A M. P. TESSE
Ce 17 février 1861.
Je vous remercie beaucoup de la démarche que vous avez bien voulu faire relativement à l'exposition de votre tableau à laquelle je consens volontiers. Ces expositions offrent sur le Salon certains avantages, mais elles ont comme les ventes l'inconvénient d'amener souvent l'exposition d'ouvrages que leur auteur ne désirait pas montrer. M. Martinet n'avait pas usé du même procédé que vous en exposant, à ce qu'on m'a dit, un petit tableau médiocre de moi qui fait le plus mauvais effet; mais la spéculation ne voit rien qu'elle-même.
Recevez, Monsieur, mes civilités et remerciements les plus
empressés.
Eu g. Delacroix.
Cette lettre m'a été confiée par M. Tesse, amateur distingué. Le petit tableau auquel Delacroix fait ensuite allusion est en effet assez médiocre, d'un ton gris poussant au verdâtre et au jaunâtre : ce sont des Arabes assis à terre, jouant aux échecs. Il a été gravé à l'eau-forte pour V Artiste. Mais la note sur la « spéculation » de M. Martinet était injuste.
AU BARON CH. RIVET
23 février 1861.
Cher ami, j'envoie tout de suite pour faire la demande de billets pour votre cher fils. Je ne vous cache pas que je n'en ai demandé qu'en tremblant, il y a déjà quatre jours ; mais
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je fais des bassesses auprès du sous-chef de bureau qui les distribue et j'ai encore de l'espoir. Je serais bien désolé que cet excellent jeune homme fût obligé de manquer de parole, et à une jolie femme, encore...
Vous avez eu la bonté de passer chez moi et l'on vous aura dit à quoi je me suis attelé depuis cinq mois. J'avance beaucoup, mais je mène une vie de Chartreux. Le seul dîner hors de chez moi m'a rendu malade. C'est un travail de galérien : j'ai tenté de grandes impossibilités avec de la peinture mate et difficile à gouverner. Je vous appellerai aussitôt que ce sera visible.
Je vous embrasse et vous aime.