ROQUEMAURE
P. S.— J'ai chargé M. de Laas de la partie des vivres et de veiller à ce qu’il n’en soit point fait de fausse consommation. Vous l'aviez chargé de mettre les milices en ordre; mais n’y en ayant pas d’autres que celles de M, de Langy, il n’a eu rien à faire,
A la Prairie, le 1° septembre [1760], à huit heures du soir.
Je ne puis me dispenser de vous marquer la position de l’armée, qui est des plus déplorables pour moi et pour tous les officiers. Le mécontentement ne fait qu’augmenter. La désertion est totalement dans l’armée, même dans les grenadiers, qui partent par demi-douzaine à la fois. J’avois mis, comme vous me l'aviez ordonné, cent hommes de troupes de garde au pont et autant de miliciens, de plus une grand’garde de cinquante hommes en avant du camp; chaque bataillon en fournissoit en outre une aux bateaux qui leur ont été distribués, Lorsqu'il a été question à l’ordre de faire relever ces postes, les majors ont dit unanimement qu’ils étoient dans l'impossibilité de le [faire], et m'en ont fait voir l'état, Je vous envoie celui de Guyenne. Tous les bataillons étant de la même force, il vous sera aisé par celui-là de juger des autres. J'ai donc été obligé de retrancher les gardes et de ne mettre que cinquante hommes de troupes avec cent miliciens au pont, et de faire monter vingt grenadiers à la place des cinquante hommes qui cou vroient notre camp. Si nous restons encore ici quelque temps, je serai obligé de tout retrancher. Ce qui me désespère le plus, c’est que les officiers marquent encore plus leur mécontentement, Ils me représentent qu'avec un pareil vent, qui continue depuis, s’il venoit une alerte, il seroit impossible de nous embarquer,
Le commis du munitiounaire a demandé à M. Cadet trois à quatre mille rations de pain fait pour demain.
Il est indispensable qu'il soit rendu ici à midi.
Le
biscuit qu’on a voulu donner s’est trouvé moisi, et les
habitants l'ont refusé,
Quant à la cavalerie, il n’est encore venu que dix homines, et j'ai été obligé d'envoyer les grenadiers pour forcer les habitants à marcher avec leurs chevaux. Jugez combien ils tiendront, si on parvient à les ras-
sembler,
Depuis l’ordre donné, on vient de me dire que sur les dix-neuf hommes qui restoient du régiment de
Guyenne, il en a déserté six, dont quatre grenadiers,
Vos ordres et vos conseils me seront fort utiles dans ces circonstances. Il me paroît par la lettre que m’écrit M. de Bourlamaque que son armée fond comme la
mienne.
J'ai l'honneur d’être avec autant d’attachement que
de respect, etc.
A la Pointe-Saint-Charles, le 3 septembre 1760.
J'ai l'honneur de vous informer {e mon arrivée, avec beaucoup de pluie, J'ai laissé, comme vous me l'avez ordonné, M. de Noguères à la Prairie, et ordre à M. de Belcour de se rendre à Longueuil avec sa troupe ; mais
aucun cavalier ne veut le suivre. Les miliciens attachés
à Royal-Roussillon n'ont pas voulu marcher; ceux de M. de Langy s’en vont à force.
M. de Laas écrit à M. Cadet pour le prévenir qu'il a resté à la Prairie quatre cent cinquante pains que nous n'avons pu emporter par rapport à la pluie, Il faut que M. Cadet les envoie chercher et en même temps de quoi les couvrir, M. de Laas a fait passer pendant la nuit quinze bœufs à Longueuil. Les troupes sont payées en vivres pour aujourd’hui et demain, et la marine pour après-demain.
Je vous serai obligé de m'envoyer deux chevaux pour servir d'ordonnance, Ils pourront prendre des selles que nous avons portées de la Prairie,
J'ai l'honneur d’être, avec autant d’attachement que de respect, etc.
LR Là