‹ Lettres de divers particuliers au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 35 sur 54 · LETTRES DE M. DUMAS · texte numérisé non relu

LETTRES DE M. DUMAS

AU

A Deschambault, le 17 mai 1760.

J'ai l'honneur de vous adresser les lettres de l'Hôpital- Général. Je suis persuadé que les affaires y sont en très bonnes mains.

Par tout ce que vous lirez, je suis tenté de croire que les Anglois nous amusent de la garnison de Louisbourg ; mais que, dans le fond, ils ne l’attendent pas, et j'ai bien de la peine à comprendre comment M. Murray peut avoir été soustrait aux ordres du général Ambherst. En cas d'opération, ces deux hommes doivent se joindre, et cette prétendue indépendance ne peut subsister, Ne

* Le capitaine Dumas était un des meilleurs officiers de la colonie. Il commandait le corps de troupes qui détit le général Braddock à Monongahéla, M. de Beaujeu, le commandant en chef, ayant été tué au commencement de l’action. M. Dumas fut promu ensuite au grade de major général. Après la prise de Québec en 1759, le général de Lévis lui confia la défense du fort Jacques-Cartier.

seroit-ce point que le général Amherst auroit eu ordre de repasser en Europe, peut-être avec le principal de son armée ? Cette manière de politique expliqueroit la consternation de la garnison de Québec.

Je suis avec un profond respect, etc.

Dumas.

P, S.— Vous avez oublié, Monsieur, de me laisser lu lettre à l'adresse de M. Murray. Cela m’auroit fourni une nouvelle occasion d'envoyer à l'Hôpital-Général. Vous savez, mon général, la quantité de bœufs que nous avons; je vous supplie de pourvoir à notre subsistance et. de ne pas m'obliger de la chercher sur les lieux.

IT

A Deschambault, le 29 mai [17601], à dix heures du soir.

J'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27 et le 28. Je me conformerai à tout ce que vous m'avez fait l'honneur de me prescrire.

Jusqu'à présent nous manquons de bateaux. Je ne vois pas jour à faire de pont sur la rivière Jacques- Cartier, et, si notre détachement venoit à être poussé, je ne sais pas comment il passeroit cette rivière.

M. le marquis de Vaudreuil me fait l'honneur de me marquer qu’il faut absolument diminuer les forces que vous m'avez laissées sur cette frontière, à cause de la disette des vivres. Je n’en connois pas la possibilité,

conféré ensemble, vous jugerez bien mieux que moi ce qui est faisable,

On ne peut point compter sur les milices du lieu, lorsqu'il est question de retraite, moins encore sur celles des Trois-Rivières, qui ne peuvent jamais venir assez à temps dans l’occasion, et le régiment de Languedoc ne peut que se poster par pelotons sur les rivières de Champlain, Batiscan et Sainte-Anne, selon la distribution, pour m'en favoriser le passage ; savoir encore si nous réussirons à y mettre des bateaux. Pensez-vous, Monsieur, qu'il seroit bien difficile de faire un pont de radeaux sur ces rivières qui n’ont presque point de courant ?

Vous ferez sans doute observer à M. le marquis de Vaudreuil qu'il faut garder la rive du fleuve depuis Saint-Augustin jusqu'ici, éviter d’être coupé plus haut, et attendre cependant que les postes avancés soient repliés pour faire ma retraite, Tout cela ne se fait pas sans beaucoup de monde, surtout si l'ennemi faisoit tout ce qu’il peut faire; muis ce seroit la première fois; il faut espérer qu’il oubliera quelque chose.

Je viens d'envoyer à M. de la Rochebeaucour les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser ; elles partiront demain avec les premières.

J'ai couché la nuit dernière à la Pointe-aux-Trembles ; tout y va bien. J’y ai fait la réforme que vous m’aviez recommandé en partant, En un mot, Monsieur, tout ce que vous avez ordonné s'exécute ou s’exécutera dans son temps.

occupant l'espace que nous tenons, Quand vous aurez

J'adresse à M. le marquis de Vaudreuil des lettres angloises prises sur des bateaux et esquifs dont notre goélette s’est emparée vers les Pèlerins, S'il faut s’en rapporter à une qui est écrite en françois, la paix est encore éloignée, La fortune vous réserve de nouveaux triomphes; Dieu vous en donne les moyens !

Je suis avec un profond respect, etc,

à A Deschambault, le 1° juin 1760,

J'ai l'honneur de vous adresser des lettres de l’'Hôpital- Général, que j'ai lues, suivant l’ordre que vous m'en avez donné,

La difficulté d’évacuer les vivres en cas d'événement, m'a fait prendre le parti, de concert avec M, Landriève, de n’en laisser ici que pour quinze jours et quatre en biscuits, autant à Jacques-Cartier pour cette garnison, et de même chez Germain pour celle de la Pointe-aux- Trembles. Le reste sera embarqué sur une goélette qui se tiendra mouillée au haut du Richelieu, d’où l’on rafraîchira tous les quatre jours les postes à proportion de leur consommation,

Nous avons à terre pour deux mois de vivres. Si l'ennemi commençoit ses mouveinents, nous pourrions être forcés d’en abandonner la plus grande partie. Notre situation, par rapport aux subsistances, ne nous permet pas de courir ces risques. Voilà mon motif,

A l'égard des quinze jours de vivres que je laisse

dans chaque poste, il peut arriver que l'ennemi, sans faire de débarquement et sans être en état d'en faire, fit passer des bâtiments qui remonteroient le Richelieu pour reconnoître la rivière, Alors notre goélette gagneroit les Trois-Rivières et nous resterions avec quinze jours de vivres pour voir la tournure que les choses prendroient, Si cette manœuvre de l'ennemi duroit plus ail longtemps, il faudroit bien se replier derrière la rivière \ Sainte-Anne; mais j'aurois le temps de recevoir les ordres de M, le marquis de Vaudreuil et les vôtres. Je souhaite fort, Monsieur, que vous approuviez ces dispositions,

Je n’écris point par cette occasion à M. le marquis de Vaudreuil, ayant des dépêches à faire pour les postes avancés qui me pressent, Vous voulez bien que celle-ci soit commune entre vous deux ; permettez qu’il en soit de même, quand j'aurai l'honneur d'écrire directement à M. le marquis de Vaudreuil,

Le général Murray est homme à faire un mouvement, tout foible qu'il est, pour hâter la capitulation dont il se berce ; car il a cela dans la tête.

Je suis avec un profond respect, etc.

Dumas.

P. S. — M. le marquis de Vaudreuil a donné un passeport à des commercants pour aller à Québec, qu'il m'a permis d'arrêter, si je le jugeois convenable, Puisque vous voulez que les ennemis ignorent où vous êtes, ainsi que l’armée, il faut rompre toute communication. La terreur qu'inspire M. Murray feroit tout dire aux mieux intentionnés, J'ai pris le parti d'arrêter ces "# messieurs-là,

A Deschambault, le 6 juin 1760,

Dans l'état présent des affaires sur cette frontière, l'ennemi ne fera point de descente depuis Jacques- Cartier jusqu'ici, 11 pourroit tout au plus pousser notre avant-garde de la Pointe-aux-Trembles ; encore cela est ‘1 tout à fait hors d'apparence ; car il y essuieroit des coups de fusil, et il n’a pas de monde à perdre ; mais il peut me laisser derrière lui et aller faire un coup d'éclat sur les Trois-Rivières, qu’il trouvera vide,

Dans ce cas, je laisserai le poste de Jacques-Cartier tel qu’il est, ici trois piquets seulement, et je côtoierai l'ennemi avec le reste de ma troupe. Pour cet effet, j'ai donné ordre à M. de la Rochebeaucour de passer la rivière Jacques-Cartier, si l'ennemi le dépassoit jusque-là, et de venir me joindre pour aller au secours des Trois- Rivières.

J'ai fait partir M. de Montbeillzrd et j'ai donné les ordres nécessaires pour qu'on fit des ponts sur toutes les rivières de ma communication, si le cas est praticable en quelque manière. Je pense, Monsieur, que votre intention n’est pas que je perde du terrain, tant que l'ennemi n’aura pas reçu ses renforts. Ainsi en conservant mes deux points d'appui, je puis revenir prendre ma position deux jours après ; au lieu que, si je les abandonnoïs, je manquerois ensuite de toutes sortes de moyens pour m'y soutenir, Si, par l'événement, cette disposition n’avoit pas !e succès qu’elle promet, elle sera toujours la plus raisonnable et la plus militaire, Si elle

dreuil, à qui j'ai l'honneur d’en rendre compte, cela me suffit,

M. de Malartic vous aura informé de tout. Je ne puis en savoir que beaucoup moins que lui.

Je suis avec un profond respect, etc.

A Berthier, le 19 août 1760, à huit heures du matin,

L'incommodité de M. de Privat a augmenté au point de le déterminer à partir. Ila reçu hier au soir une lettre de M. de Bourlamaque qui lui demande M. de Fouillac. Mais vons l'avez jugé en partant plus nécessaire ici qu’à Sorel, et, dans les circonstances présentes, il l’est beaucoup davantage. Il n’est plus douteux que les ennemis n’ont d’autre objet que de remonter la rivière, M. de Bourlamaque les suivra sans obstacle, Mais j'ai à passer la rivière de Repentigny, où je puis en trouver beaucoup. Outre cela; Monsieur, le peu de troupes que j'ai ici sont composées de six corps différents, dont les trois quarts sont troupes de terre ; il leur faut absolument un chef, Si j'avois l'honneur d’être revêtu du grade de M. de Bourlamaque, je me passerois plus facilement de M. de Fouillac, quoique, en tout temps, il me fût fort nécessaire,

J'ai eu l'honneur de faire réponse à M. de Bourlamaque ce matin et de lui exposer toutes ces raisons et

a voire approbation et celle de M. le marquis de Vau-

de lui marquer que j'avois celui de vous en rendre compte.

Les ennemis ne font aucun mouvement, Le vent est contraire, Je suis avec un profond respect, etc.

À Berthier, le 19 août 1760.

Je reçois dans le moment la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire hier.

Je vais faire partir sur-le-champ deux officiers pour aller lever les milices du second commandement dans le haut du gouvernement des Trois-Rivières, pour les joindre à M. de Repentigny. Vous les aviez déjà destinées au régiment de Languedoc. Le premier commandement de Maskinongé a joint ce régiment; mais, par votre dernière lettre, vous changez la destination du premier comme du second.

|| NU ce Si le vent sud-ouest continue, ce que vous me faites FIL MES | L LATE LR l'honneur de me prescrire à ce sujet sera exécuté, Mais " ANNE s’il devient favorable à la flotte, les milices n'auront pas | QUE joint M. de Repentigny. Alors, doit-il marcher à hau- [HE “1 4: , h | + teur de l’arrière-garde, on attendre les milices à Berthier, | où vous fixez le rendez-vous ?

Je ferai un mouvement cette nuit pour me mettre à \ portée de me rendre à Repentigny dans deux marches, RE et j'écrirai à M. de Bourlumaque conformément à ce PAR que vous me faites l'honneur de me marquer.

TU

porteront sur Tavaltrie, où nous ne trouverons pas une grange pour nous mettre à couvert. Nous serons au bivouac; le temps est à la pluie; et j'ai l'honneur de vous prévenir qu'il n’y a pas un soldat qu’il ne faille armer de nouveau dès qu'il a essuyé un orage, parce qu’ils portent les cartouches dans leurs poches.

J’ai eu l'honneur de vous écrire ce matin par M. de Privat.

Je suis avec un profond respect, etc.

Dunis.

P. S. — Je fais pousser les quatre bateaux qui étoient à Lanoraie dans la rivière Repentigny. Je charge M. de Montbeillard de les faire passer à la pointe de l’île de Montréal, où le bateau du munitionnaire les prendra en passant.

Si notre marche dure, pour peu que les ennemis me poussent plus haut, ils nous éloigneront trop de nos fours. Il faudroit faire descendre les farines, remonter le pain en charrettes, et, s’il vient de la pluie, il sera perdu.

Ne seroit-il pas plus court de lever les milices depuis Berthier jusqu’à Repentigny et de traverser tout de suite dans l’île? Alors M. Murray soumettroit ces paroisses, ou il ne les soumettroit pas; cela est égal. Nous en aurions tiré les hommes; voilà tout ce qu’il nous faut. Cela n’empêcheroit pas que les milices d’'En-Bas ne pussent passer, quand elles arriveroient,

Si les ennemis font encore une demi-journée, ils me

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