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à faire une descente en Angleterre, qui en a toute la frayeur. Plusieurs de nos marchands pour le Canada pris, et nommément la Saintonge où j'avois toutes mes provisions, ce qui n’empêchera pas que je n’aie de bon vin à vous offrir et une bonne soupe à Québec quand nous irons ensemble,
J'ai trouvé M. de Vaudreuil enchanté de vous, et je puis vous assurer que j'en ai reçu la plus vive satisfuction. Il pense sur votre compte comme il doit, Je ne vous en dirai pas davantage; l’amour-propre en seroit trop flatté.
Je suis occupé ici à faire un arrangement pour que Bleury n'aille pas à l'avenir à Carillon avec moins de cinquante bateaux, et que les hommes soient rendus à Saint-Jean au moment de son arrivée” pour qu'il ne perde pas un instant.
Je fais aussi partir quatre-vingts bateaux pour Frontenac et vingt pour la Présentation; après quoi jirai faire un tour à Québec, d’où je reviendrai du 20 au 25 de ce mois, et serai à portée de vous y recevoir et vous y embrasser avec la joie la plus vive.
M. de Vaudreuil envoie à M. de Montcalm le tableau de déblaiement avec les garnisons pour Carillon et Saint- Frédéric et le nom des officiers qui y doivent rester, C'est M. de Lusignan qui commandera à Carillon cet hiver, Je ne sais cependant s’il faut le dire.
Je fais tenir où je vous ai dit pour deux mois de vivres à deux mille hommes, pour le printemps, en cas de besoin ; si ce détachement a lieu, je pense que vous serez le maître de le commander.
Il n’y aura à Québec ou dans les environs que deux bataïilons ; un aux Trois-Rivières; trois à Montréal, J'ai prévenu M. de Vaudreuil que votre intention étoit de vous promener, et il m’a dit que vous feriez très bien. Ainsi vous serez de partout, et si je suis assez heureux que de vous plaire, je ferai tous mes efforts pour que ce soit où je serai obligé de rester et jouir du plaisir d'être avec vous.
Vous voulez bien que je vous prie de toucher un mot sur mon compte au garde des sceaux. Je ne vous en parleroïis pas, si vous ne m’y eussiez donné entrée, Je vois que l’on parle de tous les officiers de la colonie qui, j'en suis plus que convaincu, ne se sont pas donnés plus de mouvements que moi. Ce n’est pas que je lui demande rien, au contraire; pourvu que je me mette à même de vous servir, c'est tont ce que je désire.
Permettez aussi, je vous prie, que je fasse ici mille compliments à M. de Fontbrune,
Donnez-moi, je vous supplie, de vos nouvelles ; employez-moi en tout ce que je serai capable. Rien ne me flattera autant que de pouvoir vous faire voir les sentiments du vif et respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.
NI A Montréal, le 4 juillet 1757.
Ce n’a pas été sans humeur, mon trop aimable général, que je vous ai vu partir par le plus vilain temps du
monde. Tout me manque dans Montréal, et il me parott aussi ennuyant que je le trouvois aimable pendant le temps que je vous y possédois. La soirée d'hier m'a paru une année, et l’on s'est aperçu que vous m'y manquiez,
Il nous est arrivé un courrier, hier au soir, qui nous a appris l’arrivée de deux vaisseaux de Brest à Québec, qui nous amènent les six officiers d'artillerie, vingt canonniers et cinq cents recrues des mêmes que nous avions déjà reçues, Ils ont été convoyés jusqu’au Capde-Ray par une escadre de neuf vaisseaux de ligne commandés par M. Dubois de La Mothe. Ainsi en voilà actuellement quinze dans lIle-Royale et six frégates ; par conséquent cette place est en sûreté, et en même temps Québec.
Les officiers d'artillerie, ainsi que les recrues, ont ordre de se rendre en diligence à Carillon. Le plus triste de notre affaire, c’est qu’il ne nous est pas venu de vivres et que Québec en manque, Il s’agit de les bien ménager, cela ne peut être en meilleures mains que les vôtres.
Le prisonnier anglois a dit ici que l’on ne l’avoit pas entendu à Carillon; que le milord Loudon est parti de New-York il y a un mois pour une opération que l’on tenoit cachée, et, suivant sa déposition, il n’y a pas autant de troupes au fort Georges que l’on avoit marqué de Carillon.
Nous avons [appris] par les déserteurs d'Halifax que la peste y est et qu'ils craignent de n’avoir pas assez de matelots pour reconduire leurs vaisseaux en Europe. Voilà le précis de ce que j'ai appris; dès que je saurai
quelque chose, je ne manquerai pas de vous en faire part.
Je vous embrasse du meilleur de mon cœur et suis avec le plus tendre et respectueux attachement, etc.
PÉAN
P.S, — Bien des amitiés à MM. de Roquemaure, de Fontbrune et d’Hert ; vous voulez bien que je vous recommande mes deux beaux-frères.
A Montréal, le 13 juillet 1757.
Je serois bien tenté, mon cher général, d’un peu vous gronder, Je n'ai pas encore un mot de votre part depuis que vous nous avez quittés. Cela m'auroit fait cependant plus facilement supporter votre absence, ce qui est difficile quand l’on a vécu avec vous. Je ne doute pas que vous n’ayez beaucoup d’affaires ; je n’en manque pas, comme vous pensez ; mais, quand on aime bien, l’on trouve quelques moments à dérober pour ses amis. Nous n'avons rien de nouveau, Ma femme me charge de vous marquer mille choses pour elle. S'il nous arrive des vaisseaux, j'ai un courrier tout prêt pour vous faire passer les nouvelles, si elles en valent la peine.
Tout le monde se porte bien ici. M. de Montcalm partit hier au soir, Je vous embrasse de tout mon cœur
et suis avec l’attachement le plus tendre et le plus
respectueux, etc.
PÉAN
P. S, — Nous avons eu trois officiers de tués à la Belle-Rivière, qui sont MM. de la Saussaye, de Saint- Ours et de Bellestre, fils,
A Montréal, le 15 juillet 1757.
Je vous envoie, mon cher général, une déposition d'un prisonnier fait au fort Georges, dans l’Acadie, Vous y verrez que les Anglois sont rentrés chez eux. Nous n'avons rien de nouveau; point de navires de France, et par conséquent de vivres. Il s’agit d'accélérer votre besogne ; car nous sommes hors d'état de vous soutenir, Je vous embrasse du meilleur de mon cœur et suis avec le plus tendre et respectueux attachement, etc.
PÉAN *
P. S.—Je n'ai pas le temps de vous écrire plus au long, étant extrêmement embarrassé. Mille amitiés à tous nos messieurs, Voici une lettre pour Mercier que je vous prie de lui faire remettre. L'on compte beaucoup sur vous pour expédier l'ouvrage.
* Cette signature a été biffée après coup par M. Péan luimême.
A Montréal, le 25 juillet [1757].
J'ai reçu, Monsieur, avec le plaisir le plus sensible la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire par M. le marquis de Montcalm. Je suis pénétré de la plus vive reconnoissance des marques d'amitié que vous voulez m'y donner ; je n'ai d'autre envie que de vous prouver combien je les mérite.
M. de Vaudreuil est déterminé à vous faire passer du monde, et je suis actuellement après faire une levée de cinquante hommes du gouvernement de Montréal qui partiront sous quatre jours ; et il vous passera sous bien peu de temps sept cents hommes de recrues et de volontaires qui sont en route pour votre camp, ce qui le rendra même plus considérable que vous ne le demandiez; mais ce n’a pas été sans peine, et, si je n'eusse pas été ici, sans vouloir me faire un mérite, vous ne teniez rien, Ce n’a été qu’à force de me rendre incommode que j'ai obtenu.
Je vous rejoindrai le plus tôt qu’il me sera possible ; mais j'ai bien de la peine à obtenir mon congé. M. de Montcalm m'a bien demandé à M. de Vaudreuil, qui l'a refusé, Il est vrai que je n’ai pas insisté, quoique j'eusse eu du plaisir à voir faire un siège. (C’est un sacrifice que je vous ai fait volontiers, me faisant une véritable satisfaction de vivre près de vous et sous vos ordres, Mon beau-frère des Méloises vous remettra ceci. C’est un bon sujet et qui a du détail, Vous voulez bien, Monsieur, que je vous demande pour lui vos bontés.
M. de Montcalm est parti il y a quatre jours; il «a eu depuis un vent favorable ; je compte qu'il sera bientôt à sa destination, Plaise au ciel qu'il réussisse ! Ce seroit un coup de partie, Il vous a écrit devant son départ et vous propose un mouvement qui, je crois, pourroit être très utile, et je pense qu'il seroit temps de le faire à la réception de ces lettres, Il faudroit faire un grand appareil, afin de tromper l'ennemi d’une façon ou d’une autre, Je ne vous écris pas plus intelligiblement; M, de Montcalm le fait, et j'ai eu tant d’inquiétude pour la lettre que je vous avois écrite par le canot pris, que je vous prie de trouver bon que je ne m'explique pas davantage. Il pourroit arriver le même accident, et nous sommes duns des circonstances à cacher nos mouvements à l'ennemi, J'ai fait vos compliments à M"° Péan, qui est très reconnoissante de votre souvenir et me charge de vous dire mille choses pour elle, Elle est restée à Québec et n'a pas monté comme elle le pensoit.
I1 n’y a rien de pressé pour l'argent que j'ai donné à votre cuisinier; vous me le remettrez cet hiver, Je souhaite qu’il vous ait porté, beaucoup de rafratchissements ; il n’a pas tenu à moi qu’il n’en ait eu davantage ; je lui avois donné deux canots à cette fin.
Continuez-moi, je vous supplie, Monsieur, vos bontés ; et soyez persuadé que je les mérite par les sentiments du plus vif et respectueux attachement avec lequel j'ai
l'honneur d’être, etc.
P£ÉAN.
P. S. — Permettez que M. de Fontbrune trouve ici mille assurances d'amitié.
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M. de La Roche n’a perdu que sa tente en s’en revenant avec M. de Montcalm. Point de nouvelles de France, L'on dit qu’il vient cinq mille hommes au fort Duquesne ; je n’en crois rien.
A Québec, le 8 octobre 1757.
Je vous ai déjà marqué, mon cher aimable général, combien j'ai pris part à votre chagrin, et j'étois bien persuadé que vous m'en rendriez la justice; mais il s'agit de penser à vous et de songer à vous dissiper. J’étois attaché au pauvre Fontbrune, et ce par l’amitié que vous aviez pour lui; mais le mal est sans remède, Ainsi, mon cher général, il faut savoir prendre son parti et éloigner de vous tout ce qui peut vous afiliger. Je suis «un désespoir que vous ne puissiez pas descendre, du moins devant la fin du mois. Je vous aurois mené à la campagne, où je suis persuadé que vous vons seriez amusé ; et j'aurois eu le plaisir d’être avec vous. Si ma présence n’étoit pas aussi nécessaire à mes terres que j'ai perdue de vue depuis bien des années, je n’aurois pas tenu au plaisir d’être avec vous, et j'aurois monté à Montréal, M. de Montcalm, loin de vouloir s’en aller, paroît disposer à rester ici, à ne s’en aller que dessus les glaces.
Ma femine a été des plus sensibles à votre souvenir ainsi que ma petite Lilie, Elles sont bien fâchées de ne vous pas voir; elles me chargent toutes deux de mille choses pour vous,
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M. Bigot, que j’entretiens souvent de vous, me charge de même chose et de vous dire combien il a pris part à votre peine, et que si vous pouvez trouver quelqu'un qui soit en état de vous servir de secrétaire, il vous le fera payer. Que ceci soit de vous à moi, pour raisons que vous comprenez,
Nous n'avons rien de nouveau que beaucoup de misère et de maladie, Nous enterrons très fréquemment,
Adieu, mon cher aimable général, donnez-moi de vos nouvelles; aimez-moi toujours; je le mérite, je vous assure, vous aimant plus que je ne le puis dire, Je vous embrasse de tout mon cœur et suis avec l'attachement :e plus vif et le plus respectueux, etc.
A Québec, le 26 octobre 1757.
J'ai reçu, mon cher général, avec le plaisir le plus seusible, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, Je commence à vous trouver maître homme en fait d'écriture ; vous ne passez point d'occasions sans me donner de vos nouvelles, ét qu'est-ce qui peut me donner plus de satisfaction ? Il n’étoit pas possible de mettre des bataillons au sud depuis Kamouraska, puisque cet endroit seul donne la subsistance à la ville, en lépuisant en entier, Encore le peuple ne pourra-t-il avoir son qnarteron que jusqu'au mois de janvier, et il nous arrive encore quatre-vingts hommes de Berry
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qui nous apprennent le désastre que le coup de vent du 25 septembre a fait sur nos vaisseaux et ceux de l'ennemi, Voici le précis de ce que nous avons su: le Tonnant, de soixante-quatorze canons, a été abordé par un autre vaisseau qui lui a cassé sa galerie, ses chambres et son beaupré; l’Abénaquise a été jetée à la côte; mais l’on compte mettre ces deux vaisseaux en état de retourner en France.
L'escadre angloise a été plus maltraitée, Ayant reconnu la nôtre dans le port de l’Ile-Royale et les camps que nous avions à border la côte, elle étoit retournée à Halifax, renoncant à l’entreprise du siège, et se proposa d'attendre la nôtre au sortir et de l’attaquer, d'autant mieux qu’elle avoit eu un renfort de sept vaisseaux de guerre de la Vieille-Angleterre ; et, pour cette fin, ils avoient embarqué sur chaque vaisseau une compagnie de grenadiers et des troupes réglées. Le vent d’est les prit et les poussa de telle facon, qu'au départ de la goélette l’on étoit déjà sûr de quatre vaisseaux de soixante-dix à quatre-vingts canons perdus en entier à trois lieues de VIle-Royale, dont il ne s’est sauvé que deux cents matelots qui y sont actuellement prisonniers de guerre, Ces hommes sauvés disent qu’ils croient leur amiral perdu avee plus de moitié de l’escadre. Les apparences y sont parce que toute la terre de l’Ile-Royale, pendant plus de douze lieues, est remplie de bois de bâtiments. L'on y a envoyé un détachement pour aller voir jusqu'au bout ce qui en est, dont l’on n’avoit pas de réponse, Les apparences étoient pour lAnglois, si nous l’eussions rencontré. La Providence y a mis ordre, ayant six vaisseaux Le plus que nous.
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Le milord Loudon étoit parti pour Boston le 28 août, dès que le siège de l’Ile-Royale fut abandonné ; mais il est péri beaucoup de ses troupes sur les vaisseaux,
Le chevalier de Tourville, ayant été à la découverte de la flotte angloise, a pris un senau de vingt-deux pièces de canon qui alloït porter les paquets de Londres et de milord Loudon à l’amiral. Ils n’étoient pas encore décachetés au départ de la goélette. On sera à même de savoir leurs projets.
Voilà, mon cher général, tout ce que j'ai pu ramasser; je n’ai rien de plus pressé que de vous en faire part.
Vous êtes toujours plus aimable de m'attendre à Montréal; je vous assure que je voudrois déjà y être. Voilà une neige qui m’annonce d'avancer mon départ ; il ne viendra pas assez tôt suivant moi. Ma femme ei M'° Lilie * me chargent de mille choses pour vous. Adieu, mon aimable général, continuez à me donner de vos nouvelles; aimez-moi autant que je vous aime et comptez sur tous les sentiments que je vous dois. Je vous embrasse de tout mon cœur et suis à mon ordi-
naire, etc.
PÉAN
P. S. — Bien des amitiés pour moi, je vous prie, à M"° Pénisseault, et vous voudrez bien lui dire que j'ai trouvé ici un cuisinier; que si elle n’est pas contente du sien, elle me le marque par le premier courrier; je lui enverrai celui-ci.
* Fille de M. Péan.
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À Québec, le 30 octobre 1757.
J'apprends, mon cher général, que le chevalier de
la Roche-Vernay part demain matin, Comme je ne veux manquer aucune occasion, j'en profite pour vous réitérer que je vous aime de plus en plus et si fort que je suis malade dès que je ne suis plus avec vous. Depuis mon arrivée à Québec, je n’ai pas deux jours de santé, et je sens qu'elle ne me reviendra que quand je serai avec vous; vous { 28 mon meilleur Esculape, , M. de Vaudreuil part mercredi et se fait un vrai plaisir de vous voir, Comme je sais que vous devez lui donner à dîner en arrivant, je donne ordre à Christian de faire tuer un de mes veaux, qui doivent être beaux, et de vons en porter la moitié et l’autre à M"° de Vaudreuil, Je vous prie de lui envoyer ma lettre.
Vous êtes bien le maître de prendre chez moi ce qui vous fera plaisir ; tout est à vous. Maïs je vous conseille de jeter bas la table et de vivre jusqu’à mon arrivée à Montréal, où je [vous] prends en pension. Je ne veux plus vous quitter, quand je vous posséderai ; livrez-vous à moi; vous ne pouvez le faire à quelqu'un qui vous aïme autant, Je ne sais pas ce que vous m'avez fait manger ; mais je vous préfèrerois à toutes choses au monde ; je n’en excepte rien. M""° Lilie * veut aussi me les disputer et me charge de mille choses pour
* Madame Péan.
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vous, ainsi que sa petite fille. Rien de nouveau. Bien du nord-ouest, point de vaisseaux et la glus grande des misères. Adieu, mon aimable général, aimez-moi autant que je vous aime et je serai le plus heureux des hommes.
A Montréal, le 8 juillet [1758].
Voici, mon très aimable général, notre détachement
qui file. Je compte que le reste partira lundi avec M. de Montcalm. Je voudrois bien être de la partie ; j'aurois le plaisir d’être auprès de vous ; maïs je ne suis pas fait, je crois, pour goûter de la satisfaction. Je suis actuellement comme un diable en bénitier, tourmenté de tor.s les côtés, ce qui ne me donne que le moment de vous envoyer une requête du sieur Gibraltar, Je pense bien que vous n'avez pas le temps de vous ennuyer ; mais ce sera toujours vous amuser un instant et vous obliger à penser à moi. Je vous embrasse du meilleur de mon cœur, mon cher général, et suis avec le plus tendre et respectueux attachement, etc,
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P. S. — Rien de nouveau du côté de l’Europe depuis ma dernière.
Bien des amitiés à tous nos messieurs, Si vous voulez bien me faire le plaisir de dire à Mercier que je n'ai pas le temps de lui écrire.
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A Chambly, le 11 juillet 1758.
Vous ne sauriez croire, mon cher général, ma joie, lorsque j'ai recu votre lettre ce matin, à trois heures, par le chevalier de la Rochebeaucour qui m'a pensé faire mourir subitement. 11 m'a trouvé encore endormi ; il y avoit trois nuits que je ne m’étois pas couché, et je venois d’essuyer une forte indigestion. Je me réveille en sursaut et la première chose que je lui demande fut : “ Quelle nouvelle” ? Il me dit : “Elles sont bonnes, et M. le chevalier de Lévis a recu deux balles. ?”. Je fis sur-le-champ un cri que je ne pus retenir, mais il acheva : “ dans son chapeau”. Je vous assure que j'ai senti dans ce-moment comment je vous suis attaché.
Il est bien heureux que vous ayez été arrivé à temps. Cette journée vous comble de gloire, mon cher général, et je ne puis vous en exprimer ma satisfaction. Il n’y a qu’une voix sur vous. J'ai décacheté dix lettres écrites à ma femme de nos Canadiens, qui parlent toutes également de vous et de vos troupes. Il est réellement surprenant comme un petit nombre ait pu tenir contre des forces aussi considérables, Je me flatte que vous en voilà quitte et qu'ils s'en retourneront chez eux. Au reste, il vous arrive tous les jours des secours, et il en auroit plus passé, si nous eussions eu des bateaux ; car il ne s’agissoit pas de vous laisser manquer de vivres : il en falloit emplir les bateaux, et par conséquence l’on n’y pouvoit mettre que peu de monde,
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Il est bien fâcheux que les sauvages et les Canadiens
n'aient pas été rendus ; vous auriez fait une déconfiture
parfaite, et vous auriez retourné de bord pour votre première expédition, à laquelle je ne renonce pas encore,
Je prie M. de Montcalm de nous renvoyer des bateaux ; vous manqueriez sans cela de tout, L’artillerie et les marchandises que nous avons fait passer à Carillon ont employé la majeure partie de ceux qui sont partis jusqu'ici.
J'ai marqué à M. Bigot que vous ne pouvez lui écrire et lui ai fait vos compliments.
Je vous envoie la relation de ce qui s’est passé à la descente de l’Ile-Royale. Vous verrez que nos troupes y font aussi très bien; cela ne l’empêchera peut-être pas d’être prise, mais en éloignera la reddition.
Je suis à Chambly depuis hier au soir, où, je vous assure, je ne manque pas d'ouvrage, J'ai fait le tour par Sorel, et j'ai arrêté dans tous les entrepôts, que j'ai trouvés garnis d'avoine, mais point de bateaux nulle part ni de charrettes à Chambly. Comme Monsieur le général m’a laissé le maître et a ordonné aux capitaines de milices de suivre tout ce que je leur ordonnerai, et moyennant cela j'irai grand train, je ne quitte point ici que tout ne soit passé à Saint-Jean; mais il s’agit de nous renvoyer des bateaux. Vous me connoïssez et que je reviens toujours à mon affaire, et, comme vous y êtes intéressé, elle me touche encore davantage.
J'ai hâte de voir M. de Vaudreuil, Il doit être content. Donnez-moi de vos nouvelles, mon cher général ; c’est ma plus grande satisfaction. Je sais que vous êtes fatigué et occupé; mais un mot seulement pour me
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dire que vous vous portez bien, J'ai été extrêmement sensible à la marque d'amitié que vous me venez de donner, au moment que vous deviez être mort de fatigue, en m'écrivant, Je vous en fais mes véritables remerciements et vous supplie de me continuer cette amitié que je mérite par les sentiments de l'attachement aussi vif que respectueux avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.
P£ÉAN.
P, S. — Vous serez bien fâché à présent de n'avoir pas été à Carillon, et d’autres le seront encore davantage. Si je sais quelques nouvelles, je vous en ferai part sur-le-champ.
Voici un mot pour Beauclair que j'ai appris avec peine blessé, Je regrette bien les officiers que vous avez perdus. Ma femme va pleurer son ami Bonneau,
Je suis furieux contre le chevalier de La Roche ; je l’attendois ici et il a passé par Saint-Jean, Ma lettre est faite depuis hier. J’envoie après lui et je crains qu’il ne soit parti. L'on nous assure les Anglois décampés ; c’est peut-être nouvelle d’habitant, J'attends un courrier de Montréal qui me rejoindra.
A Chambly, le 13 juillet 1758.
Je me suis aperçu, mon cher général, que le précis des nouvelles que je vous avois annoncées à l’Ile-Royale, étoit resté sur ma table. Je me pressai tant pour
cacheter mes lettres, quand je sus M. de la Rochebeaucour passé, que j'ai fait cette étourderie, Pour en obtenir le pardon, j'y joins une autre que j'ai reçue d'aujourd'hui et qui pourra vous faire plaisir. Voilà toujours encore huit vaisseaux et trois frégates qui ne feront que nous manger,
Trois Acadiens, échappés de Boston depuis trois semaines, arrivés à Saint-Jean il y a deux jours, nous ont confirmé la perte des quatre mille de l'Ile-Royale et assuré une révolution en la Nouvelle-Angleterre, et que les colons veulent absolument se mettre sovs la domination des François. Ils y meurent de faim ainsi que nous ; il y à trois mois qu'ils n’ont eu de pain dans le gouvernemeut de Boston ; ils sont tous furieux contre les troupes d'Europe, ce qui leur fait toujours une guerre civile.
Vous faites des merveilles partout et les ennemis fuient devant vous. Je vous embrasse de tout mon cœur et vous supplie de m'accorder la continuation de votre amitié que je mérite par les sentiments du plus tendre et respectueux attachement avec lequel jai
l'honneur d’être, etc.
P£AN
P. S.— Je vous prie de vouloir bien dire à Mercier que je n’ai pas le temps de lui écrire, et de lui faire part des nouvelles, ainsi qu'à M. le marquis de Montcalm, s’il ne les a pas eues de M. Bigot.
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A Montréal, le 15 juillet 1758.
J'ai recu, mon cher général, votre lettre du 12 avec le plus grand plaisir, puisqu'elle m’apprend que vous continuez à jouir de la meilleure santé. Vous aurez recu plusieurs des miennes, où je vous ai fait part des sentiments généraux pour vous, Vous avez toujours pris un peu de vivres. Il auroit été à souhaiter que l'ennemi vous en eût laissé davantage, mais nous devons être bien contents, et je ne pense pas, ainsi que vous, que les ennemis y reviennent cette année. Il n’en faut pas moins prendre ses précautions, Je prends bien part à toute la fatigue que vous avez, et je souhaiterois bien vous la diminu :r, Ménagez-vous, mon cher général, si vous nous aimez, Je vous envoie un extrait des gazettes tirées d'Angleterre, qui ont été prises sur un petit navire près de l’Ile-Royale, Je ne sais si vous devez les montrer, parce qu’il y a des tracasseries contre MM. de Vaudreuil et Montcalm. Je crois que vous ferez bien de les garder pour vous seul, quoique je pense que ce soit faux, et jy vois toutes les apparences ; mais cela ne peut que refroidir vis-à-vis les uns des autres, Ilest de conséquence pour la colonie qu'ils soient toujours bien ensemble, et c'est ce qui m'a empêché de les montrer ici; vous ferez bien, je crois, d'en user de même. Vous verrez le maréchal de Richelieu exilé pour brigandage, savoir si cela est vrai. Adieu, mon aimable général, aimez-moi toujours ; je le
mérite par l'attachement le plus vif et respectueux que je vous ai voué pour la vie et avec lequel je suis, etc.
PÉAN
P.S, — Je vous adresse plusieurs lettres que je vous prie de vouloir faire remettre,
A Montréal, le 23 juillet 1758.
J'ai reçu, mon cher général, trois lettres de vous en tout et pour tout, et je n'ai guère manqué d'occasion sans vous écrire. Vous l'avez également fait par toutes les occasions, mais non pas à moi qui vous aime pour le moins autant, Je sais que vous êtes fort occupé; mais un mot, mon cher général, est bientôt fait; pourvu que je voie que vous vous portez bien, je serai toujours content, Je vois avec peine que M. de Montcalm se méfie beaucoup de M. de Vaudreuil, Je crains qu'ils ne viennent à se brouiller, ce qui ne pourroit faire qu’un très grand mal, Je ne négligerai rien pour les remettre en union. C’est une chose absolument nécessaire dans ces circonstances, 11 vous aura sans doute fait voir la lettre qu’il lui a écrite, où il lui fait part de tous ses griefs. Il m’en a aussi écrit une sur le même ton que je n’ai pas voulu montrer à M. de Vaudreuil. Toutes ces écritures aigrissent les esprits et peuvent produire de très mauvais effets. M. de