‹ Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 33 sur 54 · LETTRES DE M. DE LAPAUSE · texte numérisé non relu

LETTRES DE M. DE LAPAUSE

AU

A Saint-Jean, le 20 août 1760.

J'arrive et vais partir pour l’Ile-aux-Noix. M. de Roquemaure vous aura rendu compte qu’il a laissé vingt soldats à Chambly, avec dix de la marine et vingt miliciens commandés par un lieutenant, vingt soldats et

* Le chevalier de Lapause, aide-major au régiment de Guyenne, était un officier de mérite dont Montcalm faisait le plus grand cas, jusqu'au point de l’appeler ‘“ un homme divin duns une de ses lettres à Lévis (17 août 1756).

Aucun officier ne fut recommandé aux ministres avec autant de chaleur, tant par Montcalm que par Lévis. Dans un Mémoire adressé à la cour en 1760, Lévis disait de lui: ‘# Cet officier avait mérité depuis plus de cinq ans que feu M. le marquis de Montcalm demandât pour lui le grade de colonel avec la plus vive instance ; il n’a cessé, ainsi que moi, depuis de la réitérer. 11 a mérité et mérite les plus grands éloges... Je crois qu'il est du bien du service de le mettre dans la route des premiers emplois... étant propre à tout ce qu'on voudra l’employer. Il a l'expérience, les talents et la naissance pour mériter un régiment, mais non les moyens ”. — Lettres de Lévis, p. 440.

vingt habitants à Sainte-Thérèse ; moyennant ce et les deux compagnies et un détachement en outre qu’a retenu M. de Bourlemaque, ce bataillon est très foible.

Il arrive un détachement de M. de Bougainville qui venoit chercher des munitions; mais il n’y a que six cents livres de poudre, J’ai ordonné à Chambly qu’on en fit passer deux milliers avec huit de balles, Hier, Royal-KRoussillon a eu deux hommes blessés en allant à l’Ile-aux-Noix ; on n'a point tiré sur le détachement qui arrive; c'est quelques Moraïgans qui rôdent au nord, Il a déserté un soldat de la marine à M. de Bougain ville. .

1 manque de bœufs dans cette partie. Si M. Cadet n’en envoie lever, ce camp manquera, M. de Bougainville ayant pris les animaux qui étoient dans les environs.

11 n’y a que neuf cents livres de farine à Chambly, et à Saint-Jean de quoi faire vingt-quatre mille rations. Ces vivres ne dureront tout au plus que pour douze jours, si les sauvages arrivent, et il n’y a rien à pouvoir faire passer à M. de Bougainville. Il faudroit faire arriver des farines de Sunt-Ours et faire remonter de cette partie, où vraisemblablement sont les bateaux de Berry et de la Sarre, le plus qu'on pourra à Chambly.

Je vais mener vos mnilic'ens de Royal-Roussillon à M. de Bougainville avec les ouvriers de la barque; les matelots vont suivre à mesure,

La Reine arrive ce soir. On fera partir les cent miliciens de ce bataillon à mon retour, si M. de Bougainville ne peut s’en passer.

I] faudroit qu’on envoyât ici de l’eau-de-vie pour les blessés qu’il pourra y avoir; mais il faut la faire envoyer en baril et la faire suivre à vue; car on y met de l’eau en chemin, ce qui la rend de nul effet pour cet usage; il faudroit aussi quelques linges, charpie et médicaments.

Je suis avec l'attachement le plus inviolable et le plus profond respect, etc.

A'la suite de cette lettre, M. de Bourlamaque a ajouté :

Il n’y a rien à faire passer à M. de Bougainville; ila assez de farine et de bœufs.

Il doit passer de Saint-Ours à Chambly des farines et de là à Saint-Jean; je crains qu'il n’y en ait que trop à ce fort. On fait une levée de bœufs pour Saint- Jean. J'ai fait passer à ce dernier fort du linge et charpie ; il y avoit de l’eau-de-vie camphrée rendue depuis quelques jours!

A Saint-Jean, le 22 août | 1760], à dix heures du matin.

Je suis arrivé à l'entrée de la nuit, Point de nouvelles de l’Ile-aux-Noix. Il y a eu hier à sept heures du soir une grande fusillade qui a duré une heure. On a tiré beaucoup de canon jusqu’à onze heures; du depuis on tire peu. Il a beaucoup plu toute la nuit.

M. de Noguères est parti cette nuit avec deux hommes pour tâcher d’y pénétrer, On n’a trouvé aucun Canadien qui voulût y aller et qu’un seul qui voulût l'accompagner. Les Boileau arrivoient de la découverte,

J'ai trouvé ici les deux lettres écrites hier par M. le marquis de Vaudreuil à M. de Bougainville, MM. de Roquemaure et de Poulariés ont trouvé, ainsi que moi, que celle que ju vous renvoie ne pourroit que mettre M. de Bougainville dans l'embarras pour savoir celle qui étoit postérieure, J’aurois pu réparer cela ; mais elle servoit d'ordre formel pour laretraite. D'ailleurs, il paroît impossible qu’il puisse exécuter ce qu'on lui prescrit, et difficile même par les mauvais chemins qu’il puisse nous amener grand monde, quand même il ne seroit pas contrarié par les ennemis, nombre d'officiers et soldats n'étant pas en état de faire cette route dans assez peu de temps pour ne pas craindre que l'ennemi ne les devançât en descendant par la rivière, La lettre envoyée et celle qu’il a de vous lui disent assez pour le faire retirer, s’il croit la chose possible et nécessaire, J'ai chargé M. de Noguères de lui dire vocalement, de la part de M. de Vaudreuil et de la vôtre, de se défendre, mais, plutôt que de se rendre, de se retirer avec tout ce qu'il pourroit emmener, s’il lui étoit possible, et que, s’il se voyoit à même d’être emporté de vive force, i! n’avoit qu’à agir suivant l'exposé ci-dessus, suivant que les circonstances pourroient le lui permettre, mais que le soutien de son poste étoit essentiel pour prolonger la défense du Canada, Voyez si vous approuvez cela. Il m'a paru que c'étoient vos intentions et celles de M. de Vaudreuil. Je crains malgré cela qu’on n’abandonne

trop tôt ce poste, dont il ne nous reviendra que peu de monde ; et, si la défense de nos postes ne fait pas honneur à nos armes, il est à craindre que la suite ne soit pas plus avantageuse.

J'ai trouvé M. de Roquemaure disposé pour sa retraite, qu’il ne fera que lorsque les découvreurs sur la rivière lui annonceront l'ennemi ou que l’Ile-aux- Noix ne soit prise ou abandonnée, On laissera M. de Villejoin dans ce fort avec une vingtaine d'hommes pour y mettre le feu à la dernière extrémité, et avant qu'il soit totalement investi. On se retirera par la Savane ou par Sainte-Thérèse, si l’on est pressé; les éclopés passeront par Chambly. Onira sur la rivière de Montréal; on nous dépèchera un courrier alors et nous verrons s’il y a moyen de tenter fortune dans cette partie, ou s'il faudra qu’on repasse le fleuve. Comme, dans cette circonstance, ce corps se trouvera très affoibli, il est à observer qu'il ne pourra soutenir, dans la première supposition, longtemps la rivière de Montréal, d'où il sera obligé de veiller sur les mouvements des ennemis par Chambly sur la Prairie, On a ici très mauvaise opinion des Canadiens ; on leur attribue beaucoup de mauvaise volonté et de mauvais propos; on n’a pu en trouver pour envoyer à l’Ile-aux-Noix ; les Boileau arrivent de la découverte ; M. de Noguères en a trouvé un seulement,

Ce camp sera payé en vivres jusqu’au 1* du mois; il pourroïit trouver encore de quoi vivre pour quatre jours à Chambly ou aux environs. Je fais passer trente quarts à la Prairie, où il faudroit que M. Cadet tint un commis pour y faire cuire, M. de Lusignan aura assez

ET me en LP DER

de vivres pour son poste ; il en pourra tirer de la rivière Chambly, s’il n’est point attaqué, Il y a deux mille trois cents livres de poudre dans cette partie, J'ai dit qu'on en fit passer mille livres à la Prairie, où il faut faire passer des balles pour les postes.

On y fera passer les couvertes du magasin, les équipages des troupes et les soldats malades, 11 faudra destiner quelqu'un pour faire ce déblaiement, Berry et la Surre ont leurs équipages à Chambly, Il faut qu'on envoie les charrettes de la Prairie et Longueuil à Chambly pour les transports, ct y faire porter les ordres tout de suite.

J’attendrai vos ordres, mon général, pour vous joindre quand vous le jugerez nécessaire, m'ayant dit de rester ici jusqu’à ce temps. Je crois que nous ne tarderons pas à voir la flotte.

M. de Roquemaure compte envoyer demain M, de Lusignan à Chambly. Voyez s'il doit attendre son départ conformément à l’ordre donné,

Soyez persuadé, mon général, de mon zèle pour le service, et encore plus de l'attachement inviolable que je vous ai voué et du profond respect avec lequel je suis, etc.

LAPAUSE,

P.S. — Si vous vouliez avoir la bonté d'envoyer un cahier de papier à M. de Roquemaure,

HI

A Saint-Jean, le 22 août 1760 *,

Je suis arrivé à l'entrée de la nuit, Point de nouvelles de l’Ile-aux-Noix; grande canonnade toute la nuit et fusillade jusqu’à sept heures du soir; du depuis cent vingt-cinq coups de canon tirés jusqu’à onze heures ; du depuis on tire peu, La pluie continue ; il paroît que les ennemis veulent avoir ce poste, On a fait partir cette nuit M. de Noguères avec deux hommes pour tâcher d'y pénétrer, J'ai trouvé ici les deux lettres écrites hier à M. de Bougainville. MM. de Roquemaure et de Poulariés ont trouvé ainsi que moi que celle que je vous renvoie ne pourroit que mettre M. de Bougainville dans un très grand embarras, soit pour savoir quelle étoit la postérieure, et servoit d'ordre formel pour faire sa retraite. Il est impossible qu’il exécute ce qu'on lui prescrit pour vivres; d'ailleurs, il ve peut le faire par eau et difficile qu’il puisse le faire par terre avec tout son monde, nombre des officiers et soldats n'étant pas en état de faire ce chemin. La lettre envoyée lui en dit assez pour le faire retirer, si la chose est possible. J'ai chargé M. de Noguères de lui dire vocalement les intentions de M. de Vaudreuil et les vôtres, et qu’on l’avoit chargé de lui notifier de bien se défendre, mais, plutôt que de capituler, de

etirer avec tout ce qu’il pourroit emmener ; que, sur

* Cette lettre est presque identique à la précédente; ependant, le texte en différant quelquefois assez sensiblement, on a jugé bon de la donner aussi.

cet exposé, il pourroit prendre le parti, s’il se voyoit à la veille d’être emporté de vive force, que les circonstances pourroient lui permettre ; mais que le soutien de son poste, tant qu’il seroit possible, étoit un point essentiel pour prolonger la défense du Canada. Voyez, mon général, si vous approuvez tout cela. Je crains, malgré cela, qu’on abandonne trop tôt ce poste, dont il ne nous reviendra que peu de monde, Si la défense de nos postes n’est pas plus heureuse à nos armes, il est à craindre que la suite ne nous soit pas avantageuse,

J'ai trouvé M. de Roquemaure bien disposé pour sa retraite qu’il ne fera que lorsque les découvertes sur la rivière lui annonceront l'ennemi ou que l’Ile-aux-Noix fut prise, On laissera M. de. Villejoin avec une vingtaine d'hommes pour y mettre le feu, lorsque l'ennemi en sera tout près et en assez grand nombre pour pouvoir l'investir par eau et par terre.

On se retirera par la savane ur la rivière de Montréal; les éclopés passeront par Chambly. On vous dépêchera un courrier dans ce moment, et vous verrez alors si vous voulez hasarder quelque chose dans cette partie ou qu’on passe le fleuve. Comme, dans cette circonstance, ce corps se trouvera fort affoibli, il est à observer que, dans la première supposition, il ne pourra tenir longtemps la dite position. On a mauvaise opinion dans ce camp des Canadiens; on croit inême qu'il ne feront pas un long séjour ici. Beaucoup de mauvaise volonté ; qu’un seul qui ait voulu accompagner M. de Noguères.

On a fait donner du pain à tout le monde [pour] jusqu'au 1° du mois; on aura encore à Chambly ou ici

de quoi donner [pour] trois jours s’il le faut. On fera ARUUN passer trente quarts de farine de Chambly à la Prairie, M. de Lusignan aura assez de vivres pour son fort avec environ deux cents minots de farine, Il pourra en retirer de la rivière Chambly, s’il n’est point attaqué, et s’il l’est, il en aura de reste.

On fera passer mille livres de poudre à la Prairie ; il aq en restera autant, et plus, pour le fort Chambly. Il ( faudra envoyer à la Prairie deux milliers de balles, et les couvertes seront envoyées aussi à la Prairie où M. Cadet devroit avoir un commis qui avisât au moyen de faire mettre en pain les trente quarts de farine,

Le commis des magasins doit y rester aussi et faire passer à Montréal les couvertes.

(Le reste manque).

A Saint-Jean, le 28 août 1760, à onze [heures du matin *].

* Voici un début qui accélère beaucoup l’expédition… [Nous] apprenons par un sergent égaré et qui est... se Nous apprend que M. de Bougainville a abandonné...…........au soir à dix heures et n’a laissé que Le Borgne............. Il nous assure qu’ils ont pris le chemin de la [Prairie]........,...... assurant qu’ils auront |

* Cette lettre est très abîimée ; les mots manquants sont remplacés par des points ; on a mis entre crochets ceux qu’on peut rétablir d’après le sens.

beaucoup de peine à...........et qui est fort long. Il dit qu’il y a grand... .........dans le bois. On fait partir un détachement... [pour aller] à deux ou trois heures d'ici pour ramasser les... .....tâcher, s'ils peuvent, de découvrir la piste de M. [de Bougainville], le suivre pour le guider. Je crains... ......plus de monde que nous n’eussions fait .................ce poste qui est abandonné sans avoir..................facon et où on n’a pas eu dix hommes tués............au plus, à ce qu’assure le sergent ; les ennemis.........,............... malgré la prise de notre marine, a attaqué... seroient vraisemblablement arrêtés encore à ce poste..…...[Nous] allons reculer tous les jours; demain ce corps [va se] replier sur la rivière de Montréal et peut-être... à la Prairie et dans l’île; c'est une grande perte poste; nous n’y avons acquis ni gloire ni profit …... [Les] commandants de bataillons ont été d'opinion contre cette.….......M. de Bougainville croit avoir des pièces valables [de] justification. Si j'eusse osé, j'aurois séquestré [les deux lettres] au lieu d’une, quoique celle qu’il a reçue le... ......porte, s’il le croit de conséquence. Jamais poste ........, esse ses [dava]ntage. Il a cru apparemment que ce que je [lui faisois] dire n’étoit pas assez authentique.

Si les ennemis nous obligent demain de gagner... [je] crois qu’ils ramasseront le détachement de M. de [Bougainville]. . Ainsi, il y à à parier que, par la misère ou autrement, [il ne nous] viendra que peu de ce détachement,

ss. dans le moment il paroît un diable ss SOÏt Suivi par un grand nombre de berges.

[Si l'ennemi nous contraint] de nous retirer, je ne sais ce que deviendra [M. de Bougainville]. Il arrive environ cent cinquante habitants de ceux qui ............... n'ont pas voulu suivre les troupes …...........[au]trement, qui alloit partir pour ne pas ajouter au perdu sonores Ï] n’y a pas de temps à perdre pour préparer..............les moyens pour traverser ce corps AN de la... M. de Roquemaure ne nous ramènera NT PAS .....ss.huit cents hommes, Si les anadiens de ces environs tiennent, et...............il n’y à que ceux de l’autre côté du fleuve .…….......... Personne n'est disposé à combattre; les officiers [même] font connoître trop ouvertement leur façon de [penser].

On vient avertir qu’il paroît grand nombre de berges, APR ENS le diable, Je crois que tout est dit pour cette partie.

Je suis avec l'attachement le plus inviolable et le plus respectueux, etc,

A Saint-Jean, le 28 [août 1760], à six heures et demie du soir.

Heureusement, le détachement de M. de Bougainville, comptant arriver à la Prairie, s’est trouvé, après avoir marché jusqu’à trois ou quatre heures du soir, au-dessus du Détroit ; ce qui les a amenés à Saint-Jean, Ils sont heureux ; suivant les pratiques du pays, de trois jours ils n’eussent pénétré ce pays. Ils arrivent l’un après

l’autre ; les Canadiens passent dans le bois pour ne pas s'arrêter ici; le peu de soldats qui arrivent vont filer à la Prairie, où il faut, en toute diligence, qu'on leur fasse trouver des vivres. J'écris au commis du munitionnaire de mettre tout en usage pour faire faire du pain, et de mander à M. Cadet d’en envoyer de Montréal et qu’il s’y trouve aussi des bœufs. Je mande à Chambly qu’on y fasse passer des farines, Nombre de Canadiens de ce cump ont perdu leurs vivres cette nuit dans une fausse alerte qu’il y a eu. Ainsi, mon général, il faut que le munitionnaire mette tout en usage pour donner des vivres aux débris du pauvre corps de l’Ile-aux- Noix qui est exténué et excédé de fatigue.

Le diable et les berges dont je vous ai parlé ce matin, ont arrêté au-dessus du détroit, Je suppose qu’ils prennent position à l’Ile-aux-Noix et que nous les verrons demain, M. de Roquemaure paroît décidé à se retirer. On fera en sorte d'attendre ici jusqu’au dernier moment pour sauver le plus de monde qu'il sera possible des gens qui sont perdus dans le bois. M. de Bougainville va arriver; Launay et Manneville le sont, ayant trouvé un canot au détroit, On porte sur un brancard M. de Trivio. On n’a recu d'aujourd'hui aucune de vos nouvelles.

Attendez-vous, comme j'ai eu l'honneur de vous le mander, que nous serons demain derrière la rivière de Montréal, et en petit nombre,

Vos ordres, mon général, sur ce que vous désirez que je fasse, Soyez persuadé de mon zèle, de l'attachement sincère et du profond respect aver lequel je suis, etc.

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