‹ Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 19 sur 54 · PE PR A · texte numérisé non relu

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Vaudreuil est tranquille ; mais l’on n'est pas toujours dans la même humeur. Je l’entretiens, tant qu'il m'est possible, dans les sentiments d’union; je ne doute pas que vous n'en fassiez autant de votre côté,

J'ai répondu à M. de Montcalm et je fais en sorte de lui persuader que M. de Vaudreuil ne cherche point à l'embarrasser, et lui fais envisager tous les maux que causeroit une rupture; que certainement la cour regarderoit d’un très mauvais œil les deux parties, quelque raison qu'elles puissent avoir.

Je ne sais encore, mon cher général, quand je partirai. Envoyez-moi toujours vos lettres d'avance; vous pouvez compter que je les remettrai moi-même, Je me ferai la plus grande satisfaction de vous attendre et de passer l'hiver avec vous ; mais je souffre si fort, et les mouvements que je me suis donnés depuis un mois ont si considérablement augmenté mon enflure de bras, qu’il ne m'est presque plus possible de mettre d’habit. Si M. de Vaudreuil eût voulu, je serois déjà parti; mais il me recule tant qu'il peut. Je travaille cependant [tant] que je puis à le mettre en état de se passer de moi. D'ailleurs, entre vous et moi, je crains une rupture entière entre les deux généraux, ce qui me seroit encore une raison de m’eu aller pour ne pas me trouver présent aux tracasseries continuelles qui en résulteront, si ce malheur arrive,

Ainsi, mon cher aimable généra!, envoyez-moi vos lettres le plus tôt possible, quoique cependant je ne pense pzs mon départ prochain, Comptez sur moi ; je les ferai bien tenir, et vous avez en moi l’homme du monde qui vous est le plus attaché et qui n’aura de vrai

plaisir que quand je vous l'aurai bien prouvé, J'ai le cœur navré de vous quitter ; mais c'est pour me mettre en état d’être plus longtemps avec vous, Il doit partir un vaisseau sous quinze jours ; envoyez-moi vos lettres ; je les ferai mieux tenir que personne ; j'ai des voies sûres et vous y pouvez compter, Si vous écrivez à vos amis et à M"° de Mirepoix, parlez-leur de moi et que j'aurai l'honneur de les voir et de les entretenir souvent de vous,

Donnez-moi de vos nouvelles, et comptez, mon cher général, que vous devez m'aimer, que je le mérite par les sentiments que j'ai pour vous et par l'attachement sans exemple que je vous ai voué pour la vie et que vous méritez si bien, Je vous embrasse de tout mon cœur et suis avec respect, etc.

P£AN

(A vous seul)

P.S.— Il vient d’être dans le moment décidé que je pars, et ce sous quinze jours. M. de Vaudreuil s’est enfin rendu ; ce n’est pas sans peine; mais mon bras est devenu tout enflammé en moins d’une heure de temps et gonflé jusque dans l'épaule. Je l'ai fait voir à M. de Vaudreuil qui en a été surpris et n’a pu se dispenser d’avouer que je serois fou de retarder plus longtemps; mais il m'a défendu de parler de mon départ ; aussi que ce soit pour vous seul, Je vous demande en grâce, envoyez-moi toutes vos lettres promptement, et comptez que je les rendrai moi-même et aussitôt mon arrivée, Si vons jugez même à propos de me faire part de ce que vous écrirez, je vous promets de pousser à la

roue et de ne pas laisser un moment de repos. Je me flatte que vous voudrez bien, mon général, dire un mot à mon égard à M"° de Mirepoix et à M. de Beauveau. Je n’en veux faire ia connoissance que pour tâcher de vous être de quelque utilité. Ainsi, mon cher aimable général, marquez-moi vos demandes et ne doutez pas des poursuites que j'en ferai. Mes sentiments pour vous, depuis que j'ai l’honneur de vous connaître, vous en doivent être de sûrs garants. J'ai le cœur navré de vous quitter; mais il faut céder au mal. Feltz m'a fait trembler en me disant que je courois risque de la vie, si je retardois encore.

Ecrivez-moi, mon cher général, en France ; adressez vos lettres à M. de Vaudreuil qui me les fera passer, Je vous laisse mon adresse ; donnez-moi de vos nouvelles, et comptez que vous n'avez personne dans le monde qui vous aime autant que moi.

Voici une lettre pour M. Mercier que je vous prie de me renvoyer s’il n’étoit plus à Carillon. Envoyezmoi vos lettres devant le 9 du mois prochain.

J'ai chargé le munitionnaire de vous remettre le vin que je vous dois. Il sera assuré en avoir de bon. Déchirez, je vous prie, ma lettre,

A Montréal, le 24 [juillet 1758].

Je ne vous écris qu’un mot, mon cher général, pour vous accuser la réception de vos lettres. Je vous ai marqué hier que je serois le premier à partir, et vous priois de ne le poiut dire parce que l’on me l’a défendu ; ainsi je vous prie de n’en point parler, En conséquence, j'ai gardé vos lettres et ne les ai point envoyées à M. Doreil, comme vous me le marquez. Je pense qu'il vaut mieux que je les rende moi-même. Personne ne sera arrivé plus tôt que moi en France, Marquez-moi vos intentions ; si vous voulez que je les donne à M. Doreil, je les lui remettrai; mais je crois qu'il vaut mieux que ce soit moi qui en sois chargé. Je pars sur une frégate qui vole, à ce que tout le monde dit, et la meilleure marcheuse de France. Ainsi je dois me rendre vite. Vous aurez reçu de mes lettres que je vous ai écrites moi-même, où je vous prie de m'en donner pour M"° la duchesse de Mirepoi, et le prince de Beauveau, et de leur dire un mot pour moi, afin de me mettre en état de les faire souvent ressouvenir de vous. Envoyezles-moi tout de suite, J’ai donné ordre à Boisvert, parti ce matin, de vous remettre lui-même les miennes. Je vous embrasse de tout mon cœur, mon cher général, et suis avec l’attachement le plus vif et respectueux, etc.

PÉAN

P. S. — J'attends demain M. Bigot et ma femme,

à la première vue, vous ai voué un attachement des

A Montréal, le 29 juillet 1758.

Le secrétaire de M. de Vaudreuil m'engage à vous prier, Monsieur, d’avoir quelque bonté pour le nommé Basile Defosse qui vous remettra cette lettre. C’est un homme qu'il m'a dit lui être nécessaire, Je ne vois cependant pas que vous puissiez faire rien pour cet homme que de le renvoyer des premiers, quand il sera question de retourner en quartiers d'hiver,

Je viens de voir une lettre de M. d'Hert à M. Bigot, où il lui marque que l'hôpital manque de tout, En

. vérité, Monsieur, j'y perds mon latin. Il y a plusd’un

mois que j'ai fait partir quinze quarts de riz, dix demibarriques de prunes, huit quarts de vinaigre, dix barils d’huile d'olive, plus de quinze cents aunes de toile à paillasse, 11 faut que cela reste en chemin. Cependant par toutes les occasions je fais recommander au commis de les faire passer en diligence. Aussitôt la lettre reçue de d’'Hert, l’on a envoyé des ouvriers partout, et l'on va faire passer avec M. Charly du vinaigre par la Prairie. Le reste doit être certainement à Saint-Jean depuis du temps. dJ’ai vu avec peine que le nombre des malades augmente considérablement. Vousallez avoir du renfort, et Monsieur le général vous engage à envoyer quelques gros partis tâcher d’intercepter quelques convois. Mais il vous prie de n’y point aller; en quoi il pense bien. Votre tête est chère à la colonie et bien plus à moi qui,

plus vifs. Je ne sais si je ne dois pas être jaloux de ma femme qui veut la partager. Dans toutes ses lettres elle me parle de vous, et compte prouver son bon goût en vous ayant trouvé aimable à votre première visite, M. Bigot vous envoie un relevé de tout ce que je vous ai fait partir depuis votre départ, Vous verrez qu'il y

a de l'abondance, et je ne concois pas comment ces

articles ne sont pas rendus. Il faut que vous donniez ordre au commissaire de demander par toutes les occasions ce qui pourra manquer, L'on ne peut trop le répéter, Je vous serai obligé aussi de m'en faire part, parce que, si je suis ici, je presserai les mouvements, Je viens encore de donner un assaut à M. de Vaudreuil pour me laisser partir. Il m’a assez mal reçu, en me répondant que j’avois bien envie de m’éloigner de lui, Je me flatte cependant qu’il me laissera aller dans quelques jours.

Je crains bien que M. de Montcalm ne fasse rien, suivant ce que l’on en écrit du fort Frontenac; .ce seroit malheureux. M. Bigot a vu votre projet de défense qu'il a trouvé l’on ne peut mieux ; il vous en parle.

Rien de nouveau de ce côté ; il n'arrive plus de vaisseaux.

Vous allez avoir beaucoup de mélasse, Vous faites bien d’ordonner que l’on fasse de la bière pour tout le monde ; cela préserveroit des maladies; il vaudroit mieux retrancher l’eau-de-vie,

Continuez-moi, je vous supplie, Monsieur, l'honneur de votre amitié. Le cas que j'en fais me la mérite, et je ne négligerai jamais les occasions de vous convaincre

du respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur

d’être, etc, PÉAN.

P. S. — Mille compliments, s’il vous plaît, à M. de Fontbonne *,

A Montréal, le 30 juillet 1758.

(A vous seul, je vous prie)

J'ai recu, mon cher général, par M. Mercier [la] “lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, C’est un plaisir bien grand pour moi que d’avoir de vos nouvelles. Elles me deviennent: chaque jour plus chères, et je vous assure que je vous aime plus que je ne puis vous l'exprimer, Vous aurez reçu par Boisvert mes lettres. J'attends que vous m'adressiez par lui les vôtres. Comptez sur moi et que ma plus grande occupation sera de remplir vos vues, Je vous écrirai en partant, ce qui, je compte, sera sous huit jours, J'accompagnerai M. Bigot à Québec et de là je ferai route, Ma santé ne me permet plus de différer, et je compte trop sur votre amitié pour n'être pas persuadé que vous seriez le premier à me le conseiller. Je ne regrette que

* Lieutenant-colonel du régiment de Guyenne, qu'il ne faut pas confondre avec M. de Fontbrune, aide de camp de Lévis, mort en 1757.

de vous quitter à l'arrière. Mais nous nous rejoindrons l’année prochaine de façon ou d'autre. Si vous restez en Canada, je reviens vous y faire compagnie; mais il ne faut qu'autant que vous y serez chef. Vous pouvez encore m'écrire s'il part une occasion sur-le-champ. Ne parlez pas, je vous prie, da mon départ. J'ai la frégate la meilleure voilière de France.

Passé le 6 du mois proclain, les lettres que vous m'écrirez, adressez-les à M. de Vaudreuil ou à M. Bigot qui me les feront passer. Je compte, mon général, que vous me donnerez de vos nouvelles par tous les vaisseaux qui partiront pour France et que vous me parlerez de cœur.

Vous pourriez bien aller faire un tour à Chouaguen, après les récoltes, si les Anglois veulent s’y établir, L'on y a fait en conséquence passer tous les vivres nécessaires à Frontenac et à la Présentation.

M. de Vaudreuil est bien sûr de vos sentiments pour lui, je voudrois que tous les officiers eussent les mêmes; mais il me paroît, par les lettres qui viennent de Carillon, qu’il y a de l’altération dans les esprits, Vous sentez le tort que cela feroit à la colonie. Je suis persuadé que vous n’épargnerez rien pour les ramener,

Adieu, mon cher aimable général, donnez-moi, je vous en supplie, souvent de vos nouvelles, et soyez bien convaincu du tendre et respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d’être, etc.

PÉAN

P. S, — Ma femme, qui est ici, me charge de mille

choses pour vous. Saint-Simon, sergent des canonniers,

a ordre de vous remettre cette lettre lui-même,

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Dans le moment, arrive un bateau de l’Ile-Royale, Je vous envoie la relation de ce qui s’y est passé depuis le 8 juin jusqu'au 8 juillet, Vous verrez que les ennemis n'ont pas fait grand progrès, puisqu'ils n’avoient pas encore battu la ville le 8 de ce mois, et que toutes les troupes espèrent de s'en retirer, Vous verrez aussi que les Anglois craignent une escadre de trente-six vaisseaux françois et espagnols,

L'on prétend que la discorde est parmi les généraux anglois. Tâchons de ne pas faire le second tome,

Je vous prie de vouloir bien faire voir les nouvelles à M. de Beauclair, quand vous les-aurez lues, Je dois cette attention à celle qu'il a de m'écrire par toutes les occasions,

Si Louisbourg eût été attaquée par nos troupes, elle seroit déjà prise.

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