LETTRES DE M. DE LAAS
AU
A Saint-Jean, [sans date], midi.
J’ai l’honneur de vous rendre compte qu’en conséquence des ordres de M. de Bourlamaque, j'ai quitté son armée, et que je me suis rendu ici avec les deux compagnies du régiment qui étoient au Vieux-Saint- Ours.
M. de Roquemaure est au désespoir; sa petite armée diminue à vue d'œil, et, si ceci continue, elle se trouvera bientôt réduite aux deux bataillons de troupes réglées. Les sauvages sont tous partis ; il n’en reste plus qu’une quinzaine qui ont leurs paquets faits et qui ne tarderont pas à suivre les autres. Les Canadiens, qui arrivent par petites bandes, ne trouvant pas à se loger, se cachent, et on ne sait où les trouver, Il faudroit qu’il
* M. de Laas était capitaine au régiment de la Reine.
y eût quelque officier de la marine pour en faire des rôles et en prendre soin. Si M. de Vaudreuil ne nous envoie quelques sauvages affidés pour des découvertes, il est impossible que nous soyoris avertis des mouvements des ennemis, À leur défaut, quelques voyageurs seroient bons ; plusieurs qui s’étoient mis avec les sauvages, s'en sont allés avec eux.
11 me semble qu’il auroit été bien essentiel qu’on eût envoyé à M. de Roquemaure un rôle des miliciens du second commandement qui devoit venir ici pour vérifier si la levée a été bien faite ; il me paroît qu’elle rend bien peu.
- J'espère, mon général, que, si vous trouvez quelque occasion à m’employer, vous n’oublierez pas le zèle avec lequel je suis toujours prêt à me porter à tout ce qui peut contribuer au bien du service, et à m’acquérir votre estime et votre amitié, C’est avec ces sentiments et avec un profond respect que j'ai l'honneur d’être, etc,
DE Laas.
P. S. — Nous n'avons pas entendu tirer à l’Ile-au x- Noix de la matinée, et nous n’en avons pas eu de nouvelles depuis minuit,
IT
A la rivière de Montréal, le 30 août 1760.
M. de Roquemaure vient de me proposer, de la part de M. de Vaudreuil, le commandement d’un prétendu
Le
corps de milices qu’il dit devoir s’assembler à Sainte- Thérèse pour la défense des Rapides. Je n’ai pas cru devoir l’accepter pour plusieurs raisons: premièrement, il est probable que les milices ayant quitté l’armée, elles ne s’assembleront pas à la vue de l'ennemi pour y faire ferme, surtout ne sentant pas un corps de troupes derrière elles pour les soutenir; secondernent, je pensois que je ne pouvois quitter le corps sans emmener un détachement de troupes relatives à mon grade; je lai demandé à M. de Roquemaure qui n’a pas voulu me le donner. Je me souviens trop bien de la fugue que m'ont faite les Canadiens à Québec, pour que je m'expose à me déshonorer avec pareille troupe sans avoir des soldats ; troisièmement, point d'ordre ni d’instruction de M. de Vaudreuil relative à la besogne qu’il y avoit à faire. J’aurois cependant passé par-dessus toutes ces difficultés, si j'avois eu soupçon que cela vous auroit fait plaisir; mais, M. de Roquemaure m'ayant dit que vous ne lui aviez point écrit à ce sujet, j'ai cru, ainsi que M. d'Hébécourt, que vous ignoriez ce qu’on lui mandoit à ce sujet, ou que vous ne vous souciiez pas que nous nous chargeassions de cette besogne, Vous devez être persuadé, mon général, que j'irai toujours au-devant de tout ce qui pourra vous être agréable, et que si, dans cette occasion, j’eusse soupçonné que vous l'aviez désiré, j'y aurois volé, quelque risque que j'eusse couru de m’y trouver seul. Si vous jugez encore à propos que j'y aille, vous n'avez qu’à l’ordonner.
Notre petite armée fond à vue d'œil, Les miliciens sont encore ici au nombre environ de deux ou trois cents. Une quinzaine de grenadiers et nombre de
soldats nous ont déjà quittés ; et, selon les propos qu'ils tiennent, 1l y a grande apparence que les premiers seront suivis de nombre d’autres, Tous les officiers haranguent leurs troupes ; je souhaite que cela fasse effet et les pique d'honneur, Toute l’armée se trouve sans vivres et il en arrive très peu, Ah! la vilaine chose que de faire une retraire avec une troupe saus discipline et dont la plupart des officiers, au lieu d’apaiser le murmure par de bons propos, en tiennent au contraire de très mauvais! Capitulation est le cri public, sans que personne songe à brûler une amorce. Les ennemis (apparemment Rogers) paroissent à la tête de la savane,
J'ai l'honneur d’être avec autant d'attachement que de respect, etc,