‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 118 sur 141 · BOULEVARD BEAUMARCHAIS · texte numérisé non relu

BOULEVARD BEAUMARCHAIS

Ce 8 décembre 1860.

Mon cher Thoré,

Je suis enfoncé dans ce moment dans un travail que j'achève hors de chez moi : je pars dès le matin et ne rentre bien fatigué qu'à la fin de la journée. J'aurais été bien heureux de vous revoir et de vous remercier de votre souvenir. Soyez assez bon pour remettre le plaisir que vous me ferez à un mois ou six semaines à moins que vous ne passiez quelquefois dans mon quartier entre y et 8 h. du soir en attendant que je vous reçoive dans mon atelier où je ne mets pas le pied maintenant.

Recevez, mon cher Thoré1, mille amitiés bien sincères.

Eue Delacroix.

i. Th. Thoré, ou plutôt W. Biïrger, — car par un sentiment de protonde convenance, il conserva ce pseudonime adopté pendant l'exil, — était rentré en France.

i 86 i. — AU COMTE CZYMALA. 327

AU COMTE CZYMALA.

Ce 7 janvier i8(5i.

Cher ami, mille fois merci de votre bien cher souvenir. Si je vis en sauvage, c'est que je suis maintenant dans l'âge où les besoins même du cœur sont un excès quand ils font concurrence aux exigences du travail. Je ne veux pas dire que je préfère ou que je préférerai toujours les uns aux autres. Je serais trop à plaindre. Mais après des années de langueur, qui ne m'ont pas permis de m'acquitter de mes obligations d'artiste, j'ai retrouvé une espèce de santé qui me permet de me remettre à l'achèvement d'un travail considérable, trop souvent interrompu. Depuis quatre mois, je me sauve au petit ou r pour courir à ma fatigante besogne, et je ne rentre qu'à la nuit. L'espoir de finir bientôt, si ma petite santé et la mauvaise saison ne viennent pas apporter de nouveaux obstacles, me soutient et me fait vous prier d'excuser et de pardonner ma claustration. Quand j'aurai fini je vous avertirai, et vous reverrai, avec le plaisir que j'ai toujours eu et avec les sentiments que votre bonne lettre a ranimés en moi. Avec qui parlerai-je de l'incomparable génie que le ciel a envié à la terre, et dont je rêve souvent, ne pouvant plus le voir dans ce monde ni entendre ses divins accords1.

Si vous voyez quelquefois la charmante princesse Marceline, autre objet de mes respects, mettez à ses pieds l'hommage d'un pauvre homme qui n'a pas cessé d'être plein du souvenir de ses bontés et de l'admiration de son talent, autre trait d'union avec le séraphin que nous avons perdu et qui, à cette heure, charme les sphères célestes.

Mille tendresses de cœur,

E. Delacroix.

1, Schopin.

Monsieur,

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