LETTRES DE M. DE BEAUCLAIR
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A Montréal, le 20. f.
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* Le chevalier de Beauclair était capitaine au régiment de la Sarre. Voici le jugement que portait de ce militaire le général de Lévi:: “ Il est très bon officier, qui a du courage et de l'intelligence et ui s'est comporté avec distinction à l’aftaire du 28 avril (bataille de Sainte-Foye), où il a été blessé très dangereusement, ayant eu un bras cassé ?”, — Lettres de Lévis, p. 429.
t Cette lettre est déchirée par le milieu,
Oracointon *, le 7 septembre 1759.
M. le chevalier de La Corne vous instruit que les sauvages du parti de M. de Langy ont relâché des îles Toniata, et que là deux ambassadeurs des Cinq-Nations les ont joints avec des colliers. Dans le conseil qu'ils ont tenu à la Présentation, ils n’ont fait que se moquer de nous, en riant à tout ce que M. le chevalier de La Corne leur disoit, Ce dernier fait partir ce soir M. de 14 Langy pour découvrir si la nouvelle des ambassadeurs sauvages est vraie ou fausse, Pour moi, je n’y ajoute point foi. J’agirai cependant tout comme. Nos travaux ne vont ni bien ni mal; nous comptons poser aujourd’hui partout le troisième saucisson ; il y aura même certains endroits où il en sera mis quatre, Je ne puis que me louer de notre commandant ; il écoute toutes les vues qui peuvent tendre au bien, et il ne dépendra pas de nous si nous ne faisons pas de bonnes ‘affaires.
J’ai l'honneur d’être avec respect, ete.
BEAUCLAIR
P. S. — Nos messieurs vous assurent de leurs res- LE pects. Votre chèvre et son suivant se portent bien; 4 elle me donne deux fois par jour lieu de me souvenir d'elle,
Nous n'avons point de nouvelles des barques.
UE * Petite île située au-dessous des Mille-Iles, sur laquelle tie avait été construit.le fort Lévis.
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A l’île d'Oracointon, le 13 septembre 1759.
A la première nouvelle que les sauvages nous donnèrent que l’ennemi venoit à nous, je fus trouver M. le chevalier de La Corne pour lui dire, après avoir consulté M. Desandrouins et nos messieurs, que nous pouvions tenir dans notre île, quoique nos retranchements ne fussent pour lors élevés que de trois pieds de
terre. Il y consentit dans le moment parce que nous
étions en état d'empêcher un débarquement dans notre île, et que, si l'ennemi établissoit une batterie, soit au nord, soit au sud, avec la provision que nous avions de saucissons, nous pouvions nous élever et nous mettre à couvert de ce feu; même nous comptions pouvoir établir des batteries pour six pièces, ce qui, joint à cinq jacobites, doit retarder, s’il n’empêche, le passage des berges. M. de La Corne se portoit à la pointe de son nom, gravissoit les tles à la Cuisse et Catherine, les barques toujours en avant, suivant votre instruction de défense de première ligne.
Aujourd’hui il paroît chancelant et regarde cette position comme très dangereuse, craignant de trop diviser ses forces. Sur le petit nombre d'hommes qu'il a, il dit, chose difficile à croire, en avoir deux cents sur le grabat. Mais à toutes ces difficultés, il ne substitue aucune autre position. La place n'étant pas encore parfaite, je lui demande quatre cents hommes ; je ne crois pas que ce soit trop, tant par rapport à la défense que
pour le nombre de travailleurs dont nous pourrons avoir besoin en présence de l’enneini.
Nous lui avons dit ce matin que votre instruction portoit que nous tinssions ferme dans notre première ligne de défense, et que, puisque vous nous l'aviez ordonné, nous la jugions bonne et nécessaire.
Les barques, selon votre instruction, se tenant à la Présentation, aidées des jacobites, peuvent tomber sur les berges au moment de leur débarquement et les incommoder beaucoup avant qu’elles eussent mis du canon à terre, et, pour peu que le bonheur nous favorisât, l'ennemi ralentiroit beaucoup sa marche,
: Si le canon que l'ennemi peut mettre à terre, écartoit les jacobites et les barques, les premiers se replieroient au sud et les secondes au nord, Les deux barques, soutenues de notre artillerie d’Oracointon, doivent empêcher l'ennemi de passer par eau dans ce chenal, ce qui nous assure une retraite, Les jacobites, que nous aurons au moins au nombre de cinq, soutenus encore de notre artillerie de l’île, doivent faire le même effet dans le chenal du sud. Et enfin le pis-aller est d'abandonner l’île, si l'ennemi met du canon qui chasse celui que nous aurons sur l’eau et qu’il fasse des mouvements qui nous donnent lieu d’être coupés.
Au reste, si nous avons des vivres, nous pouvons soutenir ici comme dans une place assiégée, à moins que la bombe ne nous chasse,
Pensens, aidé de cet officier de bord que nous avons, se chargeroit de faire manœuvrer les jacobites, pourvu que les barques veuillent le seconder, ce qui me paroîtroit fort avantageux. Une fois forcés d’aban-
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donner notre île, nous nous replions sur la seconde ligne de défense, que M. le chevalier de La Corne doit mieux connoître que nous. Je puis vous assurer, mon général, que nous ne négligerons rien de ce que nous Jjugerons pouvoir contribuer à la cause commune,
Je suis avec respect, etc.
BEAUCLAIR
PS. — Nos messieurs me chargent de vous assurer de leurs respects.
La manœuvre des dix-huit berges qui ont pris le canot, ne dénote pas que les ennemis veuillent venir à nous, attendu que le coup fait, elles se retirent du côté de Chouaguen. Je les crois plus occupés de leur fort que de nous débusquer du nôtre; il est cependant bou de prendre les mesures convenables, J'ai l'honneur de vous envoyer la copie du mémoire que j'ai donné ce matin à M. le chevalier de La Corne *.
MÉMOIRE sur la défense de l'ile Oracointon
L'instruction que M. le chevalier de Lévis a remise à M. le chevalier de La Corne porte que, si l'ennemi
* Pièce suivante.
paroît avec forces pour pénétrer par cette partie, l’on doit choisir pour premier point de défense l’île Oracointon, en occupant lu Pointe-à-La-Corne, les îles à la Cuisse et Catherine.
Si l'ennemi fait replier les trois derniers postes et que l’on juge l’île Oracointon suffisamment fortifiée, on doit la soutenir jusqu’à la dernière extrémité,
On doit conclure de là que M. le chevalier de Lévis a regardé l’île Oracvinton comme poste essentiel, soit pour tenir l’ennemi éloigné, lui rendre les approches des Rapides plus difficiles et plus longues, soit pour conserver plus longtemps nos barques en état de naviguer,
1° On ne peut mieux se conformer à cette disposition qu’en tenant les barques, qui doivent attendre l'ennemi, au-dessus de Ja Présentation, et les cinq jacobites à même hauteur, soutenus chacun d’un bateau bien armé, afin que lorsque nos canots découvreurs annonceront l'ennemi à portée, les dits jacobites puissent à l'instant s'approcher et faire essuyer aux berges la plus vive canonnade qu’il sera possible. On a lieu d'espérer de mettre du désordre et du retard dans les opérations de l'ennemi par cette manœuvre, Si l'ennemi met du canon à terre ou, ce qui n’est pas à présumer, qu’il affronte l'artillerie et vienne en grand nombre sur nos jacobites, ceux-ci se retireront sous la protection des barques.
2° Lorsque le canon établi à terre aura assuré la marche des berges ennemies, nos barques et bateaux jacobites se replieront, savoir: les premières dans le chenal du nord de notre île, et les seconds dans celui
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du sud, Il n'ya aucun lieu de craindre qu'aucune berge puisse passer sous le feu de ce canon flottant soutenu de celui d’Oracointon, et notre retraite se trouve toujours assurée, tant que nous conserverons cette disposition, sans avoir à appréhender d’être emportés de vive force, pourvu qu’on y laisse quatre cents hommes, Mais si l'ennemi, malgré notre feu, établit du canon sur les pointes du nord et du sud, nos barques et jacobites seront pour lors forcés de se replier sur la seconde ligne de défense désignée par M. le chevalier de Lévis, et les mêmes hommes qui auront été forcés d'abandonner la Pointe-à-La-Corne, les tles à la Cuisse et Catherine, en feront usage pour la défense des autres îles, jusqu’à l’Ile-aux-Galops.
3° L'île Oracointon devient pour lors une place assiégée, qui paroît par l'instruction devoir être défendue jusqu’à la dernière extrémité, et dans laquelle il faut laisser des vivres pour jusqu’au temps où l’on présume que le secours venant de Montréal pourra la dégager. 4 S'il arrivoit dans ces circonstances que la garnison fût trop vivement pressée des bombes ou qu’elle manquât de vivres, on tenteroit de s'échapper pendant la nuit; et l’on hasarderoit, s’il le falloit, de perdre quelques bateaux pour sauver les autres, plutôt que de se rendre à la discrétion de l'ennemi.
BEAUCLAIR
A l’île Oracointon, le 13 septembre 1759,
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