‹ Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 28 sur 54 · LETTRES DE M. DE ROQUEMAURE · texte numérisé non relu

LETTRES DE M. DE ROQUEMAURE

AU

A Chambly, le 19 août [1760].

J'ai reçu à midi une lettre de M. de Braux qui me marque qu'il a reçu un ordre à deux heures du matin pour qu’il partît avec ses compagnies et tous les habitants de Saint-Charles, ainsi que Saint-Antoine, Saint- Denis et Saint-Ours avec tous leurs habitants, pour aller à l’île de Saint-Ours, les Anglois étant à Sorel sans doute, Je ne sais pas ce que tout ceci deviendra ; il me paroît que Murray va son train, Si cependant M. Amherst [ne] fait aucun mouvement, sans doute qu’il y a quelque chose de nouveau ; car je n’imagine pas que Murray fasse à lui tout seul la conquête du pays. Il fait un temps affreux; je n'ai pas plus de

* M. de Roquemaure commandait, en qualité de lieutenantcolonel, le bataillon de la Reine.

quatre cents hommes pour garder le drapeau, y compris les grenadiers,

Je vous demande la continuation de votre amitié et de vos bontés,

J'attendrai vos ordres ou ceux de M. de Bourlamaque qui ne m'a rien fait dire jusqu’à présent,

J'ai l'honneur d’être avec autant d’attachement que de respect, etc.

IT

Saint-Jean, 21 août [1760], à dix heures du soir.

J'ai eu l'honneur de vous écrire hier par M. Filoid Û et de vous rendre compte de mon arrivée, M. de Saint- AU Luc est arrivé aujourd'hui à trois heures après-midi À avec quatre cent soixante-quatorze sauvages, dont environ quatre cents en état de marcher, Il m'a rendu compte du résultat de leur conseil, par lequel ils ne veulent marcher qu'avec cinq mille hommes, Je n'ai en tout ici que mille quarante-trois soldats ou miliciens. D'ailleurs ils ne veulent marcher qu'après avoir reconnu eux-mêmes l'ennemi. En conséquence ils | viennent de partir, un homme de chaque nation, Ainsi | cela va bien tirer en longueur. J'ai offert à M. de Saint-Luc cent soldats avec six officiers et quatre cent soixante-dix miliciens, tous de bonne volonté, n’en ayant pu trouver davantage. Les sauvages disent qu’un | aussi petit parti ne serviroit qu’à agacer l'ennemi, qu’ils

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ne veulent se battre ici qu’une fois, mais bonne, pour en aller faire tout de suite autant aux Rapides.

J'ai commencé à travailler à retrancher le camp du régiment, comme M. de Poulariés a retranché le sien, Je fais faire des rames, J'ai envoyé chercher treize bateaux à l’Ile-aux-Noix ; j'en avois deux ici. Je ferai en sorte d'en ramasser le plus que je pourrai pour nous en servir au besoin.

Je fais faire tous les jours des patrouilles du matin au soir, tant par les grenadiers que par les miliciens, dans les profondeurs des bois et sur la lisière, ce qui fatigue beaucoup tout notre monde. Nous allons manquer de viande après-demain ; je ne sais s’il en viendra.

Il nous est arrivé ce soir de l’Tle-aux-Noix trois blessés et trois malades, dont on a fait l’amputation d’un bras à un des premiers. Je suis fort embarrassé pour les faire passer à Montréal. Nous manquons d’eau-de-vie, comme j'ai eu l’honneur de vous le marquer, et il n’y a point de chirurgien à Chambly ; sans quoi je les ferois passer à ce fort, d’où on les enverroit à la Prairie, Nous n'avons de voitures d'aucune espèce ici; je serai fort embarrassé à cause de cela de faire passer ces malades à Montréal.

Ménagez votre santé, et continuez-moi votre amitié. J’ai l’honneur d’être avec autant d’attachement que de respect, etc.

Saint-Jean, le 22 août [1760], à deux heures après-midi,

J'ai l'honneur de vous faire part qu'il est arrivé ici un sauvage à cheval portant un collier venant du Grand- Onontagué de la Présentation, qui invite les sauvages de M. de Saint-Luc de venir à leur secours, vu que M. Amherst descend les Rapides et qu'il ne doit point s'arrêter au fort Lévis. M. de Saint-Luc a gagné sur eux qu'ils attendront la réponse de Monsieur le général jusqu’à demain matin,

On dit que Hotchig a été à la découverte, partant de l'Ile-aux-Noix, et qu’il a fait un prisonnier, ce qui a occasionné une grande fusillade dans l’armée angloise, M. de Bougainville me mande qu'il travaille depuis ce matin à faire un abatis immense ; ils n’ont point encore démasqué leurs batteries. Il me demande des saucissons. J'ai ordonné qu’on en fasse le plus qu’on pourra. Nous avons beaucoup plus d'ouvrage à faire que nous ne pouvons, vu le peu de monde que nous avous, M. de Saint-Luc m'a dit que Monsieur le général l’avoit assuré qu'il y avoit ici six mille hommes; à peine avons-nous ici la sixième partie du nombre, Jugez de notre situation et combien l’on peut fonder sur ce que l’on dit,

J’ai l'honneur d’être avec autant d’attachement que

de respect, etc.

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