XXXI I
Madame,
Décidémenl Dieu vous veut dans l'épreuve! cette dernière est bien préoccupante...
Je comprends que cette peine, ajoutée à la précédente, vous ait enlevé le sommeil. On a beau accepter la volonté de Dieu, on en sent le coup. Faites un effort de confiance pour retrouver la paix dans l'abandon. La volonté de Dieu doit être pour nous un doux nid où tout est parfaitement disposé comme les nids des oiseaux pour leurs petits. La bonté de Dieu nous y couvre de ses ailes.
Madame,
Je n'ai pu vous écrire ces jours-ci... en revanche j'ai porté sans cesse à Dieu votre pauvre âme, plus endolorie encore que votre corps. C'est en Lui, vous le savez par une douce expérience, que se trouve le seul vrai repos, le seul réconfort réel. Vous le savez Père, et II peut vous comprendre; vous le savez infiniment puissant et sage, et vous avez la certitude que tout ce qu'il fait est bien fait.
Entrez aussi dans le cœur de Jésus, celui-là est humain. Il a pu souffrir, Il a souffert de chacune des douleurs qui nous atteignent. Quand on croit bien cela, on est presque content de souffrir, car on a provoqué chez Lui cet ineffable témoignage d'amour, la profonde condoléance. Les cœurs aimants se sentent plus aimants, quand ils voient souffrir ceux qu'ils aiment.
Être plaint, être consolé par Jésus, quelle merveille ! Ah ! s'il nous était donné de voir ses yeux où tremblent des larmes et d'entendre cette voix qui dit : « Ma pauvre enfant ! » Nous ne voyons ni n'entendons ces choses, mais, puisqu'elles sont réelles, sentons-les par une foi vive...
Assurément, ce n'est pas aujourd'hui que Jésus souffre, mais II a tout prévu et II a souffert réellement quand II pouvait souffrir. Son sentiment actuel s'unit aux sentiments passés par un amour aussi tendre.
C'est un bonheur pour moi de vous redire ces choses,
c'est comme si je vous montrais une fois de plus le portrait d'un être chéri.
Madame,
Je vous crois assez raisonnable pour n'être pas sortie par ce temps si dangereux pour les maladies de la gorge. Suspendez même l'accomplissement de vos devoirs religieux, si chers pourtant, qui vous obligeraient à vous exposer au froid, le matin surtout.
Heureusement, il y a, outre celui du tabernacle, un sanctuaire qui reste à l'abri de toute intempérie, celui que la grâce a créé en nous et dont il est écrit : « Nous viendrons en lui et nous y ferons notre demeure. » C'est plus, infiniment plus, que la présence nécessaire de Dieu en toutes choses : c'est une création surnaturelle plus noble que celle de l'univers et Dieu y réside comme un père dans la maison de son enfant. Il a tout disposé pour y être reçu en Dieu Père, et II se donne à son enfant dans l'intimité. Si nous nous pénétrons bien de cette réalité, nous nous verrons semblables à l'ostensoir, au centre duquel est Jésus. Sachez y entendre votre messe et y faire vos adorations, si vous êtes privée des rapports du même ordre. Demandez à Dieu qu'il augmente en moi cette adoration « en esprit » qui est actuellement ma seule ressource, mais ressource inépuisable.