‹ Lettres de Eugène Delacroix (volume 2)Chapitre 130 sur 141 · PEINTRE, BOULEVARD DES INVALIDES, 4., PARIS · texte numérisé non relu

PEINTRE, BOULEVARD DES INVALIDES, 4., PARIS

Ce 22 décembre 1861.

Mon cher Monsieur,

Votre excellente lettre m'a fort touché et vous avez bien fait de céder au désir de me l'envoyer. Pourquoi travaillonsnous, nous autres artistes, si ce n'est pour savoir que nous plaisons à quelqu'un? Il nous arrive si souvent de nous déplaire à nous-même, qu'un suffrage bienveillant ne peut qu'encourager et fortifier, comme vous le dites aussi. Je vous remercie donc beaucoup et suis heureux de vous le dire.

Recevez l'assurance, etc.

M. de Valerne avait été un de ses élèves.

A M. MOREAU, père.

Ce 17 janvier 1862.

Mon cher Monsieur,

Recevez mes très-sincères excuses du retard que j'ai apporté à répondre à votre très-aimable lettre en date du 3 janvier. J'ai été tout à coup interrompu au milieu de toutes mes occupations par une indisposition qui m'a rendu incapable de quoi que ce soit. Je vais mieux et me hâte de vous remercier relativement à ce que vous voulez bien me

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dire d'obligeant sur larticle très-incomplet que j'ai fait sur Charlet. Je vous dois encore quelque justification pour mon peu d'empressement à écrire quelque chose sur Decamps : je vous ai parlé de certains motifs que vous avez appréciés; je crois, en outre, que sa perte est trop récente non-seulement pour qu'il puisse être jugé complètement, mais aussi pour qu'un jugement ait tout l'intérêt qu'il pourrait avoir plus tard.

Permettez-moi d'ajouter que ce grand artiste a eu de son vivant la bonne fortune d'être goûté sans conteste du public et des artistes : pas une voix ne s'est élevée contre tous les genres de succès qu'il méritait et qu'il a obtenus. Charlet n'a point rencontré le même bonheur. L'admiration pour ses œuvres a été renfermée dans un cercle plus restreint, et c'est précisément à cause de son genre, qui dans l'opinion du public paraissait inférieur, qu'il m'a paru importer de faire ressortir la grandeur qu'il y a imprimée. Au reste, depuis que j'ai eu le plaisir de vous voir, la figure de Decamps a grandi dans mon estime. Après l'exposition des ouvrages en partie ébauchés qui ont formé sa dernière vente, j'ai été véritablement enthousiasmé par plusieurs de ces compositions, et mon sentiment a été celui de tout le monde. Je dois vous dire aussi que cet article, pour lequel j'étais engagé depuis longtemps, m'a donné de l'ennui à composer; écrire, c'est un métier particulier qu'il faut, comme tous les autres, pratiquer beaucoup. Je n'en ai eu que la fatigue sans le plaisir, ce que je ne puis dire de la peinture qui est toujours mon passe-temps favori et à laquelle je retourne sans regretter les palmes littéraires.

Veuillez, etc.

3jo LETTRES DE DELACROIX.

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