‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 11 sur 141 · PLACE VENDOME · texte numérisé non relu

PLACE VENDOME

(La lettre est tout entière en anglais.)

10 décembre i8i!i.

Dear friend... I conjure you to excuse my bad English language... I hâve a little time part; with your obligeant lessons, I will better speak and write in that fair tongue, in which I am so desirous to be readly instructed...

... Si M. Raisson avait la complaisance d'aller samedi matin à l'atelier de M. Guérin, ou de venir, aussi le matin, dimanche chez moi, nous arrêterions ensemble le jour où nous pourrions nous entendre pour notre entreprise d'enluminure (of colorage), que je désire voir bientôt terminée.

Votre,

Horace Raisson, homme de lettres et journaliste, a été un des collaborateurs de Balzac. Delacroix ne l'aimait pas. On lira dans une lettre datée de i8zi... n Raisson n'est point changé : il est menteur et suffisant comme devant. Ce sera toujours, dans la peau d'un badaud, le plus gascon que je connaisse. »

M. Soulier croyait cette lettre la première qu'il eût reçue d'Eugène Delacroix. Il le connaissait depuis 18 16. 11 lui avait enseigné l'aquarelle, procédé de peinture alors presque inconnu en France et que

lui-même avaitappris, en Angleterre, de son ami C ->pley Fielding. M. Soulier donnait aussi des leçons d'anglais à l'académicien Andrieux. « Mes autres soirées, dit-il dans une note jointe à la copie de cette lettre, étaient consacrées à réunir quelques jeunes gens dans mon humble chambrette, la plus haute de la place Vendôme, à l'hôtel du Domaine extraordinaire, où j'étais surnuméraire et secrétaire de l'intendant, le marquis de la Maisonfort. Horace Raisson était dans mon bureau au secrétariat, et ce fut lui qui m'amena Eugène Delacroix» qui déjà appartenait à l'atelier de Guérin. L'étude de la langue anglaise allait conduire celui-ci rapidement à l'admiration passionnée de Shakespeare et de Byron.

« L'enluminage, ajoute encore dans sa note AI. Soulier, était une invention de Raisson pour nous faire gagner quelques sols. Nous avions fini par faire des dessins de machines pour joindre aux brevets d'invention. Je faisais le dessin linéaire et Eugène le lavis, les bois de diverses teintes. Tout cela avait un certain éclat. Lorsque je portai à Eugène le prix de son travail, il était juché, dans le grand Salon, au haut d'une immense échelle, copiant des têtes dans les Noces de Cana, de Paul Véronèse. C'est je crois le premier argent qu'il ait gagné avec son pinceau, en imitant le bois, le fer, et en lavant tout cela à l'aquarelle. Nous étions fort joyeux d'avoir gagné douze louis en nous amusant dans ma petite chambre et en plaignant les pauvres gens appelés à exécuter nos dessins. »

i8 19. — A M. PIERRE T. 27

A M. J.-B. PIERRET jeune.

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