ROQUEMAURE
P. S.—M. de Saint-Luc se rétracte de ce qu'il a avancé au sujet du nombre des hommes qui sont à Saint- Jean.
A Saint-Jean, le 24 août 1760,
J'ai l'honneur de vous instruire que les ennemis ont démasqué une batterie, hier à quatre heures après-midi, de seize pièces de canon et une chambre à bombes de huit mortiers, à ce que disent les habitants et blessés qui en reviennent ce matin. Les ennemis ont fait un feu continuel toute la nuit, Je reçois en ce moment une lettre de M. de Bougainville en remerciement des saucissons que je lui ai envoyés ; il me prie de continuer. Je faistravailler à force pour être à même de lui en envoyer ce soir, Il m'envoie huit blessés, dans le nombre desquels il y en a un de la marine auquel il faudra couper la cuisse, Il y a eu un sergent et trois soldats de Berry tués, Je vais faire passer les blessés à Chambly tout de suite, n'ayant rien ici pour les panser, d'autant plus que les sauvages, avant de partir, ont enfoncé la chambre de M. Dubuisson et pris le linge et les médicaments qui y étoient, On dit que les ennemis sont venus par trois fois, avec cinq berges, pour couper la chaîne. ‘Ils ont toujours été bien reçus par les grenadiers qui étoient dans les fredoches, et sur lesquels on tiroit à mitraille.
Il ne nous reste plus de sauvages ; M. de Saint-Luc en a conservé sept avec beaucoup de peine, qui doivent partir cette après-midi pour aller faire un prisonnier,
M. de Noguères, commandant les volontaires ‘de Royal-Roussillon, est parti ce matin avec vingt hommes;
il a pris des vivres pour trois jours et doit aller, en suivant le coteau, jusqu’à la rivière à la Colle,
M. de Langy vient de partir avec vingt-cinq Canadiens et les deux Boileau, père et fils, avec cinq jours de vivres, pour aller à la chute de la rivière au Brochet pour voir s’il n’y auroit point aucune colonne qui eût percé dans cet espace pouraller joindre M. Murray. Je suis hors d'état d'envoyer d’autres découvertes, faute de guides; mais si ces deux sont bien faites, elles nous iustruiront si les ennemis font aucun mouvement, Les blessés venus de l’Ile-aux-Noix disent qu’on n'entend point de bruit dans le camp anglois. M. de Bougainville me marquoit hier la même chose.
. Hotchig, qui a rapporté une chevelure, prétend avoir mis toute l’armée en combustion ; il a fait plusieurs décharges, avec ses cinq hommes, sur les troupes, qui se jetoient à l’eau avec beaucoup de confusion, et il n’a point été suivi. J'ugez, si le parti de mille hommes avoit eu lieu, s’il n’auroit point fait quelque coup avantageux.
Tous les Canadiens disent entre eux qu'ils resteront : les uns jusqu’à mardi, et les plus raisonnables jusqu’à vendredi, et qu'après ce temps ils retourneront chez eux. Jugez si on peut compter sur pareille troupe, Je joins ici un état de ceux attachés à Royal-Roussillon qui ont déserté la nuit dernière, malgré le ban que je fis battre hier au soir, par lequel il étoit défendu de s’absenter du camp sous peine de vie.
Vous voyez par là, Monsieur, dans quelle situation je vais me trouver, et que je ne puis compter que sur les deux bataillons qui ne montent qu’à quatre cents hommes,
M. de Lapause me dit que votre intention étoit que je laisse un capitaine et soixante hommes à Chambly, dans le cas que je fusse forcé de faire ma retraite, Comme il n’en est pas question dans vos instructions ni celles de M. le marquis de Vaudreuil, je vous prie de m'envoyer vos ordres à cet égard. Quand aux souliers tannés, ils sont si mauvais que pas un soldat n’en a voulu, Les peaux de chevreuil sont presque dans le même cas, et je n'ai pu me dispenser d'en donner à cette armée qui est nu-pieds et qui fait de continuelles découvertes autour du camp.
Je vous demande la continuation de votre amitié, et je suis avec autant d’attachement que de respect, etc.
A Saint-Jean, le 27 [août 1760], à cinq heures du soir.
Vous verrez, par la lettre que M. de Bougainville écrit à M. le marquis de Vaudreuil, qu’il y a plusieurs berges de passées, et qu’on a entendu embarquer beaucoup d'artillerie à bord des bâtiments pris sur nous ; qu'il ne sait si c’est pour ici, pour l’île, ou pour la Prairie-à-Boileau, M. de Noguères, qui vient de l’Ileaux-Noix, me dit avoir vu cinquante-cinq berges passées, et peut-être ce soir y en aura-t-il plus de cent; ainsi vous voyez que la communication est entièrement interceptée. Je suis persuadé qu’au premier sud-ouest, les ennemis paroîtront devant ce fort, J'ai deux bateaux au bivouac à deux lieues d'ici, nuit et jour, qui
découvrent de fort loin et qui ont ordre dès qu'ils verront les barques et une quantité de berges, de m'envoyer un bateau en diligence, pour m’avertir avec des signaux qu’il doit faire À vue du fort, afin que je puisse faire ma retraite tant par eau que par terre en bon ordre, Il me paroît que M. de Bougainville fait une proposition qui ne peut point s’exécuter, parce que nous courrions risque d’avoir l’un et l’autre la communication coupée, si je m’avancois à moitié chemin comme il le dit, M. de Lapause lui a fait dire par M. de Nogutres de tenir selon les instructions que vous lui avez données ainsi que Monsieur le général. M. de Noguères a rencontré deux partis en son chemin, qu’il a heureusement évités, Vous ne devez pas douter qu’ils ne soient maîtres du Nord moyennant leur marine, et qu’il sora dorénavant de toute impossibilité de faire passer aucune nouvelle à l'île, ne trouvant de guide qui veuille se charger d’y conduire personne ni d’y aller seul.
Un des bateaux du bivouac a ce matin été chassé par une berge qui a rétrogradé du petit détroit,
M. de Noguères part pour avoir l'honneur de vous rendre compte, ainsi qu'à Monsieur le général, de la position de M. de Bougainville.
Je vous serai bien obligé, mon général, de vouloir avoir attention que, lorsque Monsieur le général m’enverra des ordres, ils soient clairs et point embrouillés, afin qu’ils me servent de justification et qu’il n’y ait point de porte de derrière, Vous êtes trop de mes amis pour permettre qu'on me mette dans un mauvais cas.
J'ai l’honuour d’être avec autant d’attachement que de respect, etc,
[29 ou 30 août 17601].
11 * n’est pas douteux que les ennemis étant maîtres : de l’Ile-aux-Noix, n’envoient toute leur marine à Saint- Jean, Dès que je serai instruit de leur marche, je ferai la mienne sur la Prairie, ce qui, je crois, ne tardera pas. J'apprends à ce moment l’arrivée d’un diable avec beaucoup de monde qui vient vers Saint-Jean, Il n’est pas douteux qu’il ne soit escorté de beaucoup de berges, ce qui fait que je vais songer à ma retraite. Ou m’annonce aussi cent cinquante hommes de l’Ile-aux-Noix qui sont près d'arriver ici.
J'ai l'honneur d'être avec autant d’attachement que de respect, etc.
A la Prairie, le 1‘ septembre 1760,
J'ai l'honneur de vous informer que nous n'avons des vivres que jusqu’au 5 inclusivement. Je vous prie d’avoir la bonté de nous en envoyer, si vous croyez que nous soyons dans ce camp-ci. Il y a ici près de quatre cents sauvages qui ne laissent pas que de consommer
* Ceci est la fin d'une lettre dont le commencement manque.
beaucoup. Il y a aussi trois cent vingt-quatre habitants de la côte du Nord avec M. de Langy. Aucun des bataillons n’en a, à la réserve de Royal-Roussillon qui en a une centaine qui font la navette de la côte au camp, de facon qu’ils ne peuvent être utiles à aucun service, ne pouvant les trouver quand on en a besoin.
J'ai donné des ordres pour qu’il y eût ce soir cinquante hommes de la Prairie avec leurs chevaux de rendus ici pour servir avec M. de Belcour; ils commencent déjà à s’assembler,
J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint un mémoire de M. de Chourses fsic), qui désireroit avoir l’aidemajorite de son bataillon; il vous expose ses raisons, qui me paroissent être valables.
” J'ai eu l’honneur de vous prier ce matin d’ordonner qu'on nous envoyât de l’eau-de-vie et du sel, articles desquels il est impossible de se passer; j'espère que vous me les enverrez par la première occasion.
J'ai l'honneur d’être avec autant d’attachement que de respect, etc.