DEUXIEME SERIE
Ma chère enfant,
... Vous me demandez s'il vaut mieux travailler pour les pauvres que de donner de l'argent. Je crois qu'il est bon de faire l'un et l'autre. Le travail a quelque chose de plus personnel et doit plaire davantage à Dieu, mais il y a plus de personnes pouvant fournir du travail que de celles qui ont de l'argent à leur disposition. Je connais assez votre tendresse à l'égard des pauvres pour être sûr que vous trouverez le moyen de les aider efficacement. Si vous étiez à leur place !
... Continuez à prier pour moi. Si ce n'est pas la guérison que Dieu veut, il me donnera, grâce à vous, quel-
ques degrés de plus de patience, de bonté, d'oubli de moi-même. Je vous avoue que je regarde la vie non pas comme une joie, mais comme un devoir.
Ma chère enfant,
... Les dangers causés par les mauvais livres sont très variables selon les personnes. La règle générale est de se diriger selon les effets qu'ils produisent. Quand vous constatez que tel genre de livres vous trouble ou vous laisse trop rêveuse, fuyez-le, malgré le plaisir qu'ils peuvent vous donner. La vie, en effet, apprend des choses tristes, mais les mauvais livres ne font pas seulement que d'apprendre, ils excitent et rendent accessible au mal.
... Vous me posez une question à laquelle je suis bien content de répondre, la question des parfums : je n'osais pas l'aborder de moi-même et pourtant les senteurs qui se dégagent de votre papier à lettre m'en avaient plus d'une fois donné l'envie. Votre question porte sur le prix quelquefois considérable de ces petits flacons, la mienne sur l'usage lui-même. Dans votre position et avec votre fortune, vous avez le droit de faire des dépenses de pur agrément; le mieux ne va pas aussi loin que le droit, et j'apprécierais davantage une enfant pieuse qui en réserverait une partie pour le tabernacle où est Jésus et pour les pauvres qui sont ses membres. Ma préoccupation à moi est délicate à exprimer; je suis trop votre père pour ne pas l'oser; comprenez-le donc par ceci : ces parfums violents sont le partage à peu près exclusif de femmes que vous ne devez pas copier. Je crois que c'est en dire assez...
Vous souffrez, ma chère enfant, de ne pas trouver assez le bon Dieu dans vos prières; Dieu aime à se faire désirer et chercher, mais vous continuerez et il arrivera un jour où vous trouverez près de Lui la paix et une sorte de bonheur élevé.
Ma chère enfant,
J'allais vous écrire, car je trouvais votre silence trop long et je craignais qu'il ne fût causé par l'attente d'une lettre de moi. Enfin me voilà fixé sur le lieu que vous habitez, sur les agréments qu'il vous offre et sur la paresse qu'il fait passer sur vos doigts, et sur votre esprit. Il ne s'agit pas de s'abandonner à cette oisiveté qui vous déprimerait; il faut commencer plusieurs choses de genre différent, de façon à passer de l'une à l'autre quand le goût change. La rêverie ne mène à rien; elle développe la sensibilité et enveloppe de tristesse, quand elle ne fait rien de pire. La seule rêverie qui fait du bien, c'est celle qui se rapproche de l'infini en contemplant l'étendue de l'océan ou la profondeur des cieux. Dieu est en tout cela et il est en même temps près de nous. Ce qui nous touche dans ses œuvres n'est rien en comparaison de sa beauté. Plus heureux que nous qui, malgré nos affections, ne pouvons penser sans cesse à ceux qui nous sont chers, Lui, à chaque instant, a les yeux fixés sur nous, et, quand nous lui sommes fidèles, il a son grand cœur ému. Cherchons souvent ce regard, c'est juste, c'est bon, c'est très doux aussi. Dieu est comme l'âme de la nature que nous contemplons, il est la famille parfaite où tout est sécurité et affection.
Je suis content de savoir que vous persévérez dans vos exercices de piété, malgré la sécheresse qui vous y accueille souvent; je vous l'ai dit très formellement : les exercices continués ainsi sont plus agréables à Dieu que ceux qui se font avec facilité; je vous l'ai dit aussi non moins fortement : quand on a promis une chose, on la fait sans considérer si elle plaît. Je vois que vous vous affermissez dans ce genre de vie et dans ces difficultés. Autrefois, vous auriez suivi vos goûts et vos ennuis (car on est un peu capricieuse); aujourd'hui on fait ce qu'on sait agréable à Dieu, ce qu'on lui a promis et, comme les
bons soldats qui, au besoin, meurent au poste d'honneur, vous garderez cette attitude toutes les vacances, que dis-je? toute la vie.
Que le bon air vous donne les forces convenant à une jeune fdle qui veut faire quelque chose en ce monde ! C'est le vœu de celui qui se dit avec une grande affection votre père en Notre-Seigneur !
Ma chère enfant,
Je m'explique le trouble de votre lettre par la préoccupation continuelle de ces derniers temps... L'insomnie prolongée vous a rendue à la fois nerveuse à l'excès et toute faible pour réagir. Pourquoi n'avez-vous pas porté ailleurs vos pensées, vos regards? N'êtes-vous pas sous la garde du bon Dieu et ne mérite-t-il pas votre confiance? Que veulent dire ces paroles : « Pas un cheveu de votre tête ne tombe sans ma permission? » Voulez-vous qu'il reste étranger aux choses importantes?
Vous qui avez un si excellent cœur, comment pouvezvous faire à ce Dieu qui vous aime et s'occupe de vous la peine sensible de vous désoler comme s'il n'était pas là? Moi-même qui vous suis très attaché, mais infiniment moins que Lui, moi-même, je suis triste de vous voir si peu raisonnable, si oublieuse des affections qui vous entourent et surtout si malheureuse !
Changez bien vite tout cela. Dites à Dieu tout simplement que vous vous abandonnez à sa paternité, que vous ferez en temps et lieu ce que vous croirez entrer dans ses intentions, et que vous n'aurez jamais peur de l'avenir, étant sous sa garde.
Sans doute, malgré vos craintes, vous trouverez dans la vie votre part de joie; mais n'attachez pas à ces joies courtes et insuffisantes votre idéal de bonheur. Cet idéal n'est qu'au ciel. Le ciel est l'éternelle vie. C'est pour lui
que nous devons porter la vie présente, si elle est parfois lourde et même douloureuse.
Revenez à vos prières habituelles, ma chère enfant, et aussi à vos communions. Alors même que vous n'y trouveriez pas de goût, vous y trouverez Notre-Seigneur et la force de le suivre.
J'espère que vous serez comme toujours sensible à mon désir et que vous ne voudrez pas continuer à me faire de la peine. Je souffre de vous voir si agitée, si troublée, si loin de l'idéal que je me fais encore de votre piété. Cette tempête aura été pour vous une leçon; à l'avenir vous irez à Dieu au lieu de suivre là tentation; vous monterez au lieu de descendre.
Ma chère enfant,
Vous l'avez compris, c'est dans l'abandon à Dieu que vous trouverez votre repos. Ne le cherchez pas dans ceci ou cela. Savons-nous ce qui nous est le meilleur? On se trompe souvent ! Aimez à penser que Dieu a sur vous des desseins très bons, très favorables et qu'il les réalisera, à la seule condition qui vous n'y mettiez pas obstacle. Ne soyez donc pas empressée ni tourmentée, ce n'est pas ainsi que l'on attend la volonté de Dieu.
Acceptez de bon cœur la situation présente, toute triste qu'elle est; c'est une préparation certaine aux desseins de Dieu et ce, sera une part de vos mérites.
Il n'est pas défendu à une jeune fille de rêver un peu d'affections humaines Ne vous le reprochez donc pas trop. Soyez prudente néanmoins. N'élevez pas vos rêves trop haut; ne vous faites pas non plus un vrai besoin de leur réalisation. En rêvant un bonheur trop grand, on risque de ne pas se contenter du bonheur très relatif qu'on aura' sans doute ; et en se faisant un besoin de ces joies, on s'expose à un profond découragement, si Dieu ne juge pas qu'il soit bon pour nous que nous les ayons. Revenons-en, ma chère enfant, à cette belle leçon du divin Maître :
« Cherchez tout d'abord et par-dessus tout le règne de « Dieu, son saint amour. Le reste, c'est-à-dire les joies de «( ce monde, le reste vous sera donné par surcroît. »
Quand vous souffrez de. votre état de santé et de ce dont il vous prive; quand la pensée vous vient que votre avenir peut en être compromis, retirez-vous le plus tôt possible de ces impressions en vous disant : le bon Dieu s'occupe de moi ; c'est tout ce qu'il faut : je suis tranquille. Je connais des âmes qui trouvent leur joie, et une grande joie, dans l'amour de Dieu. J'en connais aussi qui sont bien malheureuses dans le mariage. Laissez faire celui qui sait tout et qui est le meilleur des pères.
Ma chère enfant,
Voire lettre me cause un sensible plaisir non seulement par l'expression de vos vœux et votre souvenir pour les pauvres, mais surtout par le progrès très grand que je remarque dans vos dispositions. Votre patience dans la souffrance, votre acceptation généreuse de mille privations, en faveur des âmes qui vous sont chères, et votre résolution d'être de plus en plus édifiante pour avoir plus de crédit auprès des vôtres.
Et puis, au fond de tout cela, je vois grandir un véritable amour pour Notre-Seigneur. Vous me demandez quelles sont les intentions de Dieu sur vous. Je ne saurais dire, ma chère enfant, quelle position il vous réserve — à votre âge, la santé fait des prodiges — mais ce que je sais, c'est que désormais vous resterez une âme du bon Dieu, une âme pieuse. La souffrance vous a préparée et votre bon cœur a correspondu aux avances de Dieu. Si vous aviez été bien portante et très occupée des choses de la vie, vous n'auriez pas eu sans doute ces pensées élevées et ces aspirations pieuses.
Courage, ma chère enfant, je vous bénis, avec toute l'affection d'un père.
Ma chère enfant,
Votre filiale affection me touche vivement. Elle a de ces délicatesses qui vont au cœur. Votre piété m'est aussi une grande consolation; je constate que vous comprenez le bon Dieu et que ce doux Sauveur se révèle à vous de plus en plus. Quelle source de courage et de vie pour votre isolement si fréquent ! Quelle sauvegarde, quand vous allez dans le monde ! Vous le sentez, tout y est vide; les occupations ne laissent rien après elles, quand elles n'ont pas d'objet sérieux. Soyez néanmoins très indulgente pour les personnes qui, moins favorisées que vous, passent leurs journées à ces pauvres riens !
Ne faisons pas trop de rêves d'avenir. Sans doute, rien ne s'oppose à vos justes espérances; mais il est mieux d'attendre la volonté de Dieu, pour s'y laisser aller. Ces désirs ont pour effet immédiat de rendre triste, et ils pourraient amener au découragement, si leur réalisation se faisait trop attendre. Et d'ailleurs avec l'âme si délicate que vous avez, vous risquez fort de souffrir ! Le plus sage est donc de désirer modérément ce que nous désirons, et en même temps de vous tenir attachée à cette pensée que Dieu vous donnera ce qui vaut le mieux.
Ma chère enfant,
Je tiens à vous féliciter de vos bonnes dispositions. Vous m'avez fait un grand plaisir en reprenant le cours de votre vie pieuse. Je serais attristé, si je vous voyais renoncer à vous élever. Vous avez le goût de ce qui est beau et grand. C'est une grâce, ce goût vous porte à rechercher ce qui est le plus grand et qui ne se trouve que dans la beauté morale. Avoir une âme forte, gêné-
reuse, constante, avec un cœur délicat : voilà qui prépare une vie noble. La vie pieuse réalise des merveilles quand elle rencontre de telles dispositions qui sont les vôtres.
Le danger qui vous menace est précisément dans l'une de vos qualités : la sensibilité. Quand vous ne sentez plus les douceurs du bon Dieu, vous vous croyez délaissée et vous abandonnez bientôt vos résolutions. Mais, mon enfant, l'épreuve est la voie ordinaire; la consolation n'est qu'un secours passager. La vie est si courte en face de l'Eternité : or Dieu a surtout en vue cette vie qui ne finit pas et au besoin, il fait bon marché de "nos joies de ce monde. N'aura-t-il pas le Ciel pour récompenser les souffrances qu'il aura permises ici-bas? Je vous le demande donc au début de cette année : servez Dieu parce qu'il mérite d'être servi et non parce que vous y trouvez quelque joie. Ne vous découragez pas non plus pour votre santé : Dieu sait ce qui vous convient le mieux et un jour, vous direz qu'il avait bien raison. Faites-lui crédit...
Ma chère enfant,
La vertu permet de souffrir et de gémir, elle ne permet pas de déserter. Or vous déserteriez- le parti du bon Dieu, si vous ne teniez pas ferme dans la position prise. Vous êtes comme un soldat qui a promis de tenir à telle place quoi qu'il arrive. On y compte! Que dirait-on de lui s'il quittait son poste parce qu'il est pénible ou simplement ennuyeux!... Ne méritez donc pas le nom qu'on lui donnerait...
Je vous l'ai expliqué, ma chère enfant, le service de Dieu n'exige pas cette spontanéité, cette joie que nous apportons d'ordinaire dans l'accomplissement de nos devoirs envers les personnes que nous aimons. La raison principale en est que Dieu est invisible, et ne manifeste pas toujours sa présence par des consolations. Nous ser-
vons Dieu parce qu'il est juste, parce que c'est noire père. Nous voulons son ciel, nous demandons son secours. Méritons-le.
Perdez l'habitude, ma chère enfant, de dépendre de vos impressions. Les impressions changent. Vous le constatez tous les jours. Quand vous allez bien et qu'autour de vous, il y a quelque apaisement, vous êtes bien disposée. Votre santé recommence-t-elle à vous chagriner : vous voilà découragée ! Dieu semble vous avoir abandonnée, taudis qu'il n'a fait que vous soumettre à l'épreuve. La vie est faite pour cela. Rappelez-vous cette parole de la sainte Écriture : « Ils s'en allaient à travers les larmes, jetant partout la semence précieuse. Les voilà qui reviendront chargés de riches moissons. »
La moisson ne se fait qu'à la saison qui est la fin de la vie, Ayez le- courage de vos espérances; laissez la lâcheté à ceux qui attendent tout de la vie.
Vous allez donc commencer par changer de sentiments : vous reprendrez votre amour pour Dieu, votre résolution de le servir, même sans consolation aucune : vous accepterez la souffrance de la maladie. S'il est utile de le dire à vos parents, vous le direz; si vous pouvez leur épargner ce chagrin, vous pouvez garder le silence : faites ce que vous conseilleriez à une aiitre personne.
Ma chère enfant,
Vous apprendrez par expérience que nos impressions changent et qu'il ne faut pas attacher grande importance à ces moments de profonde tristesse où l'on voit tout en noir, non seulement dans le présent, mais encore dans l'avenir. Au bout de quelques jours, quelquefois de quelques heures, les choses paraissent tout autres. Il suffit pour cela d'une circonstance heureuse, d'une amélioration de la santé, quelquefois simplement d'un rayon de soleil.
Se laisser dominer par des impressions qui changent ainsi, n'est pas d'une âme sérieuse comme la vôtre. N'ayez donc plus peur de ces mauvais moments; ditesvous, comme en voyant tomber la pluie : cela passera!... Vous aurez été prophète ! ce n'est pas peu de chose !
La vie, mon enfant, ne s'expliquerait pas pour moi sans Dieu et sans le ciel! mais avec le sentiment que Dieu gouverne tout et que tout nous amène au ciel, surtout les peines, chaque tristesse s'explique et se fait accepter. C'est de la philosophie et de la meilleure. Soyez bonne élève !
Ma chère enfant,
Il n'est vraiment pas permis d'être aussi bébé que vous l'êtes! Quand l'âge de raison arrive, il déloge l'enfantillage. Et voilà que vous en auriez encore... avec qui? avec Dieu ! Vraiment vous voudriez vivre sensiblement une vie qui ne doit rien aux sens et qui est toute dans la volonté? Vous possédez la vie surnaturelle et vous voudriez faire descendre cette vie à une forme toute de nature !
Je ne vous fais pas l'injure de croire qu'aimée de Jésus, vous fuyez sa croix. Je suis convaincu que vous seriez très brave dans le sacrifice et la souffrance, car vous sentiriez alors que vous vous sacrifiez et que vous souffrez pour Jésus. Ce qui vous désespère c'est de ne rien sentir, pas même de la douleur... ma pauvre enfant, vous suivez en cela votre nature et vous ne vous demandez pas ce que Dieu veut de vous. Or tout est là ! Ce qu'il veut, c'est ce que nous vous conseillons. Plus vous serez confiante et docile, plus vous donnerez à votre piété sa solidité et son élévation. En suivant votre nature, je vous le répète, vous vous exposez à tout abandonner un jour.
Il ne faut jamais entreprendre des mortifications comme celle dont vous me parlez, sans en avoir obtenu la permission. Exposez d'avance et très simplement votre
désir et ce qui sera prudent vous sera accordé. Ne la faites plus jusqu'à ce que vous ayez notre assentiment.
Laissez-moi terminer par un mot cruel! Vous pensez trop à vous et Dieu, que vous voulez servir parfaitement, passe en réalité au second plan. Ne songez qu'à ce qui peut lui être le plus agréable; oubliez- vous vous-même et vos préférences et vos goûts.
Ma chère enfant,
Je vous porterai mercredi le deuxième volume de saint François de Sales. Vous y trouverez, plus encore que dans le premier, Y âme de ce saint si aimable. Enl'admirant, vous prendrez goût à l'imiter, et en l'étudiant avec soin vous apprendrez mille délicatesses à l'égard de Dieu et des hommes. Vivre auprès de personnes parfaites serait un si grand bonheur et une si belle école ! La vie des Saints, quand elle est donnée en détail, nous procure ce bien : ma chère enfant sera de la famille de saint François de Sales !
Quant aux autres lectures de simple agrément, la première règle est d'écarter tous les livres dangereux, et la seconde d'en lire peu : autant qu'il est nécessaire pour se distraire. Je vous conseille de commencer même cette sorte de lecture par un signe de croix, et de la terminer de même.
Je ne veux pas que vous vous imposiez un règlement trop strict; je préfère que vous assuriez l'essentiel et qu'en tout vous gardiez la liberté de vos mouvements. L'essentiel est la méditation, l'examen et les retours vers Dieu, puis la communion.
Pas de tristesse, ma chère enfant. Être triste, quand on se sait l'enfant de Dieu, c'est ne pas faire honneur à son père. On pourrait laisser croire qu'il n'est pas bon.., ou qu'on ne le connaît guère.
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Ma chère enfant,
Comme vous êtes dans la peine, je viens à vous pour vous dire : ayez confiance, Dieu veille sur vous. — Soyez brave, vous serez merveilleusement récompensée.
J'admire votre générosité à vous prêter à ce qui peut retenir votre frère chez vous et le rattacher à la famille par le lien de l'affection. Ce n'est que par une très grande bonté que l'on gagne les cœurs. — J'admire aussi votre courage à cacher à vos parents, déjà si tristes, ce qui les attristerait davantage encore. Soyez l'ange du foyer. Quand personne ne remarque vos sacrifices, regardez donc l'invisible et vous trouverez les yeux de notre divin Maître fixés sur vous; contents, et avec une affection que rien n'égale. — Vous me dites que vous ne comprenez pas la valeur de vos souffrances, tandis que vous adnlettez le prix de celles de Notre-Seigneur. Eh bien ! mon enfant, sachez qu'elles sont ensemble, et que vos petites et pauvres souffrances s'unissent à ses grands sacrifices et à sa Passion. Elles arrivent ensemble sous les yeux de Dieu comme un bouquet dans lequel vous seriez la petite fleur modeste pressée contre des fleurs magnifiques. Dieu accepte et aime tout le bouquet, et comme il voit tout, il distinguo votre souffrance à vous et l'aime en tant que ne faisant qu'un avec celle de son Fils.
Outre le mérite, mon enfant, la souffrance a le don de perfectionner une nature, quand elle est bien supportée.
Je ne m'oppose pas à ce que vous exposiez au bon Dieu ce que vous m'écrivez : « Je suis jeune et ma vie est bien triste; j'ai goûté à bien des coupes amères; l'avenir est plus que noir et sans l'ombre d'espoir. » Il y a là beaucoup de vrai, sauf pour le dernier membre de phrase. Plaignez-vous un peu; notre Sauveur le fit bien au jardin des Oliviers ! Comme lui après la plainte, dites la parole d'acceptation et d'abandon : que votre volonté se fasse et non la mienne. Se plaindre finalement n'est pas
une faute et quelquefois cela console; c'est presque un besoin comme de pleurer. Dieu ne s'en froisse pas. Seulement ayez soin de ne pas rester sur cette impression et relevez- vous toujours par une parole de confiance.
Quant à l'avenir, Dieu y pourvoira. C'est peut-être pour vous forcer à regarder le Ciel qu'il rend la terre si triste autour de vous. Eh bien ! dites-vous qu'après tout pour être heureuse des milliers de siècles, ce n'est pas une mauvaise affaire d'y dépenser sa courte vie d'ici-bas.
Je vois avec plaisir que vous avez bien compris qu'il ne faut pas mesurer à la consolation ressentie soit l'amour que Dieu nous porte, soit l'amour que nous avons pour Lui. C'est bien. Vous ne vous découragez plus !
Ma chère enfant,
Ne vous laissez pas gagner par la tristesse; vous ne feriez pas honneur au bon Dieu. Tout le monde, à son service, doit être content. Si on ne l'est pas, c'est qu'on ne regarde pas assez de son côté. Ne savez-vous pas qu'il s'occupe de nous à chaque instant et bien plus que ne savent le faire les personnes qui nous aiment le mieux? Que s'il semble nous abandonner aux fluctuations de la vie, c'est que tout obéit à ses ordres et entre dans son plan. Ce plan est beaucoup trop étendu et à trop longue échéance pour que nous puissions le saisir ou même le deviner. De là le mérite, comme la raison d'être de notre confiance. La belle confiance, si tout allait selon nos goûts et en pleine clarté ! C'est filial, au contraire, de se montrer aussi tranquille sans voir, que vous le seriez si tout était expliqué.
Ne demandez pas non plus que Dieu vous fasse sentir sa présence ou vous donne pour Lui de grands sentiments. Il nous réserve pour le Ciel la joie, et s'il nous en fait parfois pressentir quelques douceurs, ce n'est qu'en passant, pour que nous ne nous y attachions pas. Soyons donc ici-bas
comme des enfants qui vont à la recherche de leurs parents, qui savent où ils les trouveront, mais qui n'en jouiront que dans la Patrie!
Ne vous faites pas un remords des tristesses qui vous envahissent, mais ne vous laissez pas aller; réagissez doucement; acceptez tout ce que vous ne pouvez écarter et demeurez fidèle à tous vos devoirs bien convenus. Soyez l'ange de la famille, l'ange qui console et qui montre le ciel. Soyez aussi pour le bon Dieu une âme en qui il trouve son repos, sur laquelle il peut compter et à laquelle il puisse donner de grandes grâces méritées. C'est son bonheur de nous voir vertueux et de pouvoir par là nous enrichir pour le Ciel.
Mercredi Saint.
Ma chère enfant,
Votre lettre m'afflige. Comment persistez- vous à exiger de Notre-Seigneur des preuves par la consolation, quand il nous rappelle, en ces jours de deuil, les preuves de ses douleurs indicibles, souffertes pour nous.
C'est bien mieux en souffrant vous-même ces privations que vous lui prouveriez votre amour fidèle. Ne pourrait-il pas vous dire comme aux apôtres : « Vous n'avez pu veiller avec moi cette heure douloureuse ! » L'heure douloureuse est l'épreuve et l'épreuve peut durer des années comme seulement des heures. Je connais des âmes qui, restées plus de dix ans sans l'ombre de consolation, continuaient quand même leur heure journalière de méditation, leur communion de tous les matins, leurs œuvres de zèle et leurs devoirs de famille.
Non, ce n'est point parce qu'il vous aime moins ou parce que vous lui avez fait quelque peine que Notre- Seigneur vous prive de consolations. C'est, je crois, pour vous former. Il n'est pas bon que vous cherchiez dans la piété ce qui n'est que Je côté accessoire. Elle est surtout
dans le dévouement et le dévouement se mesure à ce qu'on sait souffrir.
Quand vous reconnaîtrez que vous n'avez pas agi en enfant aimante, vous allez être exposée à une autre tentation, vous serez troublée et surtout mécontente de vous; vous n'oserez plus aller à Notre-Seigneur avec un cœur dilaté; peut-être même n'oserez- vous plus vous approcher de la sainte communion. — Eh bien ! sachez-le, vous n'êtes en cela coupable d'aucune vraie faute. Votre seul tort est d'avoir cédé à votre nature avide de sentiment et de n'avoir pas cherché Jésus là où il est en ce moment, c'est-àdire sur la croix.
Non, il n'a pas été insensible à vos souffrances' de ces derniers temps, et il est tout prêt à vous accueillir comme une enfant gâtée, peut-être même à vous le faire sentir; mais, encore une fois, mettons le véritable amour divin où il est, dans l'abnégation personnelle et non dans le goût sensible.
Vous avez besoin que Dieu vous donne une bonne leçon : être éloignée de la sainte Table, à pareil jour que demain, en est une fort pénible.
Pauvre enfant, vos tristesses me touchent profondément et je ne puis pas vous dire qu'elles n'ont pas de grave fondement. J'aime mieux penser à la chrétienne que vous êtes et lui rappeler l'inexorable loi de l'exil qui pèse sur toute existence et s'étend au domaine religieux lui-même. Vous accepteriez mieux vos souffrances de maladie et de famille, si vous trouviez en Dieu de douces consolations. Vous vous rendez à l'église, vous vous prosternez devant un long chemin de croix pour entendre dans votre coeur quelque parole venue du ciel. On peut l'espérer, mais Dieu n'a pas promis de répondre toujours : Il a même coutume d'ajouter aux peines de la vie, la peine de cette privation. Pourquoi ? mais, mon enfant, parce qu'il a fait de la vie un temps de
mérite, et le mérite ajoute aux jouissances futures qui seront éternelles. Regretteriez- vous des privations qui durent un jour, si elles vous obtiennent des jouissances qui dureront toujours? Ne vivez donc pas dans le moment présent, vivez dans l'éternité. Xc faites pas, comme les petits enfants, des maisons de sable que le soir voit crouler. Soyez une personne raisonnable qui ne regarde pas la vie comme une demeure permanenlr.
Je suis bien content de vous. J'aime bien mieux que vous ayez fait de vous-même ce sacrifice que rien ne vous obligeait à faire, ni la conscience, ni ma volonté. Vous n'avez cédé qu'à une seule influence : celle de faire plaisir à Dieu par ce sacrifice. En voyant Notre-Seigneur dans l'Eucharistie privé de tant de choses, vous n'avez pas voulu vous donner une jouissance inutile, du moins pour le moment. '
Vous dirai-je que je ne m'étonne pas de votre détermination et que, sans l'avoir demandée, je l'ai prévue. En cela j'ai suivi l'exemple de saint François de Sales à qui sainte Chantai rapporte avec indignation que deux postulantes, très bonnes d'ailleurs, refusaient de se défaire de leurs pendants d'oreilles, je crois. Elle voulait qu'on les renvoyât. Le saint souriant lui dit: laissez faire et attendez; quand le feu sera dans la maison, elles jetteront par la fenêtre les meubles inutiles. Ce qui arriva en effet. Les jeunes filles devenues très ferventes n'eurent rien de plus à cœur que de sacrifier ces inutilités à l'amour d'un Dieu qui se donnait tout à elles.
Remarquez donc, ma chère enfant, que l'essentiel est d'aimer Jésus et que l'âme qui l'aime devient généreuse presque forcément et de la manière la plus douce. Elle est heureuse de se priver, quand elle sait que la privation lui est agréable.
J'approuve pleinement votre désir de vous faire inscrire à la Garde d'honneur du Saint-Sacrement et de ne pas vous en tenir à l'obligation du mois. Il est bon cependant que vous restiez libre et que ces visites de chaque semaine soient facultatives. Votre santé, vos visites pourraient vous arrêter, et il est fâcheux de manquer à une obligation positive.
Exercez bien votre rôle d'enfant consolatrice dans votre famille. Ne regardez pas ce que vous avez envie de faire, mais ce que les autres attendent de vous. En vivant pour eux, vous vivrez pour Jésus. A chaque instant, vous pouvez lever les yeux vers Lui et être assurée qu'il vous sourit.
Ma chère enfant,
Cette longue indisposition de votre mère aura eu cela de bon, de vous fournir l'occasion de lui rendre bien des services et de lui montrer que vous savez vous oublier. Ce que vous avez fait pour elle, vous l'avez fait de grand cœur, n'est-ce pas? et cependant vous n'avez pas senti de grands transports. Pourquoi? parce que HafTection se prouve bien plus souvent qu'elle ne se sent. Apprenez mieux à ne pas vous juger moins filiale pour Dieu parce que vous ne sentez rien en communiant chaque jour. En tournant votre cœur vers Lui très souvent, vous lui prouvez votre amour, ce qui vaut bien mieux. Oui, mon enfant, j'ai la cruauté de me réjouir de cette privation de sentiment qui vous déconcerte ! Je m'en réjouis parce que c'est la condition de notre vie d'exil; je m'en réjouis particulièrement pour vous parce qu'à votre âge, c'est une excellente formation. Il faut savoir vivre de foi et d'espérance, sans rien voir et sans rien sentir. La vie n'est qu'une longue journée. L'éternité seule vaut la peine de fixer notre pensée. Songez au temps où vous serez au ciel depuis cent ans, mille ans, et de là regardez la vie et ses peines.
Elles vous paraîtront aussi petites que les plus grandes étoiles vues de la terre.
Ma chère enfant,
Je me hâte do- vous répondre pour vous remonter le moral. Voilà une enfant à qui Dieu a daigné se faire connaître intimement. Il l'a choisie au milieu de tant d'autres et il lui a donné toujours des guides pour la soutenir de leurs conseils et de leur affection. Lui-même parfois lui a laissé entrevoir quels trésors d'amour et de bonheur se trouvent auprès de Lui. Il lui a montré ce Fils qu'il a sacrifié pour la sauver et lui donner l'exemple; il le lui a prodigué dans la communion... et parce que ces vues consolantes n'ont eu que peu de durée, parce qu'elle ne sent rien de ce qu'elle aimerait à sentir, la voilà qui tombe en défaillance !
Mais, mon enfant, ne savez-vous donc pas que nous sommes en exil... que la vie est une épreuve... que la foi précède la vision de Dieu et que les peines intérieures : sécheresses, froideurs, nous donnent occasion de prouver la solidité de notre amour et de mériter au ciel une affection plus grande et plus délicieuse de la part de Dieu ? Faut-il que je vous rappelle encore que vous avez charge d'àmes... que les âmes ne se rachètent que par des calvaires, et qu'au Calvaire la plus- grande douleur de Jésus fut de se sentir comme délaissé de son Père? Acceptez donc, mon enfant, d'être avec lui et comme lui. Ne doutez jamais de votre amour pour Dieu, ni de l'amour de Dieu pour vous. Ne vous regardez pas trop sonffrir; vivez de foi.
Ma chère enfant,
Ne savez-vous pas que pour produire des moissons la terre a besoin d'être labourée, déchirée et que le grain
lui-même revêt les apparences de la mort? N'avez-vous pas médité récemment les douleurs divines de Jésus à Gethsémani et sur le Calvaire? Quand il criait : « Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous délaissé », il pensait à sa petite enfant qui, dans l'avenir, redirait avec angoisse* ces paroles de désolation. Jamais le divin Sauveur ne fut plus aimé de son Père qu'à ce moment où il semblait abandonné de Lui. Jamais notre chère A. n'en est plus aimée qu'aux jours où il lui demande de le servir sans la moindre consolation, sans le moindre désir sensible. Que désirezvous? Etre aimée de Dieu réellement et beaucoup. Il vous aime ainsi. Mais cela ne vous suffit pas; vous voudriez le sentir, ce qui veut dire : en jouir. Est-ce qu'en ce monde, les grandes âmes réclament un salaire immédiat? Est-ce qu'elles renoncent à associer leurs propres douleurs à celles de Jésus? Il n'y a pas eu un instant dans toute sa vie où il n'ait souffert toutes les amertumes de se voir abandonné par la plupart des âmes de son temps et de l'avenir; et son regard anxieux cherchait s'il ne rencontrerait pas des cœurs capables de s'oublier pour souffrir ses propres peines, sacrifiant ainsi les joies si douces de la piété. Si vous ne sentez pas le désir de ce partage, il vous reste de le vouloir quand même. C'est le triomphe de la foi qui s'en rapporte à Dieu et à ceux qui tiennent sa place. Revenez donc à la paix par la résignation et l'abandon. Dites à Jésus : je veux tout ce qui vous fait plaisir. Je veux être comme vous et souffrir avec vous.
Nous voici maintenant à la seconde conclusion de votre état. Ce n'est pas sans appréhension que j'y arrive. Mon enfant, pour cette année, il vous faut renoncer aux mortifications que vous me dites et même aux jeûnes. Je le regrette beaucoup, je vous l'assure, mais je le vois dans la volonté de Dieu. En renonçant à ce que désirait votre bonne volonté, vous ferez un acte de filiale soumission. Pour les détails adressez- vous à votre confesseur qui verra d'une confession à l'autre ce qu'il peut prudemment vous permettre.
La prière sera votre manière de servir Dieu particulièrement. Faites exactement et de votre mieux ce qui est réglé et supportez de bon cœur les sécheresses.
L'ensemble de votre lettre me montre en vous un grand progrès de lumière dans les choses de Dieu, une volonté très forte de vous avancer dans la piété, mais à côté de cela, un peu trop d'empressement pour atteindre votre but et un peu de dépit de vous voir souvent imparfaite. Dieu vous aime telle que vous êtes; vous pouvez donc bien vous supporter vous-même !
Ayez toujours l'intention droite de faire plaisir à Dieu et ne vous inquiétez pas des tentations et des défaillances passagères.
Il est visible que Dieu vous tient dans l'épreuve. Il a coutume de le faire pour les âmes dont il attend beaucoup. Sûrement il a permis au démon de tenter péniblement les saintes qui étaient tout à Lui. Elles se sont soutenues par la confiance et en répétant au besoin la parole de Job : « Quand même vous me tueriez, j'aurais confiance en vous. » Dieu n'en viendra pas là avec vous ! mais il compte vos souffrances et ne vous perd pas de vue un instant. Ne pouvant lui parler avec votre cœur, continuez à lui parler avec votre foi. La prière que vous me citez est très bonne.
La grande affaire est de persister. Ne tenez pas compte des tentations, allez votre chemin, étant bien assurée, par l'autorité qui m'a été donnée, que vous êtes aimée de Dieu, telle que vous êtes.
Dieu ne permet ces envies de jouissance inférieure que pour vous donner le mérite d'y renoncer, au moins souvent.
Si vous saviez combien vous êtes chère à son cœur, vous en jouiriez trop. Peut-être pourrez- vous lire avec profit les écrits de la Bienheureuse Marguerite- Marie. Elle était encore plus sensible que vous; ce n'est pas pou dire! Courage!
Ma chère enfant,
Soyez vaillante dans l'épreuve. Souffrir, même vivement, n'est point pécher. Se trop regarder souffrir est' une faiblesse et une imprudence. Changer quoi que ce soit à sa vie pieuse est une infidélité qui vous fut autrefois coutumière. Rappelez- vous que votre exil ici-bas ressemble beaucoup à la situation d'un voyageur qui doit marcher à travers tous les temps. S'il le fait de bonne humeur il en souffre moins et se montre brave.
Vous avez raison de parler rarement de vos souffrances. N'en parlez à personne habituellement, je dirai même : n'en parlez pas trop à Dieu. Pourquoi cela? parce que le mieux est d'en détacher votre pensée. Si, malgré tout, l'impression de tristesse demeure, aimez cet état qui est voulu de Dieu pour le moment, mais faites cependant tous vos efforts pour en sortir.
Ne vous étonnez pas de vous sentir moins unie à Dieu quand vous éprouvez ces sortes de déceptions et quand l'indignation vous saisit. Efforcez- vous de les apaiser. Faites vos communions comme d'habitude, en dépit des distractions et du peu de ferveur que cet état vous cause, et ne croyez jamais que vous soyez moins aimée de Notre- Seigneur. « Il connaît le limon dont nous sommes formés. » Il n'attend donc pas de vous une solidité imperturbable. Ce qu'il réclame c'est la volonté de l'aimer et la confiance d'être aimée quand même.
De mon côté j'offre à Dieu votre âme, lui demandant de se l'attacher de plus en plus profondément. Vous en connaissez le moyen, n'est-ce pas? Rien ne remplace le détachement de soi-même et pour vous ce détachement porte sur les consolations spirituelles. En échange de vos sacrifices vous demanderiez ces douceurs? Quoi ! vous prenez Dieu pour un marchand avec lequel on fait une affaire sur un comptoir ! Avec Dieu la seule attitude digne
est l'abandon filial : ne rien demander, ne rien désirer. Aimons tout ce qu'il envoie.
Ce que je tiens, par exemple, à vous dire, c'est que les privations qu'il vous impose du côté du goût et de l'odorat peuvent être aussi méritoires que si vous vous les imposiez vous-même. En effet le mérite vient de 'l'amour qui nous anime; si donc vous acceptez toutes ces choses avec un amour vrai, et je le crois, vous n'avez rien à envier aux âmes qui cherchent les souffrances. Aimez donc bien les vôtres et tenez-vous dans la disposition de les préférer si Dieu vous proposait de vous en affranchir, tout en ajoutant qu'il y trouverait moins de gloire.
Je vous l'ai déjà dit et je vous l'affirme encore aujourd'hui, je suis convaincu que depuis ces années passées Vous avez fait de réels progrès. Si Dieu vous prive de la satisfaction de les voir vous-même, prenez courage en vous en rapportant à moi.
Ma chère enfant,
Je serai heureux de vous voir samedi à la Table sainte partageant avec nous ce même Dieu qui ne se divise pas, mais qui, par miracle, se donne tout entier à chacun. Je le remercie de l'honneur qu'il m'a fait de-m'accepter tout à Lui sans partage et de me permettre de le donner aux autres.
Vous serez une âme à qui je l'aurai fait le mieux connaître et aimer... Et si vous le connaissez et l'aimez bien, vous ne lui demanderez pas trop de bonheur, même auprès de Lui. Ceux qui aiment généreusement veulent partager le sort de ceux qu'ils aiment; or Jésus n'a pas voulu jouir, et il a accepté de beaucoup souffrir et cela pour vous. Je ne fais que vous répéter là ce que j'ai mis abondamment dans mes livres : puisque vous les lisez et les relisez, j'ai confiance que vous les traduirez dans votre conduite. On vous verra toujours d'égale humeur
malgré l'état pénible des nerfs, parée que votre pensée se fixera sur Notre-Seigneur qui vous regarde. Pour Lui vous ne trouverez rien de trop pénible. Vous serez aussi la consolation de vos parents si éprouvés! Oh! oui, je joins ma prière aux vôtres pour un meilleur avenir. Croyez ma chère enfant, que votre filiale affection m'est douce et que vous avez en moi un père bien affectionné.