A M. ERNEST CHESNEAU
Ce 14. décembre 1861.
Monsieur,
J'ai reçu avec reconnaissance les cinq épreuves que vous avez bien voulu m'adresser de l'Étude que vous avez faite sur l'ensemble de mes ouvrages. Je suis lier d'être l'objet d'une semblable appréciation faite par une personne d'un goût aussi éclairé. La délicatesse de l'analyse que vous avez appliquée à tant de productions la plupart oubliées ou peu connues, l'estime que vous voulez bien leur accorder malgré d'innombrables faiblesses, me donneraient sur leur mérite véritable une confiance que je ne puis avoir; mais je n'en suis pas moins heureux de voir qu'elles ont pu mériter une si bienveillante et sérieuse attention.
Agréez, Monsieur, avec mes vifs remerciements, les assurances de la considération la plus distinguée.
Eue Delacroix.
J'espérais, Monsieur, vous adresser cette lettre il y a quelques jours : je n'ai pu, malgré mes informations, avoir votre
i 86 i. — A M. P. ANDRIEU. 347
adresse ; je prends le parti de l'envoyer aux bureaux de l'Opinion nationale.
A M. P. ANDRIEU
15 décembre 1861.
Mon cher Andrieu,
Je reçois votre lettre à Paris où je ne suis que depuis peu de jours. J'ai trouvé la campagne bonne, même par la pluie et la gelée. J'y trouvais une très-grande tranquillité que vous ne pouvez avoir étant chez des personnes dont vous êtes obligé de suivre les habitudes.
Je ne comprends pas bien ce que vous me dites au sujet de la copie que vous voulez faire à Anvers ; mais, comme vous m'annoncez votre retour prochain, nous causerons de votre projet. Je regrette beaucoup que vous ne puissiez faire une copie de Y Héliodore ; personne ne serait plus à même d'en faire une excellente reproduction1.
Je pense souvent à nos séances dans l'église, comme le prisonnier qui, rendu à la liberté, regrette quelquefois le pain de munition mangé entre quatre murs. Au reste, je mène ici une vie aussi tranquille qu'à la campagne, et je me dispense le plus que je peux des corvées du monde et de la politesse.
J'entrevois dans votre lettre que vous n'êtes pas mécontent de vos portraits. On plaît si difficilement aux autres, que c'est toujours quelque chose que de se plaire à soi-même.
1. Personne encore ne serait aussi capable que M. P. Andrieu d'exécuter les reproductions des peintures murales de la Bibliothèque de la Chambre des députés, par exemple, déjà gravement endommagées, ou de YEntrée des Croisés dans Constanûnople } mal exposé dans les galeries et dont la place serait dans nos musées du Louvre.
C'est un plaisir que je ne goûte pas aussi souvent que je le
voudrais...
A M. DE VALERNE.