, sérieusement et utilement. Comme moyen

je n'en vois pas de plus efficace que l'examen particulier. Cet exercice peut trouver sa place à tel ou tel moment de la journée, ou bien se diviser en plusieurs retours plus courts, mais sérieux. Il serait bon de marquer votre note.

Madame et chère fdle en Notre-Seigneur,

Parlons de votre âme dont vous m'ouvrez avec une parfaite clarté les dernières pages. Sans entrer dans des explications, je vous affirme sans la moindre hésitation que vous n'avez commis aucune faute vénielle. Vous avez été violemment persécutée par votre nature, que vous pouvez sans doute désavouer, mais qui vous impose ses impressions et presque ses jugements.

C'est pourquoi le remède que je voudrais vous proposer consiste, non pas à combattre, mais à porter ailleurs vos pensées. Je vois le divin Maître si grand, si bon, se présentant à vous et vous demandant de tourner vers Lui tout ce que vous pouvez de votre esprit et de votre cœur. Jamais vous ne l'aimerez autant qu'il le désire. Voyez-le donc vous reprochant avec tendresse de vous attarder en des préoccupations sans valeur, sans grandeur, et qui vous détournent de Lui. Ce n'est pas seulement du temps perdu, c'est une bonne disposition évanouie. Pour retrouver un cœur attentif et aimant, il suffit de laisser tomber ce qui vient de se soulever, en écartant soigneusement tout ce qui revient à l'esprit et en évoquant l'image de Jésus tendant les bras vers vous... Tout cet invisible est très réel. Tâchez de vous le rendre sensible. Au lieu d'aller à Lui en écartant les ronces, prenez des ailes et volez au-dessus. Vous le trouverez plus sûrement, plus vite et combien plus délicieusement!

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